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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 21:32

Polar ou SF ? SF ou Thriller ? Les deux, et puis, est-ce important ? Toujours est-il que Zone est, le dernier roman de Marin Ledun se passe bien dans un futur pas très éloigné (donc SF), et qu’il a une structure de thriller …

Ledun

Couloir rhodanien, un jour, quelque part dans le courant du XXI° siècle. La cata depuis longtemps annoncée par les auteurs de SF a fini par arriver. A force de jouer avec les virus et les nanotechnologies les blouses blanches ont foiré. La chose leur a échappé, l’humanité a été en grande partie dévastée. Un Mur a été construit, pour tenter de sauver ce qui pouvait l’être dans ce coin de ce qui fut la France. Une nouvelle humanité, rongée par les virus y survit, à coups de vaccinations, de greffes d’yeux (les premiers détruits par le virus), de poumons, de foie, de peau, de bras et de jambes … Des greffes qui ont poussé à l’extrême ce qui était en train d’arriver avant la catastrophe : tout le monde est connecté et identifié par une puce, les yeux artificiels permettent de recevoir les informations de position, les nouvelles … les pubs.

 

Thomas Zigler survit comme chasseur de tête et voleur de données : Il traque ses proies et leur vole quelques minutes à quelques semaines de mémoire, pour qu’ils oublient certaines choses, ou pour le revendre à ses commanditaires. Jusqu’au jour où il trouve dans les souvenirs de l’homme qu’il a rattrapé une image impossible : Une jeune femme, nue, intacte, sans prothèses, avec ses yeux, sans marque du virus. La première qu’il voit depuis trente cinq ans que le mur existe. Impossible, tout le monde est mort à l’extérieur … Il ne sait pas encore que ce qu’il vient de voir va faire voler son monde en éclats, ni qu’il devient l’homme à abattre.

 

Autant commencer par là, j’ai aimé ce roman, c’est pourquoi je serai un poil critique. Parce que j’ai le sentiment qu’il souffre, malgré ses très grandes qualités, d’un ou deux petits défauts qui auraient pu être évités, et qu’il est passé très près de quelque chose de bien plus grand.

 

Commençons par un détail, tout bête … Dans certains dialogues (2 ou 3), échanges rapides à deux, j’ai eu un peu de mal à savoir qui était qui. C’est couillon, ça oblige à revenir en arrière ou à aller voir en avant, et ça nuit à la fluidité de la narration.

 

Ensuite j’ai le sentiment que le roman aurait gagné à être un peu resserré. La sensation qu’il y a trop de choses dedans, et que certaines n’étaient pas forcément indispensables. Difficile d’en faire une liste ici sans déflorer l’intrigue … Et au final je ne suis pas certain que tous les détails des motivations des uns et des autres soient très clairs pour moi.

 

Mais je le répète ce sont des détails, face à l’excellente qualité de l’ensemble. L’idée de départ est un classique de la littérature d’anticipation (le virus qui échappe aux apprentis sorciers), le traitement est efficace, mais surtout la résolution du drame, et l’idée de fond qu’elle sous-tend (et dont je ne peux absolument pas parler pour des raisons évidentes de suspense) sont très très fortes ! Et très très actuelles ! Voilà, je ne peux en dire plus, vous êtes obligés de me faire confiance … Au point que lorsque le lecteur commence à entrevoir la vérité il est emporté et admiratif devant le coup de théâtre qui pour être surprenant n’en est pas moins totalement crédible et cohérent.

 

Ce que je peux vous dire par contre c’est qu’au-delà de cette idée centrale, il y a de très nombreuses pistes de réflexion qui feront marcher vos neurones : sur le corps, sur la science, sur le matraquage du marketing et de la pub, sur la place que prennent les nouvelles technologies, sur la révolte ou l’acceptation (thèmes joliment rejoint par l’actualité méditerranéenne) …

 

Et aussi que les personnages existent pour de vrai, et que les scènes d’action sont particulièrement réussies (et il y en a pas mal). On peut même parler dans ce roman de véritables scènes de bravoure.

 

Bref, à lire, pour le plaisir, pour réfléchir, et pourquoi pas, pour me dire si vous partagez mes petites critiques ci-dessus ou pour m’engueuler de n’avoir rien compris.

 

Marin Ledun / Zone est, Fleuve Noir (2011).

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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 23:10

En attendant de me concentrer sur la venue de Mister Ellroy, j’ai poursuivi la pause avec La nuit du souvenir, une réédition de Joseph Bialot chez folio.

 

Lucien Perrain est un rescapé. Un rescapé des camps d'extermination. A son retour en France, il semble avoir Bialot.jpgréussi à construire une vie normale. Avec une petite entreprise, une famille, et un petit fils, Julien, qu'il adore. En apparence, les camps sont oubliés. En apparence seulement. Quand Julien est enlevé et que les ravisseurs contactent son fils pour demander la rançon Lucien décide que plus jamais on ne lui dictera sa conduite. Il ressort son vieux Lüger et part affronter les imbéciles qui ont cru qu'il serait une proie facile, lui qui a survécu à l'indicible …

 

Cela pourrait être un polar banal, l'histoire mille fois écrite du citoyen banal pris dans des événements qui le dépassent, et obligé par ces événements à devenir un privé/tueur/flic … qu’il n’était pas auparavant. C'est d'ailleurs cela, entre autres.

 

Mais Julien, comme l'auteur, a survécu aux camps de concentration. Ce qui change tout. Et donne à Joseph Bialot l'opportunité de tenter, une fois de plus, d'expliquer l'inexplicable, de faire partager une expérience que personne ne peut comprendre s'il ne l'a pas vécu.

 

Au-delà de l’histoire, bien menée, le roman marque alors par son impact émotionnel, sa noirceur mais aussi son humanité.

 

Joseph Bialot / La nuit du souvenir, Folio/Policier (2010).

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20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 21:04

Mea culpa, mea très grande culpa ! Cela fait un petit moment que je tourne autour des romans de Dominique Sylvain (qui en a quelques uns à son actif), que j’en entends dire (et j’en lis) du bien un peu partout, que nous échangeons via une liste ou l’autre, ici ou là … et je n’avais encore rien lu d’elle, si ce n’est une nouvelle (très bien d’ailleurs) parue dans une collection trop tôt disparue dirigée par Claude Mesplède chez Autrement. Et bien s’est fini tout ça, j’ai lu son dernier Guerre sale, et c’est sur, je ne raterai pas les prochains (et je vais tâcher d’en récupérer quelques anciens).

 

SylvainFlorian Vidal, bras droit de Richard Gratien, avocat, un des hommes les plus influents de la Françafrique est retrouvé mort dans une piscine. Il a subi le supplice du pneu enflammé. L’équipe de la criminelle de Sacha Duguin sait, dès le départ, que l’enquête sera sensible, difficile, et qu’ON leur mettra des bâtons dans les roues. Autre difficulté, ils vont avoir dans les pattes l’ancienne commissaire Lola Jost dont un adjoint d’origine africaine avait été tué de la même façon cinq ans auparavant. Un meurtre jamais élucidé qui avait précipité son départ à la retraite. Lola Jost et son amie Ingrid Diesel qui n’ont rien perdu de leur qualités d’enquêtrices, n’aiment guère Duguin et ont une liberté d’action qui décuple leurs capacité de « nuisance ». Autant dire que Duguin va devoir marcher sur une corde raide …

 

Tous les ingrédients sont réunis :

 

Une toile de fond noire à souhait, riche en possibilités et peu explorée par les polardeux français. Quel cadre plus favorable que la Françafrique avec ce que cela comporte de compromissions, corruption, (rétro)commissions (pour reprendre des mots en ion qu’Ingrid affectionne particulièrement !). Une toile de fond que Dominique Sylvain a le talent et l’intelligence de laisser à sa place … de toile de fond, évitant ainsi de sacrifier le reste et d’écrire un pamphlet. Le reste ce sont :

 

Des personnages incarnés, charnels, auxquels on croit immédiatement, auxquels on s’attache, ou auxquels on a envie de filer des claques. Ils sont vrais, complexes, jamais entièrement blancs ou noirs (sans jeu de mot idiot) avec leurs côtés sombres, leur grandeur, leurs lâchetés, leur méchanceté et leur générosité, bref, des vrais humains.

 

Des dialogues qui sonnent vrai, pimentés juste ce qu’il faut des délicieux anglicismes d’Ingrid, et des non moins délicieuses discussions sur les bizarreries de notre langue entre les deux amies.

 

Une belle description du décor, Paris sous la pluie, le restau accueillant et ses plats qui mettent l’eau à la bouche …

 

Ne restait plus qu’à réussir la cuisson. Elle est parfaite. Suspense savamment distillé, changements de rythme, accélération sur le final. On est accroché dès le début et on suit jusqu’à la fin, sans que l’attention se relâche un seul instant. Et pour finir, la petite touche de la chef, l’épice finale, qui conclue le roman de façon magistrale lui donnant une saveur ... Une saveur que je vous laisse découvrir.

 

Chapeau bas. Pour en savoir plus, Bernard Strainchamps a interviewé Dominique Sylvain sur Bibliosurf.

Dominique Sylvain / Guerre sale, Viviane Hamy (2011).

 

 

PS. Pour la musique c’est facile, comme dans Les Harmoniques la bande son est fournie par le roman.

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11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 23:59

Comme je le disais donc dans mon précédent papier, j’ai découvert en lisant les magnifiques harmoniques de Marcus Malte que Bob et Mister existaient déjà, dans Le doigt d’Horace et Le lac des singes. Or, je me souvenais que ce dernier trainait quelque part dans mes piles …

 

Malte-singes.gifC’est l’été. Mister, grand pianiste noir est au chômage, le Dauphin Vert (le club où il joue habituellement) étant fermé. C’est pourquoi il accepte de quitter Paris pour aller jouer tous les soirs au bar jazz du casino d’Evian. Sans se douter une seconde qu’il puisse y avoir, dans cette ville endormie, un tueur en série qui fait des cartons sur les gros gagnants de la roulette. Sans se douter surtout qu’il va se retrouver embringué dans cette histoire.

 

Il est particulièrement intéressant de lire ce roman pour se faire une petite idée de l’évolution du talent de Marcus Malte. Tout est déjà là dans ce roman qui date de 1997 : personnages étonnants et subtilement décalés, construction virtuose, écriture poétique, émotion, humour … Déjà un excellent roman.

 

Excellente partition, subtile interprétation … jouée sur un bon piano droit. Un très bon roman. Mais pour Les harmoniques, Marcus Malte s’est payé un Steinway, et l’interprète est au sommet de son art. Tout sonne plus riche, plus rond, plus complet. En bref plus beau, sans qu’il soit possible de mettre précisément le doigt sur ce qui fait la différence …

 

Les accord se sont enrichis, le toucher est encore plus fin, l’instrument rend la moindre nuance, fait passer la plus petite intention. Marcus Malte, l’excellente pianiste de bar du Lac des singes est passé, sans rien perdre de son humanité, bien au contraire, au statut de grand concertiste.

 

Marcus Malte / Le lac des singes, Folio policier (2009).

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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 22:08

Attention chef-d’œuvre. Ni plus, ni moins. Tout est sonne juste dans Les harmoniques de Marcus Malte. De la première à dernière réplique. Jusqu’au titre.

 

malteVera est morte, assassinée, brulée vive. Elle qui avait survécu au massacre de Vukovar, qui était venu chercher la paix et la sécurité à Paris. Très rapidement la police a arrêté deux petits dealers qui ont avoué. Affaire de drogue, la victime était une immigrée … affaire close. Pas pour Mister, grand gaillard noir que Vera venait écouter deux fois par semaine au Dauphin Vert où son trio joue du jazz tous les soirs. Mister convainc son ami, chauffeur de taxi et philosophe, de l’aider à chercher la vérité. Car il en est persuadé, ce n’est pas une histoire de drogue.

 

Quel roman, mais quel roman ! envoutant, enthousiasmant dès le premier chapitre. Un chapitre « pour rien », juste un dialogue magnifique qui, en quelques répliques, dessine les deux personnages principaux et leur relation, le tout sur fond de ballade jazz somptueuse. Du grand art. Et tout est à l’avenant. Le jazz baigne ces pages, donne le tempo, chante, swingue derrière les mots. Toutes les phrases sont belles, les personnages extraordinaires. Et l’horreur, l’indignation sont tapies, au détour d’une page, où d’un coup, la prose se fait plus dense, accusatrice.

 

On sourit souvent, l’humour est présent, dans les dialogues, dans les situations cocasse, dans la description d’un homme-pomme-de-terre (une variante de l’homme à la tête de chou ?) … On tremble parfois, on est ému, très souvent, jusqu’aux larmes parfois.

 

Et si je dis en ouverture que même le titre sonne juste, c’est que, comme les harmoniques, ces notes que le pianiste ne joue pas, mais que l’on entend quand même quand l’accord principal s’éteint lentement, on referme le roman comme dans un songe, et longtemps, très longtemps, il résonne, comme les magnifiques harmoniques des accords de Mister.

 

Conséquences directes de ma lecture : j’ai cherché partout une version de Wallflower de Gerry Mulligan qui illustre magnifiquement le premier chapitre. Et je me suis précipité vers la pile des romans qui attendaient, patiemment, que je m’intéresse à eux pour en extraire Le lac des singes pour trouver une précédente apparition de Mister.

 

« Ils laissèrent défiler l’album de Mulligan dans son intégralité sans prononcer une parole. Rien à redire là-dessus. Ils croisèrent durant ce temps deux voitures et un chien errant aux allures de chacal. On se dirigeait doucement vers les cinq heures et la nuit commençait à ôter ses dessous noirs. Le baryton exhala un dernier souffle. Suivit un silence rauque, suave, que Mister apprécia à sa juste valeur. »

 

Tout est à l’avenant, je pourrais recopier ici tout le roman. Il vaut mieux que vous vous le procuriez …

 

Marcus Malte / Les harmoniques, Série Noire (2011).

 

 

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18 décembre 2010 6 18 /12 /décembre /2010 17:57

Une découverte complète avec cette réédition en poche chez folio policier : Sansalina de Nicolas Jaillet, un roman et un auteur dont je n’avais jamais entendu parler lors de sa première sortie (comme quoi, on peut passer complètement à côté d’excellents romans).

 

JailletMexique, années 20. Pablo Zorfi vit dans la petite ville de Sansalina. Dès l'école, son avenir, et celui de ses copains d'école est tracé : misère et violence. Seule Dolores, libre et lumineuse, semble capable d'échapper à ce destin.

 

Vingt ans plus tard, Pablo est devenu le maître de la ville. Il contrôle syndicats, rackets et bordels … Et il est en train de devenir complètement fou. Loin de là, Dolores a réalisé son rêve, ouvrir un bibliothèque. Jusqu'à ce que ce rêve vole en éclat quand elle est enlevée et la bibliothèque totalement détruite par un incendie. On vient la chercher, Pablo a besoin d'elle. Le passé revient au galop, des vies volent en éclat.

 

Un grand classique de la littérature noire (et même de la littérature tout court) : Ascension et chute d’un caïd.  La difficulté avec les thèmes très classiques c’est qu’ils sont casse gueule. Forcément, on compare et là, ça passe ou ça casse. Dans le cas de Sansalina, ça passe, et ça passe même haut la main.

 

Le roman démarre sur les chapeaux de roues, finit en apothéose, et tient le rythme entre les deux, ce qui est déjà un excellent point. L'auteur maîtrise parfaitement ses changements de temps, alternant présent et passé, nous faisant revivre le parcours de Zorfi. C'est rude, dur et sanglant, comme ce Mexique du début du XX° siècle.

 

Les personnages sont magnifiques, ambigus, complexes … et voué à l'échec, tout ce qu'adorent les lecteurs de polars. Une très belle réussite pour Nicolas Jaillet qui prouve qu’on peut traiter un thème archi connu tout en écrivant un roman original et passionnant.

 

Nicolas Jaillet / Sansalina, Folio Policier N°600 (2010).

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9 décembre 2010 4 09 /12 /décembre /2010 20:31

Je n’avais encore jamais lu de romans d’Alain Wagneur. Je ne regrette pas d’avoir commencé avec ce Djobila, fleuve de sang.

 

WagneurLe commandant Zamanski, ancien grand flic parisien est maintenant au placard, en province, à Blainville. A s’occuper des poivrots, des maris qui battent leur femme et des cambriolages de résidences secondaires. Jusqu’à ce qu’il tombe sur le cadavre d’un de ses anciens profs, grand spécialiste de l’Afrique aujourd’hui à la retraite. Tout semble indiquer un suicide, sinon la disparition de l’ordinateur portable de la victime. Par ennui, pour voir, Zamanski décide d’enquêter, sans se douter qu’il met les pieds dans une fourmilière et qu’il devra aller jusqu’à Bamako pour démêler les fils d’une affaire sordide.

 

Du solide, du costaud. Personnages intéressants, écriture efficace, belle description de Blainville et de Bamako, intrigue parfaitement déroulée, peinture sans concession mais non sans finesse de ces associations qui, sous couvert d’humanitaire, sont capables des pires saloperies, parfois le plus cyniquement du monde, parfois par simple bêtise … Des faits divers récents présents dans toutes les mémoires (vous les reconnaîtrez) sont repris par l’auteur et parfaitement intégrés à l’intrigue.

 

Bref une histoire bien menée doublée d’une critique sociale étayée. Avec en cadeau surprise la présence d’Habib Kéita, le personnage de Moussa Konaté qui, pour l’occasion, prête main forte à Zamanski lors de son passage à Bamako. Tout ce qu’on peut demander à un polar.

 

Je n’ai donc rien à reprocher à ce roman, que j’ai lu avec plaisir et intérêt. Néanmoins, il lui manque juste le zeste de … (le zeste de quoi d’ailleurs ?) qui aurait pu faire de ce bon livre un grand livre. Le zeste qui prend au tripe comme les romans de Patrick Bard, le zeste qui fait qu’on s’attache viscéralement à Jack Taylor … Un grain de folie, une pincée de démesure ?

 

Quoi qu’il en soit, un auteur à découvrir en attendant, peut-être, son grand roman.

 

Pour en savoir plus, une interview de l’auteur sur bibliosurf.

 

Alain Wagneur / Djobila, fleuve de sang, Actes Sud / Actes noirs (2010).

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16 novembre 2010 2 16 /11 /novembre /2010 16:45

On ne peut pas lire tout le temps des machins très sérieux, très déprimants et très sombres. Même l’amateur de polars engagés qui veut montrer à la face du monde que la phrase « c’est plus qu’un polar » est une énorme connerie peut aussi, de temps en temps, lire un bouquin qui, pour paraphraser le grand Pierre, n’a d’autre prétention que celle de nous divertir (prétention au demeurant extrêmement ambitieuse). Taxi, Take off  & Landing de Sébastien Gendron fait partie de ces excellents remèdes à la morosité ambiante.


Gendron-copie-1Hector Malbarr est totalement oubliable. Taille moyenne, peau blafarde, signe distinctif néant, forme physique inexistante, courage nul … Donc Hector Malbarr devrait déjà s’estimer extrêmement satisfait d’être sur le point d’épouser la blonde Glenda. Certes Glenda prend du lard, est chiante au possible et n’aime pas qu’on la touche. Mais Glenda est richissime, et grâce à elle Hector s’est habitué aux grands hôtels, à la première classe et aux salons VIP. C’est d’ailleurs dans un de ces salons qu’un brune explosive s’approche de lui … et l’embarque vers une île tropicale avec force baisers. Le paradis ? Bien sûr que non. Le début d’une avalanche d’emmerdes.

 

Sérieux s’abstenir. On n’ouvre pas ce livre pour se faire mal aux neurones ou s’apitoyer sur le monde. On ne l’ouvre pas non plus avec l’idée de chercher la petite bête, le détail qui tue, la montre au poignet du figurant n°583 dans la grande scène de Ben Hur. On l’ouvre pour se marrer. Sébastien Gendron fait dans le pastiche, le potache, le qui tâche. Comme il le fait avec un vrai sens de la formule et une énergie qui emporte tout, ça marche.

 

Un faux roman d’espionnage, plus proche de Casino Royale que de Goldfinger, où on apprend un peu d’espagnol (dans un réjouissant mélange tutti frutti allant de l’argentin au castillan) et un peu d’anglais, où l’auteur rend un bel hommage à Santiago Gamboa, et n’hésite devant aucun jeux de mot, même le plus vaseux … Bref, pourquoi se priver d’un tel plaisir ?

 

Sébastien Gendron / Taxi, Take off  & Landing, Baleine (2010).

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8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 22:32

Avec un peu de retard à l’allumage, une note sur un premier roman, Moi comme les chiens, de Sophie Di Ricci. Du retard, ce qui fait que Jeanjean en a déjà parlé, ainsi que Patrick Galmel sur Pol’Art- noir, et Bernard a interviewé l’auteur pour bibliosurf.

 

Di RicciLe jour où ses parents décident d'acheter un camping car, Willy se barre. Il a seize ans et part seul, avec son baladeur rejoindre la grande ville. Quatre ans plus tard il se lie d'amitiés avec Mickey et Bouboule, deux paumés qui font des passes sur le boulevard pour se payer leur dose. Avec ses quelques euros de plus, ses fringues et sa musique, Willy, qui s'appelle maintenant Alan leur en met plein la vue. C'est en les accompagnant sur le muret, quelque part à la limite de la ville où ils racolent qu'il fait connaissance avec Hibou, un homme mystérieux, à la réputation de dur. Une rencontre qui ne fera que freiner la lente et inéluctable descente aux enfers.

 

Pas de doute, dès son premier roman Sophie Di Ricci fait preuve d'une belle maîtrise. Ce qu'elle décrit est dur, glauque et elle aurait très bien pu sombrer dans le voyeurisme, l’angélisme ou le misérabilisme. Rien de tout cela ici. Le roman est âpre, sans concession, explicite mais jamais gratuit. La violence, le sexe, la dépendance, la misère y sont présents, crus, jamais édulcorés, mais jamais non plus exploités pour tirer les larmes ou provoquer le dégout. On suit les personnages dans leurs trajectoires dont, dès le départ, l'arrivée ne fait pas de doute. Un roman fort donc. Mais …

 

Mais ceci est la « critique » la plus objective possible (si tenté soit que l’objectivité existe en littérature) du roman. Vient ensuite le ressenti, le goût du lecteur, et là, j'avoue que malgré le talent de l'auteur, j'ai du mal à m'intéresser aux personnages très (trop ?) marginaux, très (trop ?) individualistes, sans aucune illusion collective (sinon celle d'une équipe de foot …). C'est une réalité qui existe, elle est superbement saisie. Mais je n’arrive pas à m’y intéresser vraiment.

 

J’aime les perdants flamboyants d'Argemi ou de Taibo II, le désespoir lyrique et caustique de Jack Taylor, les pourritures sans concession d’Evangelisti et de Carlotto, les allumés de Hiaasen, Dorsey ou Haskell Smith. Je n’arrive pas à m’intéresser aux paumés individualistes sans culture, sans valeurs, sans références, sans avenir, sans rêves, sans … que l’on croise dans nos rues et que Sophie Di Ricci a su parfaitement écrire.

 

Je sais, c’est mal, j’en suis désolé, mais c’est comme ça.

 

Sophie Di Ricci / Moi comme les chiens, Moisson rouge (2010).

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6 novembre 2010 6 06 /11 /novembre /2010 17:23

Serge Quadruppani est tellement présent comme traducteur et directeur de collection (excellent traducteur, et excellent directeur de collection qui plus est), qu’on en vient à oublier qu’il est aussi auteur de polars. Saturne, vient remettre les pendules à l’heure.

 

Les thermes de Saturne. Un lieu de détente pour le romains fortunés, cadre bucolique, eaux thermales, quadruppaniquiétude. Pas ce jour-là où un homme entre et abat trois personnes, apparemment prises au hasard. Etonnamment, c'est la commissaire romaine Simona Tavianello, de l'anti mafia qui est chargée de l'affaire avant même que le tueur ne soit identifié. Elle va être aidée par un ancien flic français devenu privé à Rome qui se trouvait par hasard sur place, par les proches de victimes, et par les rêves d'un ex flic en retraite.

 

Al Qu’Aïda, la mafia, le loges … toutes les pistes sont évoquées, pour ne pas dire mises sous le nez de Simona. Comme si on voulait l'éloigner des vrais commanditaires, beaucoup trop proches du vrai pouvoir, celui de l'argent. En même temps, le tueur traqué à son tour mène lui aussi son enquête.

 

Serge Quadruppani prouve ici qu'on peut écrire un thriller politique, mêlant de très nombreux thèmes d'actualité, sans pour autant être obligé de pondre un pavé de 600 pages. Sans écrire des pages et des pages pour décortiquer tous les mécanismes, tous les liens entre mafia et pouvoir politique, sans démonter par le menu les effets de la crise financière sur la politique et/ou les avoirs financiers du crime organisé.

 

Il suffit ( !!) d'aller à l'essentiel, de donner du rythme, du nerf, sans oublier quelques bon petits plats, de l'humour et de jolis hommages. L'auteur, comme ses personnages, reste essentiellement au raz du bitume, avec nous, les anonymes, les pigeons, les plumés, les victimes. Ce qui n’oblige pas pour autant à être une victime consentante, un mouton qu’on mène bêlant à l’abattoir, loin de là.

 

Ajoutez à cela une bonne dose de fantaisie, un grand coup de pied dans la fourmilière, et beaucoup de générosité. Certes on ne devient pas expert en hedge fund, ni en lutte contre le crime organisé, mais on s'indigne, on s'amuse, on sourit … et on en redemande.

 

Serge Quadruppani / Saturne, Editions du Masque (2010).

 

PS. Petit plaisir supplémentaire, la participation active du patriarche, Andrea Camilleri en personne.

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