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18 janvier 2012 3 18 /01 /janvier /2012 23:01

Au vu du titre et de la quatrième de couverture je m’attendais à ce que La maison des tocards de l’anglais Mick Herron soit une sorte de pastiche, un John Dortmunder chez les espions. Point du tout. Etonné je fus (je sais j’ai encore quelques échos de Camilleri). Mais point du tout déçu.


HerronLe Placard. La hantise de tout agent du MI5. La relégation honteuse pour ceux qui ont fait une énorme boulette mais qu’on n’a pas pu virer. La perspective de passer le restant de sa vie d’espion de sa très gracieuse majesté avec d’autres tocards, à écouter des enregistrements mortels d’ennuis ou à trier de la paperasse pour écrire des rapports que personne ne lira jamais. C’est là que se retrouve River Cartwright après une grosse bavure lors d’un exercice anti-terroriste. Il est sous la direction de l’infect et mystérieux Lamb. Jusqu’au jour où, sur tous les sites et blogs du pays, apparaît la vidéo montrant un jeune homme cagoulé. Le message qui va avec est simple et clair : Il sera décapité dans 48 heures. L’occasion pour les loosers du Placard de servir enfin à quelque chose ?


On n’est donc pas dans une grosse rigolade à la Casino Royale. Non c’est un vrai roman d’espionnage, qualité britannique garantie : Vrais personnages, décorticage des mécanismes de la Grande Maison, intrigue complexe et mécanique d’horloger, résonnance avec les problèmes actuels (avec en particulier ici la paranoïa post attentats et de la montée de la bêtise et du racisme).


La seule différence avec un roman de John Le Carré ou Henry Porter est que l’auteur s’attache ici à des personnages mis en marge du grand jeu, relégués, oubliés et souvent humiliés. Des personnages avec plus de faiblesses que de forces, qui ont perdu confiance en eux. Des personnages au bord de la rupture. Des personnages pathétiques, émouvants et loin d’être aussi ridicules qu’on pourrait le supposer au vu du résumé. Victimes de la machine à broyer et des jeux de pouvoir. Des personnages de roman noir pour résumer.


Le roman y gagne en émotion. Un vrai grand roman d’espionnage à l’anglaise qui de plus apporte une touche originale et personnelle dans cette spécialité très britannique.


Mick Herron / La maison des tocards (Slow horses, 2010), Presses de la cité (2012), traduit de l’anglais par Samuel Sfez.

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20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 23:07

« John Harvey, c’est la Rolls du polar anglais. » Ai-je déjà écrit brillamment . Ben c’est toujours pareil, mais c’est normal, les Rolls c’est indémodable et increvable. Et cela se vérifie une fois de plus avec Le deuil et l’oubli.


Harvey1995. Heather et Kelly, dix ans, en vacances en camping avec les parents de Kelly se perdent dans le brouillard en revenant de la plage. Le lendemain matin on retrouve Kelly, traumatisée, qui a été recueillie par un original qui vit près des côtés. Quelques jours plus tard le corps de Heather est découvert, elle semble être tombée dans une crevasse. Quinze ans plus tard, Ruth sa mère a refait sa vie à Cambridge avec un autre homme et a une fille de 10 ans. Quand celle-ci disparaît en revenant de son cours de flute le cauchemar recommence.


On retrouve ici les deux enquêteurs de Traquer les ombres . On retrouve aussi la qualité du cousu main anglais signé John Harvey. Personnages humains et subtils, intrigue impeccable, émotion à fleur de peau, capacité à traiter sans pathos et sans voyeurisme un sujet aussi délicat que la perte d’un enfant. Et cette écriture qui semble couler de source et qui fait tout paraître facile et naturel.


Difficile d’en dire plus, surtout quand on a lu et aimé tous ses romans. D’autant plus que ce n’est pas le genre de roman qui soulève un enthousiasme bondissant. « Seulement » un polar juste, très bien écrit, touchant, intelligent … « Seulement ». Une qualité que bien des auteurs peuvent envier au maître anglais.


Alors cela peut paraître sec et peu inspiré (et ça l’est certainement), mais je ne trouve rien d’autre à dire que : Lisez John Harvey.


John Harvey / Le deuil et l’oubli (Far cry, 2009), Rivages/Thriller (2011), traduit de l’anglais par Fabienne Duvigneau.

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20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 23:26

Un Ian Rankin qui fait référence en quatrième de couverture à Westlake et Ocean Eleven, avouez que c’est tentant. Même si ces références paraissent moyennement pertinentes à la lecture, Portes ouvertes reste une lecture plus que recommandable.

 

RankinEdimbourg, ville tranquille. Trop tranquille pour Mike, proche de la quarantaine qui, après avoir fait fortune dans l’informatique commence à s’ennuyer. C’est pourquoi il accepte l’idée, a priori absurde, de voler des toiles de maîtres dans les entrepôts des musées de la ville. C’est Robert Gissing, professeur d’art proche de la retraite qui a eu l’idée, soi-disant pour « libérer » des œuvres d’art que personne ne voit. Le troisième larron, le moins enthousiaste, est Allan, cadre d’une banque qui voudrait acquérir ainsi des œuvres que ses clients se payent mais qui lui restent inaccessibles. Seulement, on ne s’improvise pas cambrioleur. Et l’idée d’associer un des caïds de la ville n’est peut-être pas ce que les trois lascars ont fait de plus malins …


Un Rankin sans Rebus donc mais non sans le talent. Même si, une fois de plus, les références de la quatrième de couverture se révèlent plus commerciales que pertinentes.


Tout en respectant tous les codes du genre (préparation, casse, puis catastrophes en chaîne …) Rankin nous amuse, nous divertit et arrive à nous surprendre.

Contrairement à d’autres romans (ou film) de casse, ce n’est pas le super coup qui est au centre du roman (comme dans Ocean Eleven justement), mais la série de grains de sable qui va gripper la machine ensuite. Pour autant, nous ne sommes pas non plus dans le registre burlesque d’un Dortmunder mais dans un genre beaucoup moins drôle et plus sanglant.


Une fois débarrassé de ces comparaisons, Portes ouvertes se révèle habile, bien écrit, prenant et parfois surprenant. Donc, sans révolutionner le genre, un excellent moment de détente.


Ian Rankin / Portes ouvertes (Doors open, 2008), Le Masque (2011), traduit de l’anglais (Ecosse) par Stéphane Carn.

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30 octobre 2011 7 30 /10 /octobre /2011 14:34

Une curiosité chez Rivages : Un polar romain écrit par un anglais. Avec un titre étrange Kompromat (mais ça c’est dû à la traduction). L’anglais s’appelle Conor Fitzgerald.

 

FitzgeraldAlec Blume, commissaire à Rome, est un flic atypique. Pour commencer, il est américain mais à 17 ans, est resté en Italie où il se trouvait depuis trois ans quand ses parents ont été assassinés. Ensuite, même s'il parle parfaitement la langue, il ne s'est jamais acclimaté au petit jeu des échanges de faveurs, ni aux contacts plus ou moins légaux avec la pègre locale.

 

Malgré cela il se trouve responsable de l'enquête sur le meurtre du mari d'une sénatrice. L'homme a été sauvagement lardé de coups de couteaux chez lui. Très rapidement la veuve fait jouer ses contacts et Alec se trouve balloté d'un côté à l'autre, envoyé de façon plus ou moins autoritaire vers telle piste, bloqué d'un autre côté. Fidèle à son manque de tact et à son incorruptibilité, il entend bien, envers et contre tous, mener l'enquête à sa façon.

 

Nous sommes en Italie, aucun doute là-dessus. Rome, ses beautés. La classe politique italienne, les liens inextricable avec le crime organisé, la compromission inévitable d'une partie de la police, l'obligation de composer avec les parrains les plus puissants. La cuisine italienne, la circulation romaine …

 

Et c'est un auteur anglais, pas de doute non plus dans cette façon d'écrire un procédural, à la Harvey ou Hurley.

 

L'ensemble est cohérent, convainquant, intéressant. Les personnages sont crédibles et la compromission, qui donne son titre au roman est particulièrement bien rendue. Sorte de jeu de dupe, ni réelle corruption ni honnêteté totale, système complexe de services rendus, parfois presque à l’insu de celui qui les reçoit, mais qui fait que tous côté crime, politique ou justice savent un peu trop de choses sur tous les autres pour qu’aucun ne puisse se risquer à tout rendre public.

 

C'est donc un très bon bouquin et je suivrai la suite avec intérêt. Qu’est ce qui fait que ce n’est pas un roman génial, de ceux qui font applaudir des deux mains et qu’on a envie de conseiller à tous ceux que l’on croise ? Impossible de le dire. Mais peut-être cela viendra-t-il, peu à peu, en connaissant mieux les personnages, en les voyant vivre et évoluer. Attendons.

 

Conor Fitzgerald / Kompromat (The dogs of Rome, 2009), Rivages/Thriller (2011), traduit de l’anglais par Isabelle Maillet.

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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 23:19

Un nouveau roman de cette très riche et très belle rentrée. Un roman inclassable, impossible à ranger dans une petite case. Thriller ? Roman Noir ? Politique fiction ? Roman d’apprentissage ? Roman onirique ? Métaphorique ? Scintillation de l’écossais John Burnside est tout cela, et bien plus …

 

BurnsideQuelque part au bord de la mer l’Intraville, quartier laissé pour compte, au bord des bois empoisonnés par l’Usine Chimique aujourd’hui abandonnée. Y vivent d’anciens ouvriers qui meurent d’avoir travaillé, et des gamins qui n’auront jamais de boulot dont pas grand monde ne s’occupe. Livrés à eux-mêmes, ils sont plus souvent sur le site industriel condamné qu’à l’école.

 

Alors quand des garçons commencent à disparaître, personne ne s’inquiète, pas même leurs parents. Seuls les copains ont peur et cherchent à savoir. Particulièrement Leonard, adolescent atypique, grand lecteur et amateur de vieux films. Mais que peut-il faire tout seul ?

 

Attention, Scintillation demande un petit effort. Ce n’est pas un livre qui se dévore, mais qui se déguste, page après page. Parce que l’abord est dense et déroutant, et parce qu’il ne propose aucune solution, aucune résolution. Comme le dit un des narrateurs, à quelques pages de la fin : « Il ne m’a pas fait assoir pour m’exposer l’intrigue, en comblant tous les blancs, tel Hercule Poirot ou Sherlock Holmes une fois que le mystère a été résolu et les criminels appréhendés. »

 

Et puis l’auteur prend en permanence le lecteur à contrepied. Quand on commence à croire que l’Intraville, les Bois empoisonnés et l’Usine Chimique sont des lieux rêvés, métaphoriques, sans lien avec notre réel, il les ancre soudainement dans notre monde et notre époque au détour d’une phrase ou d’une référence précise. Pour nous replonger aussitôt dans une sorte de décalage et de flou propres au rêve.

 

Le récit oscille ainsi entre un monde onirique et une réalité sordide. Les valeurs, les frontières s’estompent, la mort et la laideur recèlent une étrange beauté, une mise à mort peut être un acte de miséricorde … Il faut accepter de se laisser emporter, bercer par ce rythme, par la beauté des phrases et des images, accepter l’irrationnel, le non dit. Il faut accepter de prendre en pleine figure une mort poignante, de ne pas tout comprendre, de faire confiance à ses émotions, et de fermer le roman sur une fin ouverte à toutes les interprétations.

 

En échange, quel bonheur de lecture … Un bonheur qui se prolonge tant Intraville, l’usine Chimique et Leonard vont vous hanter longtemps après avoir lu le dernier mot.

 

John Burnside / Scintillation (Glister, 2008), Métailié (2011), traduit de l’écossais par Catherine Richard.

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8 août 2011 1 08 /08 /août /2011 22:17

C’est bien connu et dans bien des domaines. Quand on veut du sérieux, du cousu main, du sur mesure, du luxe sans ostentation, de la qualité indémodable … On choisit la qualité british. Dans le monde du polar deux noms s’imposent. John Harvey de Nottingham et Graham Hurley de Portsmouth. C’est du second dont je vais vous parler aujourd’hui, avec la reprise en poche d’une des dernières aventures de son personnage Jo Faraday : Sur la mauvaise pente.

 

HurleyLe corps d'un homme nu, enchaîné aux rails jambes écartées, est déchiqueté par le premier train de la journée Portsmouth - Londres. Un train qui, (dixit Huxley, je ne me permettrais pas !) pour une fois, était à l’heure. Joe Faraday et son équipe se retrouvent en charge de l'enquête qui connaît une forte exposition médiatique. Qui a pu mettre en scène cette exécution barbare ?

 

Les premières pistes pointent vers Bazza Mackenzie, le parrain local qui, fortune faite, se tourne de plus en plus vers le blanchiment et les affaires légales. Winter, flic de terrain aux méthodes parfois peu orthodoxes semble bien décidé à le faire tomber cette fois. Pourtant cette exécution théâtrale lui ressemble peu. De fausses pistes et rebondissements l'enquête leur réserve bien des surprises.

 

Faraday et Winter sont, pour cet épisode, les deux personnages principaux, et se partageant la vedette. Deux solitaires et deux caractères totalement opposés. Faraday le romantique discret et respectueux des règles, Winter le baroudeur souvent borderline. Pour le reste, on retrouve pleinement Graham Hurley et cette qualité british du procédural cousu main.

 

Profondeur et complexité des personnages, maestria dans le développement de plusieurs intrigues entremêlées, refus du manichéisme de la conclusion spectaculaire, précision de la description de la procédure policière (sans jamais souffrir de longueurs) …

 

Avec en toile de fond la description sans fard d'une ville (ici Portsmouth), des ravages de la misère sociale et de l'arrogance des puissants. Des années après le démarrage de la casse par la Dame de fer les effets sont dévastateurs. Les pauvres toujours plus pauvres, plus précaires, plus perdus, la nouvelle classe dominante, vulgaire, inculte et prédatrice, sure de son impunité quoiqu’elle fasse.

 

Bref la qualité british dans toute sa discrète perfection.

 

Graham Hurley / Sur la mauvaise pente (One under, 2007), Folio/Policier N°624 (2011), traduit de l’anglais par Philippe Loubat-Delranc.

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7 juin 2011 2 07 /06 /juin /2011 00:00

Je ne vous abandonne pas, c’est juste que le mois de juin est un peu dense, un peu trop dense même, ce qui laisse moins de temps pour lire, ou écrire … Mais j’ai quand même pu terminer Le parrain de Katmandou, le dernier roman traduit du plus asiatique des anglais, John Burdett.

 

BurdettConnaissez-vous Sonchaï Jitpleecheep ? Vous savez, le flic thaï apparu pour la première fois dans Bangkok 8. Je vous en ai déjà parlé, . Sonchaï est le seul flic non corrompu de Bangkok, au grand désespoir de son patron et mentor le colonel Vikorn. Enfin ça c’était avant. Parce que Vikorn qui vient de voir la série du Parrain a décidé que, comme les Corleone, il a besoin d’un consigliere. Et que ce consigliere sera Sonchaï. Or on ne résiste pas trop à Vikorn quand on tient à sa vie.

 

Voilà donc Sonchaï en route vers Katmandou pour négocier l’achat et la livraison de 40 tonnes d’héroïne qualité supérieure. Et comme il est toujours flic, il se retrouve également à devoir élucider le meurtre particulièrement barbare d’un réalisateur américain qui était devenu un adepte de la Thaïlande et de ses prostituées.

 

On retrouve avec énormément de plaisir John Burdett et son personnage fétiche. Une fois de plus sa dérision, son regard décalé à la fois sur l’Asie que l’auteur connaît très bien, et sur le monde occidental font mouche. Une fois de plus l’horreur des situations décrites est atténuée par l’humour. Une fois de plus c’est en se regardant avec les yeux d’un autre qu’on apprend beaucoup sur soi …

 

Et il faut dire aussi que, roman après roman, Sonchaï Jitpleecheep s’affirme comme un des enquêteurs récurrents des plus marquants, attachants et originaux de la littérature policière mondiale qui pourtant n’en manque pas. Comment ne pas devenir accro à un flic bouddhiste, fils d’une prostituée devenue patronne d’un bordel pour papis (viagra aidant), attaché à son karma et amateur de Truffaut (il a été élevé un temps en France par un des amants de sa mère) qui monologue ainsi :

 

« J’enquête sur le meurtre le plus haut en couleur et photogénique de ma carrière au nom de mon rival professionnel le plus sérieux, qui en tirera tout le mérite quand j’aurai élucidé l’affaire – ce que je ne vais pas manquer de faire, car j’ai vraiment le coup pour ce genre de chose -, tout en essayant d’organiser une énorme livraison d’héro avec une fripouille de yogi tibétain, qui se trouve être également mon gourou, malgré un conflit d’intérêt mortellement dangereux lié à mon patron, le colonel Vikorn, dont l’objectif n’est pas tant de vendre de la blanche que de ruiner le général Zinna, qui tient tout autant à provoquer la ruine de Vikorn et se fiche pas mal du commerce à condition que Vikorn écope au final d’une peine de prison plus longue que la sienne. A ce stade, la tâche de ton inspecteur-consigliere-reporter consiste à convaincre les deux vieux mammouths de se donner gaiement la main dans le but d’acheter ce poison chargé de mauvais karma à l’être le plus désintéressé et éveillé que j’aie jamais rencontré u cours de mon éternelle quête, personnage qui m’a mis la tête à l’envers grâce à une technique magique hyper-efficace inspirée par l’école bouddhiste du vajrayana, appelée aussi tantrisme ou bouddhisme apocalyptique, hyper-efficace lui aussi mais pas très connu. Ne me jette donc pas la pierre si je m’en roule un autre. »

 

Personne ne te jette la pierre Sonchaï, roule-toi donc tout ce que tu veux, et reviens nous vite !

 

John Burdett / Le parrain de Katmandou (The godfather of Kathmandu, 2010), Presses de la Cité/Sang d’encre (2011), traduit de l’anglais par Thierry Piélat.

 

Vous pouvez compléter en allant lire cette interview de l’auteur sur Bibliosurf.

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15 mai 2011 7 15 /05 /mai /2011 19:59

John Le Carré est grand. Ce n’est certes pas un scoop. Mais cela se confirme régulièrement. Et c’est une fois de plus le cas avec ce dernier roman, Un traître à notre goût. Ce jeune homme de 80 ans, maître incontesté du roman de la guerre froide, nous régale une fois encore.

 

Le CarréRien ne prédisposait Perry, professeur à Oxford et sportif accompli et son amie Gail, avocate londonienne à côtoyer le monde des espions. Jusqu'au jour où, lors d'un séjour paradisiaque sur l'île caribéenne d'Antigua, Perry joue au tennis avec Dima.

 

Son adversaire est un milliardaire russe exubérant, bardé de bijoux et de tatouages … la caricature du mafieux russe. Ils ne savent pas, alors que le match se termine, que Dima va les choisir comme émissaires pour passer un marché avec les services secrets britanniques : La nationalité anglaise, les meilleurs collèges pour ses enfants et une protection de toute sa famille contre des révélations sur les circuits de blanchiment de l'argent de la mafia russe et les réseaux de corruption dans toutes l'Europe. Perry et Gail acceptent, sans mesurer le danger, ni les conséquences sur leur vie et leurs illusions.

 

John Le Carré est grand disais-je donc, enfonçant allègrement une porte grande ouverte.

 

Dans son collimateur cette fois les circuits de blanchiment de l'argent de la mafia, la corruption des élites européennes et en particulier celle de tout le système financier, jusqu'au cœur même de la City de Londres jusqu’au cœur politique des démocraties qui dominent le monde.

 

On pourrait avec un tel sujet, écrire des essais ennuyeux et compliqués, des pamphlets énervés, des articles indignés. John Le Carré livre un roman passionnant, à la construction impeccable et implacable, aux dialogues étincelants, qui nous mène par le bout du nez des Caraïbes à Londres en passant par les prisons russes et les grands hôtels suisses.

 

Dans la première partie, la construction est époustouflante, jonglant avec une virtuosité et une fluidité confondantes entre l’interrogatoire de Perry et Gail (de retour à Londres après leur premier contact avec Dima) et le récit, au présent de leur aventure sur l’île. La seconde partie, au récit plus linéaire, nous enfonce dans les arcanes des luttes entre les dinosaures, qui croient encore en certaines valeurs, et la puissance, le rouleau compresseur, de l’argent et de la dictature de la finance. Jusqu’à l’issue … Incertaine jusqu’au bout.

Un chef d'œuvre de découpage et de précision au service d’un discours humaniste mais sans illusion.

 

Et c’est pourquoi John le Carré est grand.

 

John Le Carré / Un traître à notre goût (Our kind of traitor, 2010), seuil (2011), traduit de l’anglais par Isabelle Perrin.

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27 avril 2011 3 27 /04 /avril /2011 08:56

Voici donc le second roman de l’anglais Nick Stone traduit à la série noire. Voodoo land nous ramène une vingtaine d’années avant Tonton Clarinette, à une époque où Max Mingus était encore flic à …

 

Stone

Miami, début des années 80. L'arrivée massive de la cocaïne a transformé une paisible ville de retraités en une des villes les plus violentes des USA. L'occasion pour certains flics de se sentir investis d'une mission. C'est le cas de Eldon Burns, chef de la Miami Task Force, l'unité d'élite de la police locale. Pour lui tout est bon pour éradiquer le crime … et plaire aux politiques. Preuves trafiquées, tabassages, exécutions sommaires, corruption, pactes avec certains truands … Eldon veut à tout prix devenir Le Flic de la ville.

 

Sous ses ordres, Max Mingus, ancien boxeur, flic borderline typique et Joe Liston, son coéquipier, qui accepte de moins en moins certains débordements. Quand ils se retrouvent à enquêter sur le meurtre d'un haïtien ils ne se doutent pas qu'ils vont se trouver au centre d'une affaire qui va les déborder complètement et que leur vie et leur santé mentale vont être en danger.

 

A propos de Tonton Clarinette j’écrivais ceci : « Voilà ce que j’appellerais un bon polar, solide, sérieux, bien fichu, bien meilleur qu’un simple thriller, car en plus d’être bien construit avec tous les ingrédients du thriller, il nous plonge dans un monde que nous ne connaissons pas, mais sans cette étincelle, ce … truc, très difficile à définir, qui fait que des romans comme Versus ou La griffe du chien sont d’une autre nature, d’un autre niveau. » (désolé de me citer  …). Avec Voodoo Land Nick Stone saute le pas et écrit un roman hors norme, extraordinaire, dans le sens premier du mot.

 

Tonton Clarinette nous plongeait au cœur de la violence et de la corruption en Haïti, Voodoo Land  s'attaque à la communauté haïtienne (qu'il connaît bien) à Miami. Au travers de ses branches criminelles. Et ça secoue salement ! Avec une intrigue millimétrée, une écriture survoltée, l'analyse de l'immigration cubaine et haïtienne à Miami, des allusions au soutien américain à la dictature haïtienne, il livre là un très grand roman, d'une ampleur et d'une richesse étonnantes.

 

Nick Stone se paye le luxe d’attaquer avec une scène hallucinante, et réussit à ne jamais laisser retomber le soufflé jusqu’à l’apocalypse finale. Un véritable tour de force.

 

Et ce n’est pas le seul. Ses références sont, excusez du peu, La griffe du chien de Don Winslow (remercié à la fin de l'ouvrage) et James Ellroy (cité également au détour d'une phrase). Si le lien avec Winslow est ténu, le roman traite du trafic de drogue et du soutien politique des USA aux pires dictatures des années 80, c’est surtout du côté d’Ellroy et de ses personnages qu’il faut chercher une influence. Eldon Burns est le digne pendant de Dudley Smith, pourri jusqu’à la moelle, impitoyable et mortel, et Max Mingus est un héros typiquement ellroyen, flic pas vraiment net, au bord de la folie et de la pourriture, sauvé par l’amour rédempteur d’une femme.

 

La grosse difficulté quand on est jugé à l’aune de tels monstres, c’est qu’on risque de souffrir de la comparaison. Il n’en est rien. Voodoo Land tient le choc et classe Nick Stone parmi les très grands.

 

Nick Stone / Voodoo land (King of swords, 2007), Série Noire (2011), traduit de l’anglais par Samuel Todd.

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3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 11:00

J’avais beaucoup aimé le premier roman de Cathi Unsworth, Au risque de se perdre, publié sous les louangeurs, mais redoutables hospices de Robin Cook, Ken Bruen et David Peace. J’étais donc curieux de voir s’il y en aurait un second, et s’il tiendrai les promesses de ce démarrage en fanfare. Il y en a un second, Le chanteur, et il tient les promesses du premier.

 

UnsworthDébut des années 2000, la musique et la culture punk semblent revenir à la mode à Londres. Eddie Bracknell, petit journaliste obscur survivant à coups de piges dans différents magazines musicaux découvre grâce à un ami photographe, vétéran de l'époque des Sex Pistols, un groupe à la trajectoire de comète : Blood Truth et son chanteur incandescent, Vincent Smith.

 

Vincent qui, un beau jour, disparaît à Paris sans laisser de traces, au moment où le groupe après avoir connu son heure de gloire était en train d'imploser. Profitant du regain d'intérêt pour les années 80, Eddie décide d'écrire un livre sur le groupe et son chanteur et de tenter de retrouver sa trace. Il commence  une série d'interviews qui va l'amener, peu à peu, à cerner la personnalité complexe et controversée du mystérieux Vincent et de ceux qui gravitait autour de Blood Truth, jusqu'à …

 

Autant rassurer tout de suite d’éventuels lecteurs : Je ne suis ni fan, ni connaisseur du mouvement punk, j’écoute plutôt du jazz, du blues et de la soul, je connais mieux Ray Charles, Otis Reding, Aretha Franklin ou Art Tatum que les Sex Pistols … Et j’ai trouvé le roman de Cathi Unsworth passionnant, même s’il me manquait parfois quelques références musicales pour en apprécier pleinement toute la richesse.

 

Parce que sa construction est impeccable jouant avec brio sur les alternances passé / présent. Parce que les personnages sont réellement incarnés. Parce que l'auteur connaît parfaitement l'époque et le milieu dont elle parle, et qu'elle arrive à les refaire vivre, de façon saisissante. Parce que Eddie, looser attachant, est un personnage comme les aiment les amateurs de polar …

 

Et aussi et surtout parce la tension est superbement maîtrisée, allant croissant au fur et à mesure que les différents témoignages apportent un nouvel éclairage sur les personnages et les événements que l'on croyait connaître. L’auteur joue magnifiquement de ces points de vue, retournant le lecteur comme une crêpe (comme elle retourne le pauvre Eddie), un lecteur qui s’aperçoit, peu à peu, que les vérités du début du roman peuvent être remises en question.

 

Plus on avance, plus les ombres s’épaississent jusqu'à l'ébouriffant final ... Une partition magistralement exécutée.

 

Et je ne peux qu’imaginer à quel point un tel roman doit être encore plus enthousiasmant pour ceux qui connaissent bien l’époque et la musique décrites.

 

Cathi Unsworth / Le chanteur (The singer, 2007), Rivages/Thriller (2011), traduit de l’anglais par Karine Lalechère.

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  • : Il sera essentiellement question de polars, mais pas seulement. Cinéma, BD, musique et coups de gueule pourront s'inviter. Jean-Marc Laherrère
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