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5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 22:39

J’en rêvais, rivages l’a fait … Fan tardif de Donald Westlake et de Dortmunder (je n’ai découvert le polar qu’à partir de la fin des années 80), et heureux ami de quelques pointures es culture polardeuse (dont l’incontournable Claude Mesplède), cela faisait des années que j’entendais parler d’un Dortmunder où le voleur le plus calamiteux de New York se retrouvait dans un couvent et devait aider des bonnes sœurs à récupérer une nonne séquestrée par son père. J’en salivais, et désespérais de ne jamais lire cet épisode. Ca y est, rivages l’a réédité, ça s’appelle Bonne conduite et c’est à la hauteur de mes espérances.


Voici donc l’histoire. A l’issue d’un casse encore plus calamiteux que d’habitude, Dortmunder se trouve suspendu à une poutre, 10 mètres au-dessus d’un groupe de nonnes qui ont fait vœux de silence. Un bon départ non ? En échange de leur aide, il accepte d’aider Sœur Marie du machin du bidule (elles s’appellent toutes Marie du machin du truc) à échapper à son père, aussi riche que tyrannique (et il est très très riche). Premier hic, elle est tenue prisonnière au dernier étage d’une tour absolument inviolable. Et ce n’est que le premier hic, car, bien entendu, les catastrophes en chaîne vont s’abattre sur John et son équipe de bras cassés.


Il n’y a pas de mauvais Dortmunder. Seulement des bons, et des très bons. Celui-ci est dans la deuxième catégorie. Eclats de rire garantis. Ce pauvre John ne se sort d’une situation impossible que pour tomber dans une autre plus impossible encore (et dans ce domaine, l’imagination de Donald Westlake ne connaissait aucune limite). Tiny y est, comme dans les romans de cette première période, beaucoup plus effrayant que par la suite, même pour ses complices (c’en est d’autant plus drôle, bien entendu). Et ils récupèrent un complice 100% westlakien, sorte de vieux pervers pépère absolument hilarant.


En toile de fond, et l’air de rien, Westlake en profite, dès 1968, pour brosser un tableau des plus actuel de la mégalomanie et du pouvoir de nuisance des individus les plus riches.


Si quelqu’un, parmi mes lecteurs, sait pourquoi Westlake a repris son texte en 1985, je suis intéressé par l’information. Quoiqu’il en soit, voilà pour les fans de John un épisode absolument indispensable.


Donald Westlake / Bonne conduite, (Good behavior, 1968 et 1985) Rivages Noir (2009), traduit de l’anglais par Rosine Fitzgerald, traduction revue et complétée par Patricia Christian.

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4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 21:09

Rivages poursuit, peu à peu, la réédition des romans de la série Martin Beck, de M. Sjöwall et P. Wahlöö, les deux précurseurs du polar scandinave. Ce qui permet à ceux, nombreux, qui ne les avaient jamais lus faute de les trouver, de combler cette lacune. Ce que je fais chaque fois que je trouve le temps (c'est-à-dire trop rarement). Mais j’ai une excuse, si j’en crois ce papier confondant.


L’homme qui partit en fumée présente la particularité d’extraire leur personnage principal de son environnement, autant géographique qu’humain.


Martin Beck profite de ses vacances en famille depuis moins de 24h00 quand il est rappelé d’urgence par son supérieur à Stockholm. Le ministère des affaires étrangères veut absolument Beck pour mener une enquête délicate. Le journaliste Alf Matsson a disparu à Budapest deux jours après son arrivée dans la ville où il devait faire un reportage. Depuis deux semaines, plus de nouvelles. Son journal, un torchon à scandales, menace de lancer une campagne comme il sait les faire si personne de s’occupe de l’affaire. Pour l’harmonie des relations entre les deux pays, le ministère préfère que cela fasse le moins de vagues possible. Il ne reste plus à Martin Beck qu’à partir enquêter officieusement, dans un pays dont il ne parle pas la langue, et sans l’appui de la police locale qui n’a pas été contactée … Une sinécure.


Cet épisode permet aux auteurs d’élargir la perspective et de décrire Budapest du point de vue du « touriste » qui s’émerveille, mais ne comprend pas forcément le fonctionnement de la société. En creux, comme dans les autres romans de la série, on assiste, dès ce milieu des années 60, à la mise à mal de ce qui était présenté comme le paradis social scandinave. Le tout avec une rigueur d’intrigue et une absence d’esbroufe dignes du maître du genre, j’ai nommé l’incontournable Ed McBain. Plus que recommandable donc, indispensable pour qui s’intéresse au polar en général, et au polar scandinave en particulier.


Un petit mot pour expliquer le mystère de la traduction. Au moment de la sortie des romans de M. Sjöwall et P. Wahlöö il n’y avait pas d’engouement particulier pour le roman policier scandinave, c’est le moins que l’on puisse dire. Les romans de la série Martin Beck ont donc été traduits … A partir de la traduction anglaise. Qui est donc revue, pour les rééditions de rivages, à partir des textes d’origine.

M. Sjöwall et P. Wahlöö / L’homme qui partit en fumée (Mannen some gick upp i rök, 1966), Rivages Noir (2008), traduit à partir de l’anglais par Michel Deutsch, revu à partir du suédois par Philippe Bouquet Julien Guérif.

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7 novembre 2008 5 07 /11 /novembre /2008 23:14

Deux petites infos, pour attirer votre attention sur des rééditions indispensables.

Vous en avez sans doute déjà entendu parler, Folio Policier fête ses 10 ans en beauté avec l’édition de 6 coffrets contenant : Un titre de la collection et le film qui en a été tiré.

  

Au programme : L’été meurtrier de Sébastien Japrisot, La sentinelle de Gérald Petievitch, Mortelle randonnée de Marc Behm, Le grand sommeil de Raymond Chandler, La nuit du chasseur de Davis Grubb, Quand la ville dort de William R. Burnett. Une excellente occasion de découvrir ou de revoir de grands films, et de relier ou lire de grands livres.

Autre réédition, tout aussi indispensable. J’avais causé, il y a quelque temps, de la réédition des romans de la série Martin Beck des deux suédois Maj Sjöwall et Per Wahlöö, les parents du polar scandinave. Deux nouveaux volumes viennent de sortir chez Rivages Noir, L’homme au balcon et Le policier qui rit. J’ai lu le premier il y a bien longtemps, j’en ai un souvenir ému, le meilleur des trois que j’avais pu trouver et lire avant que rivages ne se lance dans cette salutaire opération de réédition. Je n’ai pas encore eu le temps de lire le second, mais il est dans la pile.


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18 août 2008 1 18 /08 /août /2008 17:51

Tout amateur de polar a lu un ou plusieurs polars de Chester Himes, le symbole du polar noir américain, témoin incontournable du Harlem des années cinquante. Ses lecteurs n’ont bien entendu jamais oublié ses deux inspecteurs fétiches, silhouettes familières de Harlem, craints par tous les margoulins, maquereaux, arnaqueurs et autres assassins : Fossoyeur et Ed Cercueil.

En 2007, la collection Quarto de chez Gallimard a eu l’excellente idée de réunir en un volume les huit romans mettant en scène ces deux personnages emblématiques. L’occasion pour l’amateur de les avoir tous facilement sous la main, et, éventuellement, d’en découvrir ou d’en relire.

C’est ce que j’ai fait avec le premier roman du recueil, l’excellentissime La reine des pommes, qui plante le décor, et décrit, entre autres, un événements traumatisant qui aura des conséquences dans tous les autres épisodes : c’est dans ce roman qu’Ed Cercueil reçoit dans le visage l’acide qui lui fait le masque d’épouvante qui hantera ensuite les nuits de Harlem.

Comme son nom l’indique, La reine des pommes est centré sur Jackson, bonne poire, pigeon idéal, amoureux fou de la belle Imabelle. Victime d’une bande d’aigrefins, il va, pour reconquérir sa belle qui pourtant n’est pas vraiment nette, prendre tous les risques, voler, courir, échapper à la police, affronter des truands capable du pire, et, finalement, s’en sortir plutôt mieux que les autres protagonistes de l’histoire.

Tout Chester Himes est déjà là, dans ce premier roman. Tout Chester Himes et tout Harlem, qu’il qualifiait en 1963 de cancer de l’Amérique (voir le texte repris en préface).

Les personnages se battent, s’arnaquent, hurlent, volent, aiment, picolent, dansent, baisent, se droguent, courent ... à fond, comme si leur vie en dépendait (et souvent c’est le cas), comme si leur dernière heure était proche (et c’est aussi souvent le cas). Il se dégage de ses romans une impression de noirceur, de violence, de misère et d’injustice, mais en même temps de rage de vivre et de vitalité.

Pour savoir comment vivaient les noirs à Harlem avant les mouvements pour les droits civiques, il faut, et il suffit de lire Chester Himes. Et pour n’avoir aucun regret, et les avoir tous sous la main, pour un prix somme toute très abordable, ce recueil Cercueil Fossoyeur est vraiment un bon investissement.

Pour information, La reine des pommes a été adapté au cinéma avec le grand Forest Whitaker dans le rôle du pigeon.

Chester Himes / La reine des pommes  (For love of Imabelle, 1957), Gallimard Quarto (2007). Traduction de l’américain par Minnie Danzas.

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18 juin 2008 3 18 /06 /juin /2008 22:01

Fred Fitch est un paratonnerre. Un paratonnerre à arnaques. Il suffit qu’un margoulin passe dans le coin, paf, il lui tombe dessus et le pigeonne. Pourtant Fred n’est ni cupide, ni idiot. Il est juste un tout petit peu trop enclin à faire confiance à ses semblables. Le jour où il hérite d’un oncle dont il n’avait jamais entendu parler, et se retrouve en possession de plus de 300 000 dollars, il se transforme en provocation vivante pour les escrocs de tout poil. Et sa vie devient très, très compliquée …

Rivages poursuit son travail de réédition des vieux polars de Westlake. Divine providence était paru en 1968 chez Gallimard sous le titre du Pigeon récalcitrant. La traduction a été revue, corrigée et surtout complétée. Les amateurs ne seront jamais assez reconnaissant à Rivages pour ce travail.

Divine providence est, encore, et au risque de me répéter, un petit chef d’œuvre de ce maître qui en a produit tant. Tous les amateurs de polar ont lu, ou vu, des histoires d’arnaques. Ce qui est nouveau c’est que Westlake, au lieu de s’attacher à suivre les arnaqueurs, leurs combines, et le montage de la grosse arnaque centrale, change de point d’observation et se place du point de vue de l’arnaqué. En imaginant juste une espèce d’arnaqué étalon, à qui tout, absolument tout, arrive. Effet comique assuré.

Sans compter les à côté, encore plus hilarants, qui étaient sans doute passé à la trappe lors de la première traduction (oui, à l’époque, d’après les spécialistes, on traduisait parfois à la tronçonneuse). Deux scènes d’anthologie, absolument inutiles pour comprendre le déroulement de l’intrigue, mais absolument géniales valent à elles seules l’achat de cette réédition :

La tentative de Fitch de s’échapper de chez lui en passant par le petit jardin de derrière : Vous y découvrirait une variation sur l’homme dans le placard, et l’utilisation inédite de ressorts, non pas de l’intrigue, mais métalliques (je sais, dit comme ça, cela parait obscur, mais lisez, vous verrez).

Le dialogue entre Fitch et la police new-yorkaise à qui il veut signaler un enlèvement. C’est plus simple en passant par le 22 à Asnières.

A lire, de toute urgence, comme le meilleur remède possible contre la morosité.

Donald Westlake / Divine providence  (God save the mark, 1967), Rivages noir (2008). Traduction de l’américain par France-Marie Watkins complétée par Patricia Christian.

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14 avril 2008 1 14 /04 /avril /2008 21:17

Si vous demandez aux auteurs scandinaves tellement à la mode en ce moment, quelles lectures les ont influencé, et qui leur a donné l’envie d’écrire du polar, vous avez 95 % de chances qu’ils vous répondent : « La série Martin Beck écrite par Maj  Sjöwall et Per Wahlöö ». L’influence de ces deux auteurs ne s’arrête d’ailleurs pas aux pays scandinaves. Lors d’une rencontre avec le public à Toulouse en 2007, Xiaolong Qiu, chinois de Shanghai vivant et écrivant aux USA citait la même référence.

Entre 1965 et 1975, ces deux auteurs, marxistes de formation, ont écrit 10 romans mettant en scène un commissariat (ou équivalent suédois) à la tête duquel se trouve le dénommé Martin Beck. Au travers d’histoires policières, ils s’étaient fixés comme objectifs d’autopsier la société social-démocrate suédoise.

 

Quelques volumes se trouvaient encore chez les bouquinistes, dans la collection 10x18 grands détectives, mais ceux qui, comme moi, s’étaient mis au polar plus tard ne pouvait qu’écouter leurs aînés leur conseiller ces lectures, sans pouvoir trouver les romans.

 

Et bien c’est fini ! Rivages vient d’entamer la réédition de la série. Deux titres sont déjà disponibles : Roseanna et L’homme qui partit en fumée.

Pour illustrer le début de mon propos (et prouver que je ne dis pas QUE des bêtises) Roseanna, le premier titre est préfacé dans sa nouvelle édition par Henning Mankell himself.

J’avais déjà trouvé et lu ce titre dans sa précédente édition :

Le 8 juillet 1965, le corps d'une jeune femme nue est retrouvé dans un canal, dans une zone touristique de la Suède. Les enquêteurs locaux n'avancent pas, et font appel aux spécialistes de la capitale : Martin Beck et son équipe. L'enquête est longue et fastidieuse, mais au bout de trois mois l'identité de la morte est enfin établie : il s'agit d'une touriste américaine qui visitait les lacs et les canaux sur le Diana, un bateau quasiment uniquement utilisé par les touristes à cette époque. C'est un premier pas, reste maintenant à retrouver le meurtrier, et à le confondre. Martin Beck et son équipe devront faire preuve d'obstination et d'intuition pour venir à bout d'une enquête laborieuse.

Première apparition de martin Beck que l'on retrouvera ensuite, avec ses collègues dans de nombreux romans.

Celui-ci comporte deux parties : celle qui correspond à l'enquête, lente, fastidieuse, qui nous familiarise avec le travail de fourmis réalisé par ces enquêteurs, puis la deuxième, dont le rythme va en s'accélérant, qui joue superbement avec le suspense, où l'on suit la traque et la capture du meurtrier présumé. Bel exemple de roman de procédure policière dans lequel l'auteur prend son temps de définir les personnages, leurs caractères, et leur vie hors du commissariat.

 

Amateurs de polar, de style procédural, de romans venus du nord, remontez à la source, lisez Maj  Sjöwall et Per Wahlöö.

Maj  Sjöwall et Per Wahlöö  / Roseanna (Roseanna, 1965) Trad de l’anglais Michel Deutsch, trad revue du suédois. L’homme qui partit en fumée (Mannen some gick upp i rök, 1966) Trad de l’anglais Michel Deutsch, trad revue du suédois Philippe Bouquet.

PS. Pour ceux qui s’étonnent de la double traduction … Les premières éditions françaises (en 10x18) ont été traduites à partir de la traduction anglaise, Rivages offre une traduction revue à partir de l’original.

En prime dans ce billet, un petit lien vers un cadeau gratuit. Sur le blog des éditions Moisson Rouge, une nouvelle de Jérôme Leroy.

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25 janvier 2008 5 25 /01 /janvier /2008 23:03

 

Cette chronique est un peu spéciale. Elle traite d’un auteur que j’ai appris à apprécier peu à peu, et qui mérite quelques lignes de présentation.

 

undefinedSi, dans quelques années, des historiens ou des sociologues veulent savoir comment on vivait à New York en 1950 et 2000, ils peuvent faire l’impasse sur tous les essais du monde et se « contenter » de lire la série écrite par Ed McBain consacré aux flics du 87° District. En une cinquantaine d’ouvrages, écrits entre 1956 et 2002, il fait le portrait de la ville et de ses habitants en toutes saisons, par tous temps et à toutes les époques. Ses intrigues passent en revue tous les délits possibles et imaginables, et se déroulent dans tous les secteurs de la société new-yorkaise, scannant ses évolutions économiques, morales, sociologiques … Le tout au travers de romans qui, grâce à un sens époustouflant du dialogue et une maîtrise parfaite de la construction laissent une impression, ô combien trompeuse, de facilité.

 

A cause justement de cette facilité apparente, il peut être difficile d’appréhender la grandeur de cette saga à la lecture d’un volume isolé. Je plaide coupable. Je me souviens encore du premier McBain que j’ai lu, il s’agissait d’Isola Blues, j’avais bien aimé, mais cela ne m’avait pas marqué plus que cela. Devant l’engouement de maîtres du polar qui le cite comme la référence, je fis un excellent achat : Un des 8 volumes que les éditions Omnibus consacrent à l’intégrale du 87° District. Le bon choix.

 

Au deuxième ou troisième roman on est devenu familier des personnages, on commence à percevoir l’immensité du tableau complet, et on devient accro. On est alors comme le chercheur d’or qui vient de découvrir une veine particulièrement riche : Plus de cinquante romans à découvrir ! Depuis, j’ai toujours sur ma table de nuit un recueil en cours, histoire de pouvoir prendre des nouvelles de Steve Carella, Meyer Meyer, Willis, Brown, Kling … et les autres si le besoin se fait trop pressant. J’attaque ici le Volume 4. Ils peuvent tous se lire indépendamment.

 

La rousse est un opus hivernal écrit en 1968, dominé par la figure d’un des plus grands adversaires du 87° District, le Sourd. C’est également un opus d’une tonalité humoristique, qui voit les pires enchaînements d’emmerdes tomber sur les têtes de nos flics préférés, à commencer par celle du pauvre Carella. L’ennui, quand on se replonge dans McBain, c’est qu’on n’a plus envie d’en ressortir. Grâce à un effort de volonté surhumain, je suis passé à autre chose. Mais le Volume 4 reste là, à portée de main …

 

Ed McBain / La rousse (Omnibus, série 87°district Vol 4, 2003)

 

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23 novembre 2007 5 23 /11 /novembre /2007 17:18

westlake-pierre.jpgRivages a eu une idée excellentissime (une de plus) : rééditer les premiers Westlake, ainsi que les premiers Richard Stark qui n’étaient plus disponibles. Je reparlerai sans doute plus tard de Richard Stark et de son personnage de Parker, mais il va ici être question de l’inénarrable John Dortmunder.

 

Après Pourquoi moi ? et Pierre qui roule, voici Personne n’est parfait (Nobody’s perfect en anglais, géniale réplique finale de Some Like it hot).

 

Une fois de plus victime de sa malchance, Dortmunder s'est fait attraper en flagrant délit.westlake-parfait.jpg Quand un ténor du barreau vient prendre spontanément sa défense, le faisant acquitter, il se demande bien évidemment ce que cela va lui coûter. Pas très cher en fait, juste un accord avec un riche dilettante qui souhaite organiser un faux vol de tableau pour arnaquer son assurance. Il organise tout pour qu'il y ait des témoins, et pour que tout se passe bien. Malgré tout, devinez qui reste coincé dans la cage d'ascenseur alors que ses potes se carapatent avec la toile ? Et devinez combien de temps le tableau va rester en leur possession ? Et combien de combines vont être nécessaires pour le récupérer ?

 

Que dire à propos d’un roman consacré à notre John préféré qui n’ait déjà été dit mille fois ? Que c'est un pur régal ? Que l'on découvre avec délice la mise en place de la saga dortmundéresque, les personnages qui tournent autour ? Que l'imagination de Westlake est toujours étonnante ? Que ses idées de casse sont géniales ? Que son humour fait mouche à chaque fois ? Qu’une visite de Londres vu par John et sa légendaire morosité est indispensable ? Que la lecture de Dortmunder vaut tous les antidépresseurs ? Que la saga devrait être obligatoire et remboursée par la sécu, en tant que prévention, spécialement quand les jours raccourcissent et que le blues de l'hiver approche ? Que ceux qui n’ont jamais lu un Dortmunder sont impardonnables, mais très chanceux parce qu’il ne tient qu’à eux de s’y mettre ?

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15 novembre 2007 4 15 /11 /novembre /2007 22:21

Il y a peu, Folio Policier a réédité quatre Jim Thompson. 1275 âmes et Mr Zéro, deux chef d’œuvres, Eliminatoires, dont j’ai déjà causé, et le dernier : Un chouette petit lot. Ce dernier est un véritable rassemble les thématiques, les lieux et les personnages de l’œuvre de Thompson, du Thompson concentré en quelque sorte.

 

Thompson.gifDusty est chasseur de nuit dans un hôtel qui se veut respectable. Il prétend qu’il veut reprendre ses études, mais cela fait quand même un an que ça dure quand, un soir, elle apparaît dans le hall, belle à couper le souffle. Dusty sait que l’hôtel interdit formellement les relations entre employés et clientes. Il sent bien que ce sont les pires ennuis qui débarquent avec elle. Mais elle est trop belle.

 

Tout le pessimisme du grand Jim dans ce roman aux apparences trompeuses. Toutes ses thématiques également : rapport difficile avec le père, amour incestueux avec la mère, lâcheté, égoïsme … Un personnage principal emblématique, qui sans être franchement mauvais (il est trop lâche et passif pour cela), fait le mal par omission et négligence, et justifie les avantages qu’il en tire par les malheurs qu’il a subis. Des renversements de situation, des faux semblants, une façon de manipuler les clichés les plus usés, pour les retourner comme des crêpes. Un lieu souvent utilisé : hôtel anonyme d’une ville sans grande importance. Et une fin couperet. Vraiment, un concentré de Thompson. Peut-être pas le meilleur, mais un des très bons, de ceux qui tournent dans la caboche bien après avoir refermé le bouquin.

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17 août 2007 5 17 /08 /août /2007 21:54

Rééditions.

L’été et son vide éditorial finalement reposant permet aux uns et aux autres de rattraper le retard accumulé tout au long de l’année, ou mieux, de combler, peu à peu, les effrayantes lacunes de notre culture. Encore faut-il pouvoir mettre la main sur les grands classiques, parfois totalement épuisés, ou introuvables. Heureusement folio policier fait depuis quelques années un formidable boulot de réédition du fond.

Dans les derniers titres parus cela m’a permis, enfin, de lire James Hadley Chase, et de découvrir des Jim Thompson que je ne connaissais pas, moi qui croyais avoir tout lu de cet auteur génial.

Le Chase c’est le mythique Pas d’orchidées pour Miss Blandish, titre impossible à ignorer si on a pratiqué un tant soit peu la série noire, mais que je n’avais jamais lu. Certes le lecteur actuel qui lit cette histoire d’une belle héritière enlevée par une bande de malfrats bas de fronts et sadiques, peut avoir une impression de déjà vu, voire de clichés. Mais c’est justement que l’on a là, entre les mains, un des romans qui a donné le jour à ces clichés. Et un roman qui tient encore la route. Les affreux, malgré la surenchère que l’on a ensuite connue, sont particulièrement effrayants, et comme disait le grand Alfred, si le méchant est réussi, le film (ici le roman), fonctionne. A noter également réédités récemment, La chair de l’orchidée et Eva.

Du côté de Jim Thompson, mis à part l’incontournable 1275 âmes dont j’ai revu il y a peu l’excellente adaptation de Bertrand Tavernier (Coup de torchon), folio vient de rééditer quatre titres. Dont Eliminatoires, à la trame a priori archi classique : le pigeon parfait débarque dans une petite ville du Texas qui semble être sous la coupe d’un flic pas vraiment net. Il a beau sentir venir le coup fourré, il n’a pas le choix et accepte le poste de privé dans le seul hôtel de bled. Et le coup fourré arrive, bien entendu. Du pur Thompson, bien sombre, bien glauque, sans aucune illusion sur la nature humaine. Même en le connaissant bien, on est encore surpris par ses contre-pieds et ses fausses pistes. Le roman a également et surtout valeur de témoignage sur les mœurs et préjugés (raciaux et sexuels) d’une époque pas si lointaine qui paraissent pourtant d’un autre âge … A moins que certains ne soient en train de ressurgir.

Impossible de finir ce tour d’horizon trop rapide sans citer un roman de Charlie Williams que tout amateur de polar se doit d’avoir lu, et même relu, Fantasia chez les ploucs, réédité il y a déjà quelques années. Billy Noonan, sept ans, s’apprête à passer le plus fabuleux été de sa vie. Pop, son papa, a décidé de laisser tomber les champs de courses et d’aller à la ferme de l’oncle Sagamore. Une ferme où on ne travaille pas beaucoup la terre. Tonton Sagamore est la calamité du comté, le cauchemar du shérif, producteur de gnole en ces temps de prohibition, spécialiste en arnaques en tous genres, tout ça sous des dehors de plouc fini. Classique parmi les classiques du polar humoristique, il fonctionne sur le principe de l’anticipation : Le lecteur sent venir le coup. Il rigole par avance, puis il rigole quand ça arrive, et il se prépare déjà à rigoler de nouveau pour l’arnaque suivante. Du grand art, indispensable pour tout amateur de polar déjanté.

Egalement une excellente nouvelle chez Rivages, la réédition d’un roman introuvable de Donald Westlake, Adios Schéhérazade, ou les tribulations d’un auteur de romans pornos en panne d’inspiration. Dans les mains d’un autre cela pourrait être vulgaire, pathétique et racoleur, dans celle du génial inventeur de Dortmunder c’est un pur régal.

Pour folio policier, leur site web est superbe et propose, outre le catalogue et les prévisions de parutions, de nombreux portraits d’auteurs et des critiques de libraires, ou amis de libraires (comme ma pomme …).

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  • : Il sera essentiellement question de polars, mais pas seulement. Cinéma, BD, musique et coups de gueule pourront s'inviter. Jean-Marc Laherrère
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