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20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 17:52

Ca commençait à faire longtemps qu’on n’avait pas eu un bon R&B à se mettre sous la dent. Et le voilà enfin, joli cadeau offert par Ken Bruen et la série noire. Celui-ci s’appelle Munitions, et c’est toujours aussi bon. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul on a deux autres Ken Bruen ce mois ci, un Jack Taylor chez Fayard et un roman à quatre mains chez Rivages, à suivre ici même bien entendu.


BruenL’inévitable et pourtant impensable vient d’arriver : Brant s’est fait tirer dessus. Il s’en est tiré mais il semble que le commanditaire ne compte pas en rester là (ce qui aurait tendance à arranger pas ma de monde dans son commissariat). Parallèlement Liz Falls se retrouve à patrouiller pour arrêter de jeunes cons qui pratiquent le nouveau jeu à la mode : gifler quelqu’un au hasard dans la rue et photographier sa tronche ahurie pour faire circuler les photos sur le net. Quand Angie, la cinglée de Vixen refait surface les choses prennent vraiment un mauvais tour …


Je sais, c’est court et c’est lu en moins de deux heures. Je sais, l’intrigue est mince. Je sais tout ça. Mais qu’est-ce que c’est bon nom de Dieu !

 

C’est court parce que Ken Bruen est capable de faire exister un personnage en quelques lignes. C’est court parce que les dialogues sont d’un tranchant absolu. C’est court parce qu’il n’explique pas ce que font ses personnages, il le montre. C’est court parce qu’il écrit avec une économie et une efficacité rares … Du coup c’est bon, très bon.


C’est sanglant, cinglant, méchant, drôle, et ce qui pourrait n’être qu’un jeu de casse pipe un peu vain prend toute son épaisseur quand on s’aperçoit, presque surpris qu’on est aussi ému. Et que ça dit des choses sur l’arrogance des puissants et la dégradation de la société anglaise. Et le pire c’est qu’on apprécie de plus en plus cet espèce d’animal qu’est Brant, roc immuable de méchanceté, de mauvaise foi, d’irrespect … Mais en même temps bonhomme définitivement cohérent et fidèle à ses principes (des principes discutables certes, mais des principes quand même).


Allez, un petit extrait pour la route :


« De retour au poste de police, Roberts lui dit d’aller chercher deux thés à la cantine et de les apporter dans son bureau. Elle eu envie de protester, de répondre qu’elle était policière, qu’aller chercher du thé ne faisait pas partie de ses attributions, mais il lui sembla que ce n’était pas le moment.

- Comment le voulez-vous, monsieur ? lui demanda-t-elle sur un ton sarcastique.

Il ne se démonta pas.

- Vite. »


Ken Bruen / Munitions (Ammunition, 2007), Série Noire (2012), traduit de l’anglais (Irlande) par Daniel Lemoine. 

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10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 22:41

L’an dernier, à la même époque, Stuart Neville faisait une entrée remarquée (et remarquable) chez Rivages avec Les fantômes de Belfast. Cette année, avec une belle régularité qui pourrait augurer une excellente tradition, le revoilà avec Collusion. Tout aussi remarquable.

NevilleSouvenez vous. A la fin du précédent roman, Gerry Fegan, ex tueur de l’IRA faisait un sacré ménage dans les rangs de ses anciens patrons et des pourris divers et variés qui avaient su profiter d’une période de sang et de larmes pour s’enrichir, se venger, abuser de leur pouvoir … Puis, après avoir sauvé Marie et sa petite fille Ellen, il avait disparu.

Ménage pas assez complet. Quelques survivants ont décidé de se venger à tout prix. O’Kane, le « Bull » qui a vu son empire et sa vie détruits engage un tueur pour descendre tous ceux qui ont été témoins de sa déchéance, et se servir de Marie et Ellen comme appâts pour attirer Gerry Fegan.

Quand le jeu de massacre commence Jack Lennon, flic catholique (ce qui est déjà dur à porter du côte de Belfast) qui est toujours à la recherche de Marie son ex femme et d’Ellen qu’il n’a jamais vraiment connu se trouve pris dans le tourbillon de vengeance. Il va perdre le peu d’illusions qui lui restent et faire des alliances contre nature pour sauver sa peau et celle de Marie et Ellen.

S’il faut absolument trouver des poils sur les œufs, disons que le final du précédent roman était parfait, et que faire revenir Gerry Fegan l’affaiblit peut-être un tout petit peu. Pour le reste, voilà un second roman tout aussi recommandable que le précédent.

Pour commencer par le plus évident, si l’auteur prend le temps d’installer son intrigue (après une entame en fanfare), à partir de la moitié la tension va grandissante, la maîtrise du tempo est impressionnante et il devient impossible de lâcher le bouquin. Insomnies à prévoir donc. C’est déjà pas mal.

Pour le reste, on retrouve les qualités du roman précédent. Avec de superbes personnages, souvent saisis au bord de la rupture, et un affreux particulièrement réussi, donc particulièrement effrayant.

On retrouve surtout la peinture sans concession d’une Irlande du Nord en plein boum économique où les Collusions et compromissions du passé, même les plus incongrues, mêmes les plus « contre-nature » effleurent à la surface, entrainant les réactions violentes de ceux qui ne veulent pas être découverts. Une Irlande du Nord aussi où, malgré la paix apparente, les haines sont toujours là, les plaies toujours ouvertes, aussi et surtout entre proches.

Une Irlande de Nord dans laquelle Stuart Neville continue son œuvre de démystification. Oui il y avait un occupant et un occupé, oui il y avait une cause, historiquement plus juste que l’autre. Mais non, il n’y avait pas les blancs d’un côté les noirs de l’autre. Une guerre, quelle qu’elle soit, salit tout, corrompt tout, avilie tout. Les compromissions sont partout, les purs rarissimes et ce sont (presque ?) toujours les plus pourris, les plus malins, les plus corrompus qui s’en sortent le mieux. Et les plus pauvres, les plus faibles qui payent. Toujours.

Bref un vrai roman noir, qui ausculte une société et une époque au travers d’une intrigue millimétrée et avec des vrais personnages de chair et de passions.

Stuart Neville / Collusion (Collusion, 2010), Rivages/thriller (2012), traduit de l’anglais (Irlande) par Fabienne Duvigneau.

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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 23:03

Le lecteur de polar est en général quelqu’un de fidèle, qui s’attache aux personnages récurrents. John Dortmunder, Pepe Carvalho, Adamsberg, Dave Robicheaux, Mendez, Harry Hole … Et Charlie Parker, le privé de John Connolly, le plus américain des irlandais, qui revient dans La nuit des corbeaux.

connoly

Pastor’s Bay, un bled vraiment perdu du Maine. Randall Haight est venu s’y installer quand il est sorti de prison. A quatorze ans, avec un autre gamin, ils avaient tué une fille de leur âge. Bien des années plus tard, ils sont sortis de prison avec une nouvelle identité pour tenter de refaire leur vie, leur dette envers la société payée.


Randall y est arrivé. Jusqu’à ce qu’une adolescente disparaisse à Pastor’s Bay, au moment même où Randall se met à recevoir des courriers anonymes prouvant que quelqu’un connaît sa véritable identité. Bien qu’il n’aime pas le personnage, Charlie Parker accepte, à la demande de son avocate, d’enquêter pour essayer de trouver qui a retrouvé Randall …


Ce n’est pas le meilleur Charlie Parker. C’est même un des plus faible de la série. Essentiellement parce que le méchant de l’histoire est beaucoup moins effrayant que dans certains autres épisodes, ce qui fait qu’on tremble peu pour le privé. Aussi parce que, même s’ils apparaissent brièvement, ses deux anges gardiens, Angel et Louis y ont un rôle très secondaire. Un peu aussi parce que les promesses entrevues de fantastique et d’une présence fantomatique rodant dans l’ombre ne sont pas toutes tenues …


Mais cela ne veut pas dire qu’on s’ennuie, loin de là. Parce qu’un Charlie Parker moins intense reste quand même un excellent polar, parfaitement construit et écrit et qu’on est toujours enchanté de retrouver Charlie et ses potes. Parce que l’humour noir est toujours présent, parce que les descriptions sont toujours aussi belles, parce que le désespoir de Charlie décrit par son créateur est toujours aussi poignant et pour la justesse de la description de l’Amérique qui transparait sous l’histoire.


 Donc une bonne lecture en attendant le prochain épisode.


John Connolly / La nuit des corbeaux (The burning soul, 2011), Presses de la cité/Sang d’encre (2012), traduit de l’irlandais par Jacques Martichade.

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23 octobre 2011 7 23 /10 /octobre /2011 15:33

J’avais laissé passer un Charlie Parker, pas le saxo, le privé de John Connolly. J’ai réparé mon erreur et ai fini par lire L’empreinte des amants.

 

Connolly amants

Charlie Parker c'est vu retirer sa licence de privé, ce qui le cantonne à un boulot de barman. Jusqu'au jour où il décide d'enquêter sur sa propre famille. Quelques temps auparavant Le collectionneur, sinistre personnage qu'il a croisé en des circonstances pénibles lui a suggéré qu'il n'était pas vraiment le fils de ses parents. Et a vaguement parlé de la mort de son père.

Un père flic sans histoires qui, alors que Charlie avait quinze ans, a abattu sans raison apparente deux adolescents avant de se suicider. Charlie décide de fouiller son passé, au risque de mettre à jour des secrets dérangeants. Et de s'attirer les pires ennuis.

 

Plus on avance dans les aventures de Charlie Parker, plus le côté fantastique est marqué, et plus on approche de sa véritable nature. Cet épisode est particulièrement intime, plus introspection qu'enquête extérieure.

 

Plus intime, mais avec le même sens de l'intrigue, le même humour, la même qualité d'écriture, la même facilité à mélanger d’une façon qui semble naturelle et évidente enquête policière classique et éléments fantastiques. Et on retrouve toujours avec le même plaisir Angel et Louis, leur humour, leur violence imprévisible.

 

Bref, si vous voulez un thriller palpitant, bien écrit, avec de vrais personnages et une vraie histoire, sans oublier une belle description de l’Amérique d’hier et d’aujourd’hui, lisez John Connolly.

 

John Connolly / L’empreinte des amants (The lovers, 2009), Pocket (2011), traduit de l’anglais (Irlande) par Jacques Martichade.

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13 septembre 2011 2 13 /09 /septembre /2011 23:08

Après deux romans bien noirs et éprouvants, le lecteur a droit à une petite récréation. Comme la vie, et le monde de l’édition, sont parfois bien faits, parait ce mois-ci à la série noire un nouvel opus de la série R&B (pour Roberts et Brant) de Ken Bruen. Comme toujours sur les derniers titres, celui-ci est court et efficace : Calibre.

 

BruenLondres. Dans le fief de Brant, le flic le plus dangereux de Londres, un illuminé a décidé de faire respecter la politesse. Sa méthode ? Simple. Il tue ceux qu’il surprend en flagrant délit de grossièreté. Puis il s’en vante auprès de la police et de la presse.

 

Erreur. Car si Brant ne tient pas particulièrement à sauver les cons et autres malpolis autour de lui, il est bien décidé à être le seul à choisir qui il faut éliminer ...

 

Ken Bruen prouve, une fois de plus, que le thème le plus rabattu (ici le serial killer), donnant lieu aux pires soupes commerciales, peut aussi, dans les pattes d’un auteur de talent (et il en a le bougre !), donner un petit bijou, tout noir.

 

Nous avons donc ici un R&B classique et donc jubilatoire. Brant au mieux de sa forme, des flics méchants comme des teignes, des délinquants plus bêtes que la moyenne mais presque aussi mauvais que les flics, un hommage aux grands du noir, et une écriture au scalpel. Cela donne des scènes d’anthologie, des dialogues à apprendre par cœur et une méchanceté assumée réjouissante. Du pur bonheur. Dommage que ce soit si court, mais peut-être est-ce une nécessité pour atteindre une telle efficacité et un tel tranchant …

 

Vivement le prochain.

 

Ken Bruen / Calibre (Calibre, 2006), Série Noire (2011), traduit de l’irlandais par Daniel Lemoine.

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4 septembre 2011 7 04 /09 /septembre /2011 19:15

Les vacances sont finies, les bouquins qui s’accumulent et que je n’ai pas eu le temps de lire vont sans doute devoir attendre la prochaine pause, place à la rentrée. Qui commence très fort avec un premier roman ébouriffant qui, une fois de plus, nous vient d’Irlande. Il inaugure la nouvelle maquette des éditions Rivages/Thriller : Les fantômes de Belfast de Stuart Neville.

 

NevilleBelfast début des années 2000. Depuis que l'accord de paix a été signé en avril 98 les choses changent. Les anciens combattants se convertissent rapidement en hommes d'affaires et/ou hommes politiques, mais certains restent sur le carreau. Comme Gerry Fegan, tueur de l'IRA qui, après douze ans de prison se retrouve dehors, et boit pour tenter de tenir ses fantômes à distance. Ses douze victimes le hantent et viennent, toutes les nuits, lui demander de punir les coupables, ceux qui, sans se salir les mains, sont eux aussi responsables de leur mort.

 

Pour retrouver la paix dans une Irlande du Nord qui est loin d'avoir oublié ses haines et le sang répandu, Gerry Fegan commence à faire le ménage, et devient pour tous l'homme à abattre.

 

Il semble donc que cela soit un premier roman. Si c'est le cas, Stuart Neville promet. Quel putain de bouquin ! (Excusez l’expression, mais c’est vraiment le cri du cœur).

 

Lyrique, onirique, noir, mêlant fantômes du passé et magouilles bien présentes, superbe description d'une génération perdue, sacrifiée sur l'autel des haines et des guerres. Loin, très loin de la mythologie de l'IRA et de la grandeur du sacrifice des irlandais pauvres et purs, sans pour autant minimiser les souffrances endurées, l'absurdité de l'occupation anglaise, sa brutalité, son arbitraire.

 

Un vrai grand roman noir comme on les aime, sans chevalier blanc, avec quelques beaux pourris, dans les deux camps, avec la peinture sans concession des horreurs commises des deux côtés ; avec une vraie humanité et compréhension pour ceux qui souffrent, avec une indignation et une rage face à ceux qui, sans jamais s'être mouillés, ont su profiter et prendre le virage en empochant l'argent.

 

Mais également avec un espoir, mince, mais un espoir quand même, celui que la nouvelle génération puisse vivre en paix.

 

Et quels personnages ! Avec Gerry, torturé, au bord de la folie, archétype réussi du héros de polar comme on les aime ; avec un superbe portrait de femme qui tente, à sa façon, de résister à la connerie et la saloperie ambiante, et ne lâche jamais le morceau ; et avec une galerie de pourris cyniques, manipulateurs, profiteurs particulièrement gratinée.

 

Le tout servi par une intrigue haletante, où les retours en arrière parfaitement distillés éclairent le présent sans jamais nuire au rythme du récit.

 

Bref, un grand roman, peut-être la grande découverte de cette rentrée littéraire.

 

Stuart Neville / Les fantômes de Belfast (The ghosts of Belfast, 2009), Rivages/Thriller (2011), traduit de l’irlandais par Fabienne Duvigneau.

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21 mai 2011 6 21 /05 /mai /2011 22:59

J’ai déjà écrit ici et   et tout le bien que je pense de John Connolly. Et bien, à l’occasion de la sortie de son dernier roman Les murmures, je recommence. Et à force, je finirai bien par vous convaincre de le lire.

 

ConnollyLe Maine, au nord-est des Etats-Unis. La frontière avec le Canada est une vraie passoire. Drogue, immigrés clandestins, armes … Tout passe et repasse. Depuis peu, de nombreux anciens soldats d'Irak se sont installés dans la région. Ils y ont apporté un nouveau trafic : celui des œuvres d'art anciennes volées au musée de Bagdad. Ils ne savent pas que, parmi ces trésors, se cache un objet très anciens, très précieux, très … dangereux. Et les suicides commencent. Chargé d'enquêter sur l'un de ces soldats, Charlie Parker, ex flic devenu privé va se trouver sur les traces d'un Mal aussi vieux que l'humanité. Un Mal qu'il n'est pas le seul à traquer.

 

Le hasard de mes lectures fait que pour la première fois je m’aperçois combien les univers de John Connolly et de James Lee Burke sont proches. Et nouveau hasard, dans cet opus, Charlie Parker, pour passer le temps, lit un roman de James Lee Burke. Je me suis même demandé comment je ne m’en étais pas rendu compte plus tôt.

 

Les deux ont un personnage récurrent hanté par ses démons, par ses morts, et par les morts de l’Histoire qui ne les laissent jamais en paix. Les deux doivent en permanence (ou presque) lutter contre leur propension à la violence. Les deux ont des amis … peu conventionnels (même si Louis et Angel sont un poil plus bizarres et imprésentables que Clete Purcel). Les deux affrontent souvent un mal métaphysique. Les deux auteurs aiment pimenter leurs romans d’une pointe de fantastique (plus prononcée chez Connolly). Enfin les deux auteurs excellent dans les descriptions poétiques de la nature, plus inquiétantes chez Connolly, plus lyriques chez Burke …

 

Ce qui n’empêche pas des différences, la plus importante à mes yeux étant que Connolly n’a pas, comme Burke, un attachement viscéral à une région.

 

Et puis, un dernier point, les deux sont deux sacrés auteurs ! Et ce nouvel épisode des aventures de Parker en est la preuve, avec tous les ingrédients habituels : une solide histoire, un suspense parfaitement maîtrisé, des personnages que l'on a plaisir à retrouver (comme ses amis Louis et Angel, ou Le Collectionneur, vieille connaissance …) des dialogues qui claquent (surtout quand Angel et Louis sont de la partie) et une pincée de fantastique pour épicer le tout sans pour autant tomber dans la facilité.

 

Et c’est une grande force de Connolly ce tour de main pour assaisonner au fantastique. Car si, indéniablement, des forces « hors normes » et des créatures pas franchement réalistes interviennent, l’auteur ne se permet aucune facilité de scénario, et aucun élément de résolution ou d’action n’est fantastique. Tout pourrait n’être qu’une vision de l’esprit des personnages, l’effet d’une folie passagère, un cauchemar très réaliste … Même si le lecteur SAIT que le machin là, existe pour de vrai … dans le roman. Juste un frisson de plus, une pincée lovecraftienne au pays des hardboiled. J’adore ça !

 

Cette fois l'histoire sert de toile de fond à une réflexion sur le traumatisme des guerres, les blessures visibles ou pas qu'elles génèrent, la façon dont les anciens soldats sont accueillis en rentrant chez eux. Des thèmes récurrents aux US, qui semblent montrer que les choses n'ont guère évolué depuis le siècle dernier.

 

Bref, un roman puissant, original et instructif, en un mot passionnant. De quoi, j’espère, vous donner envie de lire tous les John Connolly.

 

John Connolly / Les murmures (The whisperers, 2010), Presses de la Cité/Sang d’encre (2011), traduit de l’anglais (Irlande) par Jacques Martichade.

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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 11:20

J’ai plusieurs fois écrit ici même que les polars irlandais étaient en général sauvé du désespoir par l’humour. C’est souvent vrai. Pas toujours. Malgré le titre, peu d’espoir, et pas d’humour pour éclairer Redemption factory de l’irlandais du nord Sam Millar, dont j’avais déjà beaucoup aimé Poussière tu seras.

 

MillarPaul Goodman a besoin d’argent. Pour vivre (ou survivre ?) et pour s’entraîner au snooker. C’est pourquoi il se présente aux abattoirs, prêt à accepter n’importe quel boulot. Et il faut du cœur au ventre pour bosser dans cet enfer de sang et de tripes, mené d’une main de fer par Shank, le patron, une brute épaisse à la réputation sinistre et ses deux filles, complètement cinglées. Shank qui, si l’on en croit les rumeurs, n’a pas abattu que des vaches et des moutons dans sa vie …

 

Bienvenue en enfer, un enfer à la Jérôme Bosh (le peintre, pas le personnage de Connelly). Car c’est bien dans un tel univers que Paul Goodman met les pieds. Un univers où l’on teste les nouveaux en les plongeant dans un bain de sang (littéralement), un univers de difformités physiques et psychiques, un univers de violence et d’anormalité …

 

Ajoutez à cela un passé qui pèse encore son poids, un passé très présent même si le cesser le feu est effectif depuis quelques années, un passé de violence, de trahisons, de vengeances, de secrets, de non dits … Vous l’aurez compris, on ne rentre pas dans la Redemption Factory pour rigoler.

 

Et pourtant, l’ensemble n’est jamais complètement désespérant, parce qu’il reste une forme de solidarité, une humanité, des amitiés, et même la naissance d’amours pourtant difficiles. Il y a le plaisir d’une bonne Guiness, celui du jeu, le goût des belles choses.

 

Autant de détails qui, alliés à une très belle écriture font que ce tableau rouge sombre est plus émouvant que déprimant, plus chaleureux que glaçant. Bref une nouvelle réussite de Sam Millar.

 

Sam Millar / Redemption factory (The redemption factory, 2005), Fayard/Noir (2010), traduit de l’anglais (Irlande) par Patrick Raynal.

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14 octobre 2010 4 14 /10 /octobre /2010 19:41

 

Pour me « détendre » après TPS, et avant d’attaquer une série hispanique, en partie achetée au salon, j’avais besoin d’un coup de raide. Du bien noir, bien serré. Du qui gifle, qui réveille. « Une boisson d’hommes » comme dirait l’autre, avec de la pomme, mais aussi de la poire … En l’occurrence plutôt de l’orge … Il s’agit de En ce sanctuaire, dernier Jack Taylor, le privé irlandais de Ken Bruen.

 

Jack Taylor va mal. Ce qui n’est pas nouveau. Il avait son billet pour l’Amérique quand Ridge, la garda avec qui il entretient Bruen-sanctuaireun relation amicale toute en piquants (et en piques) lui a annoncé qu’elle était atteinte d’un cancer. Alors Jack est resté à Galway. Où il reçoit la lettre d’un fou furieux lui annonçant la mort prochaine de deux flics, un juge, une nonne … et un enfant. Bien entendu, la police lui rit au nez et, une fois de plus, il devra enquêter, bien contre son gré, dans cette Irlande qu’il reconnaît de moins en moins.

 

Un Jack Taylor pur noir … Jack toujours aussi désespéré, aussi cinglant, aussi hargneux … aussi humain sous la carapace. Galway toujours méconnaissable, transformée par l’incroyable richesse tombée d’un coup sur quelques uns, laissant les autres plus pauvres que jamais. Une intrigue … prétexte. Prétexte à sonder les âmes en peine, à toucher le fond du désespoir. Et l’écriture de Ken Bruen. Limpide, tranchante, chantante, référencée … Bref, tout ce que j’aime, qui bouleverse, fait rager, pleurer, sourire, rire même parfois.

 

Allez, quelques extraits, juste pour retrouver l’humeur agréable de ce vieux Jack :

 

« M’étais permis le geste puéril de claquer la porte derrière moi ?

Y a intérêt. »

Et là, vous avez tout Jack :

« L’amabilité me déstabilise. Je suis tellement habitué aux échanges acerbes que la gentillesse authentique me trouble. Je lui retournai mon plus beau sourire en espérant qu’il ne ressemblait pas trop à une grimace »

 

Voilà, venez pour une virée désespérée et magnifique dans l’Irlande d’aujourd’hui.

 

Ken Bruen / En ce sanctuaire (Sanctuary, 2008), Série Noire (2010), traduit de l’anglais (Irlande) par Pierre Bondil.

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22 septembre 2010 3 22 /09 /septembre /2010 22:03

Une deuxième nouveauté en septembre à la série noire avec Declan Hughes et son Coup de sang qui vient confirmer la vitalité du polar irlandais.


HughesEd Loy a quitté Dublin à 18 ans. Il s’est installé et a fait sa vie à Los Angeles où il est devenu privé. Aujourd’hui, il est de retour en Irlande, pour enterrer sa mère. Il retrouve une ville qu’il ne connaît pas : le boom économique a tout changé, les grues sont partout, des fortunes inimaginables se sont construites en quelques années et tout le monde semble avoir oublié le passé. Par désœuvrement, il accepte de chercher le mari de Linda Dawson, une amie d’enfance. Une quête qui va l’amener à fouiller dans les coulisses de la nouvelle prospérité, et à exhumer un passé qui ne se laisse pas oublier si facilement.


Du classique, du solide, du sûr. Un privé, un point de départ archi connu (un privé part à la recherche du mari / de la femme disparu-e-), pour une intrigue solide, de beaux personnages, de l’émotion, de l’action, des coups de théâtre, des affreux convaincants, une belle écriture … cela serait déjà suffisant à faire de ce Coup de sang un bon polar dans la tradition.

 

Mais ce n’est pas tout. En prime il y a l’Irlande du boom. Celle décrite par Ken Bruen ou Hugo Hamilton. Celle qui se perd dans les mirages de la consommation à tout crin, dans le tourbillon de l’argent facile, et de l’argent roi. Celle qui ne veut pas voir qu’à côté du clinquant, il y a ceux qui sont restés en rade, et qui, par contraste et parce qu’ils sont plus seuls que jamais, sont dans une situation encore pire qu’avant.

 

« Après tout, il y avait de l’argent dans ces rues, et les personnes qui en avaient le portaient sur leur dos, autour de leurs poignets et de leur cou. Pourquoi pas dans la bouche aussi ? Quel est l’intérêt d’avoir de l’argent si personne ne savait que vous en aviez ? Pendant trop longtemps, les Irlandais avaient eu honte de leurs fonds de culotte troués. Plus personne n’avait le droit de penser ainsi, et même si cela impliquait un carnaval de vulgarité et d’avidité ostentatoire,  eh bien, n’avions nous pas attendu ce moment suffisamment longtemps ? […]

Dublin ressemblait maintenant à l’importe quelle autre ville. Je suppose que c’était le but : à un moment de notre histoire, nous avions essayé de défendre une identité irlandaise unique en nous isolant du monde extérieur. […]

Après avoir tenu à prouver que l’Irlande n’était pas une colonie appelée Grande-Bretagne de l’Ouest, nous étions désormais optimistes quand à notre recolonisation, résignés à notre destiné de 51° état des USA. »

 

Pour finir il y a la dimension politique du roman. Celle, dans la plus pure tradition du roman noir des origines qui parle de corruption, des liens entre crime et le monde politique. Un lien et une corruption inévitable dans un pays qui s’est enrichi si vite, et où la construction explose, tant bâtiment, pègre, politiques et pot de vin font bon ménage.

 

En résumé, un bon polar dans la tradition qui se révèle, en plus, un très bon roman noir.

 

D’accord avec Jeanjean de moisson noire, une fois de plus.

 

Declan Hughes / Coup de sang  (The wrong kind of blood, 2006), Série Noire (2010), traduit de l’anglais (Irlande) par Aurélie Tronchet.

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