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9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 10:19

Après autant de SF post-apocalyptique, hop un thriller mitonné aux petits oignons. Et vous connaissez maintenant mon faible pour le plus américains des irlandais, à savoir John Connolly. Dont voici la dernière réédition en poche : Les anges de la nuit.

 

connolly angesPour une fois, Charlie Parker est assez stable … Mais son ami Louis qui est la cible de malfaisants. Louis est un tueur. Il a fait partie des Faucheurs de Gabriel, une groupe de tueurs surentraînés, pas trop curieux, que leur patron employait pour faire de sales boulot que les gouvernements ne peuvent pas faire ouvertement. Puis Louis a eu des doutes, et a quitté l'organisation. Mais aujourd'hui il semble que Bliss, le tueur des tueurs, qu'on pouvait croire mort, soit revenu pour lui. Louis et son ami Angel vont avoir besoin de toutes leurs ressources, d'un peu de chance, et de l'aide de leur ami Charlie Parker pour se sortir d'affaire …

 

Un John Connolly un peu atypique, pur adrénaline, sans la composante fantastique qu'il ajoute souvent, mais avec beaucoup plus d'humour, non dans les situations, toujours aussi violentes et sombres, mais dans les dialogues et les descriptions. Résultat, ça claque, ça gifle, ça accélère, ça explose ! Waouw !

 

Impossible de fermer le bouquin dans les 100 dernières pages, il a réussi à y introduire un mécanisme qui fait tourner les pages toutes seules et empêche de refermer le bouquin avant l’apparition du mot FIN. Les dialogues fusent (surtout entre Angel et Louis), ça tire de partout, et ceux qui osent s’en prendre à nos amis (des amis assez peu conventionnels il faut bien l’avouer) en prennent plein les dents. Que du bonheur !

 

John Connolly / Les anges de la nuit (The reapers, 2008), Pocket (2010), Traduit de l’anglais (Irlande) par Jacques Martichade.

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9 juin 2010 3 09 /06 /juin /2010 19:33

« Un des meilleurs thrillers irlandais de ces dernières années » lit-on en quatrième de couverture. Et donc j’ai hésité à l’ouvrir. Parce qu’en général j’aime beaucoup les polars qui nous arrivent d’Irlande, mais je ne suis pas fan de thrillers … Puis je me suis décidé, voici donc Trois accidents et un suicide, de Seamus Smyth.

 

smythGerd est une pourriture sans morale. Gerd tue des gens, sans haine ni passion, mais avec beaucoup de savoir faire. Il se débrouille toujours pour qu’on croit à un accident ou à un suicide. Gerd n’a jamais été soupçonné. Ce qui ne l’a pas empêché de ramasser une jolie fortune, tout en restant dans l’ombre de son ami Toner, gros caïd de Dublin. Mais cette fois, pour une histoire de femmes, Gerd s’est mis dans le pétrin et il va lui falloir éliminer un certain nombre d’enquiquineurs … Dernier détail, Gerd est le narrateur.

 

Cette fois la quatrième de couverture dit très certainement la vérité. C’est effectivement un thriller très efficace. Le narrateur est une pourriture comme on en voit peu, même dans le polar. Glacial, manipulateur, totalement amoral, uniquement préoccupé par ses besoin … et extrêmement intelligent. Ses combines sont impressionnantes.

 

Mais ce n’est pas pour autant qu’il m’a réconcilié avec les purs thrillers. J’ai passé un bon moment de lecture, mais je ne pense pas que je lirai d’autres titres de cet auteur. Parce que mise à part l’envie de tourner les pages pour savoir la suite, je ne retiens pas grand-chose de ce roman. Ni sur l’Irlande, ni sur Dublin, ni sur la nature humaine, ni sur les différents personnages dont le sort avait tendance à m’indifférer …

 

L’un des meilleurs peut-être (je suis très mal placé pour en juger), mais d’un genre auquel j’ai définitivement du mal à accrocher.

 

Seamus Smyth / Trois accidents et un suicide  (Quinn, 1999), Fayard/Noir (2010), Traduit de l’anglais (Irlande) par Natalie Zimmermann.

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11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 23:29

Ken Bruen est prolifique, et c’est tant mieux parce que j’ai aimé tous ses bouquins (du moins, tous ceux que j’ai lu jusqu’à présent). Voici donc, Brooklyn Requiem qui n’est ni un Jack Taylor, ni un R&B. Mais pas de doute, c’est bien un Ken Bruen.

 

BruenMatt O’Shea est garda (tout le monde ici sait bien entendu ce que c’est*). Il rêve d’être flic en Amérique. Coup de bol, à l’occasion d’un échange « culturel », 20 irlandais sont choisis pour aller passer quelques temps chez les flics ricains. Et Matt fait partie du nombre. Hasard ? Pas tout à fait. Disons que Matt sait parfaitement utiliser les informations qu’il recueille lors de ses enquêtes. Surtout les informations sur les hommes au pouvoir.

 

Le voilà donc au NYPD, partenaire de Kurt, flic mal luné et violent. Et alors ? Et alors le séduisant Matt a un petit secret. De temps en temps il étrangle une jeune femme, avec une chapelet. Autre chose, Matt est froid comme la glace, très intelligent, et son intelligence est toute au service d’une seule cause, lui-même. Quand il rencontre la très belle sœur légèrement attardée de Kurt …

 

La noirceur de la série Jack Taylor, des flics aussi doux que Robert et Brant, un monstre et l’écriture de Ken Bruen. Le mélange ne peut être que détonnant. Il l’est.

 

Je vais tout de suite vous lister les reproches qui ne manqueront pas d’être fait à ce roman. La minceur de son intrigue, l’impression que, s’il le voulait bien, il pourrait sans doute écrire une roman encore plus grand. Et c’est vite lu, trop vite.

 

A cette dernière critique il est facile de répondre : Vaut-il mieux prendre son pied deux heures ou s’emmerder six comme on le fait souvent avec les thrillers tout venant ? Pour ma part, je préfère la première solution.

 

Ken Bruen rate-t-il, une fois de plus, son GRAND ROMAN ? Peut-être mais je ne suis pas certain qu’il ait envie de l’écrire. Ni même que ce soit dans son caractère, ou qu’il ne risque pas d’y perdre son écriture. Il écrit, magnifiquement, des romans courts, secs, très sombres et très humains.

 

A moi ça me suffit. Et quelle écriture, j’ai relu plusieurs paragraphes, plusieurs phrases, juste pour le plaisir du rythme, de la formule qui fait mouche. Bref, deux heures de pied. A déconseiller quand même à ceux qui n’ont pas le moral, c’est très très sombre.

 

Pour les autres, on a en plus le plaisir de croiser une vieille connaissance :

« Quelques jours avant le départ, j’ai rencontré par hasard un type complètement destroyed qui avait bossé avec mon père. Détective privé, alcoolo et minable, il avait arrêté de boire pendant quelques années avant de reprendre la bouteille avec une frénésie qu’elle lui avait bien rendue.

On aurait dit un macchab’ passé au micro-ondes. »

 

Allez encore un petit extrait pour la route, et je vous laisse vous précipiter chez votre dealer de bouquins habituel pour acquérir ce petit diamant noir :

« T’es un produit de la nouvelle Irlande, tu le sais, au moins ?

Percevant que ce n’était pas très flatteur, j’ai demandé :

-Ah ouais, et c’est quoi ça ?

Il a vidé sa pinte, fait signe qu’on lui remette ça et précisé :

- Arrogance, aplomb et compétence zéro. »

 

Ken Bruen / Brooklyn Requiem  (Once were cops, 2008), Fayard/Noir (2010), Traduit de l’anglais (Irlande) par Catherine Cheval et Marie Ploux.

 

(*) D’accord, pour ceux qui ne savent pas, un garda est un flic en Irlande, mais devoirs de vacances, lisez des Jack Taylor.

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29 octobre 2009 4 29 /10 /octobre /2009 18:24

« Il leur fallu longtemps pour crucifier le gosse. Pas parce qu’il leur faisait des difficultés ; en réalité il se montrait presque coopératif. Non, leur problème était de parvenir à enfoncer les clous dans ses paumes : sans arrêt, ils rencontraient des os. » Ainsi commence Chemins de croix la nouvelle aventure de Jack Taylor.

 

Souvenez-vous … A la fin de La main droite du Diable Cody, un jeune chien fou qui voulait devenir privé avec Jack venait de se prendre une balle destinée à son idole. Juste au moment où Jack, baissant la garde, commençait à l’aimer et à le considérer comme un fils. Autant dire qu’il n’a pas le moral et que ses visites quotidiennes à Cody à l’hôpital où il est plongé dans le coma n’arrangent rien. Si on ajoute le souvenir de Serena, la gamine de ses meilleurs amis morte alors qu’elle était sous sa garde, on comprendra qu’il peut difficilement plonger plus bas …

 

Par désœuvrement, il accepte d'aider Ridge, la garda avec qui il a lié une étrange amitié houleuse, à découvrir qui a bien pu crucifier vivant un jeune homme de 17 ans sur les hauteurs de Galway. Une nouvelle plongée dans la folie et l'horreur qui ne va certainement pas améliorer son humeur ni sa confiance dans ses semblables.

 

La descente aux enfers de Jack est sans fin. Chaque fois qu'on pense qu'il a touché le fond Ken Bruen arrive à l'enfoncer un peu plus. Il est pourtant increvable et continue, boitant bas, à déambuler dans un Galway qu'il reconnaît de moins en moins. Les vieilles maisons et les vieux pubs disparaissent, remplacés par des cafés branchés et des appartements sans âmes vendus une fortune à des jeunes qui parlent comme des acteurs américains. Presque plus personne n'offre une tasse de thé aux visiteurs. Tout a été balayé par l'argent vite gagné et l'accumulation de biens tous plus inutiles les uns que les autres.

 

Et pourtant, un vieux mot chaleureux en gaélique, une Guiness parfaitement servie, une lumière de fin d'été arrivent encore à lui redonner envie de vivre. Jusqu'au prochain coup du sort ...

 

Une fois de plus l’enquête n’a aucune importance (elle ne commence d’ailleurs vraiment qu’à la moitié du roman), le véritable suspense consiste à savoir comment Jack va survivre, comment il va puiser la force d’un de ses coups de gueule, d’une de ses bravades. Coups de gueules, humour grinçant et bravades qui donnent lieu à quantités de phrases et de répliques cultes qui pourraient toutes être relevées et notées ici. Comme autant d’œuvres d’art.

 

En bref, la série Jack Taylor reste un des sommets de ce que le roman noir nous propose actuellement.

 

Ken Bruen / Chemins de croix, (Cross, 2007) Série Noire (2009), traduit de l’anglais (Irlande) par Pierre Bondil.

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13 octobre 2009 2 13 /10 /octobre /2009 23:30

Après quatre jours de folie, je continue à rattraper mon retard dans la série Charlie Parker de John Connolly avec La proie des ombres.

 

Charlie Parker est contacté par Rebecca Clay pour un travail en apparence assez simple : décourager un homme qui la harcèle depuis quelques jours. Il se souvient alors pourquoi ce nom lui était familier. Il y a cinq ans, le pédopsychiatre Daniel Clay disparaissait. Les enfants victimes de violences et d’abus sexuels qu’il suivait étaient pris pour cible par des violeurs. Leurs témoignages faisaient état d’hommes aux masques d’oiseaux … Daniel Clay complice ou victime ? L’homme qui suit Rebecca le cherche et semble penser qu’il est vivant et qu’elle sait où il se trouve. Il était en prison quand sa fille traitée par Daniel Clay a disparu. Mais qui le manipule dans l’ombre ? Parker va une nouvelle fois entamer un voyage vers les ténèbres.

 

Comme toujours l’intrigue est impeccable, comme toujours on est confronté au Mal, comme toujours les choses sont plus compliquées qu’elles n’y paraissent au premier regard, comme toujours c’est teinté, finement teinté de fantastique, et comme toujours, il y a de ci de là une touche d’humour très irlandaise, même si tout se déroule au US.

 

Il est cette fois question non de religion et de métaphysique comme dans L’Ange Noir, mais des violences faites aux enfants. Il y est aussi question de l’impunité des puissants, de culpabilité (comme toujours dans cette série), de l’attrait de la vengeance ... Et, comme souvent, c’est d’Angel et Louis, personnages qu’on préfère avoir avec que contre soit, que viennent les quelques touches d’humour. Peut-être pas le meilleur de la série, mais très très recommandable quand même.

 

John Connolly / La proie des ombres, (The unquiet, 2007) Pocket (2009), traduit de l’irlandais par Jacques Martinache.

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2 octobre 2009 5 02 /10 /octobre /2009 23:02

Les meilleures choses ont une fin. Toutes. Même la série Michael Forsythe de l’irlandais voyageur Adrian McKinty. Qui se termine avec ce Retour de flammes.

 

Douze ans. Douze ans que Michael Forsythe se planque, aidé par le FBI, après avoir participé à démanteler la mafia irlandaise de New York. Douze ans que Bridget Callaghan qui a repris les choses en main est sur sa trace pour le faire abattre. Elle est bien près de réussir une fois de plus à Lima, mais Michael va avoir droit à une surprise : la fille de Bridget, vient d’être enlevée à Belfast, et elle l’appelle au secours, lui proposant d’oublier le passé s’il accepte de l’aider. Pour revoir Belfast, pour pouvoir vivre au grand jour, et surtout, même s’il ne se l’avouerait jamais, pour revoir Bridget, Michael accepte. C’est alors que les ennuis commencent réellement.

 

Voilà qui clôt de façon magistrale la trilogie Michael Forsythe. Action, rebondissements, humour, Adrian McKinty est toujours aussi généreux. Ca explose de partout, il se passe toujours quelque chose, et dans les pires moments, l’increvable Michael ne perd jamais son sens de l’humour. Donc le lecteur tourne les pages et ne s’ennuie jamais, ce qui est déjà une très bonne chose.

 

Mais pas la seule. En toile le fond, l’auteur livre une description très sombre de l’Irlande du Nord, des séquelles d’une guerre qui n’a jamais voulu dire son nom, des effets dévastateurs de siècles de haines, de rancœurs et de vengeances … le tout sur fond de misère industrielle, de crasse, et de ciel bas et gris. On ne peut pas dire qu’Adrian McKinty cherche à se faire des copains à Belfast. Dans aucun camp, les paramilitaires, qu’ils soient catholiques ou protestants s’étant rapidement reconvertis en truands, pour continuer à exercer leur droit de vie et de mort sur une population qui ne peut que subir.

 

Il reste quand même une lueur d’espoir, dans une nouvelle génération qui n’aurait pas été gangrenée par la haine dès le berceau. Et qui ne vivrait pas avec pour seul horizon la vengeance. Et puis il reste l’humour increvable de ce diable de Michael. La digne conclusion d’une bien belle trilogie.

Pour ceux qui découvrirait aujourd’hui cet auteur, on peut, bien entendu, commencer par ce roman. Mais c’est quand même mieux d’avoir au moins lu le premier, A l’automne je serai peut-être mort. En plus il est très bien, et repris en poche chez Folio !

 

Adrian McKinty / Retour de flammes, (The bloomsday dead, 2007) Série Noire (2009), traduit de l’anglais (Irlande) par Patrice Carrer.

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21 août 2009 5 21 /08 /août /2009 18:34

J’avais vu quelques critiques élogieuses de ce roman au moment de sa sortie et l’avais noté dans un recoin de ma petite tête. J’ai enfin trouvé le temps de lire Le chœur des paumés, de l’irlandais Gene Kerrigan.

 

L’inspecteur Harry Synnott, garda à Dublin, est prêt à manipuler les preuves pour faire condamner les coupables qui risquent de s’en tirer. Un fils de bonne famille viole des filles qui n’obtiendront jamais justice juste parce que sa famille a les moyens de s’acheter de bons avocats. Dixie bataille pour trouver un boulot et récupérer son fils de cinq ans dont la garde lui a été retirée, elle sert parfois d’indic à Harry. Joshua Boyce, braqueur professionnel, prépare un nouveau casse … Eux et quelques autres vont se croiser, se télescoper, pour le meilleur, et surtout pour le pire.

 

Plus qu’aux auteurs de procédural classiques comme Ed Mcbain ou John Harvey, c’est au Short Cuts d’Altman que fait penser ce pathétique chœur de paumés. Pas de grande enquête, pas de héros, pas de flics infaillibles, pas de leçon, juste des hommes et des femmes qui se débattent, comme ils peuvent, pour survivre dans la nouvelle Irlande, celle des gagnants, de la prospérité, des entrepreneurs, de la richesse acquise d’un coup.

 

Ce récit choral construit par petites touches le portrait d’un pays qui croit au discours néolibéral bien connu, matraqué, rabâché jusqu’à la nausée par tous les media, et tous les hommes politiques. Un discours qui monte en épingle quelques réussites financières, clinquantes et vulgaires, et évite surtout de voir tous ceux qui restent en rade. C’est bien sûr à ceux là que s’intéresse Gene Kerrigan, dans ce roman magnifiquement construit, terriblement humain, et totalement désespéré.

 

Chez Kerrigan il n’y a pas de rédemption, pas de victoire des bons, ni de la loi, ni même de la justice ou de la morale. Bienvenue dans la vraie vie, où ce sont souvent les plus riches et les plus pourris qui gagnent. Pas de fin heureuse, pas de conclusion flamboyante, juste un constat amer, et les portraits d’hommes et de femmes laminés.

 

Le roman noir irlandais est décidément riche, signe incontestable que la situation du pays doit être moins flambante que tout ce que l’on veut bien nous raconter !

 

Gene Kerrigan / Le chœur des paumés, (Midnight choir, 2006) Le Masque (2009), traduit de l’anglais par Frank Reichert.

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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 21:08

Nous sommes en août, il fait raisonnablement beau, les risques de brouillard sont minces, et avec un peu de chance vous n’êtes pas en Transylvanie, ou quelque coin lourd de passé mythique de ce style. Malgré tout, je vous conseille de ne lire L’ange noir de John Connolly que de jour, entouré de bruits rassurants tels que le pastaga ou le blanc frais qui coule dans votre verre, vos enfants qui sautent dans la piscine, les cigales qui … qui font des bruits de cigales. Voilà, vous êtes avertis.

 

Avant de commencer, je m’aperçois que je n’avais jamais parlé de John Connolly ici. Brièvement, il s’agit bien de ConnOlly, pas de ConnElly. C’est pas du tout pareil ! John est irlandais, Michael est américain. Si vous trouvez Harry Bosch un peu borderline, Charlie « Bird » Parker son ex flic devenu privé, va vous flanquer les jetons. Les copains de Charlie sont plutôt du style de Bubba, le fou furieux ami des privés Patrick et Angela, de chez Dennis Lehane que du flic du FBI copain de Bosch. Et si le psychopathe du Poète est ce que vous pouvez supporter de plus glauque … Laissez tomber Connolly, c’est trop rude pour vous.

 

Parker a quitté la police de New York après la traque du psychopathe qui avait tué sa femme et sa fille. Depuis, il a pris l’habitude de fréquenter d’assez sinistres personnages. Mais il n’a encore jamais croisé les Croyants. Ces sympathiques individus sont persuadés d’être les incarnations d’un certain nombre d’anges déchus, chassés du Paradis par Dieu et restés sur Terre plutôt que d’aller rôtir en Enfer. Ils sont depuis des siècles à la recherche du double de leur patron, l’ange noir, emmuré vivant dans une statue d’argent par des moines au Moyen Age, quelque part du côté de Prague. Ils ne sont pas particulièrement amicaux, et pensent être sur le point, enfin, de localiser la statue. C’est parce qu’ils ont tué une cousine de Louis, l’ami tueur de Charlie, que ce dernier va devoir les affronter, au risque d’en perdre la vie et la raison.

 

John Connolly est, à mon humble avis, le maître incontestable du thriller fantastique. Il a une façon unique de mêler à son récit policier quelques pincées de fantastique qui ne viennent jamais expliquer l’intrigue (ce qui serait un peu facile), mais viennent y ajouter, si besoin était, une touche encore plus sombre. Car le fantastique de Connolly regarde sérieusement du côté obscur de la force, du côté du Mal.

 

Ses intrigues sont impeccables, son héros au moins aussi torturé par le passé et ses fautes que Jack Taylor de son compatriote Ken Bruen (même si c’est un bien meilleur enquêteur), ses personnages secondaires superbes, et ses méchants … ce sont sans doute les plus beaux (et donc les plus effrayants) de la planète polar.

 

L’ange noir est un pur John Connolly, avec juste un peu plus de composante fantastique que d’habitude, même si, comme toujours, il laisse entrouverte la possibilité (faible) que tout ce qui est décrit soit … rationnel. On y retrouve la confrontation au Mal (des guerres de religion aux meurtres de femmes de Ciudad Juarez, en passant par le nazisme …), la question de la culpabilité, de la responsabilité. On y retrouve son écriture flamboyante. On retrouve aussi sa façon de lier le mystique et le métaphysique du Mal, à des conditions et raisons bien terrestres et sociales (rien de simple chez Connolly, tout a des explications multiples).

 

Il présente comme originalité d’explorer le milieu des collectionneurs morbides, et de révéler (du moins pour moi, pauvre âme pure qui n’aurait jamais imaginé une chose pareille) l’histoire hallucinante de l’ossuaire de Sedlec qui lui offre un cadre gothique absolument prodigieux.

 

Ah oui, j’oubliai, Connolly prend son temps, est capable de pages descriptives d’une grande beauté (souvent vénéneuse) ou de détours historiques fascinants. Mais ce n’est pas pour autant qu’il en oublie le suspense. Une fois le roman ouvert, on est happé, et il devient impossible d’arrêter avant la dernière page.

 

Bref, à lire … pour ceux qui l’osent.

 

Coup de bol, il m’en reste deux déjà traduits à lire !

 

John Connolly / L’ange noir, (The black angel, 2005) Pocket (2008), traduit de l’anglais (Irlande) par Jacques Martichade.

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2 juin 2009 2 02 /06 /juin /2009 23:07

Le polar irlandais se porte décidément très bien. Fayard Noir a découvert un nouvel auteur qui semble tremper sa plume directement dans la Guiness tant son propos est sombre. Voici donc Poussière tu seras (tout un programme) de Sam Millar.

 

C’est l’hiver, il a neigé, et il fait froid. Adrian, livré à lui-même depuis la mort de sa mère, découvre un os dans un bois proche de Belfast. Il le cache à son père, Jack, ancien flic reconverti à la peinture, qui passe plus de temps à cuver sa gnole et à déprimer qu’à s’occuper de lui. Non loin de là, Jeremiah, un barbier à l’ancienne, et Judith, sa femme qui cache un secret et une violence effroyables sont en train d’atteindre le point de non retour.

 

Adrian ne sait pas encore qu’il a déterré bien plus qu’un os, et que de bien sales histoires vont revenir à la surface. Jack lui ne se doute pas qu’il va devoir décuver et retrouver toutes ses facultés pour sauver son fils.

 

Enfer et damnation, quand les irlandais arrêtent de plaisanter pour plonger au plus profond des âmes ça fait mal. Comme John Connolly, comme le plus torturé des Jack Taylor, Sam Millar nous entraîne au fond, tout au fond. Aucune lueur d’espoir dans cette histoire cauchemardesque de folie, de vengeance et de mort. Et pas moyen d’y échapper, on se fait happer dès les premières pages et on coule avec les personnages.

 

Pas la peine non plus de chercher le gentil de service, il n’y en a guère. Et ici pas d’humour à la Ken Bruen, Hugo Hamilton ou Colin Bateman pour faire passer la pilule. Cela pourrait être trop, ou déjà vu, si le propos n’était pas servi par une écriture impeccable qui fait sentir le froid, la déprime, les corbeaux sur un champ de neige, la nausée, la rage ou la montée de la peur face à la folie furieuse.

 

Une vraie découverte, et un auteur à suivre très attentivement.

 

Sam Millar / Poussière tu seras, (The darkness of the bones, 2006) Fayard Noir (2009), traduit de l’anglais (Irlande) par Patrick Raynal.

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23 mars 2009 1 23 /03 /mars /2009 21:47

On commence à y prendre goût, entre Fayard noir et la Série Noire on a, en général, entre deux et quatre nouveaux Ken Bruen tous les ans. Avec un peu de retard (de ma faute), voici donc le premier de 2009. Pour Cauchemar américain, comme son compatriote Adrian McKinty, Ken Bruen délocalise un héros irlandais et l’envoie aux US.


Stephen doit quitter Galway : un coup qui a mal tourné, son ami de toujours Tommy touché puis achevé par Stapleton, tueur de l’IRA qui n’a pas voulu décrocher. Stephen a réussi à échapper au tueur et décide, avec son amie Siobhan, de partir pour les US.


A Tucson Dade laisse derrière lui une traînée de cadavres. A New York, Sherry est aussi mortelle qu’irrésistible (et cinglée). Le jeu de casse pipe peut commencer, il ira crescendo jusqu’à la rencontre finale qui ne peut que mal se terminer.


Voici donc Bruen américain, bien sombre, plus proche de Jack Taylor que de R&B. Comme chez Jack Taylor, il n’est pas tendre avec ses personnages, les enfonçant à chaque fois qu’on a l’impression qu’ils vont, peut-être, pouvoir s’en sortir. Le style est toujours aussi impeccable. On a toujours droit aux références musicales (un peu moins aux citations de ses auteurs préférés, quoique …).


La nouveauté, c’est le regard décalé d’un irlandais sur les US, et une collection de cinglés psychopathes assez hallucinante. Dans Blitz ou Vixen de la série R&B, Ken Bruen nous avait montré qu’il savait parfaitement camper des fous furieux, hommes ou femmes. Il réédite ici, avec un brio certain. Dade et Sherry peuvent rentrer, la tête haute, dans le panthéon des tueurs les plus allumés du polar international, aux côtés des incontournables héros de Tim Dorsey.


Le seul petit reproche que l’on pourrait faire à Ken Bruen est de mettre le lecteur le cul entre deux chaises : On hésite entre trembler souffrir et compatir, et éclater de rire (même si c’est un rire un peu nerveux). Comme si, question style en ambiance, l’auteur n’avais pas su décider entre nous plonger dans le noir le plus profond (style Jack Taylor), ou tout désamorcer par le rire (comme dans R&B).


Ce qui est certain c’est que, comme d’habitude, on ne s’ennuie pas une seconde, et qu’on s’attache à ces foutus loosers irlandais auxquels Ken Bruen donne vie. En attendant le suivant.


Ken Bruen / Cauchemar américain, (American skin, 2008) Série Noire (2009), traduit de l’anglais (Irlande) par Thierry Marignac.

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