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6 novembre 2011 7 06 /11 /novembre /2011 04:04

Piero Colaprico poursuit sa série milanaise débutée avec La dent du narval. Le troisième épisode que voici s’appelle : La mallette de l’usurier.

 

ColapricoL'inspecteur Bagni est en congé longue durée après s'être fait tirer dessus par deux vieux mafieux. Comme il ne se supporte pas chez lui il revient travailler en avance et se voit confier une affaire a priori tranquille : Il s’agit de reprendre à zéro l’enquête sur le meurtre sauvage d'un étudiant sans histoire. En reprenant le dossier il trouve le nom d'un dealer qu'il connaît et commence à tirer la ficelle d'une pelote qui va s'avérer bien emmêlée. Bien emmêlée et traversant toutes les couches de la société milanaise, jusqu'aux plus intouchables …

 

Comme les trois précédents romans, le charme de celui-ci agit petit à petit, au fur et à mesure qu'on rentre dans l'histoire. Aucun effet, pas de scènes choc, pas de coups de théâtre. Tout fonctionne par petites touches, en finesse et on finit par s'attacher à ce Bagni et au Milan qu'il décrit.

 

Quand on referme le bouquin on s'aperçoit, presque avec surprise, que la description que l'auteur fait de sa ville est impitoyable, que la corruption et l'impunité des puissants y est traquée avec justesse et que leur arrogance transparaît au détour d’une phrase.

Sans jamais paraître donner une leçon ou écrire un réquisitoire, Colaprico livre un roman plus juste, profond et marquant qu’il n’y parait au moment de la lecture.

 

Piero Colaprico / La mallette de l’usurier (La valigetta dell' usaraio, 2004), Rivages/Noir (2011), traduit de l’italien par Gérard Lecas.

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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 11:23

Camilleri intermittenceTient un bouquin d’Andrea Camilleri sans Montalbano ! Et qui se passe même pas en Sicile !! Allons donc voir cette Intermittence.

 

Les loups ne se dévorent pas entre eux, les industriels oui. Dans le nord de l’Italie c’est la guerre, feutrée (à peine) entre les patrons de La Manuelli. Il y a le fondateur patriarche, dit le Vieux ; son fils Beppo, un incapable ; le directeur, De Blasi, un véritable requin … Il y a aussi des femmes trompées et humiliées, quelques barbouzes, un gigolo, un sénateur plus ou moins pourri. Bref, tout est en place pour que ça pète.

 

Et les ouvriers dans tout ça ? Quantité négligeable.

 

Ce n’est pas un grand Camilleri. Mais c’est un Camilleri quand même.

Donc on n’a pas les colères de Montalbano, ni l’écriture imagée et épicée de sicilien. Mais il y a toujours la patte du maître, son talent pour croquer les portraits, la vivacité de sa plume, les coups de griffes réjouissants aux puissants, de beaux portraits de femmes, et une intrigue pleine de rebondissements et de chausse-trappes.

 

On sent qu’il s’est amusé à écrire un vaudeville et à le mettre en scène dans le milieu des grands patrons d’industrie, avec ce qu’il faut de sensualité et de méchanceté. J’ai un peu ramé dans les premières pages pour me souvenir de « qui est qui », mais après un ou deux chapitres c’est parti, et parti à fond pour un vrai moment de plaisir.

 

Andrea Camilleri / Intermittence (L’intermittenza, 2010), Métailier (2011), traduit de l’italien par Serge Quadruppani.

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29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 21:11

Dans le flot de la rentrée polar voilà un roman qui risque fort de passer inaperçu, et c’est bien dommage. Car L’hiver du commissaire Ricciardi de Maurizio De Giovanni mérite vraiment d’être découvert.

 

De GiovanniNaples mars 1931. Le fascisme s’installe durablement et le printemps tarde à venir. Dans sa loge du théâtre San Marco Arnaldo Vezzi, ténor adulé, chanteur préféré du Duce est retrouvé égorgé. C’est le commissaire Ricciardi qui hérite de l’affaire. Un flic solitaire, issu de la noblesse mais totalement détaché des biens de ce monde et des honneurs, peu aimé de ses supérieurs et du pouvoir mais terriblement efficace. Ricciardi qui fait de chaque enquête une affaire personnelle, de chaque douleur une offense. Ricciardi, un homme torturé qui a le redoutable don de voir les derniers instants de chaque victime et de ressentir sa douleur, sa peine, sa peur, sa rage …

 

Bien que l’auteur soit italien on pense immédiatement au sergent de Robin Cook et à son empathie avec les morts. Il se demandait Comment vivent les morts ? Ricciardi sait comment ils meurent … C’est un sacré pari et un gros risque. Risque d’être comparé à Cook, risque de sombrer dans le ridicule, le mysticisme en peau de lapin, ou tout simplement risque de la facilité (facile d’être enquêteur si le mort peut vous dire si, oui ou non, c’est Omar qui l’a tuer …).

 

Et bien non seulement Maurizio De Giovanni évite tous les pièges qu’il s’est lui-même tendus, mais il ne pâtit pas de la comparaison avec l’immense anglais au béret.

 

Grâce à son talent pour créer des personnages, et planter un lieu et une époque. Dès les premières pages on s’attache à Ricciardi, on sent sa douleur, on compatit à sa peine. Avec lui on découvre une ville de Naples inattendue, ventée, froide, brumeuse. Une ville aux couleurs sépia, à la tonalité nostalgique, plus triste qu’exubérante, plus pastel que vivement colorée. Une ville coupée en deux, où riches et pauvres ne se côtoient jamais, une ville où la misère est grise.

 

Une ville en résonnance avec le personnage principal, héros à la fois classique (flic solitaire, en conflit avec sa hiérarchie, en proie à ses démons) et atypique (c’est un ascète qui souffre mais ne boit pas, ne se drogue pas, ne passe pas de femme en femme … aucun plaisir charnel ne semble l’attirer tant il est habité par la douleur des morts).

 

A cela il faut ajouter la grande réussite de l’auteur : intégrer son élément fantastique à l’intrigue sans en faciliter artificiellement la résolution. Cela apporte une coloration originale, une saveur étonnante, comme une épice judicieusement utilisée relève un plat sans le dénaturer.

 

Si j’en crois le ouikipedia en italien, et comme on peut le supposer à la lecture du titre original, ce roman est le début d’une série des quatre saisons. Tant mieux. En attendant la suite, faites-moi plaisir, découvrez dès aujourd’hui le premier volet des aventures du commissaire Ricciardi.

 

Maurizio De Giovanni / L’hiver du commissaire Ricciardi (Il senso del dolore, L’inverno del commissario Ricciardi, 2007), Rivages/Noir (2011), traduit de l’italien par Odile Rousseau.

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20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 00:27

Encore un beau roman atypique chez Métailié, il nous vient d’Italie cette fois. Vous connaissez la camorra façon documentaire de Gomorra de Roberto Saviano ? Découvrez-la romancée dans L’offense de Francesco De Filippo.

 

De FilippoIl ne voulait pas être camorriste Gennaro, jeune homme d’un quartier populaire de Naples. Mais dans ce quartier, quand on a 21 ans, on ne dit pas non à Don Rafele. Et Don Rafele n’est pas seulement le parrain du quartier, c’est un boss, un vrai, une pieuvre avec des tentacules dans le monde entier. Pourtant il est simple Gennaro, il ne se pose pas trop de questions, mais il n’a pas non plus de grandes ambitions : « Moi, je voulais pas tuer, je voulais pas tirer et je voulais casser la gueule à personne, je voulais … je l’ai dit mille fois, je voulais seulement gagner ma vie. »

 

Alors quand peu à peu il prend conscience du regard des autres, il s’en étonne : « J’étais personne avant, j’étais personne en ce moment et surtout je serai personne à l’avenir. Qu’est-ce que je devais faire ? ». Et puis s’est l’engrenage, inévitable, pour un Gennaro qui, comme il le dit souvent, ne comprends pas grand-chose à ce qu’on lui fait vraiment faire …

 

Bienvenue dans la tête d’un camorriste malgré lui. Car c’est bien ce qu’est Gennaro, bourreau mais également (et surtout ?) victime d’une organisation criminelle qui noyaute toute la ville. Victime inconsciente parfois, consentante aussi, victime et bénéficiaire.

 

Un roman tout en contrastes, véritable et permanente douche écossaise. Contraste entre cette langue (superbement rendue par Serge Quadruppani) chaude et la réalité glaçante qu’elle décrit. Contraste entre le côté frustre et simpliste des réflexions du narrateur et la complexité et les ramifications de l’organisation qu’il sert. Contraste entre la fraicheur et l’humanité de ce garçon (malgré ce qu’il voit, subit et inflige) et la cruauté, la violence qui l’entoure. Contraste entre ses aspirations, ses envies qui le rendent très attachant, et le costume de bourreau qu’il endosse.

 

C’est toute cette complexité que rend ce roman étonnant écrit pourtant dans une langue très parlée, a priori « simple » parce que le narrateur fait avec les mots et les images qui sont à sa disposition.

 

Un roman qui fait peur, tant l’emprise de la camorra sur Naples y semble définitive, tant elle semble ancrée dans la vie de tous les jours, dans l’ADN de toute une ville serais-je tenté de dire. Certes l’auteur tente un happy end qui est peut-être la seule faiblesse du roman, pour essayer, au moins, d’en sauver un. Mais les autres ?

 

Vous pouvez compléter cet avis en allant lire l’interview de l’auteur sur Bibliosurf.

 

Francesco De Filippo / L’offense (Sfregio, 2006), Métailié (2011), traduit de l’italien par serge Quadruppani.

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16 août 2011 2 16 /08 /août /2011 23:14

J’entame donc cette cinquième saison avec deux romans qui m’ont laissé plutôt perplexe. Le premier est une sorte de mélange entre polar et anticipation post catastrophe. Cinacittà est signé Tommasio Pincio et je serai curieux d’avoir vos retours si vous l’avez lu …

 

PincioQuelque part dans un futur proche, la catastrophe climatique a eu lieu, il n'y a plus d'hivers. Rome s'est transformée en une ville écrasée de chaleur, totalement désertée par ses habitants qui ont fui vers le grand nord. Elle est maintenant habitée uniquement par des chinois qui ont repris les affaires en main. Un seul Romain n'est pas parti, un homme qui a préféré rester à ne rien faire dans sa chambre d'hôtel. Dormir le jour et passer ses nuits à la Cité Interdite à boire des bières glacées en regardant les filles se tortiller autour de leur barre. Jusqu'au jour où il a rencontré Wang … Et c'est comme ça que maintenant, le dernier Romain se retrouve à méditer en prison pour le meurtre d'une prostituée chinoise …

 

Difficile de dire ce que j'ai ressenti à la lecture de ce bouquin. Le narrateur ne veut rien, n'a envie de rien … Il laisse couler la vie, en faisant le moins d'effort possible, sans rechercher la moindre satisfaction sinon celle d'être laissé tranquille. Il se fiche de ce qui arrive à sa ville, à son pays, et même à sa propre personne. Il ne se défende pas, ne se révolte pas … On devrait s'ennuyer prodigieusement et pourtant on ne s'ennuie pas. Il y a bien le suspense, le squelette d'intrigue, le petit hameçon qui fait que l'on veut savoir comment il s'est fait piéger, et on ne le sait qu'à la fin. C'est mince, et pourtant on tourne les pages.

 

Il y a des références cinématographiques, revendiquées comme celle à La Dolce Vita (même si le narrateur n’est pas un foudre de culture), on pense aussi aux Vetelloni cet autre film du grand Federico qui met en scène quelques grands gaillards qui ne font rien de leurs journées. Cela aussi ajoute au charme du roman.

Alors j’ai lu, avec plaisir, jusqu’à la fin … mais une fois la dernière page tournée, je me demande quand même quelle était l'intention de l'auteur.

 

Etrange, plaisant, attractif et déroutant, voire un peu frustrant. Un de ces mystérieux attracteurs étranges ?

 

Tommasio Pincio / Cinacittà (Cinacittà, 2008), Asphalte (2011), traduit de l’italien par Sarah Guilmault.

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30 juillet 2011 6 30 /07 /juillet /2011 20:26

Attention, gros choc de lecture ! De ceux qui vous cueillent à l’estomac alors que vous ne vous y attendiez pas. Et qui vous mettent directement au tapis. D’après la quatrième de couverture D’acier est le premier roman d’une jeune italienne de 25 ans Silvia Avallone. Je ne sais pas ce qu’elle nous réserve pour la suite, mais elle peut être fière de ce coup d’essai.

 

Avallone

La Toscane, les villas entourées de cyprès, le chianti, les plages, Florence, les merveilles de l’île d’Elbe … Mais pas ici.

 

Ici c’est Piombino, ses barres de logements délabrés, la Lucchini, l’aciérie qui domine le paysage et rythme la vie des habitants. Et la plage, au pied des barres, où Anna et Francesca,  bientôt 14 ans, lumineuses, inséparables, commencent à prendre conscience de leur beauté et du pouvoir qu’elle leur confère. Encore gamines elles jouent dans l’eau, déjà femmes elles allument les désirs des hommes qui viennent au bar de la plage, abrutis de fatigue après une journée à manipuler du métal en fusion. Anna et Francesca qui se sont juré de ne jamais se quitter. Et qui désirent par-dessus tout quitter ce monde sans avenir. En face, l’île d’Elbe, inaccessible, lieu de tous les rêves et tous les fantasmes …

 

Une gifle donc, quantités d’images et de sensations qui restent longtemps, des personnages inoubliables, un décor (véritable personnage du roman) qui est gravé sur notre rétine … Difficile de rendre en quelques mots la richesse de ce roman qui est tant de choses à la fois.

 

Un roman d’initiation pour commencer, avec Anna et Francesca cueillies au moment où leurs corps changent, ou leurs envies changent, où elles perdent leur enfance pour entrer dans l’âge adulte. Ca pourrait être cucul ou grivois ou sonner faux. C’est émouvant, émoustillant, agaçant, sensuel … c’est surtout extrêmement juste. On vit avec ces deux gamines, on partage leurs rêves, leur amitié, leurs chagrins, leur désespoir, leurs rires …

 

C’est un grand roman noir. Pas d’enquête ici, pas de privé, ni de flic … Juste une population, j’allais dire une classe ouvrière (on à encore le droit de dire classe et ouvrier ?) que l’on assassine à petit feu. Et dès le premier chapitre, on sait que ça finira mal, même si on ne sait, jusqu’au bout, qui en fera les frais. Une intrigue, une chronique plutôt, qui tend vers le drame inévitable.

 

Un grand roman noir, ou roman social si vous préférez. Chronique d’une classe ouvrière (puisque j’ai le droit j’en abuse) complètement déboussolée, ayant perdu sa culture politique et sa conscience de classe justement, bernée par les discours d’un Berlusconi, ayant perdu le sens de la solidarité pour se replier sur le mirage de la société de consommation à outrance, qui ne pense plus qu’à flamber dans une voiture neuve ou des fringues à la mode.

 

Un roman féministe qui met en lumière les violences faites aux femmes par ces hommes, maris, frères ou amants qui déversent sur elles leur frustration d’ouvriers brimés exacerbée par une télévision putassière. Et leurs incohérences … Eux qui courent les bars à striptease, recherchent la baise facile du samedi soir mais ne supportent pas que leurs filles ou leurs petites sœurs allument les copains.

 

Un roman de tous les sens, qui vous fait mal aux yeux avec la lumière blanche d’un midi méditerranéen, vous fait transpirer avec la chaleur écrasante d’une mi-journée, sentir sur la peau le sel qui tire quand l’eau de la baignade s’évapore au soleil et vous assourdit aux bruits des machines de la Lucchini.

 

La Lucchini justement, véritable personnage de ce roman sur le monde du travail enfin, héritier d’un Zola, où l’aciérie est une figure aussi importante que la loco de La bête humaine ou la mine de Germinal. Le lecteur sent la brulure de l’acier en fusion, ressent cet acier coulant dans les veines de la fabrique, monstre dévoreur d’homme, objet de répulsion mais aussi de vénération, objet de fascination, créature mythique en train de mourir autour duquel tourne tout le quartier.

 

Et pas d’angélisme ici. Les personnages sont victimes de leur milieu, de ce qu’on fait d’eux, mais ça ne les empêche pas d’être capables de se comporter comme parfaits salauds dès qu’un plus faible croise leur route. Aucun personnage blanc ou noir, ils sont tous tour à tour pourris, émouvants, stupides, étincelants, pathétiques et flamboyants.

 

Cette chronique est un peu décousue et ne rend pas comme je le voudrais l’impact du roman. J’espère simplement que cela sera suffisant pour vous convaincre. Alors, n’hésitez pas, plongez dans la fournaise de Piombino.

 

Silvia Avallone / D’acier (Acciaio, 2010), Liana Lévi (2011), traduit de l’italien par Françoise Brun.

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29 juin 2011 3 29 /06 /juin /2011 22:03

En moins de cinq ans (j’ai chroniqué le premier de la série ici, sur ce très jeune blog), Guido Guerrieri, le personnage récurrent de Gianrico Carofiglio est devenu un ami que j’ai plaisir à retrouver. Il revient dans Le silence pour preuve, un épisode à la fois différent et très proches des autres …

 

CarofiglioGuido Guerrieri, l’avocat de Bari, se trouve dans une situation inédite : Il ne s’agit pas cette fois de défendre un accusé que tout semble désigner, mais de retrouver une jeune femme disparue depuis des mois. La dernière fois qu’on l’a vue, elle prenait un train pour Bari. Depuis, aucune nouvelles. Sans bien savoir pourquoi, peut-être à cause de la douleur des parents, Guido accepte cette mission qui n’a rien à voir avec son travail habituel. Ce qui ne l’empêchera pas de continuer à déambuler dans sa ville, la nuit, à la recherche d’un libraire ouvert tard dans la nuit, ou d’un bar accueillant …

 

Un épisode différent donc parce que, pour la première fois, Guido n’est pas chargé de défendre quelqu’un que tout accuse, ou quelqu’un de faible face à un puissant. Pas de final haletant au tribunal, mais une enquête comme un privé de roman, pour retrouver une disparue. Différent donc, sans doute moins dense, mais pourtant bien dans la lignée.

 

Car comme toujours, encore plus que d’habitude même, la personnalité de Guido Guerrieri prend le pas sur l’enquête. C’est lui que le lecteur vient retrouver. Son blues, son ironie, ses réflexions sur la justice et le métier d’avocat, ses goûts littéraires et musicaux, ses rêveries dans Bari, ses rencontres … Et on est, une fois de plus servis. On lit le roman, à la fois triste et souriant avec l’impression de passer un moment avec un ami cher. Qui ne nous quitte pas vraiment une fois le roman refermé, mais qu’on l’on a hâte de retrouver dans le prochain.

 

On sourit à son humour, on partage ses souvenirs cinématographiques (très belle scènes d’échanges de répliques avec une amie autour d’un verre), ses références en matière de polar quand une lecture classique l’aide à trouver la disparue … Un vrai bonheur.

 

Et puis, comme beaucoup de ses confrères italiens, Gianrico Carofiglio a l’œil acéré et le sens de la formule. Ce passage, entre autres, m’a beaucoup plu :

 

« Quelqu’un a dit que les hommes se divisent en plusieurs catégories : les intelligents et les crétins, les paresseux et les entreprenants. Il existe des crétins paresseux, en général insignifiants et inoffensifs, et des intelligents ambitieux auxquels il est possible d’attribuer des tâches importantes, alors que, dans tous les domaines, ce sont les intelligents paresseux qui accomplissent les exploits les plus notables. Mais il est un point incontestable : les crétins entreprenants constituent une catégorie si dangereuse et si dévastatrice qu’il convient de les éviter soigneusement. »

 

Certes c’est réducteur … Mais ô combien vrai. Et qui n’a pas eu à subir, un jour ou l’autre, voire malheureusement un peu plus souvent, un représentant zélé de la dernière catégorie ? Pour ma part, j’ai des noms.

 

En attendant, Gianrico Carofiglio et Guido Guerrieri font sans conteste partie des intelligents paresseux.

 

Gianrico Carofiglio / Le silence pour preuve (Le perfezioni provvisorie, 2009), Seuil/Policiers (2011), traduit de l’italien par Nathalie Bauer.

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5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 23:01

Je continue à me prendre les pied dans les premiers romans (du moins les premiers romans traduits en France). Et encore une fois, avec un roman que j’ai ouvert bien décidé à l’aimer. Ne serait-ce que parce qu’en général j’aime beaucoup tous les romans publiés en suite italienne chez Métailié. Mais Les âmes noires de Giaocchino Criaco ne m’a pas entièrement convaincu.

 

CriacoIls sont trois bergers calabrais. Même s’ils aiment profondément leurs montagnes et la vie qu’ils y mènent l’été, ils décident de ne pas vivre comme leurs pères. Peu d’opportunités dans cette région. Devenir un piqué (affilié à la `Ndrangheta, la mafia calabraise), ou, envers et contre toute forme d’autorité (de l’état ou de la pègre), se mettre à son compte. C’est ce qu’ils décident de faire. Avec succès. Et dans le sang. Jusqu’à tenir le haut du pavé à Milan où ils ont la main sur le trafic de drogue. Jusqu’à l’inévitable chute.


Dommage. Comme cela arrive parfois j’ai l’impression d’être passé près d’un très grand roman. Parce qu’il y a une écriture. Les descriptions de la vie dans la montagne calabraise sont magnifiques. Apres et lyriques, rendant compte de la beauté et de la rudesse de ce pays et de ses habitants.


Le récit des affaires milanaises, de l’enchaînement des succès, des vengeances, de la chute, fait dans un style beaucoup plus sec et neutre est aussi très réussi.


C’est la structure générale qui me gène. Le manque de liant entre les différents passages très réussis, les ellipses qui font qu’on se perd, qu’on ne sait plus trop qui a fait quoi et surtout pourquoi.


J’ai refermé le roman avec l’impression que l’auteur suppose chez le lecteur une connaissance de la réalité locale qu’il n’a pas, et le perd donc en ne lui fournissant pas quelques éléments de compréhension. Du coup, malgré les fulgurances du texte on décroche, et on ne s’intéresse pas autant qu’on le pourrait à cette histoire et à ses protagonistes.


Dommage.


Giaocchino Criaco / Les âmes noires (Anime nere, 2008), Métailié (2011), traduit de l’italien par Leila Pailhès.

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9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 23:46

Voici donc le second Giancarlo De Cataldo de ce début d’année, écrit à quatre mains avec Mimmo Rafele. Autant le premier était d’une tonalité nouvelle, autant avec La forme de la peur on retrouve la forme et les thématiques de ses deux premiers romans.

 

De-Cataldo-Peur.jpgMarco Ferri, ex hooligan romain est rentré dans l'équipe anti-terroriste de Mastino après l'assassinat de son mentor Dantini. Dantini n'aimait pas les manière brutales de Mastino et le soupçonnait d'être corrompu. Mais Dantini est mort, selon toute apparence abattu par un jeune anarchiste. Seul son ami Lupo, des Affaires Internes sait qu'il enquêtait sur le groupe de Mastino et ses appuis très haut placés. Entre Lupo et le Commandant la lutte est engagée, une lutte dans laquelle Mastino et Marco ne sont que des petits soldats, facilement sacrifiables.

 

Pour une fois je ne serai pas totalement d’accord avec l’ami Jeanjean. Je n’ai pas trouvé que l’écriture souffrait de maladresses, ni même que l’intrigue soit trop schématique. Certes, comme il le dit, les affreux sont vraiment affreux, mais quand on pense à la clique au pouvoir en Italie, et aux rigolos de la Ligue du Nord ou aux comiques qui veulent interdire des livres dans les bibliothèques, on se dit que la réalité dépasse peut-être la fiction … Et les « gentils », de leur côté, ne sont pas exempts de contradictions … Enfin, une affaire d’appréciation.

 

En outre, c’est avec plaisir que j’ai retrouvé son écriture sèche et efficace, les liens entre crime, affaires et politique, une intrigue complexe mais parfaitement maîtrisée. A se demander quel est l’apport du second auteur (qu’il est vrai je ne connais absolument pas) dans ce roman.

 

Après les années de plombs et la montée en puissance de Berlusconi, c'est aux mécanismes de la peur et des limitations des libertés que s'en prend cette fois De Cataldo. Des mécanismes qui sont loin d’être spécifiquement italiens.

 

Et ce, toujours avec la même efficacité et la même pertinence.

 

Giancarlo De Cataldo et Mimmo Rafele / La forme de la peur (La forma della paura, 2009), Métailié (2011), traduit de l’italien par Serge Quadruppani.

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21 février 2011 1 21 /02 /février /2011 23:00

Deux romans de Giancarlo De Cataldo chez Métailié en février. Jeanejan a déjà lu les deux, je me suis contenté, pour le moment, de lire le plus court, celui qui me semblait le plus éloigné de ce qu’il a fait jusqu’à présent : Le père et l’étranger.

 

De Cataldo Pere

Tous les samedi Diego Marini et Walid se retrouvent à l'Institut où ils amènent leurs enfants, lourdement handicapés. Entre ces deux hommes que tout sépare, une étrange amitié nait peu à peu. Diego, obscur fonctionnaire du ministère de la justice découvre alors le monde étincelant de son mystérieux ami, homme très important dans sa communauté. Jusqu'à ce retour de vacances d'hiver où Walid, et son fils Yusuf disparaissent. Peu après Diego est approché par les services secrets italiens : Ils recherchent son ami qui serait un terroriste connu …

 

Très court roman, à l'opposé de ce que Giancarlo De Cataldo écrit habituellement. Ici l'intrigue policière et d'espionnage n'est qu'un prétexte, le révélateur d'autre chose. Le catalyseur qui lui permet de parler d'amitié, de tolérance, de compréhension, et  de la difficulté d'être le père d'un enfant différent. En peu de pages, et dans un style paradoxalement presque « plat » sans le moindre pathos, en apparence froid et distant, il fait peu à peu passer les émotions de Diego, ses peurs, ses rages … et finalement son amour pour un fils si difficile à accepter.

 

En prenant le parti de choisir Diego, le terne, l’obscur, l’homme qui n’a d’autre histoire à raconter que celle de son fils, et non le mystérieux et flamboyant Walid, Giancarlo De Cataldo fait le choix de la discrétion, d’une forme de neutralité apparemment sans relief qui, par contraste, ne dévoile sa charge émotionnelle que lentement, imperceptiblement, donnant au final un beau roman qui se révèle au fil des pages.

 

Giancarlo De Cataldo / Le père et l’étranger (Il padre e lo straniero, 2004), Métailié (2011), traduit de l’italien par Gisèle Toulouzan et Paola de Luca.

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