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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 21:04

Après les deux animations de début janvier, et avant de me plonger dans la préparation de celle avec Monsieur Ellroy, je me suis pris une peu de vacances au soleil. Et ce sans bouger de chez moi. Comment ? C’est tout simple, il suffit de lire le Camilleri de l’année. La cuvée 2011 s’appelle La piste de sable.

 

CamilleriUn matin, au lever, Salvo Montalbano trouve sur la plage devant chez lui le cadavre d’un cheval. L’animal a été battu à mort et a réussi à s’échapper avant de venir mourir sous ses fenêtres. Le temps d’appeler ses hommes et de faire les premières constatations, la carcasse a disparu. L’après-midi la belle et troublante Rachele vient porter plainte : on a volé son pur-sang. Affaire simple en apparence. Mais les choses se compliquent quand d’étranges voleurs mettent la maison de Salvo sans dessus dessous. Sans compter la très belle et très troublante Rachele qui … trouble beaucoup notre commissaire. Bref des pelletées d’ennuis en perspective.

 

Voici donc le Montalbano de l’année. Qui devrait être remboursé par la sécurité sociale tant il fait du bien. On rit sans arrière pensée pendant quelques heures. On oublie les soucis, l’hiver, la neige, les fâcheux … Dialogues, situations, pur burlesque, tous les types d’humour sont utilisés, tout fait mouche. Rien de nouveau par rapport au précédent opus, Montalbano est toujours aussi mauvais coucheur, d’aussi mauvaise foi ; Catarella toujours … Catarella ; on a droit à quelques scènes d’anthologie, à des dialogues à recopier dans un carnet …

 

Et au passage, mine de rien, que tout cela est juste. La peur de vieillir, la morgue des puissants, les petites lâchetés, les grandes faiblesses, le plaisir d’un bon repas …

 

Encore une excellente année donc pour le château Montalbano, produit par Andrea Camilleri, un nectar aux mille parfums qui met en joie !

 

Andrea Camilleri / La piste de sable (La pista di sabia, 2007), Fleuve Noir (2011), traduit de l’italien par Serge Quadruppani.

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23 décembre 2010 4 23 /12 /décembre /2010 21:30

Après l’éprouvant Empereurs de ténèbres, j’avais besoin de quelque chose de léger, amusant, gouleyant sans être niais. Une blonde de trop de Loriano Macchiavelli, acheté lors du salon Toulouse Polars du Sud où j’avais eu l’occasion d’apprécier l’humour, l’intelligence et la gentillesse de l’auteur s’est révélé être le bon choix.

macchiavelli

Il fait chaud. Sarti Antonio est de mauvaise humeur, et l'heure de rentrer chez lui a sonné quand on l'appelle pour un meurtre. Un jeune, connu pour être un dealer, a fini d'agoniser dans un appartement. Les deux occupants, une blonde et son copain, disent connaître vaguement la victime qui est venue mourir chez eux. Il aurait prononcé deux noms avant de mourir. Pressé par ses supérieurs, Sarti part en chasse avec l'aide grinçante de son ami Rosas.

 

Un tout petit roman (ou une très grande nouvelle), paru initialement en feuilleton dans un journal. Si on n'a pas ici la richesse de la description de la ville de Bologne qu’offrent les romans de la série, cet épisode est un vrai régal.

 

Un régal de retrouver la mauvaise humeur de Sarti Antonio toujours grognon, râleur, à le recherche d'un bon café. Un régal de croiser ses comparses et collègues qui forment une galerie de personnages des plus réjouissante. Un régal que cet humour de l’auteur, qui interpelle joyeusement son personnage.

 

Certes, je ne conseillerais pas à ceux qui ne connaissent pas Sarti de commencer par ce volume (qui suppose un minimum de familiarité avec la série), mais pour les fans, c’est un excellent moment de lecture qui permet de retrouver ce personnage atypique et qui n'a qu'un défaut : être trop court.

 

Loriano Macchiavelli / Une blonde de trop (Una bionda di troppo, per Sarti Antonio, 2003), Bernard Psacuito (2010), traduit de l’italien par Brigitte Jensen-Psacuito.

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27 octobre 2010 3 27 /10 /octobre /2010 23:00

Quelque part. Cinq fillettes ont été enlevées, les unes après les autres. La police est sur les dents mais n’a aucune piste. Quand, en forêt on trouve des bras gauches. Ceux des victimes. Sauf qu’il y en a un sixième. Entre l’équipe du criminaliste Goran Gavila spécialiste des tueurs en série, à laquelle s’est jointe Mila Vasquez, grande spécialistes des affaires d’enlèvement et le monstre la course poursuite est lancée. Une course dans laquelle le tueur a plusieurs tours d’avance.

 

CarrisiJe n’aime pas les thrillers. Mais bon, je n’aimais pas non plus les huîtres quand j’étais petit … Donc de temps en temps je vérifie. Maintenant j’adore les huîtres, toujours pas les thrillers. Du moins pas celui-ci. Pourtant on lit du bien de ce Chuchoteur de Donato Carrisi ici et là, et un copain fiable me l’avait passé. Et puis un thriller italien, ça s’essaye …

 

Qu’est-ce que je lui reproche. Essentiellement d’être resté complètement indifférent à ce qui arrive aux différents protagonistes. Et si on se fout complètement de ce qui leur arrive, on n’a pas peur. Et une histoire de serial killer super-méga diabolique qui fait pas peur … Donc je m’en foutais. Du coup, j’ai vu tous les défauts, qui seraient très certainement passés inaperçus (ou indolores) si j’avais été pris.

 

Pour commencer ce n’est qu’une variation de plus (et il y en a eu beaucoup) sur le thème du très méchant qui manipule tout le monde. Histoire déjà lue, qui pourrait passer s’il y avait autre chose. Mais mis à part quelques coups de théâtre, surprenants au début un poil répétitifs vers la fin, il n’y a rien de plus. Aucun encrage dans aucune réalité, aucune réflexion sur rien, des wagons de clichés, un fourretout avec en prime du super affreux une pincée d’ésotérismo/fantastique à poil long (qui en plus vient faire avancer l’action ce qui est un peu trop facile quand même), un pseudo jargon scientifique et psychologique pour faire sérieux … Et un final pas franchement convaincant. Je sais je suis pas gentil, et j’exagère certainement, mais franchement, c’est pas mon truc.

 

Ceci dit, comme il ne faut jamais perdre un occasion de s’instruire je vais en profiter pour corriger une erreur assez répandue véhiculée ici par un auteur qui aurait dû vérifier avant d’écrire. A un moment particulièrement dramatique, les enquêteurs récupèrent un « GPS » et en se guidant sur son signal trouvent un charnier … Ca marche pas comme ça !

 

Contrairement à ce qu’on peut penser, le fameux GPS que vous avez peut-être dans votre voiture n’est pas un appareil qui émet un signal, c’est un appareil qui reçoit un signal. Un signal émis par un certains nombre de satellites en orbite autour de la Terre (et pas par un émetteur qu’on peut cacher quelque part). Ces satellites ne savent absolument pas où vous êtes. Votre GPS lui sait où sont les satellites (leur orbite est connue du système). Sachant où ils sont, et mesurant d’où vient le signal, il peut calculer où il se trouve. Donc la seule et unique information que peut vous fournir le GPS c’est où vous êtes. Et on ne peut pas retrouver la source d’un signal avec un GPS, parce que la seule source que capte le récepteur GPS tourne autour de la Terre. Voilà.

 

Une dernière chose, l’auteur s’est astucieusement laissé grande ouverte la porte pour une suite. Voilà qui ravira ceux qui ont aimé. Ce sera sans moi.

 

Non finalement encore autre chose. Parce que j’ai décidé d’être méchant jusqu’au bout. On lit en 4° de couverture : « Avant de se rendre compte qu'il a affaire à un psychopathe ingénieux qui est au moins aussi cruel que Hannibal Lecter, le lecteur a déjà traversé l'enfer. Carrisi installe une tension, permet tout juste au lecteur de respirer puis le pousse dans un abîme encore plus profond.» La Repubblica.

Ben je suis fort qu’Orphée parce que j’ai traversé l’enfer sans même m’en rendre compte, j’ai pas été essoufflé, et je suis remonté de l’abîme avec mes petites mains, sans piton ni mousqueton et sans bouger les oreilles !

 

Donato Carrisi / Le chuchoteur (Il suggeritore, 2009), Calmann-Levy (2010), traduit de l’italien par Anaïs Bokobza.

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9 mai 2010 7 09 /05 /mai /2010 22:50

J’avais été déçu par le dernier roman, déjà écrit à quatre mains, de Massimo Carlotto. Il revient en grande forme, cette fois avec la complicité de Francesco Abate (que je ne connaissais pas). J’ai confiance en toi est un roman qui risque de vous couper l’appétit …

 

CarlottoGigi Vianello n’est pas un personnage très recommandable. Ancien dealer, ayant fuit la Vénétie après avoir trahi ses associés, il s’est installé en Sardaigne et a ouvert un restaurant haut de gamme. Un restaurant auquel il ne vend surtout pas les produits qu’il commercialise et qui lui rapportent une fortune : poulets infectés chinois, tomates aux insecticides espagnoles, produits de beauté cancérigènes français, blé pollué du Canada … Dans ses filières tout est reconditionné, parfumé, reconstitué … et vendu comme des produits sains dans toute l’Italie. La vie est belle pour Gigi. Jusqu’à ce qu’il rencontre la belle Mariuccia. La très belle Mariuccia. Très belle mais cinglée, et mariée avec quelqu’un qui compte à Cagliari. Et les emmerdes commencent à pleuvoir dru …

 

Finalement, Carlotto n’est jamais aussi bon que lorsqu’il crée de vrais pourris. Si Padana City était décevant, il a retrouvé avec Gigi Vianello un affreux absolument irrésistible. Egoïste, uniquement préoccupé par sa petite personne, dépourvu du moindre sens moral, lâche mais retors, capable de tout pour préserver son confort … Une vraie vérole. Un vrai plaisir de lecture.

 

Qui donne d’autant plus de force à la dénonciation. Pour Gigi et ses associés tout est bon pour faire du fric, tout. Seule restriction, il ne faut pas trop empoisonner les clients, pour ne pas qu’il meurent trop vite, ni trop nombreux. Il ne faut ni tuer la poule aux œufs d’or, ni attirer l’attention du pouvoir.

 

Un petit exemple, parmi tant d’autres ? Voilà : « Le producteur était un de mes clients. Tous les mois, je lui fournissais plusieurs quintaux d’ovoproduits. En provenance d’une entreprise de recyclage des déchets des environs de Turin qui, au lieu d’écouler les œufs pourris, cassés, infestés de parasites, en nettoyait la putrescine et la cadavérine et les transformait en une bouillie conditionnée dans de commodes petits bidons de cinq litres, prêts à être versés dans les pétrisseuses des confiseries industrielles. »

 

Pour couronner le tout, Massimo Carlotto et Francesco Abate, par la voix de leur narrateur, font preuve d’un humour cynique, et d’une lucidité et d’une méchancetés impitoyables quand ils décrivent les travers et le ridicule de la « haute société » de Sardaigne. Un plaisir de plus pour le lecteur.

 

On ne peut donc s’empêcher de sourire, tout en étant effaré. Heureusement que cela ne se passe qu’en Italie, et que des gens comme l’affreux Gigi n’existent pas dans notre beau pays ! Buon apetito !

 

Massimo Carlotto et Francesco Abate / J’ai confiance en toi  (Me fido di te, 2007), Métailié (2010), Traduit de l’italien par Laurent Lombard.

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28 mars 2010 7 28 /03 /mars /2010 22:51

Voilà une lecture qui vient à point, après la déception des Visages. A point parce ce que tout ce qui m’a déçu dans le roman de Kellerman est, de mon point de vue totalement partial, exceptionnellement réussi ici. Il s’agit du dernier Gianrico Carofiglio, intitulé Les raisons du doute.

Guido Guerrieri est sur le point de replonger dans sa déprime. Sa copine le quitte pour un an (un très bon carofiglioposte à New York), il a plus de quarante ans, toujours pas d’enfant, et il lui semble qu’il commence à arriver au moment où il ne supportera plus son boulot d’avocat pénaliste. Ce ne sont pas les dispositions idéales pour prendre en main la défense de Fabio « Ray-Ban », arrêté à la frontière avec plus de quarante kilos de cocaïne cachés dans sa voiture.

D’autant plus que Guido connaît Fabio. Dans les années 70, il faisait partie d’un groupe de néo fascistes qui terrorisaient Bari. Ils avaient même tabassé Guido … Mais quand c’est l’éblouissante femme de Fabio qui vient le lui demander, Guido accepte, une fois de plus, un procès en apparence perdu d’avance.

Pourquoi suis-je tellement touché par Guido Guerrieri et tellement indifférent au destin d’Ethan Muller ? Après tout, ma vie est aussi éloignée de celle d’un avocat pénaliste de Bari que de celle d’un propriétaire de galerie d’art de New York.

Il y a sans doute la question des références culturelles. Celles de Kellerman ne me parlent pas. Carofiglio cite, pour conclure son roman, la réplique finale de Casablanca. Ca oui, ça me parle. Ensuite il y a l’humanité des personnages, transmises par l’écriture. Les deux doutent, dépriment, mais Ethan est froid, désabusé, hautainement détaché, chaleureux comme une endive ; Guido est capable de passer une nuit à boire des bières et à jouer aux cartes avec de petits truands, juste pour le plaisir de la chaleur humaine. Il y a la capacité de chaque auteur à transmettre une émotion, une sensation : quand Ethan aime, déteste, a peur, je ne partage rien. Quand Guido tremble, je tremble, quand il tombe amoureux, moi aussi, et quand il pense à Fernande …

Mais arrêtons là, et revenons en au roman, et à son titre, Les raisons du doute. Un doute qui, une fois de plus se trouve au centre d’un roman de Carofiglio. Par la voix de son personnage, c’est bien le combat du doute contre la certitude aveugle que mène l’auteur. Toujours de façon aussi limpide, fine et intelligente.

Outre le doute, et, comme dans les romans précédents, la description sans pitié (mais non sans humanité) du système judiciaire italien, l’auteur explique via son personnage son amour de la littérature, son besoin viscéral de conter des histoires. Voilà ce que dit Guido lors de sa plaidoirie :

«Un philosophe a dit que les faits, les actions en soi, n’ont aucun sens. Seul le texte du récit des événements et des actions accomplies dans le monde peut en avoir un. 

Nous autres inventons des histoires, et pas seulement dans les procès, pour donner un sens à des faits qui n’en ont aucun en soi. Pour tenter de mettre de l’ordre dans le chaos. Les histoires, à y bien réfléchir, sont tout ce que nous possédons. »

Cela est bel et bon, mais ne suffirait pas à faire un bon roman. Ce roman est grand, parce que l’écriture est limpide, parce que l’humour fait mouche, et parce que la construction est irréprochable et le suspense insoutenable. Impossible de refermer le bouquin avant la fin dès qu’on a entamé la description du procès final. Et ce procès, plus on en approche, plus on frémit. J’ai dû plusieurs fois me forcer à refermer le bouquin à la fin d’un chapitre pour faire durer le plaisir et ne pas aller trop vite.

Ce roman est aussi intéressant parce que son propos va à l’encontre de ce que l’on lit habituellement. Comme dans Témoin involontaire (le premier de la série), il ne s’agit pas ici de trouver un coupable, mais de sauver un homme que tout accuse. De remplacer la certitude et l’évidence par … le doute (le revoilà).

Et puis il y a Guido. Impossible de ne pas aimer ce faux dilettante, ce déprimé ironique capable de faire le coup de poing et de rassurer une petite fille dans son cauchemar. Un homme dont la dernière phrase est celle-ci : « Louis, je pense que c’est le début d’une belle amitié ». La citation de Casablanca n’est bien évidemment pas là  par hasard. Elle vient conclure une histoire qui est, entre autres choses, un beau clin d’œil à ce film mythique. Mais je vous laisse lire le roman pour le découvrir.

Ce n’est qu’un petit (ou grand) plaisir de plus. Tout le roman est un vrai bonheur.

Gianrico Carofiglio / Les raisons du doute  (Ragionevoli dubbi, 2006), Seuil/Policiers (2010), Traduit de l’italien par Nathalie Bauer.

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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 14:58

Piergiorgio Di Cara n’est plus un inconnu pour les lecteurs français. Trois romans ayant pour personnage principal le flic anti mafia Salvo Riccobono ont déjà été publiés chez Métailié. Avec Hollywood Palerme il crée un nouveau personnage, qui croise à l’occasion la route de Salvo.

Di CaraPippo Randazzo pourrait presque vivre de ses rentes. Il aurait aussi pu faire de belles et longues études. Il a choisi d’être flic à la Brigade Criminelle de Palerme. Ce soir là, alors qu’il se préparait pour un repas en amoureux, il est appelé sur le lieu d’une crime : Laura Ludovico, mère de famille sans histoires a été sauvagement assassinée chez elle. Rapidement les soupçons se portent sur le mari, mais Pippo et son équipe ont du mal à obtenir les moyens dont ils ont besoin pour leur enquête : A Palerme, c’est l’anti mafia qui a, systématiquement, la priorité.

Voici donc un nouveau personnage tout aussi intéressant que Salvo. Comme les grands maîtres du roman procédural, Di Cara ne se contente pas de décrire ses enquêtes mais le fait vivre sous nos yeux, amours naissantes, relations avec une famille complexe, amitiés de toujours, sorties au cinéma ... Un vrai personnage de chair, de sentiments, que l’on aura plaisir à retrouver.

Autour de ce nouveau personnage il nous offre un polar savoureux, une très belle peinture de Palerme et de ses habitants, des personnages bien campés, et une intrigue qui tient la route.

Contrairement à l’âme à l’épaule, dont il n’a pas l’intensité, la mafia et la peur qu’elle suscite ne sont pas ici au centre du propos. Mais elle pèse quand même sur le roman. Même si elle n’a rien à voir avec l’intrigue, son ombre est présente, en permanence, dans l’architecture du bâtiment des flics qui ressemble à un château fort, dans la tension toujours palpable, dans les conversations entre flics, dans l’aura de ceux qui luttent contre elle …

Palerme, Pippo Randazzo, Salvo Riccobono … avec ça, Piergiorgio Di Cara a matière à nous offrir encore quelques beaux romans.

Piergiorgio Di Cara / Hollywood Palerme  (Hollywood, Palermo, 2005), Métailié (2010), Traduit de l’italien par Hervé Denès.

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12 février 2010 5 12 /02 /février /2010 17:52

Comme Gonzalez Ledesma dont je parlais récemment ici même, Andrea Camilleri rajeunit de roman en roman. Son humour et sa capacité d’indignation sont intacts, pour ne pas dire qu’ils vont grandissant. Après Un été ardent, Les ailes du sphinx en est la démonstration éclatante.

 

Montalbano n'a pas le moral : Il vieillit, implacablement. Les matins ne sont plus glorieux, sa relation avec CamilleriLivia est dans une vilaine impasse, il est fatigué … Il va bien lui falloir, pourtant, se remettre au boulot quand le corps d'une jeune femme est découvert dans une décharge publique. Elle a été jetée là, nue, abattue d'une balle. Seul signe distinctif, le papillon qu'elle a, tatoué sur une épaule. C'est donc un Montalbano grognon qui va mener l'enquête. Une enquête qui le mène rapidement sur les traces d'une étrange association caritative très comme il faut, patronnée par un évêque. Et ce n'est pas les pressions immédiates qu'il subit de sa hiérarchie pour ne pas trop secouer son excellence, et les non moins excellents membres de l'association qui vont améliorer son humeur …

 

Comme le précédent, un excellent cru. J'ai beaucoup ri, vraiment beaucoup. J'ai même plusieurs fois éclaté de rire aux dialogues géniaux avec l'incontournable Catarella, aux sarcasmes rageurs de Montalbano, à sa mauvaise foi réjouissante, à sa mauvaise humeur rageuse.

 

Question écriture, Andrea Camilleri comme les plus grands crus s'améliore en vieillissant. Et ses griffes sont toujours aussi acérées. Gare à ceux qui passent à portée de son coup de patte ! Ici c'est la bonne société sicilienne, ses évêques, ses femmes de préfets, ses associations (qui dans l’esprit de l’irascible commissaire deviennent des organisations) qui font les frais de ses attaques aussi vives que précises. Et ça saigne. Toujours avec le sourire, bien entendu.

 

Allez, juste pour vous mettre en ‘pétit ce que pense Montalbano (et très certainement son créateur) des propriétaires de certains véhicules :

« Et y’avait aussi une deuxième catégorie d’imbéciles parents très proches des crétins à Ferrari, c’était celle des gens qui, pour aller faire leur marché, se prenaient leur tout-terrain à quatre roues motrices, avec quatorze phares grands et petits, boussole et essuie-glace spéciaux anti tempête de sable. »

 

Andrea Camilleri / Les ailes du sphinx  (Le alli della sfinge, 2006), Feluve noir (2010), Traduit de l’italien par Serge Quadruppani.

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4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 21:52

Je connaissais le Camilleri exubérant de l’incontournable série Montalbano, et le Camilleri picaresque des romans historiques. Le tailleur gris m’a fait découvrir un Andrea Camilleri tout en retenue et en nuances.

 

Aujourd’hui est un jour particulier. C’est le premier jour de la retraite. Un jour qui laisse ce directeur de banque sicilien totalement désemparé. Et Adele, sa très jeune et très belle épouse bien embêtée. Adele que le lecteur découvre peu à peu. Très à cheval sur les principes et la respectabilité en public, totalement dépourvue de morale et de limites en privé, elle a depuis peu imposé son jeune amant à son époux vieillissant qui ne peut la satisfaire, loin s’en faut. Dès le lendemain, Adele, grâce à ses relations, trouve un nouveau travail à son mari … qui découvre le même jour qu’il est gravement malade.

 

Le lecteur découvre ici  un Camilleri intimiste et sobre qu’il ne pouvait soupçonner à la lecture des romans précédents. La langue camillerienne est là, avec ses expressions savoureuses, mais elle est épurée et assourdie. La rogne, l’énergie rageuse de Montalbano sont remplacées par le flegme de ce personnage, capable de louvoyer entre sa fidélité à sa banque et les impératifs d’une économie obligée de composer avec la mafia. Un personnage discret, efficace, prudent, qui ne s’intéresse qu’à son travail, et considère toutes les menues attentions que veut bien lui prodiguer sa femme comme des cadeaux qu’il mérite à peine.

 

On sort peu dans ce roman, pas de soleil, pas de mer, pas de cuisine, pas d’odeurs … Tout est enfermé, feutré. Pas de bruit, pas de cris, pas de grandes scènes, tout passe par des non dits. Une façon magistrale et tout en nuances de rendre l’hypocrisie d’une bourgeoisie qui tient aux apparences alors qu’elle est sous la coupe de truands. Une bourgeoisie qui cache ses secrets, ses drames, ses fantasmes et ses compromissions.

Et tout ça au travers des derniers jours d’un homme discret, et en moins de cent cinquante pages. Magistral.

 

Andrea Camilleri / Le tailleur gris, (Il tailleur grigio, 2008) Métailié (2009), traduit de l’italien par Serge Quadruppani.

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24 mai 2009 7 24 /05 /mai /2009 22:06

Une petite histoire sordide, le nouveau roman d’Alessandro Perissinotto pourrait bien devenir de début d’une série.

 

Rien ne destinait Anna Pavesi, psychologue divorcée de quarante ans, à se retrouver une nuit d'hiver en train de déterrer un cadavre dans un bois fréquenté par les prostituées. C'est pourtant bien ce qu'elle est en train de faire, la peur au ventre. Tout a commencé quelques jours plus tôt, quand une riche milanaise l'a contactée pour qu'elle trouve ce qu'il était arrivé au corps de sa demi-soeur, tuée accidentellement quelques semaines plus tôt. Tout ce que veut sa cliente, c'est éviter que le scandale n'éclabousse une famille en vue …

 

Ce polar a tout pour lui : Une construction impeccable, une intrigue qui cache quelques surprises, un personnage intéressant en la personne D'Anna … En toile de fond la peinture, bien plus acérée et méchante qu'il n'y paraît au premier abord, de toute une région, de l’obsession du travail et de l'argent qui y règne, de la fascination pour les expressions les plus vulgaires de la réussite sociale.

 

A travers cette peinture très locale, c'est aussi une critique de Italie berlusconienne que l'on devine. Une critique de l'arrogance et la froideur des puissants, du mépris dans lequel ils tiennent ceux qu'ils exploitent.

 

Un bon polar donc, auquel pourtant il manque un petit quelque chose pour qu’il soit réellement enthousiasmant. Peut-être un peu de nerfs et de rythme, peut-être une peu de tripes. Un tout petit quelque chose qui lui permettrait de se hisser au niveau des meilleurs. Un petit quelque chose que je ne saurais définir précisément, mais dont je ressens le manque.

 

Mais on reverra sans doute Anna, si l’on en croit ses dernières paroles : « Ma reconversion a commencé. » L’occasion, j’espère d’être pleinement convaincu car Alessandro Perissinotto a du talent.

 

Alessandro Perissinotto / Une petite histoire sordide, (Una piccola storia ignobile, 2006) Série Noire (2009), traduit de l’italien par Patrick Vighetti.

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11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 00:06

Chouette, un nouveau Gianrico Carofiglio, on va retrouver son avocat, Guido Guerrieri, déjà rencontré et . Raté. Le passé est une terre étrangère, comme les deux romans précédents, se déroule à Bari, mais l’auteur y change de personnage et de cap.

 

Giorgio prend son café dans un bar, intrigué par une femme qui le fixe. Elle finit par le rejoindre et lui dire son nom. Un nom qui projette Giorgio dans le passé, cette terre étrangère. En 1989, quand il était encore étudiant et qu’il fit la connaissance de Francesco. Un garçon fascinant, mystérieux, qui allait l’initier au monde du jeu, de l’escroquerie, de l’argent facile et de la manipulation. Un monde où les frontières entre ce qui est défendable et ce qui ne l’est pas deviennent de plus en plus floues. Un monde dans lequel Giorgio s’enfonce, perdant peu à peu ses repères …

 

Gianrico Carofiglio change donc de personnage et de style de récit mais fait preuve de la même empathie étonnante que dans les romans précédents. On est au plus près du ressenti du personnage qui coule, petit à petit, sans s’en rendre compte. On perçoit, en cours de lecture, qu’un malaise s’est installé, sans pouvoir dire avec certitude depuis quand il est là. On sent bien que le personnage court à la catastrophe, sans arriver à deviner de quelle catastrophe il s’agit.

Dans ce bijou de finesse, Carofiglio réussit à renouveler de façon très émouvante un des archétypes du roman noir : le récit d’une déchéance annoncée. Il confirme ainsi qu’il est un grand du roman noir, et pas seulement un grand du thriller judiciaire.

 

Gianrico Carofiglio / Le passé est une terre étrangère, (Il passato è una tierra straniera, 2004) Rivages Thriller (2009), traduit de l’italien par Odile Rousseau.

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