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31 mars 2009 2 31 /03 /mars /2009 23:29

Le polar italien est décidément bien riche. Il a ses têtes de file, ses stars, comme Camilleri, De Cataldo, Lucarelli, Carlotto ou même depuis peu Carofiglio. Il a aussi ses étoiles filantes comme Saviano … et ce n’est pas tout. Voici chez rivages un écrivain moins connu et éclatant qui peu à peu, livre après livre, finit par faire entendre sa petite musique (je sais, c’est un cliché, mais j’y ai droit moi aussi de temps en temps). Derniers coups de feu dans le Ticinese est le troisième roman traduit du milanais Piero Colaprico.


Augusto dit El Tris est de retour à Milan après 22 ans passés en prison aux US. Cet ancien caïd spécialisé dans les braquages et connu pour sa violence revient se venger de ceux qui l’ont vendu et ont tué sa femme et son fils pendant qu’il était en prison. Il commence par l’avocat qui l’a doublé. C’est le commissaire Bagni (enquêteur de La dent du Narval) qui enquête sur cette mort. L’espace de quelques jours le vieux Milan, ses images et ses fantômes vont envahir la ville.


Après Kriminalbar (recueil de nouvelles se répondant qui finissaient par former un roman) et La dent du Narval, Piero Colaprico continue sa chronique milanaise. Il le fait au travers du regard décalé dans le temps d’un vieux truand qui ne comprend pas les évolutions de sa ville. Inutile cependant d’y chercher une quelconque nostalgie ou le discours convenu sur un passé où la pègre aurait été glamour et honorable. Ses truands ne participent pas à ce mythe ; ce ne sont pas des bandits d’honneur. Ils sont violents, égoïstes et individualistes. Autrefois ce n’était pas mieux, seulement différent.


Au-delà de cette description, Colaprico écrit aussi et surtout une histoire bien sombre de vengeance, de folie, de fantômes et de mort. Une histoire qui ne peut que mal se terminer … elle se termine mal.


Piero Colaprico / Derniers coups de feu dans le Ticinese, (Ultimo sparo al Ticinese, 2004) Rivages Noir (2009), traduit de l’italien par Gérard Lecas.

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1 février 2009 7 01 /02 /février /2009 21:33

Cela faisait un petit moment que je n’avais pas lu de romans d’Andrea Camilleri, je ne sais pour quelle mauvaise raison. Cela faisait aussi pas mal de temps que je ne m’étais pas autant marré en lisant un roman ! Voilà donc Un été ardent. Rigolade assurée.


Il fait chaud à Vigata, très chaud, beaucoup trop chaud. Salvo Montalbano n’a presque plus d’appétit. Juste pour quelques plats froids arrosés d’un blanc très très frais. Livia, son amie génoise est venue le rejoindre, accompagnée d’un couple d’amis qui ont loué une villa à proximité. Et voilà que, dans le sous-sol jusque là caché de la maison, Montalbano trouve un cadavre dans un malle ! (Je sais, le coup du sous-sol caché est difficile à comprendre, mais il faut lire le bouquin, ou être sicilien pour savoir, faites-moi confiance). Le début d’une dispute de plus, et d’une enquête d’autant plus éprouvante qu’il continue à faire beaucoup trop chaud.


Eclats de rire garantis quasiment à tous les chapitres. La plupart du temps à cause (ou plutôt grâce à) des dialogues absolument fantastiques. Mais aussi à chaque intervention de l’inénarrable Catarella, ou à chaque mouvement d’humeur de notre commissaire préféré.


Il n’y a pas à dire, Andrea Camilleri a le sens de la formule. Juste un exemple. Je dois avoir gardé un esprit potache, parce qu’il m’a fait pouffer !


« Il arriva au commissariat la chemise trempée de sueur, et le caleçon qui ne faisait qu’un avec les poils de cul tellement ils étaient collés. »

L’intrigue est assez mince, mais on s’en fout !


Et sous le rire, se cache (à peine) le tableau accablant d’une société sicilienne totalement bouffée par la corruption, les liens entre politiques, mafieux et hommes d’affaire. Une société où la justice est totalement impuissante face aux gros, tellement impuissante qu’elle s’autocensure sans même chercher à combattre. Ne société où la vie d’un travailleur sans papier vaut beaucoup moins cher que la réputation d’une crapule de la haute. Ce n’est pas ici, mon bon monsieur, qu’on verrait ça !


Finalement, il vaut mieux en rire. Un grand Camilleri.


Vous pouvez prolonger cette lecture avec celle d’une interview de l’auteur par son traducteur, sur le site de Serge Quadruppani.


Andrea Camilleri / Un été ardent (La vampa d’agostc, 2006), Fleuve noir (2009), traduit de l’italien par Serge Quadruppani.

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5 novembre 2008 3 05 /11 /novembre /2008 20:46

Eté 1978. A Bologne Antonio Sarti, comme tout le monde, crève de chaud. De plus il se fait confier une mission qui l'ennuie au plus haut point : assurer la sécurité d'une exposition numismatique. Comble de malchance, dès le premier soir les trois plus belles pièces sont volées, et Sarti se retrouve à patrouiller dans le Pilastro, quartier ghetto de la ville. Un quartier pauvre, où les flics ne sont pas particulièrement bienenus. Sarti, râle, bougonne, mais se prend d'amitié pour Claudio, gamin de 12 ans particulièrement vif. Quelques temps plus tard, Claudio est retrouvé mort, tué d'une balle dans la tête. Avec son ami l'étudiant perpétuel et contestataire Rosas, Sarti n'aura plus de repos tant qu'il n'aura pas trouvé le meurtrier.

Ceux qui aiment Loriano Macchiavelli et Sarti vont adorer Derrière le paravent. Les autres détesteront. Parce que c'est là du Macchiavelli pur jus (pour autant que l'on puisse en juger en France où seulement trois titres ont été traduits). Sarti court dans Bologne à la recherche d'un café correct, râle, s'engueule copieusement avec son ami Rosas, qu'il ne supporte plus, mais dont il ne peut se passer, et supporte très difficilement l'imbécillité de son chef. Il se heurte à ses propres préjugés, ses incohérences, et fait semblant de s'indigner quand Rosas où un autre lui met le nez dedans. Et Macchiavelli est là, tout le temps, à expliquer que "son policier" n'en fait qu'à sa tête, mais qu’il l’aime bien quand même, et qu’il ne saurait plus quoi écrire s’il lui arrivait un malheur …

Du pur Machavelli donc, avec son humour, son style, et sa façon, subtile, de pointer du doigt les disfonctionnement de l'Italie de 78 sans en avoir l'air. Cela peut être un peu désarçonnant pour un lecteur français qui découvre la série 30 ans plus tard, alors que Sarti est depuis longtemps un héros en Italie, et même un personnage de série télé. Alors que Macchavelli est une référence pour tous les auteurs de polar italien que nous découvrons depuis quelques années. Alors surtout que les années 70, avec leurs valeurs, leurs luttes, et même leur quotidien semblent, par certains côtés, si lointains, alors que finalement, on en est si proche.

Mais même aujourd’hui, avec ses partis pris stylistiques, c'est fort, noir et parfumé comme les vrais cafés que Sarti aime tant. On aime ou pas, mais on ne peut que reconnaître l'originalité et le talent.

Jeanjean fait aussi partie des fans de Sarti Antonio.

Loriano Macchiavelli / Derrière le paravent (Passato, presente e chissà, 1978), Métailié/Noir (2008), traduit de l’italien par Laurent Lombard.

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18 septembre 2008 4 18 /09 /septembre /2008 21:54

Comme disait le grand Pierre Desproges, on reconnaît ses amis assez facilement : ce sont eux qui, un jour ou l’autre, vous déçoivent. Cela pourrait s’appliquer à nos auteurs préférés, qui deviennent, eux aussi, des amis dont on attend trop. Tout cela pour dire que j’ai été très déçu par le dernier roman de Massimo Carlotto (coécrit avec Marco Videtta).

Nous sommes dans le nord-est de l’Italie, une des régions les plus riches du pays, tenue par quelques grandes familles. A quelques jours de son mariage avec le fils de l’une de ces dynasties, la belle Giovanna est assassinée dans sa baignoire. Avec l’aide d’un flic désabusé, son fiancé désespéré va tout faire pour trouver le meurtrier, malgré un juge, et toute une ville qui n’ont pas du tout envie de faire la lumière sur cette affaire.

Voilà pour l’histoire. Elle n’est pas très importante. Même s’il est quand même dommage que le lecteur devine, bien avant le héros, qui est l’affreux vilain. Le propos est surtout de dénoncer la main mise quasi féodale de quelques familles sur toute une région. Et au passage de dénoncer les agissements de la camorra et le trafic des déchets toxiques. Cette partie là tient la route. Mais c’est presque la seule. Les personnages sont assez falots, et je me fichais de ce qu’il pouvait arriver à ce pauvre garçon. De plus, sans pouvoir mettre le doigt dessus, je sens qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas dans l’écriture. Les dialogues, en particulier, sonnent faux. Padana City pourrait donc être un polar moyen plein de bonnes intentions, et basée sur une solide documentation.

Mais.

Tout d’abord, sur le trafic des déchets, je viens de terminer Gomorra qui est incomparablement plus fort, désespérant et convainquant. Après Gomorra, le sujet est traité, définitivement. Il faudrait pour le renouveler s’appuyer sur des personnages et une histoire qui apportent vraiment quelque chose.

Et surtout, en 2006, sont parus chez Métailié deux chef-d’oeuvres de Massimo Carlotto (et je pèse mes mots). Deux chocs, deux bijoux noirs, d’une concision étincelante, analyses implacables en même temps que tourbillons d’émotions. Alors forcément, quand ensuite on retombe dans du tout venant, on est très déçu.

Et comme je ne recule devant aucun sacrifice, et que j’aime trop Massimo Carlotto pour vous laisser sur une mauvaise impression, je vais vous causer, rapidement, des deux textes en question.

L’immense obscurité de la mort est un roman à deux voix : Celle de Silvano Contin dont la vie s’est arrêtée le jour où deux braqueurs ont tué sa femme et son fils de huit ans qu’ils avaient pris en otage. Et celle de Raffaelo Beggiato, un des deux tueurs, qui purge une peine de prison à vie. L’autre tueur n’a jamais été arrêté. Silvano survit, mécaniquement, et ne pense qu’à une chose : retrouver l’homme qui vit tranquillement de son butin. Quinze ans après les faits, Raffaelo, atteint d’un cancer en phase terminale formule un recours en grâce pour passer ses derniers jours libre et demande le pardon de Contin.

Ce court roman est absolument implacable. Le va et vient constant entre l’assassin et la victime, entre le fou homicide et l’homme anéanti maintient en permanence le lecteur dans un équilibre instable. Un équilibre qui s’écroule quand il s’avère, peu à peu, que les rôles vont en s’inversant. Sans effets dramatiques, et sans explications psychologiques il nous fait plonger dans la douleur de l’enfermement, et dans la folie de l’absence et de la vengeance. Il nous fait partager les désespoirs des deux hommes, simplement en leur  laissant la parole. La chute inattendue et vertigineuse, laisse le lecteur complètement sonné.

Rien, plus rien au monde est un monologue. Celui d’une femme qui en a marre d’une vie terne, à regarder à la télé tout ce qu’elle n’aura jamais, à compter le moindre sou, à partager un appartement minable avec un mari qu’elle n’aime plus, qui ne lui a pas apporté ce qu’elle espérait. Alors quand elle lit ce que sa fille, qui, à plus de vingt ans, ne fait rien pour avoir une vie différente de la sienne, a écrit dans son journal, elle voit rouge.

Texte court (une soixantaine de pages) qui arrive à tout dire d’une vie désespérante qui bascule dans l’horreur et la folie. Au gré du monologue de la narratrice, abrutie de télévision et d’ennui, le lecteur passe de la commisération, à l’angoisse, puis à l’horreur. Carlotto a l’immense talent de résumer sans caricaturer, de présenter, au travers d’un parcours individuel, toute l’inhumanité et l’aliénation d’une société basée uniquement sur l’argent et l’acquisition de biens. Une société privée de valeurs, où l’ignorance et la frustration peuvent transformer une victime anonyme, en bourreau ordinaire. L’écriture est sèche, sans mélo, angélisme, ou prêchi prêcha, et surtout sans pitié pour le lecteur.

Massimo Carlotto et Marco Videtta, Padana City (Nordest, 2005), Métailié (2008) Traduit de l’italien par Laurent Lombard.

Massimo CarlottoRien, plus rien au monde (Niente più niente al mondo 2004) Métailié (2006) / L’immense obscurité de la mort (L'oscura immensita della morte, 2004) Métailié (2006) Traduits de l’italien par Laurent Lombard.

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1 septembre 2008 1 01 /09 /septembre /2008 16:30

1990. C’est l’épilogue, la fin de la bande de Magliana qui, pour quelques années, avait mis la main sur Rome. Le commissaire Scialoja qui les a combattu et Patrizia, ex prostituée, égérie de la bande, sont les seuls survivants de l’épopée. C’est aussi la fin de Romanzo Criminale, le roman magistral de Giancarlo De Cataldo.

Automne 92 -automne 93, La saison des massacres. La guerre sanglante entre l'état italien et la mafia est à son apogée. Les juges Falcone et Borsellino ont été assassinés en Sicile. Toto Riina a été arrêté et placé dans une prison spéciale. La mafia engage un bras de fer, multipliant les attentats, et les partis au pouvoir sont touchés, les uns après les autres, par l'opération mains propres.

Scialoja a pris le poste du Vieux à la tête d’une officine secrète, jamais reconnue officiellement, mais redoutée par tous car le Vieux avait des dossiers sur tout le monde. De nouveau sa route va croiser Patrizia dont il est toujours amoureux. Elle va surtout croiser celle de Stalin Rossetti, ex bras droit du Vieux, qui fut, avant la chute du Mur, à la tête d'une cellule anti-communiste, et qui n'a jamais accepté de ne pas succéder à son mentor. Rossetti profite du chaos pour essayer d'évincer Scialoja. Entre la mafia toujours plus pressante, des politiques et des entrepreneurs aux abois, poursuivis par les juges milanais, et les manœuvres de Rossetti, Scialoja essaie de sauver sa peau, et ce qu’il reste de l’état. Complots, trahisons, magouilles, tous sont touchés, tous en paieront les conséquences, mafieux, industriels, flics, ex barbouzes … Un chaos qui fait le lit de nouvelles forces politiques, en apparence propres et nouvelles.

Ce nouveau roman de Giancarlo De Cataldo est presque aussi magistral que le premier. Il ne lui manque que cet ingrédient romanesque si favorable au roman noir : l'histoire d'un triomphe, suivi d'une chute, d'autant pus dure que le triomphe fut grand. Ici, personne ne triomphe, dès le début, ce n’est qu'une lente et implacable descente en enfer.

Une descente mise en scène par De Cataldo avec les qualités qui ont fait de son premier roman un chef-d'œuvre  : multiplicité des personnages, construction polyphonique brillante, fusion parfaite de la Grande Histoire, connue de tous, et les destins individuels, création de l'auteur, qui viennent la romancer.

Le constat est, si c'est possible, encore plus noir que celui de Romanzo criminale. A ce stade, on ne peut plus dire que la corruption, le crime, gangrènent la société italienne ; ils en sont partie prenante. On ne peut les en extraire car on a l'impression qu'ils vivent en symbiose totale avec le pays. Le mécanisme qui va finir par porter Berlusconi et ses alliés d'extrême droite est démonté, parfaitement, sans que jamais l'auteur n'oublie qu'il écrit un roman, et pas un essai.

Un grand roman, qui confirme le talent de Giancarlo De Cataldo et vient en écho au terrible et éprouvant Gomorra de Roberto Saviano (bientôt ici, quand je trouverai le courage de le terminer …). La saison des massacres devrait être en librairie à la fin de la semaine.

Giancarlo De Cataldo / La saison des massacres  (Nelle mani giuste, 2007), Métailié (2008). Traduction de l’italien par serge Quadruppani.

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12 avril 2008 6 12 /04 /avril /2008 17:59

Vite et nulle part est le second roman que l’italienne Grazia Verasani consacre à Giorgia Cantini, la quarantaine solitaire, privée dans la belle ville de Bologne. J’étais passé complètement à côté du premier, Quo Vadis, Baby ? Malgré mon attirance, non pas pour les privées bolognaises (je n’e connais aucune), mais pour les polars italiens.

Allez savoir pourquoi, ce coup-ci, j’ai marché, comme un seul homme, et suis prêt à entrer dans le fan-club de Giorgia.

 

Giorgia Cantini n’est pas politiquement correcte. Elle fume, picole, et écoute de la musique qui fait du bruit  pour supporter la solitude … et ses semblables, ce qui n’est pas forcément si paradoxal. En ce début d’été torride, elle est contactée par un jeune femme qui s’inquiète de la disparition de sa plus proche amie. Cela fait presque deux semaines qu’elle ne la voit plus. Les deux amies sont des prostituées de luxe, et Van a disparu juste après une soirée privée plutôt calme, chez des notables.

 

Ce n’est certainement pas l’intrigue, cohérente mais assez relâchée, qui m’a convaincu. Elle n’est là que comme un prétexte à trois beaux portraits. Tout d’abord celui de deux femmes. Giorgia, une privée comme on les aime, obstinée, grande gueule, forte, fragile, doutant de tout, et surtout d’elle-même, fidèle à sa jeunesse et hantée par ses morts … Un vrai personnage de polar, dans la grande tradition.

Celui de Van ensuite, la victime, que l’on découvre au travers des témoignages de ceux qui l’ont connue, et au travers de ses écrits. Une femme qui perd son âme, peu à peu, pour l’échanger contre un ailleurs factice, que nous vendent télés et publicitaires.

Et celui de Bologne pour finir, ville qui n’en finit pas d’enterrer un passé populaire et contestataire et qui se transforme, comme beaucoup de villes européennes, en belle ville pour touristes et habitants fortunés. Une bien belle balade nostalgique, et de bien beaux personnages.

Grazia Verasani / Vite et nulle part  (Velocemente da nessuna parte, 2006). Métailié/Noir (2008). Traduit de l’italien par Anaïs Bokobza.

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9 avril 2008 3 09 /04 /avril /2008 09:07

« Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.
 »

Les animaux malades de la peste, Jean de la Fontaine.

Illustration par l’exemple : Les yeux fermés, de Gianrico Carofiglio. Heureusement, il y a Guido Guerrieri.

On pouvait, à la lecture de l’excellent Témoin involontaire de Gianrico Carofiglio se demander si l’on avait là l’auteur d’un seul roman, ou si l’on tenait un nouveau grand nom du polar italien. Avec Les yeux fermés, on sait. On tient un grand.

 

Guido Guerrieri est avocat à Bari. Le revoici, embringué dans un procès dont personne ne veut. Il s’agit cette fois d’assister une jeune femme qui accuse son ancien amant de violence et de harcèlement. Un procès difficile dans la mesure où, au final, c’est la parole de l’un contre celle de l’autre. Un procès d’autant plus difficile que la jeune femme est seule, pauvre et anonyme, alors que l’accusé est bien connu du tout Bari, riche, influant, et pour comble, fils d’un des magistrats les plus puissants du parquet. Deux avocats se sont déjà désistés, en invoquant des excuses bidons. Mais pas Guido ! Il a beau savoir qu’il fait une énorme connerie, ce ne sera ni la première, ni la dernière.

 

Malgré un contexte très sombre, qui mêle pédophilie, violences faites aux femmes, et inégalité du système judiciaire italien (grâce à Hannelore Cayre, nous savons que le système judiciaire français, lui, est parfait), Guido arrive à vaincre sa déprime, et à nous faire rire. Gianrico Carofiglio est aussi touchant quand il décrit les souffrances et les doutes de Guido et de ses clients, qu’impitoyable et drôle quand il croque les travers de nos contemporains (et les nôtres par la même occasion).

Il réussit le tour de force de construire un suspense tendu, faisant monter imperceptiblement la tension jusqu’au début du procès, tout en prenant le temps de faire vivre son personnage. Une soirée hilarante chez des bobos new age (l’improvisation d’un Guido bourré sur l’ésotérisme druidique vaut son pesant d’encens), la mélancolie des souvenirs de jeunesse, des déambulations dans une librairie ou chez un disquaire … Autant de scènes, très bien écrites, qui donnent de l’épaisseur et de la vie aux personnages et accrochent le lecteur.

Mais attention, après ces moments de détente, le lecteur s’angoisse de nouveau, tremble, et tourne fébrilement les pages, scotché, pendant les scènes de tribunal, jusqu’au final. Du grand art, au service d’un discours humaniste, et servi par des personnages extraordinaires. Tout pour plaire.

Petit détail. Il n’est pas indispensable d’avoir lu le premier, Témoin involontaire, pour lire celui-ci. Il serait cependant dommage de se priver du plaisir de voir évoluer Guido, et de comprendre certaines allusions.

Gianrico Carofiglio / Les yeux fermés (Ad occhi chiusi, 2003). Rivages/Thriller (2008). Traduit de l’Italien par Claude Sophie Mazéas.

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28 février 2008 4 28 /02 /février /2008 19:58

Alors que la série noire édite A mon juge, le nouveau roman d’Alessandro Perissinotto, folio de son côté réédite Train 8017.

perissinoto-train-copie-1.jpgAdelmo Baudino était cheminot, jusque pendant la guerre de 39-45. Il a participé à la résistance des partisans contre les nazis et leurs alliés fascistes. Il y a vu mourir des amis. C’est pourquoi il est particulièrement amer d’avoir été « épuré »  avec quantité d’autres compagnons, et licencié des chemins de fer italiens à la fin de la guerre. On lui a reproché son appartenance à une milice d’obédience fasciste quand il était enquêteur pour le rail. Aujourd’hui, Adelmo est maçon. Jusqu’à ce qu’il apprenne par hasard que deux anciens cheminots ont été assassinés à Turin. Son ami Berto, épuré comme lui mais fils d’un riche notaire, le convainc de rechercher l’assassin, pour essayer de rentrer dans les bonnes grâces des autorités.

Train 8017 est un bon polar, bien construit avec de beaux personnages, qui rend bien une époque qui fut trouble un peu partout en Europe : Celle de la fin de la deuxième guerre mondiale, et son cortège d’injustices, de vengeances, de mesquineries, et de courageux de la dernière heure qui retrouve, au dernier moment, un patriotisme et une capacité d’indignation de bon aloi, faisant peser leur juste courroux sur le dos de quelques victimes expiatoires d’autant plus faciles à tondre qu’elles sont sans défense. Un phénomène qui est loin de se limiter à l’Italie.

Ce qui est peut-être plus proprement italien s’est le maintien souterrain, d’une forte identité fasciste. Un bon polar donc, qui ne déçoit un peu que parce qu’il est l’œuvre d’Alessandro Perissinotto, dont j’ai quand même préféré les deux autres romans traduits en France, La chanson de Colombano plus original et étonnant par son propos, et le récent A mon juge, plus original dans la forme.

Alessandro Perissinotto / Train 8017 (Folio/policier, 2008).

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23 janvier 2008 3 23 /01 /janvier /2008 21:01

Voici en édition de poche le deuxième volume que Valerio Evangelisti a consacré à Pantera, pistolero mexicain, et prêtre vaudou.

 

evangelisti-anthracite.jpgAnthracite commence en 1875, quand Pantera est recruté par les Molly Maguires, une société secrète irlandaise qui se bat pour l'amélioration des conditions de travail de ses concitoyens dans les mines de charbon de Pennsylvannie. Il doit trouver et abattre un espion infiltré au plus haut niveau de l'organisation. Sur place, il va devoir faire semblant de faire partie de l'agence Pinkerton qui pourchasse les Molly et casse les syndicalistes et grévistes. Pantera, pris entre plusieurs intérêts contradictoires, va s'apercevoir qu'il est manipulé par des forces bien plus grandes qui ont entamé une bataille dont l'issue pourrait avoir une influence durable sur le futur des Etats-Unis d’Amérique.

 

Avertissement au lecteur : En 450 pages Valerio Evangelisti réussit à écrire, un western, un roman fantastique et un roman social. Il y mêle l' histoire des débuts de l'industrialisation des US, les premiers pas du syndicalisme et du socialisme en Amérique,  la lutte entre le chemin de fer et les propriétaires terriens, la fin des légendes de l'ouest, les rivalités entre immigrants qui ont importé haines européennes, les conditions de vie atroces des ouvriers américains en cette fin de XIX°, le racisme et la xénophobie, l’histoire d’un certain nombre de société secrètes … Et j'en oublie.

 

Résultat, c'est touffu, très dense, il y a beaucoup de personnages, et cela demande un minimum d'attention. A éviter quand on est trop fatigué, ou qu'on a la tête trop prise. A éviter également quand la grippe couve et qu’on pense au ralenti. A éviter encore si l’on n’a pas trop le temps de lire, et qu’on progresse par paquets de 2 ou 3 pages.

 

Par contre, si vous n’êtes affecté par aucun des problèmes ci-dessus, si le mélange des genres ne vous rebute pas, plongez, tête baissée, dans ce tourbillon, perdez-vous y, vous en sortirez étourdis. Et sans doute un peu plus savants.

 

Valerio Evangelisti / Anthracite (Rivages noir, 2008)

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21 janvier 2008 1 21 /01 /janvier /2008 09:58

Il y a trois ans Angelo était au sommet de sa carrière : propriétaire de la société la plus en vue dans le domaineundefined de la protection informatique, il vivait une vie de rêve à Milan. Aujourd’hui il a tué un homme à la sortie d’un restaurant à Milan, il est en fuite, et n’a presque plus un sou. Ses connaissances en informatique lui permettent, sans se faire prendre, de communiquer à celle qui a été désignée pour juger son affaire. Il veut absolument lui expliquer son geste. Et il veut finir de se venger de ceux qui l’ont fait tomber.  Une étrange correspondance se noue entre la juge et l’assassin.

 

Le résumé laisse supposer que l’on va lire un thriller, ou un brillant exercice de style, version moderne (par mail) des romans épistolaires. Et c’est effectivement un exercice de style brillant, et un thriller parfaitement mené. Mais ce n’est pas seulement cela.

 

Au travers le récit d’Angelo, et des réponses de sa juge, c’est tout un pan de notre société moderne qui est dévoilé : Morgue et impunité des riches, reniement de ceux qui croient être sortie de leur classe, désillusions, blanchiment d’argent, perte de références morales, corruption, circuits parallèles de blanchiment d’argent, détresse de ceux qui ne font pas partie de « vainqueurs » et restent, de plus ne plus, sur le bord de la route …

 

Et ce n’est pas tout. C’est aussi un splendide hommage à Simenon, et au grand Jacques Brel. Pour finir, c’est le portrait touchant et émouvant d’un certain nombre de personnages qui ont réussi à échapper à la loi toute puissante de l’argent pour l’argent.

 

Décidément, le roman noir italien se porte bien, de De Cataldo à Camilleri, en passant par Carlotto, Evangelisti, le collectif Wu Ming, Dazieri, Pincketts, Di Cara, Fois ... La contestation, la variété des formes, des styles, la cohérence des constatations et des indignations nous viennent souvent d’Italie.

 

Alessandro Perissinotto / A mon juge (Série noire, 2008)

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  • : Il sera essentiellement question de polars, mais pas seulement. Cinéma, BD, musique et coups de gueule pourront s'inviter. Jean-Marc Laherrère
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