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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 16:19

Décidément le catalogue des éditions Asphalte est ambitieux, exigeant et éclectique … et en même temps cohérent. Cette fois Asphalte est allé nous dénicher une chronique de Lima par un nouvel auteur péruvien, Martín Mucha. Cela s’appelle Tes yeux dans une ville grise.

mucha

Résumer ce roman (ou cette chronique) est à la fois difficile et facile. Difficile car il n’y a guère de progression. Facile si l’on accepte de faire très court : Jeremias a grandi dans les quartiers pauvres de Lima, séparés des zones riches par un grand mur. Aujourd’hui, toujours pauvre, il a quand même réussi à aller à l’université. Tous les jours il traverse la ville en bus, et observe …

Normalement je n’aime pas trop ce genre de bouquins. Succession de tranches de vie sans lien apparent les unes avec les autres, succession de petits riens, pas de fil narratif, encore moins de tension …


Et pourtant là ça marche. Mystère de l’écriture ? De la construction ? Il est vrai que l’épilogue, a posteriori, redonne une véritable signification à ce qui se déroule sous nos yeux pendant tout le bouquin. Il est vrai également qu’à l’arrivée on s’aperçoit qu’on a un tableau d’ensemble d’une ville (Lima) et de sa société.


Une société et des individus qui semblent étonnamment dépourvus de repères, de valeurs, une génération tellement différente de celle des années 70 qui, partout en Amérique Latine se battait, armes à la main, contre les régimes militaires soutenus par l’ogre yanqui. Mais les années 90 sont passées par là, avec leur mirage de la consommation pour tous et leur entreprise de lavage de cerveau médiatique …


Cela donne un grand vide en même temps qu’une grande frustration et un désespoir qui ne sait pas vraiment comment s’exprimer et s’incarner. Et du coup une forme de violence difficile, voire impossible à combattre.


A la réflexion, un petit roman qui en dit plus qu’il n’y parait. 


Martín Mucha / Tes yeux dans une ville grise (Tus ojos en una ciudad gris, 2011), Asphalte (2013), traduit de l’espagnol (Pérou) par Antonia Garcia Castro.

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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 00:20

Patricia Melo est un auteur qui aime surprendre. On l’avait découverte avec le très éprouvant O Matador, elle nous avait fait rire avec Eloge du mensonge, avant de nous replonger dans l’enfer urbain de … Enfer et de nous lancer dans un road movie aux trousses de Maiquel, le héros de son premier roman, dans Monde perdu. Elle revient, encore avec un anti-héros, dans Le voleur de cadavres.


MeloLe narrateur est fade. Il a quitté une boite de télémarketing à São Paolo, pour venir s’enterrer dans une petite ville du Pantanal (si comme moi vous ne savez pas où c’est, merci ouikipédia). Il y mène une vie terne qui lui convient parfaitement jusqu’au jour où, alors qu’il est en train de pêcher, il voit un avion de tourisme s’écraser devant lui. A bord, un pilote qui meurt dans ses bras, et un sac à dos avec un joli paquet de cocaïne. Quand il décide de ne rien dire à la police et de garder le paquet, sa vie bascule, pour le meilleur, et surtout pour le pire.


Autant le dire tout de suite, ce n’est pas le meilleur Patricia Melo. A mon humble avis, il n’a pas la puissance et la noirceur de ses romans urbains. Même si j’ai pris plaisir à le lire, je l’ai refermé en me demandant un peu ce qu’elle voulait raconter. Une variation autour d’une histoire classique de trio amoureux ? La chronique de la vie dans une petite ville perdue ? Le glissement progressif d’un homme ordinaire vers la criminalité et la culpabilité ? La description d’un lieu qui semble assez unique ? Un peu tout ça peut-être, mais rien ou presque n’est vraiment mené à son terme.


Certes le paragraphe ci-dessus est sévère, trop sans doute. Parce qu’au final on suit avec intérêt le glissement du narrateur vers une certaine déchéance, on suit sa culpabilité de bonhomme ordinaire pris dans une spirale qui l’entraîne, peu à peu, vers une « perversion » qu’il n’aurait jamais pensé toucher du doigt. L’écriture, très à plat, très neutre accentue l’impression de pourriture généralisée et coller parfaitement à ce narrateur terne.


Alors pourquoi cette impression de déception ? Sans doute parce que Patricia Melo nous avait habitué à beaucoup plus fort. Parce qu’il me semble que les étendues sauvages, plusieurs fois qualifiées de véritable Paradis mais que l’auteur ne décrit jamais vraiment auraient pu être un élément essentiel du récit. Parce que certains éléments de l’histoire (comme le trio amoureux qu’on sent porteur de drame) ne sont pas vraiment utilisés …


En bref, un bon polar si l’on veut une histoire « classique » transposée dans un lieu inhabituel, mais une légère déception pour les amateurs de Patricia Melo qui nous avait habitué à mieux. Mais peut-être, du coup, étais-je trop exigent …


Patricia Melo / Le voleur de cadavres (Ladrão de cadáveres, 2010), Actes Sud (2012), traduit du portugais (Brésil) par Sébastien Roy.

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3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 11:47

Décidément, une rentrée bien contrastée. Après les deux romans lents et tout en nuances, une bonne bourrinade qui part dans tous les sens. Leonardo Oyola, découvert avec  Golgotha  revient avec Chamamé, un road bouquin complètement allumé. Un machin speedé qui fait penser à du Tarantino, mais plus le producteur de Machete que le réalisateur de Jackie Brown. 


OyolaPerro et Pasteur Noé sont associés, à la vie à la mort … Pirates de la route dans le nord-est de l’Argentine, près de la frontière paraguayenne. Jusqu’au jour où Noé double son ami. Commence alors une traque sans pitié sur les routes argentines. Une traque qui se complique quand un truand qu’ils ont affronté lors de leur passage en prison sort de taule, bien décidé à se venger.


Amateurs de vraisemblance et de bon goût passez votre chemin. Chamamé est outrancier, hyper violent, foutraque, cinglé … Et jouissif. Pas de quoi non plus crier au nouveau génie du polar latino-américain, il ne faut pas exagérer. Mais une vraie écriture, une énergie folle, une imagination débordante et une vraie cohérence dans le style, les références et les personnages (oui on peut être cohérent mais pas vraisemblable).


Un plaisir de lecture donc qui, mine de rien, brosse en négatif le portrait d’une Argentine violente, religieuse (comme Golgotha d’ailleurs où la religion est omni présente) et à la culture étrange, patchwork de traditions, de légendes, de télénovelas de bas étage, de jeux vidéo et de musique populaire américaine et locale.


 

Si vous voulez avoir une idée de style, regardez plutôt la bande annonce c’est l’esprit. 


Leonardo Oyola / Chamamé (Chamamé, 2007), Asphalte (2012), traduit de l’argentin par Olivier Hamilton.

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16 août 2012 4 16 /08 /août /2012 16:36

Malheureusement, encore une petite déception avec un roman latino américain … Cette fois c’est 77 de l’argentin Guillermo Saccomanno.

 

Saccomanno

1977, sale année en Argentine. La guerre sale bat son plein, les milicos sont les maîtres de Buenos Aires. Enlèvements, disparitions, tortures … La ville vit dans la peur et la douleur. Le professeur Gomez aussi. Pourtant il n’est absolument engagé politiquement, ne se mêle de rien … Mais la peur est contagieuse, et l’homosexualité de Gomez peut aussi le désigner comme cible. Puis des gens qu’il connaît disparaissent, et il se retrouve malgré impliqué.


De bonnes pages dans ce roman, des pages qui rendent très bien la peur et la violence arbitraire des militaires et illustrent cette phrase (de qui d’ailleurs ?) : « La différence entre une démocratie et une dictature c’est que dans une démocratie, quand on sonne chez vous à 6h00 du matin, vous savez que c’est le laitier ». Tout cela est très bon.


Ce qui l’est moins est qu’il n’y a pas de progression dramatique, pas de tension narrative. On ne sait pas trop où veut aller l’auteur, et les pages fortes alternent avec des moments beaucoup plus faibles. En l’absence de but identifiable, on finit par s’ennuyer un peu, et on commence à trainer dans la lecture et à chercher autre chose à faire.


Comme si l’auteur avait une situation et des sentiments à décrire, mais pas d’histoire à raconter. Comme un maçon qui aurait de belles et grosses pierres de taille, mais pas le ciment pour les faire tenir ensemble.


Dommage.


Guillermo Saccomanno / 77 (77, 2008), L’atinoir (2012), traduit de l’argentin par Michèle Guillemont.

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1 août 2012 3 01 /08 /août /2012 20:40

Un nouvel auteur, uruguayen, une histoire qui se déroule en Bolivie, une femme fatale … Tout semblait réunit pour faire de ce polar une bonne surprise. Raté. Malgré ses promesses Trois vautours de Henry Trujillo m’a déçu.


trujilloJavier Michel, jeune uruguayen cherche le moyen facile de gagner quelques dollars. C'est comme ça qu'il achète à Buenos Aires un 4x4 volé avec l'intention de la vendre en Bolivie. Tout semble bien se passer jusqu'à la rencontre avec Paula, archétype de la femme fatale qui lui vole son passeport. A partir de là, Javier va être pris dans une histoire qui le dépasse complètement.


Je sais, le résumé est court. L’intrigue aussi … L'histoire se traîne, l'auteur maintient tant de distance entre les personnages et le lecteur que celui-ci se moque de leur sort, on baigne dans une ambiance moite et plus ou moins onirique qui réussit à être brumeuse sans être intrigante … Bref, même en allant au bout on reste fort dubitatif. Que voulut dire l'auteur ? Voulut-il dire quelque chose ? Et pourquoi prendre la peine de traduire ce roman qui, s'il n'est ni indigne ni franchement déplaisant reste quand même assez inutile.


« A quoi bon écrire cette histoire ? Demanda Javier Michel. » Ainsi commence Trois vautours. Je ne trouve pas de phrase plus concise et plus appropriée pour décrire mon sentiment à la lecture. Ce qui dénote tout de même un talent certain. Dommage qu’il semble concentré sur la première phrase …


Mais comme je suis ouvert, et que le roman ne m’a pas non plus complètement dégoutté, je suis ouvert à la discussion si un passant veut le défendre.


Henry Trujillo / Trois vautours (Tres buitres, 2007), Actes Sud/ Actes Noirs (2012), traduit de l’uruguayen par Alexandra Carrasco.

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9 juin 2012 6 09 /06 /juin /2012 12:27

Des années de disette et là, tout d’un coup, deux Paco Ignacio Taibo II ! Et en prime, après le retour de Sandokan, voici celui d’Hector Belascoaran Shayne, le privé le plus déglingué et le moins méthodique de la planète polar. Il revient chercher des Défunts disparus.

 


Taibo HectorUne mission typiquement taiboesque pour Hector, le privé nonchalant, borgne et boiteux : retrouver un mort qui ne l’est pas. Explication : Dans le sud du pays, l’instituteur Medardo Miranda dont l’action syndicale gène les autorités locales a été mis en taule pour le meurtre de Barcenas. Et ceci bien qu’il ait été établi que le jour du meurtre présumé le coupable assistait à un baptême à 80 km de là en présence d’une bonne centaine de témoins. Et en dépit du fait que le défunt ait été vu dans un dancing … plusieurs jours après le meurtre. Donc Hector doit retrouver le mort et le ramener, par les couilles si nécessaire au gouverneur de l’état qui s’est engagé, dans ce cas, et dans ce cas seulement, à libérer Miranda.

Mission facile ? Pas si sûr, car comme le dit l’avocate qui l’a engagé :


« Quand je pense qu’un connard d’anthropologue français a cru bon de dire un jour « C’est merveilleux, le magique mexicain ! » Merveilleux, mes ovaires ! Où est le merveilleux dans le fait que cet enculé de Kafka soit chef de la justice dans ce pays ! Tout est absurde ! »


Tout est dit. Vous le savez sans doute je suis un inconditionnel de Paco Taibo II. Je n’ai aucune objectivité quand je lis ses bouquins. Je me demande si je n’aimerais pas lire ses listes de courses … Mais que voulez-vous, les avocates qui causent comme ci-dessus me plaisent. Et voilà ce que donne un dialogue entre Hector et un curé qui, comme souvent, se trouve du bon côté du manche :


« - Qui cherche les problèmes les trouve, mon fils, dit le curé

- Qui cherche la vérité fait chier un max »


Ceux qui étaient à Toulouse en octobre pour TPS savent ce que Taibo pense de la justice et de la police de son pays. C’est cela, entre autres, qui transparaît ici. Mais chez Taibo pas de diatribe maladroite, pas de grande explication lourde. Non sa colère donne lieu à ce petit roman qui pète le feu, qui crache des flammes. 120 pages de rage, d’énergie, de loufoquerie, de révolte jamais assagie contre un système corrompu jusqu’à la moelle et d’humour. Et en plus, à la fin, les méchants en prennent plein la poire.


Que vous faut-il de plus ?


Paco Ignacio Taibo II / Défunts disparus (desvanecidos difuntos, 2006), Rivages/Noir (2012), traduit du mexicain par René Solis.

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25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 11:18

En France on a découvert BEF alias Bernardo Fernandez avec Une saison de scorpions. Hielo negro prouve que depuis il ne s’est guère calmé et carbure toujours à un mélange de noir violent mâtiné d’un zeste de Tarantino.

 

BEF

Au Mexique les gangs de narcos ne rigolent pas. Douze gardiens d’une société privée viennent d’être découpés et/ou criblés de balles par un groupe de rigolos en costume de singes. Accessoirement un énorme stock de produits pharmaceutiques servant à fabriquer des sirops contre la toux, mais pouvant aussi se transformer en pilules qui font rêver a été volé. Andrea Mijangos, flic, tireur d’élite, trop grande et grosse à son goût se fait immédiatement retirer l’affaire par les « federales », ce qui ne va pas l’empêcher de mener sa guerre contre Lizzy Zubiaga, reine d’un des cartels les plus dangereux du moment.


Revoilà donc Lizzy la cinglée, croisée dans le roman précédent, qui a repris en main les affaires de son père. Au passage les lecteurs attentifs reconnaîtront un chapitre publié séparément dans le Mexico Noir


Pour le reste, le constat ne change pas : police corrompue, cartels tout puissants et sans pitié, ville tentaculaire, tueurs, rythme survolté et écriture au scalpel. Tout est cohérent, court, sec et sanglant avec en permanence un zeste d’humour, une référence BD ou ciné qui pimentent le texte et font passer la pilule (sans jeu de mots).

 

Du coup, sans crier au génie, le lecteur prend un grand plaisir à cette lecture.


Bernardo Fernandez / Hielo negro (Hielo negro, 2011), J’ai Lu (2012), traduit du mexicain par Marianne Millon.

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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 18:58

Les éditions Moisson Rouge se sont fait une spécialité de faire découvrir de jeunes auteurs latinos. En voici un nouveau, l’argentin Kike Ferrari qui déboule en France avec De loin on dirait des mouches. Un roman prometteur sur lequel je n’ai qu’une réserve. Petite la réserve.

Ferrari

El señor Machi est un gros sale con, ou un sale gros con. Il n’y a pas d’autre terme. Pendant la dictature il n’a pas hésité un instant à collaborer avec la junte. Il méprise, exploite et maltraite ses employés et les femmes (en commençant par la sienne). Il est fier de sa BMW, de ses cravates, de sa montre … Le parvenu, « medio pelo » comme disent les argentins dans toute sa splendeur.


Alors quand en sortant de la boite qu’il possède et où il arrose politiciens et personnalités en vue il trouve un cadavre défiguré attaché à la voiture par les menottes en fourrure rose dont il se sert avec ses putes … Ben on va pas le plaindre. Et on va même se délecter de le voir merdouiller, paniquer, se demander qui lui en veut et comment il va se débarrasser de ce colis bien embarrassant.


Tout de suite la réserve … la trame narrative multiplie les questions et les mystères et donne peu, voire pas de réponse. Le lecteur reste donc sur sa faim. On pourrait penser que c’est par paresse, mais la fin prouve que c’est totalement voulu et maîtrisé (je ne vous en dit pas plus). C’est donc un parti pris assumé, en cohérence avec tout le roman … Ce qui ne m’a pas empêché d’être un peu frustré.


Ceci étant dit, je me suis beaucoup amusé quand même. Le procédé choisi n’est pas forcément nouveau : Comment un innocent (nous reviendrons sur l’innocence de Machi) qui se retrouve avec un cadavre inconnu sur les bras peut-il s’en débarrasser ?


L’originalité du propos est de faire du narrateur une authentique pourriture. Habituellement l’innocent l’est vraiment et le lecteur compatit, tremble, espère qu’il va s’en tirer. Ici l’innocent est une vraie merde (je sais mais les mots me manquent pour qualifier Machi), digne des meilleures créations de Carlotto et Evangelisti, c’est dire. Donc au lieu de compatir le lecteur jubile chaque fois que le narrateur s’enfonce. Jubile avant de s’horrifier, a posteriori, devant l’arrogance et l’impunité du personnage, et à travers lui de toute une bourgeoisie de parvenus qui n’ont reculé devant aucune saloperie pour bâtir leur fortune. Une seule valeur morale : le compte en banque.


Tout cela sans jamais prêcher ou démontrer, sans jamais dénoncer, juste en nous mettant dans la tête de cet enfoiré de Machi (beurk !). Réjouissant et grinçant donc, malgré ma frustration.


Kike Ferrari / De loin on dirait des mouches (Que de lejos parecen moscas, 2011), Moisson Rouge (2012), traduit de l’argentin par Tania Campos.

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23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 15:37

En 2009 j’avais découvert Ernesto Mallo avec le magnifique L’aiguille dans la botte de foin. Et sachant qu’il avait écrit d’autres romans j’attendais avec impatience la traduction suivante. La voici, toujours chez Rivages, c’est Un voyou argentin. Je n’ai pas été déçu.


MalloPerro Lascano, le flic de Buenos Aires a survécu à la fusillade qui concluait L’aiguille dans la botte de foin. Blessé, caché de ceux qui voulaient sa mort, il refait surface à un moment où les militaires ont lâché le pouvoir. Raul Alfonsin est président et une nouvelle génération de battants dynamiques se ruent dans une consommation effrénée.


Au même moment Topo Miranda, braqueur à l’ancienne est libéré et prépare ce qui sera son dernier coup. Dans la ville, les familles meurtries cherchent toujours leurs morts, et les grands-mères de la place de mai  révèlent le scandale des enfants volés par la junte et donnés en adoption à des familles de militaires … Drôle de moment pour refaire surface.


Le premier roman de la série était une superbe découverte, celui-ci confirme le talent d’Ernesto Mallo.


Une intrigue éclatée, une écriture qui oscille entre chaleur, rage, humour noir et mélancolie propre au tango, des personnages auxquels on s’attache immédiatement et la description sans concession d’un pays qui, au sortir d’une dictature atroce, n’arrive pas à régler ses comptes et laisse les principaux tortionnaires et les bénéficiaires du précédent régime aux commandes.


Seuls quelques lampistes payent, et si on ajoute à cela la corruption et la violence d’une police pourrie jusqu’à la moelle on comprend que les victimes d’hier n’ont pas fini de souffrir.


Un roman révolté et désespéré en accord avec l’état d’âme de Perro Lascano, meurtri, qui tente de rester fidèle à ses valeurs tout en cherchant partout son amour perdu. Mais en même temps un roman qui dégage une telle chaleur et une telle humanité qu’on en redemande.


Si tout va bien, Ernesto Mallo devrait être des nôtres à Toulouse en octobre prochain, je m’en réjouis d’avance.


Ernesto Mallo / Un voyou argentin (Delincuente argentino, 2007), Rivages/Noir (2012), traduit de l’argentin par Olivier Hamilton.

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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 21:40

Une curiosité chez Asphalte, petit roman d’un auteur totalement inconnu (du moins inconnu de moi) qui vaut le coup que l’on prenne le temps de le découvrir. Il s’agit de Black music du brésilien Arthur Dapieve.


DapieveMichael Philips, jeune américain de 13 ans vivant à Rio avec ses parents, est enlevé par un gang qui compte en tirer une rançon. Ses kidnappeurs, et leur chef Musclor, ne sont guère plus âgés que lui et veulent 200 000 dollars pour acheter des armes. Détenu dans une favéla, Michael, fan de jazz survit dans un mélange de rap (son ravisseur veut devenir rappeur), de funk (musique préférée de la favela) et du souvenir des chorus de Miles Davis … Le tout rythmé par les coups de feu des affrontements entre les différentes bandes.


Récit à trois voix, Michael, Musclor et Jo, une de ses très jeunes maîtresses. La langue change avec le narrateur, adopte son rythme, sa musique interne. Rythme et pulsation, vie au jour le jour, c'est cela qui donne sa dynamique au roman.


Portrait sans illusion d'un monde perdu, où la plus étonnante candeur côtoie la pire violence, où la cruauté peut voisiner une étrange innocence. Les ruptures de langue passent très bien, l'ensemble est cohérent et surprenant, tout autant que prenant. Une curiosité à ne pas manquer.


Arthur Dapieve/ Black music (Black music, 2008), Asphalte (2012), traduit du brésilien par Philippe Poncet.

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  • : Il sera essentiellement question de polars, mais pas seulement. Cinéma, BD, musique et coups de gueule pourront s'inviter. Jean-Marc Laherrère
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