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31 janvier 2010 7 31 /01 /janvier /2010 22:29

Un roman qui, dès le premier chapitre, fait référence à Carlos Gardel, Carlos Santana, Buenaventura Durruti et Pablo Neruda, est un roman qui commence bien. Et un roman qui ne peut pas être complètement mauvais.

 

SepulvedaQuand son titre L’ombre de ce que nous avons été (La sombra de lo que fuimos) réussit à faire référence, d’un seul coup d’un seul, à Paco Ignacio Taibo II (avec Ombre de l’ombre et Nous revenons comme des ombres), et dans une jolie mise en abîme à Osvaldo Soriano (Una sombra ya pronto seras) qui se réfère lui-même au tango Caminito (et nous revoilà avec Gardel), on se dit qu’en plus, il risque même d’être bon !

Et quant rapidement on lit ça :

 

Au petit jour, on avait sept mille volatiles à poil et morts de froid

- Rien n’a d’importance quand on a la chaleur des grandes vérités prolétaires, énonça Arancabia »

 

On sait sans l’ombre (encore) d’un doute, que c’est très bien parti. Mais ça, je le savais avant même de commencer, parce que j’aime tout ce qu’écrit Luis Sepúlveda.

Ils sont trois, vétérans des grandes espérances de 71, rescapés de la terreur d’après le 11 septembre 1973. Ils sont passés par les prisons de Pinochet ou se sont enfuis et ont vécu en exil. Mais ce soir, dans un Santiago noyé de pluie, ils se sont retrouvés et attendent le Spécialiste qui doit leur proposer un coup, le dernier, le plus beau. En attendant, ils se rappellent, leur jeunesse, leur enthousiasme, l’exil, et les camarades qui n’ont pas eu leur chance. Le Spécialiste ne viendra pas, mais un quatrième larron viendra compléter ces trois mousquetaires, comme le veut la tradition.

 

C’est beau comme du Sepulveda.

 

Des personnages que l’on aime instantanément, un talent de conteur intact (et pourquoi ne le serait-il pas ?), pour un très beau texte plein d’une douce nostalgie qui l’amène à décrire la jeunesse des personnages avec beaucoup de tendresse, mais sans occulter ses côtés ridicules et ses outrances.

 

Une très belle évocation de l’exil, et l’impossible retour dans un pays fantasmé, rêvé … qui a changé et n’est plus celui dont ils se souvenait. La colère de voir qu’à quelques exceptions près, leur compatriotes préfèrent oublier, tourner la page, oubliant leurs valeurs, leurs souffrances, les amis morts ou disparus …

 

Le plaisir de retrouver des personnages qui ne renoncent jamais, qui ne baissent pas les bras, et pour qui batailler, et batailler avec panache, est bien plus important que gagner. Les cousins chiliens des héros de Taibo.

 

L’intrigue n’est guère importante, mais tout le reste est tellement émouvant que, finalement, qui est-ce que ça gène ? Certainement pas moi.

 

Luis Sepúlveda / L’ombre de ce que nous avons été  (La sombra de lo que fuimos, 2009), Métailié (2010), Traduit de l’espagnol (Chili) par Bertille Hausberg.

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19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 23:01

J’ai beaucoup aimé Un doux parfum, et adoré L’escadron guillotine de Guillermo Arriaga. Quand en furetant dans une librairie j’ai découvert Le bison de la nuit, je me suis rué dessus. Et je suis déçu …

ArriagaGregorio et Manuel sont inséparables. Ils errent dans Mexico, trompant leur ennui par la violence. Ils se sont tatoués sur l’intérieur du bras le même bison, celui dont Gregorio sent le souffle sur sa nuque, la nuit. Tania est leur maîtresse. Gregorio entraîne le trio dans sa folie … Jusqu’à ce que Gregorio se suicide. Mais il a laissé derrière lui ce qu’il faut pour que Manuel et Tania ne puissent pas reprendre une vie normale, et, depuis sa tombe, les attire tous les deux sur son territoire, celui du bison de la nuit.

Ses lecteurs le savent, Guillermo Arriaga sait écrire, sait construire des personnages, sait passer d’un univers à l’autre.

Mais là j’avoue qu’il me laisse froid. Je n’arrive pas à m’intéresser aux personnages. Je devrais ressentir la douleur de leur folie, compatir à leurs pertes, craindre pour leur raison. Rien. Je ne comprends pas ce qui les anime. Je ne rentre pas dans leur désoeuvrement, dans leur ennui, dans leur dérive. Je lis, je ne m’ennuie pas vraiment, mais je m’en fiche un peu.

Est-ce parce qu’au fond le thème de ce nouveau roman m’indiffère ? L’auteur a-t-il voulu cette distance ? Ou s’est-il un peu raté ? Je ne saurais le dire. Je suis curieux de lire d’autres avis. Et malgré cette petite déception, j’attends toujours avec impatience ces nouvelles traductions.

Guillermo Arriaga / Le bison de la nuit  (El buffalo de la noche, 2002), Seuil/Points (1998), Traduit de l’espagnol (Mexique) par François Gaudry.

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4 janvier 2010 1 04 /01 /janvier /2010 21:43

Le numéro TOP 100 de la revue 813 sera beau. Je le sais, j’en ai lu les deux tiers. En plus d’être beau, il m’a « obligé » pendant ces vacances, à relire un roman qui m’avait marqué à l’époque, à savoir Lune d’écarlate de l’argentin Rolo Diez.

Revenons un instant sur l’auteur et son œuvre. Rolo Diez est donc argentin, et militait activement dans des groupes d’extrême gauche en 1976 quand la sinistre bande de l’affreux Videla prend le pouvoir en Argentine. En résulte une guerre sale sanglante qui fera environ (environ car on n’a aucun chiffre précis), 30 000 victimes, tués et disparus, sans compter des milliers de torturés, des gamins volés à leurs familles etc …

Ernesto Mallo le raconte dans le très beau L’aiguille dans la botte de foin.

Pour sauver sa peau, Rolo Diez émigra en Europe avant de s’installer au Mexique. On trouve dans son œuvre deux romans argentins, qui racontent eux aussi la période de la répression de la junte, Vladimir Illitch contre les uniformes, et Le pas du tigre ; romans durs, sans concessions, mais romans qui savent aussi décrire la solidarité, la lutte, et qu’éclaire un humour absurde. Puis des romans mexicains. Et parmi ces romans mexicains, en général sombres mais non dépourvus d’humour, il y a Lune d’écarlate.

Depuis sa naissance Scarlett sait qu’elle sera princesse. Sa mère n’a certes pas pu l’envoyer dans une école Diezprivée prestigieuse de Mexico, mais elle a tout fait pour lui donner l’éducation qui fera d’elle la nouvelle Grace Kelly. Scarlett, comme sa mère, lit Life  et autres magasines consacrés aux princes, actrices et autres mannequins. Mais Scarlett a beau être belle, élégante, raffinée, éblouissante … à vingt-cinq ans elle travaille dans une agence de voyage. Et elle a beau ne pas dédaigner se servir de sa plastique parfaite, aucune de ses conquêtes, poète toujours à la porte du succès, patron de son agence, député ou même son ex mari avocat, ne la sort du bas de la classe moyenne mexicaine.

Julio César est un petit truand, tour à tour voleur, clodo sous les ponts, indic, vendeur d’objet de pacotilles, tueur … Il passe d’un gourbi à une prison, pour finir enrôlé par une sorte de milice plus ou moins officielle où il va pouvoir laisser libre cours à sa rage et à sa frustration.

Rien ne semble prédestiner Scarlett et Julio à se rencontrer, et pourtant …

Rolo Diez écrit là son roman le plus désespéré. Contrairement à ce que l’on trouve dans ses autres polars, ici, point d’échappée, point de salut, tout est foutu.

Car, en ce début des années 90, c’est la victoire sans appel du libéralisme et de la société de consommation épaulée par des média sans âme ni morale. Pas de solidarité, aucune dynamique de groupe, uniquement des gens hypnotisés par le luxe tapageur vendu par les magasines et convaincus qu’en ce bas monde, c’est chacun pour soi, tout se vende, tout s’achète. On n’existe que par ce que l’on possède. Même l’amour, ou plutôt le sexe, n’est vu que comme une monnaie d’échange, un moyen d’arriver ou de soumettre.

Les personnages sont au mieux pathétiques, comme la pauvre Scarlett, souvent effrayants dans leur égoïsme et leur aveuglement comme sa mère Concepcion, prête à tout écraser, à tout sacrifier pour modeler la vie de sa fille comme elle l’entend, ou comme Julio Cesar qui n’a aucun repère moral. Certains comme la vieille clocharde Œil du Diable sont carrément hallucinants (le chapitre qui décrit sa cohabitation avec Julio est particulièrement … éprouvant). Tous sont d’un vide effarant.

Le seul personnage échappant à cette logique est totalement secondaire, et mourra oublié de tous dans une guerre lointaine.

Un roman désespérant, et malheureusement visionnaire qui mérite bien de figurer dans ce TOP 100. En espérant qu’il soit réédité un jour.

Rolo Diez / Lune d’écarlate  (Luna des escarlata, 1994), Gallimard/La Noire (1998), Traduit de l’espagnol (Argentine) par Alexandra Carrasco.

PS. Si vous n’avez pas de mes nouvelles dans les prochains jours, ce n’est pas que je vous oublie, mais je suis plongé dans le pavé de Maître Ellroy.

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26 décembre 2009 6 26 /12 /décembre /2009 23:26

C’est en parcourant les rayons d’une librairie que j’ai repéré ce bouquin. Comment ? Un polar péruvien ? Je ne vais pas manquer ça. Puis, le temps passait, et je ne trouvais jamais le moment de lire Avril rouge de Santiago Roncagliolo. Heureusement, dans le calme qui précède la tempête de janvier, j’ai enfin trouvé le temps. Bien m’en a pris.


Felix Chacaltana Saldívar est le substitut du procureur d’Ayacucho au Pérou. Son grand plaisir et sa fierté : Roncagliolorédiger clairement et proprement les rapports qui lui incombent. Et des notes de services pour demander une nouvelle machine à écrire, ou informer les autorités d’un disfonctionnement dans la communication inter-services.


Mais ce jour là, il a beau être tout à fait satisfait de sa prose, il reste troublé. C’est qu’il n’a pas l’habitude, dans ses fonctions, d’être confronté à un cadavre démembré et partiellement rôti. L’affaire est d’autant plus mal venue que la semaine sainte approche à grands pas, avec ses hordes de touristes venus du monde entier, et qu’il n’y a pas si longtemps Ayacucho était le théâtre des affrontements les plus violents entre l’armée et le Sentier Lumineux.


Quand d’autres cadavres apparaissent, Felix tente de prendre les choses en main. Mais d’une part il n’a jamais mené une enquête, d’autre part ni la police ni l’armée (toute puissante dans ce coin) ne semblent pressées de faire la lumière sur ces morts. Alors ? Retour du Sentier ? Œuvre d’un fou ? Felix va, peu à peu, s’apercevoir qu’en revenant à Ayacucho, il est revenu en Enfer.


Un grand roman, tout simplement. On commence par sourire, malgré les découvertes macabres. C’est qu’il est tellement ridicule Felix, raide comme un piquet, enfermé dans ses règlements et ses rapports, voulant toujours tout faire dans le règles, les rappelant à des personnes qui ont droit de vie et de mort sur lui, de façon totalement inconsciente, parce qu’il ne lui viendrait pas à l’idée qu’un représentant de l’état puisse ne pas agir conformément aux lois. Content dès qu’on respecte les règles.

 

Puis le sourire se crispe. Parce ce que Felix est rigide, maladivement honnête, mais pas idiot. Alors petit à petit il comprend, voit la réalité et se fissure. Au moment où le lecteur commence à passer de la moquerie à un mélange de respect et de pitié, son monde s’écroule, mais en même temps lui montre que, lui aussi, pourrait enfreindre les règles. Et Felix, finalement, n’est pas un enfant de cœur, et au moment où on pourrait l’aimer il commence à faire peur …

 

Parallèlement c’est toute l’horreur de l’affrontement entre une des guérilla les plus violentes des années 90 et une armée qui a tous les pouvoirs et arrête, torture, viole et tue en toute impunité qui apparaît, en même temps que Felix se rapproche de la vérité. Quant aux victimes, paysans pauvres et incultes, parlant à peine espagnol, ils sont de toute façon condamnés, considérés comme des terroristes par les militaires et comme des traites par les guérilleros.

 

Autant dire qu’à la fin de ce roman éprouvant, on ne sourit plus du tout …

 

L’écriture est à la hauteur du propos. Capable d’alterner entre le ridicule d’un rapport ampoulé, le flot délirant d’une folie grandissante, ou la narration classique. Une bien belle découverte, qui donne envie de chercher si cet auteur a d’autres romans de cet acabit traduits en français.

 

Santiago Roncagliolo / Avril rouge (Abril rojo, 2006), Points/Policier (2009), traduit de l’espagnol (Pérou) par Gabriel Iaculli.

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22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 21:43

Je suis dans une mauvaise passe question lecture. Un roman abandonné en route (dont je ne dirai rien, même sous la torture) puis ce siège de Bogotá de Santiago Gamboa, pas franchement convaincant. De cet auteur j’avais apprécié Perdre est une question de méthode, et surtout le délicieux Les captifs du lys blanc. Mais là, bof. Enfin, bof puis bien, j’explique.

 

Le livre est composé d’un roman très court qui donne son titre à l’ouvrage, et d’une nouvelle : Histoire tragique de l’homme qui tombait amoureux dans les aéroports (Tragedia del hombre que amaba en los aeropuertos) qui le complète.

 

Le roman se déroule dans une Bogotá en guerre, assiégée par la guérilla. On y suit les tribulations de deux journalistes, un maltais (pourquoi maltais ? Il n’a rien de Corto) et une islandaise bien roulée et dotée d’une descente impressionnante. Ils enquêtent sur un trafic d’armes entre armée régulière et guérilla pour s’apercevoir que, même en temps de guerre, les affaires des narco trafiquants continuent. Comme on le voit, rien d’original. Pas de découverte fracassante. Les personnages sont assez sommairement plantés, on ne comprend pas vraiment pourquoi l’auteur a décidé d’imaginer une guerre à Bogotá quand il y a tant de villes en guerre dans le monde … Bref on se demande à quoi bon.

 

Heureusement vient Histoire tragique de l’homme qui tombait amoureux dans les aéroports qui a, elle aussi, un journaliste pour protagoniste. Un photographe plus exactement, qui parcourt le monde et est donc amené à passer beaucoup de temps dans les avions et les aéroports. Tout va bien pour lui jusqu’au jour où il tombe amoureux de May Lim, superbe hôtesse de Singapour Air Lines. Comme cet amour semble partagé, il croit être au début d’un beau rêve, sans se douter que c’est un véritable cauchemar qui vient de commencer.

 

Tout ce qui manque au roman précédent est là dans cette nouvelle. Humour, légèreté, originalité. C’est drôle, sensuel, la chute et la morale sont ébouriffantes … Tout ce que l’on peut souhaiter quand on lit une nouvelle, et je me suis régalé.

 

Malgré cette fin heureuse, pour ne pas me planter de nouveau j’assure en ce moment avec le dernier recueil de nouvelles Western d’Elmore Leonard, une valeur sure.

Santiago Gamboa / Le siège de Bogotá, (El cerco, 2003) Métailié (2009), traduit de l’espagnol (Colombie) par Claude Bleton et Anne-Marie Meunier.

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14 septembre 2009 1 14 /09 /septembre /2009 22:00

Passer d’Ernesto Mallo à Pablo de Santis, c’est faire le grand écart aux deux extrêmes du polar argentin. Le premier, proche de la rue, très politisé est dans la droite ligne du nouveau polar latino-américain dont le père est Paco Ignacio Taibo II. Le second est plus philosophique que politique, et s’inscrit clairement dans l’héritage de Borges et Bioy Casares.

Sigmundo Salvatrio est le fils d’un cordonnier de Buenos Aires. Il a toujours été fasciné par les récits des exploits des détectives privés, et en particulier par ceux des plus grands d’entre eux, rassemblés au sein du Cercle des Douze. Lorsque Renato Craig, l’un des fondateurs du Cercle, ouvre un cours pour devenir détective, Sigmundi se précipite. Et quelque mois plus tard, en 1889, c’est le miracle, son maître malade le choisit pour aller le représenter à Paris, où le Cercle des Douze doit se réunir pour la première fois au complet à l’occasion de l’exposition. Sigmundo va y rencontrer ses idoles et leurs assistants et se retrouver pris dans une affaire qui commence par le meurtre d’un détective au pied de la Tour de Monsieur Eiffel. Cette première enquête va le plonger au cœur des rivalités entre détectives, et lui faire rencontrer d’étranges personnages, membres de sectes aussi ésotériques que variées.

Comme je l’ai donc écrit plus haut, Pablo de Santis, brillant comme à l’accoutumée, se place dans la droite ligne d’un Borges, avec ce roman policier qui rend hommage aux vieux maîtres des romans de détection. A la fois respectueux et distancié, il retrouve le ton et le style d’alors, s’amuse à multiplier les fausses pistes, joue des clichés et des archétypes.

Au-delà du plaisir ludique, il décrit un monde arrivé à un tournant. Ce moment charnière se trouve symbolisé par la Tour Eiffel qui cristallise les haines de ceux qui ne veulent pas entrer dans une époque qu’ils ressentent comme hostile, une époque qui va peu à peu supprimer mystère et magie pour les remplacer par la science et la technique. Une époque que les détectives incarnent, eux qui sont sans cesse à la recherche de la vérité et qui veulent tout expliquer.

C’est dans ce mélange des genres, dans sa façon de rendre hommage à une forme de littérature populaire tout en faisant œuvre d’érudition que Pablo de Santis est brillant : à la fois ludique et cultivé, respectueux et iconoclaste (ses détectives sont subtilement différents de leurs prédécesseurs, ils ont été touchés par le crime et ne peuvent plus prétendre être de purs esprits), il livre un exercice de haute voltige maîtrisé avec art.

Pablo de Santis / Le cercle des douze, (El enigma de Paris, 2007) Métailié (2009), traduit de l’espagnol (Argentine) par René Solis.

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8 septembre 2009 2 08 /09 /septembre /2009 21:49

Après le pavé de Leif Persson, intéressant dans le genre cérébral il fallait de l’émotion, de l’action, de l’empathie, quelque chose qui prenne aux tripes.

 

« Il y a des jours où le bord de votre lit ressemble à un précipice de cinq cent mètres de fond. Synonyme d’une répétition à l’infini de tâches qu’on n’a aucune envie d’accomplir. Lascano voudrait ne plus avoir à quitter son lit, ou alors pour se jeter dans l’abîme. A condition que ce vide soit bien réel. Mais il n’existe pas. La seule réalité c’est la douleur. […]

Il se jette dans le vide. La douche le débarrasse des restes de sommeil qui s’échappent par la bonde en hurlant. »

 

Ainsi commence L’aiguille dans une botte de foin, premier roman d’un auteur argentin, Ernesto Mallo, publié chez rivages.

 

« Perro » Lascano est un flic atypique : Il essaie de faire honnêtement son boulot, chose pratiquement impossible à Buenos Aires en pleine guerre sale, quand les militaires sèment les cadavres partout dans la ville. C’est sûrement pour deux nouvelles victimes de la junte qu’il a été appelé dans un quartier déshérité. En arrivant, il découvre un troisième cadavre, différent des deux premiers qui ont été de toute évidence jetés là par les militaires : Plus âgé, visiblement tué ailleurs pour être jeté là, il intrigue Lascano qui décide d’enquêter, même s’il sait que cela ne peut lui apporter que des ennuis.

Je voulais de l’émotion, j’ai été servi !

Ici, pas d’enquête classique, le lecteur en sait vite plus que le policier, et ce n’est pas sa démarche déductive qui intéresse Ernesto Mallo. Non l’intérêt réside dans tout le reste.

A commencer par ce personnage désespéré qui remue les tripes. Le blues de Lascano suinte de toutes les pages, servi par une écriture belle et déchirante … comme un tango (je sais, c’est un poil cliché pour un roman argentin, mais c’est bien ça que l’on ressent). On rentre dans la peau de Lascano, on partage son désespoir, sa fatigue, son dégoût de ce qu’il voit tous les jours.

Les personnages secondaires ne sont pas en reste. Ils participent de façon active ou passive à la folie macabre de cette sale période dans laquelle on rentre de plein pied et qu’on prend en pleine poire. Jusque là seul le magnifique et méconnu Vladimir illitch contre les uniformes de Rolo Diez m’avait autant fait ressentir l’impunité des brutes galonnées, l’envie de hurler de rage, et la trouille permanente, viscérale, paralysante.

Et parce qu’on est en Argentine, il y a quand même quelques échappées, quelques belles pages sur l’amitié, le maté partagé, un repas avec un ami, un amour naissant, et, inévitables, les citations de quelques auteurs aimés … Un magnifique roman profondément touchant. Et un auteur à découvrir.

Ernesto Mallo / L’aiguille dans une botte de foin, (La aguja en el pajar, 2005) Rivages/Noir (2009), traduit de l’espagnol (Argentine) par Olivier Hamilton.

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6 août 2009 4 06 /08 /août /2009 19:11

Voici donc comme promis ici, les deux volumes suivants de la trilogie écrite par le mexicain Gabriel Trujillo Muñoz, consacrée à l’avocat défenseur des droits de l’homme Miguel Angel Morgado. Encore que dans ces trois volumes il ressemble davantage à un privé qu’à un avocat, mais c’est sans importance. Voici donc Loverboy et Mexicali city blues (dont le titre original Puesta en escena, c'est-à-dire mise en scène, reflète mieux l’intrigue …).

 

Que dire que je n’ai déjà dit dans mon premier papier ? La trilogue est très homogène, on retrouve dans ces deux nouveaux opus (opi ? opum ? opae ? opium ?) le même défaut (le prix) et les mêmes qualités. Belle écriture, beaux personnages, une intrigue qui tient la route malgré le format réduit, des digressions fort bien venues, un personnage central attachant, quelques femmes fatales, des affreux vraiment affreux (surtout dans Loverboy), des surprises et coups de théâtre (surtout dans Mexicali city blues).

 

Sachez que l’intrigue de Loverboy tourne autour de disparitions d’enfants de trafic d’organes en direction du voisin du nord. C’est forcément très noir, et Trujillo réussit de façon extraordinaire à camper, en quelques phrases échangées (et laissées en anglais), une bande de toubibs infects, en apparence pas méchants pour deux sous, mais dépourvus de tout sens moral et capable de tout, très calmement, pour quelques dizaines de milliers de dollars. Un modèle d’efficacité dans l’écriture, pour cette peinture de la saloperie presque ordinaire dans un monde où la loi du fric, et celle du plus fort priment.

 

Pour Mexicali city blues, on est en plein dans le trafic de drogue à la frontière, encore, avec le grand voisin du nord. Faux semblants, artifices, pièges et coups tordus en tous genres au menu. Une fois encore, l’humour éclaire un constat bien sombre de quelques rares lueurs.

 

La trilogie quant à elle illustre parfaitement ce qui se dit là-bas : Pauvre Mexique, si loin de Dieu, si près des USA.

 

Il ne reste plus à espérer qu’un éditeur de poche aura la bonne idée de rassembler les trois volumes en un, à un prix un peu plus abordable.

 

Gabriel Trujillo Muñoz / Loverboy (Loverboy, 2006) et Mexicali city blues (Puesta en escena, 2006), Les allusifs/3/4 (2009) traduit de l’espagnol (Mexique) par Gabriel Iaculli.

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27 juillet 2009 1 27 /07 /juillet /2009 23:28

Sur le web on ne lit que du bien sur Guillermo Arriaga, à juste titre. J’avais déjà beaucoup aimé la finesse de Un doux parfum de mort, et je ne lisais que des critiques enthousiastes de L’escadron guillotine. Grâce aux vacances, et au calme éditorial qui les accompagne, j’ai enfin pu le lire.

 

Au lendemain de la sanglante bataille de Torreon, Velasco, avocat, membre de la haute société mexicaine et inventeur doué, a une excellente  idée. Vendre à Pancho Villa une guillotine améliorée par ses soins, qui devrait lui permettre de terroriser (encore plus) ses ennemis. La démonstration est un immense succès. Pancho Villa est enthousiaste. Tellement enthousiaste, qu'au lieu d'acheter l'engin, il offre à Velasco et ses deux aides un honneur … qui ne se refuse pas : Il les enrôle dans son armée. Ils seront l'escadron guillotine. Voilà donc ce pauvre Velasco mêlé à l'armée révolutionnaire, des gens qui ne sont même pas de son milieu ! Mais peu à peu, l'appel de l'Histoire …

 

Avec ces 150 pages d'un humour aussi noir que ravageur absolument délicieux Guillermo Arriaga montre qu’il est aussi à l’aise dans le roman historique (noir) que dans le polar tout court. Enfin délicieux, est-ce vraiment l'adjectif qui convient ?

 

Noir, très certainement, les têtes tombent, roulent, pour le plus grand plaisir des spectateurs. Historique sans conteste possible, et fort instructif au demeurant. On y apprend beaucoup de chose, et on a la chance, grâce à Arriaga, d’assister à la rencontre entre les deux légendes de la révolution mexicaine, Pancho Villa et Emiliano Zapata. Très très mexicain également dans sa façon de rire de la mort.

 

Superbement écrit, ce qui, bien entendu, ne gâte rien, et surtout très drôle. Car oui, on ne peut que rire des déconvenues de ce pauvre Velasco, obligé de faire tomber les têtes de ses anciens condisciples, pour la plus grande joie de « rustres » qui sont devenus ses nouveaux compadres.

 

Un petit bijou de finesse, d’humour et de noirceur. A lire, vraiment.

 

Guillermo Arriaga / L’escadron guillotine, (Escuadrón guillotina, 1994) Points (2009), traduit de l’espagnol (Mexique) par François Gaudry.

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8 juillet 2009 3 08 /07 /juillet /2009 23:55

C’est un copain qui m’a conseillé de lire les petits polars de Gabriel Trujillo Muñoz. J’ai commencé par Tijuana city blues. Je le remercie du conseil.

 

Miguel Angel Morgado a déjà choisi un boulot pas facile : avocat défenseur des droits de l’homme à Mexico DF. Pas facile donc, mais carrément impossible, si vous avez chez vous des charpentiers menant un boucan d’enfer. C’est peut-être pour ça qu’il accepte immédiatement quand un des ouvriers lui demande de retrouver ce qu’est devenu son père. Tout ce qu’il en sait, il le doit aux souvenirs de sa mère morte récemment, et aux quelques photos qu’elle lui a laissé. On y voit le papa, d’origine américaine, en compagnie de deux gros bras, mais aussi de William S. Burroughs et de Jack Kerouac. Il a disparu en 1951, lors d’un échange de coups de feu entre trafiquants de drogue et flics à Tijuana.

 

J’ouvre une parenthèse tristement prosaïque pour évacuer tout de suite ce qui gène dans ce roman, et qui n’a strictement rien à voir avec la qualité littéraire du texte : 12,50 euros pour 88 pages, forcément, ça fait hésiter. J’imagine qu’il est impossible à la maison d’édition, Les allusifs de faire moins cher. Mais, je suis obligé de reconnaître qu’à part pour les bibliothèques, et les amoureux des livres (parce que l’objet est superbe), ça fait réfléchir. Fin de la parenthèse.

 

Sinon, on reste admiratif devant cette novella qui, sur un format aussi restreint, réussit l’exploit de :

planter le décor,

créer un personnage récurrent consistant (et pas seulement un archétype ou une caricature définis en deux phrases),

faire surgir une belle galerie de personnages secondaires,

last but not least, tricoter une intrigue qui tient la route et permet à l’auteur de parler autant du présent que du passé.


Ouf ! Bien des auteurs n’en font pas autant en plus de six cent pages.

 

En plus le style est à la fois efficace (on s’en doute) et truculent, et l’auteur réussit à émailler son récit de quelques digressions  fort bienvenues qui rajoutent au charme (parfois bien sombre) du roman. Je vais donc, de ce pas, lire les autres.

 

Gabriel Trujillo Muñoz / Tijuana city blues, (Tijuana city blues, 2006) Les allusifs/ ¾ polar (2009), traduit de l’espagnol (Mexique) par Gabriel Iaculli.

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  • : Il sera essentiellement question de polars, mais pas seulement. Cinéma, BD, musique et coups de gueule pourront s'inviter. Jean-Marc Laherrère
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