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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 10:02

Avis aux fans d’Erlendur, leur commissaire préféré est toujours perdu quelque part dans l’Est du pays, pas revenu de ses vacances. C’est donc un nouveau flic de l’équipe que l’on découvre dans La muraille de lave, le dernier roman d’Arnaldur Indridason.


indridasonErlendur n'est donc toujours pas revenu de ses vacances. Depuis un peu plus d'une semaine, personne n'a de ses nouvelles. Alors son équipe doit faire tourner la baraque, quitte à être submergée.


C'est le cas de Sigurdur Oli, pas le plus sympa de la bande : bourré de préjugés, ouvertement réactionnaire, il tente de faire son boulot, honnêtement, malgré les ennuis qui lui tombent dessus : il est en train de se séparer de sa femme, un de ses amis d'enfance lui demande d'aller calmer un couple de maîtres chanteurs, sa mère exige qu'il découvre qui vole le journal d'une de ses amies et un clodo insiste absolument pour lui parler !


Quand dans l'appartement où il se rend pour faire cesser le chantage (sans en avoir parlé à ses supérieurs), il trouve une jeune femme agonisante, et que l'agresseur tente de l'éliminer d'un coup de batte de baseball, les choses tournent définitivement au vinaigre.


Pas d'Erlendur donc, et comme dans La rivière de lave c'est un autre flic de l'équipe qui prend la relève. On se croirait vraiment chez Ed McBain, avec, suivant les épisodes, l'accent mis sur l'un ou l'autre des flics du 87°. Et comme à Isola, Indridason excelle à mêler plusieurs enquêtes, à faire des nœuds là ou tout pourrait être simple, pour tout démêler au final, pour le plus grand plaisir du lecteur. Etre comparé à McBain et ne pas souffrir de la comparaison, cela suffit à faire un très bon polar.


D’autant plus qu’Indridason ne choisit pas la facilité. Son flic est réac, inculte et fier de l’être, raide comme un piquet, il ne boit pas, ne fume pas, mène une vie saine et chiante, à regarder des matchs de baseball à la télé. Bref un personnage vrai, sans la moindre aspérité intéressante. Du moins en apparence. Car finalement, tout le monde a ses forces et ses failles, il suffit de prendre le temps de les découvrir. Et l’auteur prend ce temps.


En prime, ici Indridason se fait plus critique et polémiste que parfois. Il nous peint une Islande complètement affolée par l'argent facile de la bulle spéculative, avec ce que cela implique d’avidité, de folie et de perte de repères moraux. Tout cela sans perdre se finesse et son empathie dans la description des souffrances et des peines des plus fragiles.


On attend avec impatience la suite, avec l’explosion de la bulle et la crise qui en a découlé.


Arnaldur Indridason / La muraille de lave (Svörtuloft, 2009), Métailié (2012), traduit de l’islandais par Eric Boury.

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28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 21:40

Ceux qui croyaient connaître le polar scandinave en général, et le polar islandais en particulier à partir d’Indridason et Thorarinson (excellents au demeurant) avaient pris une grosse douche froide en découvrant Noir océan de Stefán Máni. Une douche froide et salée … Ceux d’entre vous qui sont prêts à prendre la deuxième couche peuvent se plonger dans Noir karma, le second roman traduit de cet islandais pour le moins étonnant. 

 

 

Mani

Stefán a débarqué à Reykjavík depuis sa province avec son appareil photo et l’ambition de devenir photographe de groupes de rock. Il se retrouve barman au Blúsbar, un rade pas vraiment flamboyant. Heureusement pour ses finances le videur de ce bouge trafique et le met rapidement au parfum. Tout va pour le mieux, jusqu’à ce que ses employeurs commencent à avoir des ambitions, et décident de provoquer le caïd de la ville. C’est alors l’enfer se déchaine. 


Ceux qui ont donc découvert Stefán Máni avec Noir océan se doutent que ce n’est pas à une bluette qu’il nous invite ici.  


Au son d’une BO fracassante (AC/DC y fait figure de groupe de balades sentimentales), pied au plancher, le lecteur plonge avec le narrateur, un brin naïf, dans un tourbillon de drogue, de violence et de mort. Os et têtes fracassés, tabassages en tous genre, mutilations … ça saigne, ça cogne, ça hurle, sa baise à tout va pendant presque 600 pages.


On pourrait se lasser. Il n’en est rien. L’énergie phénoménale de l’écriture, les truands tellement bêtes et tellement méchants, et l’humour grinçant dû au regard décalé d’un narrateur plutôt crétin mais pas aussi gentil qu’on peut le croire au début, font qu’on ne voit pas le temps passer et qu’on en redemanderait bien une louche.


Comme dans son précédent roman, Stefán Máni jongle en virtuose avec les temps du récit, campe des affreux particulièrement réussis et nous plonge dans un maelstrom de violence et de bêtise. Il ajoute ici l’humour, retire le soupçon de fantastique qui en avait peut-être gêné quelques-uns dans le premier roman, mais garde son talent pour les fins bien abominables …


En bref, ça secoue et c’est bon.


Stefán Máni / Noir karma (Svartur á leik, 2004), Série Noire (2012), traduit de l’islandais par Eric Boury.

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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 15:09

Comme je le disais dans ma chronique sur Les chiens enterrés ne mordent pas, je préfère Gunnar Staalesen dans le registre intime. L’ami cynic prévoyais que L’écriture sur le mur allait me plaire, il avait raison.

 

Staalesen ecritureQuand Varg Veum arrive à son bureau de Bergen, une femme, la quarantaine, l’attend. Un cas classique, : sa fille, 16 ans, a disparu depuis quelques jours et après avoir attendu et fait le tour des amies, elle commence à s’inquiéter. La routine pour Veum, cet ancien travailleur social devenu privé. Une routine et une enquête qui, malheureusement va, petit à petit, faire ressortir de vilains secrets de famille, révélateurs de disfonctionnements graves de la société. Et comme toujours, ce sont les plus faibles et les plus fragiles qui trinquent.

 

Un Varg Veum très classique donc, dans la plus pure tradition. L’auteur n’est jamais meilleur que lorsqu’il se penche sur les souffrances intimes au cœur des familles. Et si ce genre de roman peut, chez d’autres, devenir nombriliste, voyeur, racoleur ou tout simplement ennuyeux, Gunnar Staalesen (comme Thomas Cook aux US) par la grâce de son écriture, livre des romans pudiques, vrais, émouvants et subtils, sans pour autant sacrifier le suspense et l’efficacité.

 

Et tout comme Cook également, c’est en décrivant les dysfonctionnements des familles et l’éternel et toujours renouvelé conflit parents / adolescents qu’il autopsie la société norvégienne, ses failles, les pertes de repères d’une jeunesse perdue qui n’a plus comme valeurs que l’argent et ce qu’il permet d’acheter, et la détresse de parents qui n’ont pas pu, ou pas su, donner ces repères. Tout cela en finesse, sans jamais faire de prêche, juste en racontant (très bien) une histoire.

 

Un grand cru de la saga Varg Veum.

 

Gunnar Staalesen / L’écriture sur le mur (Scriften på veggen, 1993), Gaia (2011), traduit du norvégien par Alexis Fouillet.

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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 20:00

Le facteur sonne toujours deux fois, façon islandaise. Ca s’appelle Bettý et c’est signé Arnaldur Indridason.

 

Indridason BettyDès le départ on sait que ça se termine mal (le narrateur est en prison). Dès le départ, avec Le facteur sonne toujours deux fois en exergue, on sait de quoi il s’agit. Le couple, l’amant, le mari mourra. Dès le départ il y a une femme fatale, Bettý. A partir de ce point de départ très classique, connu de tous les amateurs de polars, Indridason tricote son histoire à sa façon, et vous réserve quelques belles surprises.


Je trouve Christine Ferniot  bien dure qui sous-titre son papier : « Circulez, y a rien à lire … »


Certes ce court roman n’a pas la densité et la puissance émotionnelle des meilleurs romans de la série Erlendur. On n’y retrouve pas non plus la description d’un pays, l’Islande, que le lecteur a petit à petit appris à connaître.


On est ici, clairement, dans l’exercice de style. Ceci dit, si on considère que c’est l’épreuve des figures imposées, Indridason n’est pas loin de mériter un 10.


Il sait innover dans les limites imposées et nous surprendre alors qu’on croit tout savoir à l’avance. Les personnages sont attendus … jusqu’à un retournement de situation assez bluffant, qui m’a amené à revenir en arrière sur plusieurs pages pour voir si j’étais passé à côté de quelque chose ou si l’auteur avait un peu triché. Retour en arrière qui débouche sur la conclusion que l’auteur a fait très fort !


Donc un gros plaisir de lecture, sans complication mais avec une certaine admiration pour le tour de force … Vous ne comprenez pas vraiment ce que je veux dire ? Une solution, lisez le roman, tout deviendra clair.


Arnaldur Indridason / Bettý (Bettý, 2003), Métailié (2011), traduit de l’islandais par Patrick Guelpa.


PS. C’est Yann qui a trouvé le meilleur titre de chronique, qu’il soit maudit.

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3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 03:16

Avant d’attaquer le dernier Varg Veum acheté lors de la dernière édition de TPS, j’ai décidé de combler mon retard et de lire l’avant-dernier, réédité chez folio. C’est donc de Gunnar Staalesen, et ça s’appelle Les chiens enterrés ne mordent pas.

 

StaalesenC'est plutôt inhabituel pour quelqu’un  de plutôt non violent comme Varg Veum, mais il accepte de servir de garde du corps à un homme paumé qui doit aller à Oslo régler une dette à des usuriers aux méthodes musclées. En apparence tout se passe bien, jusqu'à ce que Varg croise une femme qu'il a connue dans les années 60, quand il était étudiant dans la capitale. Elle semble l'avoir complètement oublié, et tout pourrait en rester là si, d'un coup, les cadavres ne commençaient à s'accumuler. Une fois de plus, sans le vouloir, Varg a mis le pied dans un nid de frelons. Et dans l'histoire de la décadence du modèle scandinave.

 

On retrouve les qualités des romans de la série : un héros crédible et attachant. Des personnages secondaires blessés par la vie émouvants et une intrigue complexe mais solide et bien menée.

 

Pour autant ce n’est pas là un épisode classique. Pour commencer, l’auteur envoie son héros hors de Bergen, loin de ses bases. Et surtout il le fait enquêter sur une affaire beaucoup moins intime que ce à quoi il est habitué. Il en résulte un volume plus politique, plus engagé, en prise directe avec la Grande Histoire.

 

Après c’est une question de goût. Pour ma part, même si j’ai pris plaisir à lire ce roman, j'avoue que je préfère le Gunnar Staalesen plus intime, plus mélancolique, celui qui laisse l’histoire et la peinture de la société norvégienne transparaître en toile de fond de ses histoires de famille. Mais ne doutons pas qu’il y a aussi des amateurs de ce Staalesen plus « détective de l’Histoire ».

 

Gunnar Staalesen / Les chiens enterrés ne mordent pas (Begravde hunden biter ikke, 1993), Folio/Policier (2011), traduit du norvégien par Alex Fouillet.

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11 février 2011 5 11 /02 /février /2011 22:04

Ca y est, je suis allé au bout, 760 pages. On a attendu, attendu le retour de Harry Hole, on désespérait presque, mais ça valait le coup d’attendre. Juste un conseil, avant d’attaquer Le léopard, le dernier Jo Nesbo, faites un peu de muscu (la bête est lourde), et prévoyez de pouvoir être tranquilles pendant quelques jours …

 

NesboDeux femmes ont été retrouvées, mortes. Tuées par le même assassin selon toute vraisemblance. Et rien ne semble les relier. La police norvégienne rame et décide d’aller chercher son seul spécialiste en serial killer où il se terre, à Hong Kong. C’est là qu’Harry Hole est allé se cacher après l’affaire du Bonhomme de neige.

 

Kaja Solness de la brigade criminelle d’Oslo le retrouve et arrive à le convaincre de rentrer, un peu parce qu’elle est très belle, beaucoup parce qu’elle lui annonce que son père est mourant et désire le voir. Harry revient donc, et la traque commence.

 

Une traque longue et difficile, d’autant plus qu’il se retrouve au beau milieu d’une guerre entre différents services, et sur le chemin d’un policier ambitieux, aimé des politiques et de la presse, qui compte bien devenir le grand patron, à tout prix ; une sorte de réincarnation du glaçant Tom Waaler de L’étoile du diable

 

Plus de sept cent cinquante pages, et pas un instant de trop, pas une seconde d’ennui. D’emblée Jo Nesbo prend le lecteur aux tripes pour ne jamais le lâcher. Pourtant, superficiellement, qu’y a-t-il d’original dans ce thriller ? Un tueur sadique, un flic électron libre aux prises avec ses propres démons, des faux coupables, des fausses pistes, des morts atroces … De nombreux auteurs s’essaient à l’exercice, croyant que les ingrédients « obligatoires » suffisent à faire le succès du roman. Avec les mêmes ingrédients Le chuchoteur (par exemple) est profondément ennuyeux.

 

Alors pourquoi Le léopard est-il exceptionnel ? En premier lieu parce qu’ici les péripéties, les coups de théâtre sont réglés au millimètre, et qu’on se fait avoir à tous les coups ; parce que le suspense est multiple, entre la traque, la guerre entre les flics, les trahisons multiples, les révélations distillées avec une maîtrise incroyable. Jo Nesbo est maître dans l’art de nous montrer une scène, sans en nommer les personnages, et de nous laisser ensuite dans une douloureuse incertitude … Qui est mort ? Qui est l’assassin ? Un procédé casse-gueule, uniquement possible en littérature (impossible au cinéma), mais imparable quand il est bien mené.

 

Ensuite il y a Harry Hole, un personnage exceptionnel, une gueule cassée comme les lecteurs de polar les adorent, que l’on connaît maintenant depuis quelques années, dont l’auteur exploite à merveille les failles et le passé. Avec lui on aime voir les ambitieux, les prêts à tout, les pourris à l’apparence bien lisse, bien propre, en prendre plein le museau. C’est peut-être facile, mais ça fait du bien. Et puis l’émotion passe à tous les coups : sentiments complexes face à la fin de vie de son père, nostalgie des amitiés de jeunesse, amour perdu, et toujours cette peur d’entraîner ses proches dans sa chute inéluctable.

 

Condition sine qua non, les méchants aussi sont réussis. Flics, tueur … et je n’en dit pas plus. Des méchants aussi bien construits que les personnages principaux. Et qui font peur. On tremble avec les personnages, et on sait qu’ils risquent lourd, Nesbo n’ayant pas pour habitude de les ménager.

 

Et puis surtout, il y a cette alchimie de l’écriture qui fait que Jo Nesbo est grand là où d’autres ne sont que des imitateurs plus ou moins doués. Une alchimie que je ne saurais définir, mais qui fait que, le lecteur tourne les pages, tourne, tourne, et, passé un certain point, ne peut plus s’arrêter jusqu’à la fin. Pour se désoler ensuite parce que c’est terminé.

 

Pour compléter, cette interview de l’auteur où il révèle que son roman qui lui tient le plus à cœur est Rouge-Gorge. Il se trouve que dans une série de très très grande qualité, c’est aussi celui que je préfère.

 

Jo Nesbo / Le léopard (Panserhjerte, 2009), Série Noire (2011), traduit du norvégien par Alex Fouillet.

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6 février 2011 7 06 /02 /février /2011 11:56

Cela devient une habitude, tous les ans, un petit tour en Islande avec Erlendur. Et patapoum, cette année, autant casser le suspense tout de suite, on a bien droit à un petit tour en Islande avec Arnaldur Indridason, mais pas trace d’Erlendur dans La rivière noire. Explication.

 

IndridasonUn jeune homme d’une trentaine d’année est retrouvé égorgé dans son appartement. Un jeune homme apparemment sans histoire, employé modèle, aimable bien que plutôt solitaire. Seul détail qui jure : il avait dans sa poche un flacon contenant des pilules de Rohypnol, la drogue du viol … En l’absence d’Erlendur, parti en congés dans les fiords de l’est, c’est sa collègue Elinborg qui hérite de l’enquête. Une affaire au cours de laquelle le joli masque lisse de la victime va se fissurer pour révéler une rivière bien noire.

 

Comme toujours, et même en l’absence d’Erlendur, Arnaldur Indridason arrive à instaurer une tension et à passionner son lecteur avec une histoire qui pourrait sembler anodine. Je dois avouer pourtant qu’au début j’étais sceptique. Elinborg est plus « fade » qu’Erlendur : vie de famille, bon mari, enfants avec des problèmes normaux … Et on aime bien les fêlure d’Erlendur, son obsession pour les disparitions, le traumatisme de celle de son frère, ses problèmes avec sa fille …

 

Et bien malgré tout, peu à peu, ce diable d’Indridason arrive à nous accrocher, à nous accrocher ferme. Qualité des personnages, écriture qui rend très bien une certaine mélancolie, empathie et humanité dans les description des souffrances des victimes. Avec ici la très belle description d’un village paumé comme il doit y en avoir là-bas. Paumé et fermé, et muet, où tout se sait, même les plus vilains secrets, mais où personne ne dit rien, où le couvercle de la marmite est bien fermé, hermétiquement …

 

Et une intrigue toujours solide et parfaitement agencée. Cela doit faire partie de la recette. Puis il y a le talent du chef. Et pour finir, une petite note angoissante qui ouvre la porte vers la suite … Mais je ne vous en dit pas plus.

 

Arnaldur Indridason / La rivière noire (Myrká, 2008), Métailer (2011), traduit de l’islandais par Eric Boury.

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3 décembre 2010 5 03 /12 /décembre /2010 15:42

Cela faisait un bon moment que je n’avais pas lu d’aventure de Varg Veum, le Lew Archer de Bergen. Fleurs amères du norvégien Gunnar Staalesen ont été l’occasion de belles retrouvailles.

 

StaalesenVarg Veum qui sort d’une sale période et recouvre à peine la santé accepte la proposition que lui fait sa kiné (devenue une amie) de garder un œil sur la villa de deux architectes richissimes. Une proposition qui tourne court quand, le soir où elle l’amène visiter la propriété, ils découvrent un cadavre dans la piscine. Le temps que les flics arrivent, la kiné a disparu. Intrigué, Varg Veum reprend du service et se retrouve bientôt au beau milieu des affrontements entre des écologistes et la direction d’une entreprise chimique qui ne sait plus où se débarrasser de ses déchets hautement toxiques. Il croise aussi le fantôme de Camilla, gamine disparue huit ans auparavant … L’été ne sera pas serein à Bergen.

 

Je n’ai pas inventé tout seul la référence à Lew Archer, c’est Gunnar Staalesen lui-même qui la revendique. Et c’est vrai que Varg Veum fait penser à ce privé californien. Comme lui, il compte sur la parole (et pas sur la violence ou l’intimidation) pour faire parler les autres. Comme lui il se sent en empathie avec les victimes, surtout lorsque ce sont des enfants ou des adolescents (n’oublions pas que Veum a travaillé dans la protection de l’enfance avant d’être privé). Comme lui il est amené à mettre en lumière les failles dans les familles, à faire sortir au grand jour les secrets les mieux enfouis …

 

A ce titre, ces Fleurs amères sont tout à fait représentatives de la série. Car c’est bien dans les lourds secrets familiaux, d’autant plus lourds que la famille est puissante et qu’il y a beaucoup d’argent à la clé que réside la clé de l’énigme. L’occasion pour Staalesen d’égratigner, parfois avec humour, la bourgeoisie norvégienne dans ce roman qu’en France on aurait qualifié de chabrolien.

 

La galerie de personnages est toujours aussi réussie, les victimes très émouvantes, Varg Veum toujours aussi sympathique. Pour finir, ce roman publié en Norvège en 1991, et se déroulant à la fin des années 80 vient à point nommé pour nous montrer que les préoccupations écologiques ne datent pas d’aujourd’hui, et pour mettre en lumière le fait que, malheureusement, en vingt ans, rien ou presque n’a changé.

 

Gunnar Staalesen / Fleurs amères (Bitre Blomster, 1991), Folio/Policier (2010), traduit du norvégien par Alex Fouillet.

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4 novembre 2010 4 04 /11 /novembre /2010 21:37

Un nouveau norvégien à la série noire, un nouveau qui, comme Jo Nesbo, met en scène un flic (ou plutôt ici, une équipe de flics). Son premier roman, qui pourrait bien être le premier d’une série, s’appelle Noël sanglant. Son nom : Kjetil Try.

 

TryDécembre 2007, à quelques jours de Noël, un acteur qui vient d'être encensé pour son rôle de Joseph dans une pièce catholique disparaît. Quelques jours plus tard  l'inspecteur Lykke trouve ses « abats » dans son congélateur … Quelques jours plus tard c'est une nonne qui disparaît. Là aussi on retrouve ses organes congelés suspendus à un arbre. S'il y a une chose dont ne veut absolument pas Lykke, c'est que la presse écrive qu'ils ont affaire à un serial killer, il sait trop quel déferlement et quelle pression suivraient immanquablement. Et pourtant, ces deux affaires sont forcément liées, et la presse va s'en rendre très vite compte … Alors que Noël approche la course contre la montre est lancée.

 

Rien de révolutionnaire dans ce polar norvégien qui, donc, fait furieusement penser à ceux de Jo Nesbo. Rien de révolutionnaire mais du beau travail bien fait. Suspense et frissons garantis, intrigue parfaitement maîtrisée, coups de théâtres et révélations savamment distillés, changement de points de vue fluides. La narration est très solide. Les personnages sont intéressants, classiques pour ce genre d'exercice et très bien plantés.

 

Le lecteur sent le froid, la neige qui imbibe les chaussures, le vent glacial … Même si on reste quand même en deçà de la série des Harry Hole (manque un peu de folie, de noirceur … un petit quelque chose qui fait la différence) on a là de la belle ouvrage, et on aura plaisir à retrouver cet auteur et ses personnages. Qui iront peut-être (sans doute ?) en s’améliorant.

 

Kjetil Try / Noël sanglant (La de små bar comme til meg, 2008), Série Noire (2010), traduit du norvégien par Alex Fouillet.

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30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 23:33

Just in time … Toujours la tête sous l’eau, avec les queues de poussée de mon problème avec les nuisibles (voir il y a quelques jours), le sprint final de TPS,  avec la préparation des différentes rencontres (voir là), et l’organisation de la série de mini-interviews que nous ferons entre les tables rondes. Bref, j’ai fini Le septième fils d’Arni Thorarinssonjust in time (je parle comme les jeunes islandais) pour la rencontre de tout à l’heure.

 

ThorarinssonEinar, journaliste, ex alcoolique, se trouvait déjà exilé à Akureyri, bien loin de Reykjavik. Ses déboires ne sont pourtant pas terminés, et son rédacteur en chef l’envoie enquêter sur la situation économique du port d’Isafjördur, « capitale » des fjords de l’ouest, en pleine de récession depuis que l’industrie de la pêche c’est déplacée. De longues, très longues soirées en perspective …

 

Sauf qu’Einar semble attirer les ennuis comme le miel attire les mouches … Dès son arrivée, une vieille maison brûle, le camping car flambant neuf de deux touristes lituaniens est volé, un joueur de foot de l’équipe nationale en virée est porté disparu avec son meilleur pote … Il ne manque plus que la mort suspecte d’un député, valeur montante de la gauche islandaise. Décidément, dès qu’Einar apparaît, les choses s’animent.

 

On retrouve avec plaisir Einar, son humour, sa nonchalance, son flegme … Avec lui Arni Thorinsson nous amène à l’extrême nord-ouest de l’Islande, dans une zone touchée de plein fouet par les restrictions sur la pêche. Une région qui, malgré son isolement géographique, subit (ou recherche) comme le reste du pays, la mondialisation : arrivée d’immigrés, ouverture (invasion ?) aux autres cultures, uniformisation de la consommation et des loisirs …

 

Selon les personnages croisés par le flegmatique journaliste, cette fin de la spécificité islandaise est perçue comme une chance, ou une catastrophe. L’intrigue avance à son rythme, mais ce n’est pas pour elle qu’on aime ce roman. Amateurs de thrillers dopés à l’adrénaline, Le septième fils n’est pas pour vous.

 

Si, par contre, vous êtes intéressés par la description d’une région peu connue, si vous voulez ressentir l’hiver islandais, les pieds gelés d’avoir marché entre les congères, si vous voulez vous plonger dans une société en pleine mutation, où les plus jeunes parlent un mélange d’islandais et d’anglais, et où les plus anciens roumèguent (expression toulousaine intraduisible, en islandais comme en français) contre la perte de valeurs et de repères, pour ne pas dire contre la perte d’une certaine islanditude (expression barbare non toulousaine, non française, non islandaise).

 

Surtout, si vous aimez qu’un auteur aime ses personnages, tous ses personnages, « héros » comme seconds, voire troisième rôles, qu’il leur accorde à tous son attention, sa tendresse, qu’il leur donne à tous épaisseur et humanité. Et qu’il le fasse, enfin, avec humour. Alors ce septième fils est pour vous.

 

Arni Thorarinsson / Le septième fils (Sjöundi sonurinn, 2008), Métailié (2010), traduit de l’islandais par Eric Boury.

 

PS. Je rentre juste de la rencontre avec l’auteur. Adorable. Je vous en cause … dès que je trouve une minute.

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  • : Il sera essentiellement question de polars, mais pas seulement. Cinéma, BD, musique et coups de gueule pourront s'inviter. Jean-Marc Laherrère
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