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26 juillet 2013 5 26 /07 /juillet /2013 12:31

En attendant de me plonger dans l’ouragan de la rentrée je ressors quelques bouquins achetés il y a longtemps et qui trainent depuis sur mes étagères. En essayant de varier et de lire un peu de SF. C’est comme ça que je suis tombé sur La brèche de Christophe Lambert.

Lambert

2060 un scientifique a trouvé le moyen de dompter les trous de vers, et par ce biais de voyager dans le temps. L’application a été sans surprise captée par les militaires. Mais également par ce que la télévision fait de plus racoleur. Ce qui a donné lieu à un nouveau programme de téléréalité : les spectateurs assistent en direct à des événements marquant du passé. Devinez, ont-ils choisi de voir Picasso en train de créer ? Un discours de jaurès ou de Martin Luther King ? Non. Ce qui marche c’est l’assassinat de Kennedy ou le suicide de Marilyn … Mais même ça s’essouffle, alors un petit génie à l’idée d’envoyer deux reporters suicidaires sur les plages de Normandie un certain 6 juin 44. Là coco, on va faire de l’audience ! Et tant pis si quelque chose se détraque …


Evacuons tout de suite deux petites restrictions. Le final un peu gentillet. Mais bon, l’auteur avait aussi le droit de se faire plaisir, et puis l’épilogue, méchant à souhait, rattrape bien le tout.


Ensuite j’imagine que les amateurs purs et durs de SF doivent tiquer devant le traitement un poil simpliste des histoires de paradoxes temporels. Et ils ont sans doute raison.


Mais franchement, à la lecture ça ne m’a pas dérangé. Et à côté de ça, quel rythme ! Fan de chichourle comme on dit, ça déménage. Une exposition qui part sur les chapeaux de roues. Une présentation des personnages impeccables. Une exposition du concept, toujours plus pourri, de notre télé du futur réjouissant de cynisme et de méchanceté. En bref une première partie absolument jubilatoire.


Ensuite plat de résistance, le débarquement, et là ça secoue franchement. On n’est plus dans la SF mais dans le roman historique, avec sang, sueur et larmes, tripes et boyaux, trouille et courage, le tout en technicolor, ou plutôt en gris clair et gris foncé, pluie, fracas des armes, cris des blessés. Chapeau, c’est concis, et impressionnant.


Le final revient vers la SF avec un petit côté guerre des mondes très plaisant et tout aussi bien maîtrisé.


Bref, 200 pages (et oui tout ça tient en 200 pages) qui se lisent à toute vitesse, dans un mélange d’effroi et de sourire. Puis qui fait réfléchir, un peu, sur ce que devient la machine à décerveler qui vend des minutes de cerveau disponible … Si vous cherchez encore un roman facile à glisser dans la poche pour quelques heures de train, d’avion ou de chaise longue, celui-ci fera parfaitement l’affaire.


Christophe Lambert / La brèche, Pocket/Science Fiction (2007).

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6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 17:58

Comme prévu l’an dernier, j’ai continué à me reposer avec des David Gemmell. Le problème de cet auteur c’est que ses bouquins sont un peu comme les noix de cajou ou les pistaches à l’apéro. On en prend une, on se promet d’arrêter parce qu’on sait que ce n’est pas ce qu’il y a de meilleur et qu’après il y a le repas … Et puis on en prend une autre, puis une autre … Jusqu’à ce qu’il n’en reste plus. C’est comme ça que, sans m’en rendre compte, j’ai enchainé Waylander et Waylander II /Dans le royaume du loup.

gemmel waylander I

Le roi Drenaï a été assassiné et les armées d’envahisseurs déferlent sur le royaume. Deux généraux tiennent bon, tant bien que mal, mais les jours des drenaïs semblent comptés. D’autant plus que les envahisseurs sont appuyés par une confrérie de sorciers noirs. Le seul espoir repose, paradoxalement, sur les épaules d’un homme, le meilleur assassin du royaume qui doit aller récupérer l’armure magique du père du roi assassiné. Paradoxalement car c’est cet homme, Waylander, qui a tué le roi … Pourtant, il ira seul en territoire ennemi, et il sera à l’origine de l’ordre des trente, des prêtres soldats à même de combattre la confrérie noire.

 

gemmel waylander II

Des années plus tard un homme vit seul dans les bois avec sa fille, cherchant à se faire oublier. Mais quelqu’un décide qu’il doit mourir et envoie une dizaine d’assassins pour l’abattre. Une erreur, une grosse erreur, car celui que certains connaissaient sous le nom de Dakeyras redevient Waylander, l’homme le plus dangereux du royaume. Et c’est lui qui a élevé et entrainé sa fille.


Voilà donc Waylander, l’homme à la double arbalète. Revoilà surtout le talent de conteur de David Gemmell toujours aussi fort pour vous accrocher dès le premier chapitre pour ne plus vous lâcher. Une fois de plus des personnages hauts en couleur, pas de perte de temps, de la castagne (de superbes scènes de combat), du suspense, des situations inextricables dont le héros se sort pourtant toujours. Avec ici un petit côté western, Waylander et son arbalète ayant un quelque chose du grand Clint dans Pale Rider ou Le cavalier des hautes plaines.


Bref sur pur bonheur de lecture au tout premier degré. Me voici reposé, je vais pouvoir attaquer du sérieux et je me garde le Waylander III de côté pour un autre coup de mou.


David Gemmell / Waylander (Waylander, 1986), Milady (2008), Waylander II/Dans le royaume du loup (Waylander II, In the realm of the wolf, 1992) Milady (2010), traduits de l’anglais par Alain Névant. 

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27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 13:08

Un peu de SF pour terminer l’année en beauté. Ca change, ça repose du polar et je renoue avec d’anciennes amours … Quand je veux me faire une pause SF, c’est facile, je vais voir l’incontournable Kathy chez Bédéciné et je lui demande de me conseiller un roman. Cette fois, ce fut La fille automate premier roman d’un américain, Paolo Bacigalupi. Une fois de plus bonne pioche.

 

bacigalupi

Un futur plus ou moins lointain (mais pas trop) à Bangkok. Après la période d’expansion est venue une récession mondiale : plus d’hydrocarbure, des taxes carbone exorbitantes, un climat déréglé, la montée des eaux … mais surtout l’agriculture mondiale aux mains des affameurs, les AgriGen, U-Tex, SoyPro et quelques autres ont mis la main sur la patrimoine génétique végétal, et ont commencé à affamer les populations. Jusqu’à la riposte venue avec des pestes et prédateurs de récoltes eux-aussi génétiquement modifiés. Depuis les virus et épidémie ravagent la Terre et chacun s’est replié sur lui-même.


Grâce à sa résistance de la première heure et une politique protectionniste le Royaume de Thaïlande s’en tire mieux que d’autres, et garde précieusement son trésor national, une banque de vieilles semences ultra protégée. Mais certains commencent à oublier, et Bangkok devient le terrain d’affrontement entre le Ministère de l’Environnement et le Commerce, sur fond de corruption et de trafic d’influences. Dans ce jeu mortel, Emiko, sublime jeune femme, créature artificielle créée au Japon et abandonnée là par son Maître, Jaidee le Tigre incorruptible de l’Environnement, Anderson, un américain aux buts secrets, un vieux réfugié chinois et quelques autres …


Juste un avertissement pour commencer. La fille automate est un roman dense et riche. Donc il faut avoir un minimum de disponibilité pour le démarrer. La récompense est à la hauteur du petit effort consenti. Parce que le roman est passionnant.


Paolo Bacigalupi danse sur la corde raide sans jamais tomber. Il parvient à en dire assez sur les causes de la catastrophe en cours, sans jamais tout dire, il réussit à décrire par petites touches les solutions imaginées pour remédier à la perte de source énergétique et à la pénurie alimentaire sans jamais tout décrire et tout révéler. Un exercice de haute voltige qui attise la curiosité du lecteur, fait marcher son imagination tout en lui donnant assez d’éléments pour ne pas le laisser frustré. Du grand art.


Du grand art (quoique plus classique) dans la construction du roman qui passe d’un personnage à l’autre sans jamais perdre le lecteur mais en lui offrant ainsi la diversité des points de vue. Du grand art enfin dans la construction des personnages, tous formidablement humains, complexes, capables du meilleur comme du pire. Jamais l’auteur ne prend parti pour l’un ou pour l’autre, tous ont leurs raisons, plus ou moins avouables, mais parfaitement logiques, cohérentes et compréhensibles.


Avec, bien entendu, une mention spéciale pour Emiko, créature étrange, artificielle mais tellement humaine, hurlant la frustration de ses conditionnements, pleurant ses espoirs d’humanité complète. Un personnage d’Emiko qui transforme ce qui aurait pu être « seulement » un excellent roman d’anticipation politique et écologique déjà passionnant en un formidable roman plein de chair, de sang et de larmes.


Paolo Bacigalupi / La fille automate (The windup girl, 2009), Au diable Vauvert (2012), traduit de l’américain par Sara Doke. 

 

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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 23:07

Je viens de me faire traiter (très gentiment) d’intellectuel bourgeois par le père Leroy. D’ailleurs j’assume, quitte à prendre lourd … Ben l’intellectuel bourgeois, comme tout le monde, a droit lui aussi a sa petite régression, à son moment de retour en arrière, à son quart d’heure de détente. Surtout quand il a la chance d’avoir des minots qui grandissent en lisant. Gaby vient donc de découvrir (j’y suis pour quelque chose) un des bouquins qui, il y a une vingtaine d’année, m’avait enchanté, à savoir Légende de David Gemmell. Je m’en souviens encore, quatre cent pages de castagne, pour une version médiévale de Fort Alamo qui tient en haleine du début à la fin. Du coup, je lui ai aussi acheté Druss la légende … et je lui ai piqué.

 

gemmell druss

Druss est un jeune bucheron pas forcément très fin ni très malin, mal à l’aise avec les autres, coléreux et très costaud. Il ne trouve la paix qu’auprès de sa jeune épouse Rowena. Pas de quoi écrire une histoire … Jusqu’à ce qu’une bande de pillards débarque, massacre son village, trucide son père et enlève Rowena en faisant une seule erreur : laisser Druss en vie. Son père mourant a juste le temps de lui révéler la cache où il trouvera Snaga, la hache de son grand-père, tueur de sinistre mémoire. Avec l’aide d’une sorte de justicier, Druss va partir à la poursuite des ravisseurs, et commencer à forger sa légende.


Attention, c’est de la fantasy style poil aux pattes. Beaucoup de castagne, pas beaucoup de personnages féminins (sauf comme moteur des aventures), glorification du courage, de la résistance à la douleur, de la fidélité, humour de vestiaire de rugby … Même s’il a ses zones d’ombres (toutes petites) Druss est le héros dans toute sa splendeur, plus John Wayne que Harvey Keitel ou Christopher Walken. Donc prière de poser la partie du cerveau trop sujette aux pinaillages avant d’ouvrir le bouquin.


Mais, mais … Quel putain de talent de conteur ! Scrogneugneu, je me suis fait attraper comme il y a vingt ans ! Une fois le bouquin ouvert, impossible de le lâcher, je l’ai lu en deux soirées. Pour le pur plaisir de l’histoire, comme un môme, les yeux écarquillé attendant le prochain exploit de l’insubmersible Druss. Il était une fois … et c’est parti.


Pour ceux qui ne connaîtraient pas, je conseille quand même de commencer par Légende, premier roman de David Gemmell qui raconte la fin de Druss. Parce ce que quand un grand conteur s’empare d’une histoire style Fort Alamo, ça déménage.


Ici, étrangement, j’ai trouvé une forte influence de la série d’Elric de Moorcock (autre grand souvenir de lectures anciennes), dans la construction qui ressemble à une suite d’histoires sommairement reliées par un mince fil conducteur, et surtout avec Snaga, arme maudite, pendant de Stormbringer d’Elric, avec Druss qui, comme Elric, doit combattre parfois son penchant à la violence … Avec la différence que Gemmell, plus gentil ou plus hollywoodien, (ou moins subtil ?) retombe toujours du côté « du bien » là où Elric est beaucoup plus sombre.


Bref, si vous avez envie d’une bonne récréation et que vous avez un peu de temps devant vous, essayez David Gemmell … d’ailleurs, pour les vacances à venir, j’ai déjà acheté à mon fils la trilogie Waylander, et je sens que je vais la lui emprunter, j’ai besoin de vacances.


David Gemmell / Druss la légende(The first chronicles of Druss the legend, 1994), Bragelonne (2002), traduit de l’anglais par Alain Névant.

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23 novembre 2012 5 23 /11 /novembre /2012 02:11

C’est la tradition, tous les ans on découvre un nouveau Terry Pratchett. Une tradition absolument excellente. Le cru 2012 s’appelle Coup de tabac.

 

Pratchett-copie-1

Le célèbre commissaire divisionnaire Vimaire du Guet d’Ankh-Morpork c’est fait complètement coincer. Tous ont complotés à sa perte, il est cuit. Vétérini, grand patron de la ville, ses agents, jusqu’à son épouse, dame Sybil … Tous. Et le voilà donc obligé de prendre … des vacances. Pire, des vacances à la campagne, un endroit sans rues, sans pickpockets, sans hurlements et bagarres, sans assassins patentés. Mais à la campagne il y a pire. Il y a du silence, et des yeux qui regardent, partout. Des yeux d’oiseaux, de vaches, de moutons, qui sait, de poissons ? Mais un flic est et reste un flic, partout. Et dès qu’il arrive dans le village du grand domaine de la famille de son épouse, dès qu’il met un pied au bar, dès qu’il rencontre les premiers notables … Vimaire sait que de sales, très sales coups ont été tramés ici. Le genre de vraie saloperie dont tout le monde est plus ou moins complice. Finalement, les vacances pourraient bien se révéler plus intéressantes que prévu.


Ce n’est peut-être pas le meilleur Pratchett, mais c’est un bon numéro des Annales du Disque monde. Ce qui veut dire qu’on est déjà très nettement au dessus de la moyenne ce qui peut se lire ailleurs, tous genres confondus. J’allais écrire qu’en plus on y retrouve Vimaire et ses agents du Guet, mais si je réfléchis bien j’aime toutes les « sous-séries », sorcières, mages, flics … Ils sont tous géniaux là-dedans.


Comme toujours, on rit et on sourit beaucoup. Comme toujours on est enchanté de retrouver de vieilles connaissances qui, bien que vivant dans un monde complètement loufoque en apparence, nous sont devenus aussi familiers que les personnages récurrents de Nesbo, Hurley ou Ledesma. Comme toujours, et bien qu’on en soit au 34° épisode de la série on se régale et on en redemande.


C’est qu’une fois de plus, en plus du style inimitable et de ses histoires bien léchées, Terry Pratchett met le doigt là où ça fait mal. Cette fois on s’éloigne de la ville pour pointer la rigidité, les pesanteurs, les inégalités, les silences pesants, les petites saloperies quotidiennes d’une campagne où l’ordre établi, le regard des autres et la mainmise de quelques familles sur le territoire semblent éternels.


Et là, au travers de Vimaire, l’auteur nous fait le plaisir de faire voler tout ça en éclat. Et c’est bon ! D’autant plus qu’à l’opposé d’auteurs qui parfois se complaisent dans le cynisme et la misanthropie, Terry Pratchett, de toute évidence, aime les gens. Malgré (ou à cause) de leurs faiblesses, de leurs défauts, de leurs lâchetés … Parce que chez lui ils sont aussi capable, parfois, d’un éclair d’humanité et de courage. Et ça aussi ça fait du bien.


Bref, vive Pratchett, vive le Guet, vive Vimaire !


Terry Pratchett / Coup de tabac(Snuff, 2011), L’atalante/La dentelle du cygne (2012), traduit de l’anglais par Patrick Couton.

 

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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 23:55

Je l’avais annoncé là, je me suis tellement régalé à lire L’étrange vie de Nobody Owens de l’immense Neil Gaiman à mes enfants que je vais vous en faire un compte rendu complet. Il faut dire aussi que je suis un inconditionnel de cet auteur, que je trouve aussi génial dans ses romans que dans ses scenarii de BD.

 

gaimanowens

Nobody Owens (qui ne s’appelle pas encore comme ça) est un bébé se déplaçant à peine à quatre pattes quand Le Jack, le plus terrible tueur de Londres, massacre sa famille avec son grand couteau. Le hasard ? la chance ? le destin ? font que le bambin se réfugie dans le cimetière voisin où M et Mme Owens, morts depuis bien longtemps, voudraient bien le recueillir. Seulement voilà, dans ce cimetière, l’un des plus anciens de Londres, tout le monde n’est pas de cet avis … Jusqu’à ce qu’une dame vêtue de gris montée sur un grand cheval blanc, que tous connaissent bien vienne dire « Les morts doivent être charitables », ce qui clôt le débat. Le bébé, qui s’appellera Nobody Owens, sera élevé par les morts du cimetière, aidés par Silas, un géant très tranquille qui semble naviguer à son aise entre les deux mondes, celui des morts et celui des vivants. Jusqu’à ce que Nobody grandisse et puisse sortir, affronter le meurtrier de sa famille qui le cherche toujours.


Génial, tout simplement génial. Une histoire superbe, des moments d’émotion intense, de l’humour, du suspense, beaucoup de poésie, d’intelligence, d’inventivité … Bref du grand Neil Gaiman.


On retrouve des pages magnifiques, on retrouve sa façon unique de prendre à son compte les mythes qu’ils soient anciens, très anciens (comme les Dieux de American Gods) ou plus récents comme ceux créé par les premiers géants de la littérature fantastique (vampires, loups-garous, fantômes etc …). Tout cela en les intégrant parfaitement dans un monde actuel.


On retrouve ses méchants inquiétants, entraperçus comme des ombres, et pourtant si réels. Les Jack de ce roman font penser à certains affreux de Sandman, ou à ceux d’un autre chef-d’œuvre, Neverwhere. On retrouve son intelligence dans sa description des rapports entre les gens, qu’ils soient jeunes, vieux, ou morts depuis longtemps. On retrouve son humour (avec ici une mention spéciale aux épitaphes des tombes du cimetière de Nobody …).


Bref un régal de bout en bout, aussi bien pour mes deux minots qui ont adoré, que pour moi. A lire à voix haute, à voix basse, pour soi, pour les autres et à tout âge.


Neil Gaiman / L’étrange vie de Nobody Owens (The graveyard book, 2008), J’ai Lu2012 (2012), traduit de l’anglais par Valérie Le Plouhinec.

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26 octobre 2012 5 26 /10 /octobre /2012 20:01

Je ne suis pas les sorties des romans de Iain Banks en grand format, mais chaque fois que je tombe sur un volume de la série de la Culture en poche, je me précipite. Le dernier publié s’appelle Trames.

Banks

En introduction, pour ceux qui ne sauraient pas ce qu’est ce cycle, vous pouvez aller voir une de mes chroniques passées , ou bien, vous achetez ou empruntez Trames et vous aurez, à la fin,  un article complet et passionnant de l’auteur lui-même.


Sursamen est un monde étrange, un monde gigogne, immense sphère creuse contenant plusieurs mondes concentriques, construite des éternités avant la Culture et maintenant peuplée par différentes espèces. Les 8° et 9° niveaux sont occupés par des civilisations humaines peu développées (elles en seraient à un équivalent du début de la révolution industrielle) en guerre permanente. Alors que le Roi Haust semble sur le point de gagner la bataille décisive, il est assassiné par son bras droit, sous les yeux de son fils aîné qui, caché, a assisté à toute la scène. Ce dernier n’a plus qu’une solution pour sauver sa peau, rejoindre la surface et essayer de retrouver sa sœur partie il y a quelques années rejoindre le monde extérieur et la Culture. Pendant ce temps, une espèce plus évoluée tire les ficelles et, sous les chutes d’eau majestueuses du 9° niveau, d’étranges artefacts sont en train d’être exhumés …


Toute la puissance de l’imagination de ce créateur d’univers qu’est Iain Banks dans ces quelques 800 pages. On ne peut qu’être complètement bluffé par la diversité des êtres vivants, des cultures, des mondes, naturels et artificiels qu’il est capable d’inventer. Bluffé par la richesse des descriptions, et par la cohérence de ce qu’il imagine. Et encore plus bluffé de s’apercevoir, à l’arrivée, que toutes ces inventions ô combien exotiques, voire aliènes, parlent finalement de nous et de nos propres problématiques.


Ingérence ou non dans une autre culture (un autre pays), relativisme des cultures ou non, du bon usage (ou non) du pouvoir … Autant de thématiques traitées, sans jamais ennuyer, sans jamais oublier de créer de vrais personnages, sans jamais oublier de raconter une histoire magnifique et prenante.


Iain Banks est un géant, et le cycle de la Culture restera sans aucun doute l’un des chefs-d’œuvre de la SF, et de la littérature tout court.


Iain Banks / Trames (Matter, 2008), Livre de poche (2012), traduit de l’anglais (Ecosse) par Patrick Dusoulier.

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24 août 2012 5 24 /08 /août /2012 12:11

Depuis que sa série culte est devenue une série télé, George R. R. Martin est une sorte de star. Et c’est tant mieux. Pour une fois que le succès frappe à la porte d’un grand auteur … Je n’ai pas vu la série Game of Thrones, il parait qu’elle est excellente. Je ne sais pas si elle est à la hauteur de la série d’origine, Le trône de fer, sans aucun doute l’une des œuvres majeures de la fantazy. Tout ça pour dire qu’avant d’entamer cette saga, George R. R. Martin avait écrit ce polar à la coloration fantastique, avec une touche d’hommage à Tolkien : Armageddon Rag. Que Denoël a eu la bonne idée de faire retraduire et republier.



Martin Rag20 avril 1971, à West Mesa près d'Albuquerque lors d'un gigantesque concert en plein air Hobbins, le chanteur du groupe rock le plus subversif du moment, les Nazgûl, est abattu d'une balle dans la tête en plein concert. Treize ans plus tard, à la même date, Jamie Lynch, qui fut leur manager est assassiné chez lui. Son cœur a été arraché.


Sandy Blair est écrivain, il a été le créateur d'une revue culturelle très engagée dans les années 70 mais c'est fait évincer quand elle a pris un tournant plus conformiste. Son ancien associé l'appelle quand même pour écrire un papier sur la mort de Lynch. Sandy accepte à condition de pouvoir enquêter sérieusement. Une enquête qui va le plonger dans le passé, les années hippies, gauchistes et rock. Une enquête qui va faire surgir des fantômes pas tous sympathiques. Car la grande bataille approche et les Nazgûl pourraient bien reprendre leur envol …


Une enquête policière pimentée d'un poil de fantastique pour une formidable plongée dans les années 60-70, avec tout ce que cela comporte de mouvement contestataires, de musique, de libération, de bruit et de fureur.


On pourra reprocher à l'auteur un procédé qui lui fait rencontrer un à un tous les archétypes des anciens de 68. Ceux qui ont sombré dans la déprime, ceux qui ont tourné casaque, ceux qui sont dans des communautés … Mais est-ce grave ? Pour celui qui recherche uniquement énigme et suspense peut-être. Pour celui qui s'intéresse à cette période, à ses illusions, ses combats, puis ses désillusions, ses compromissions, ses rêves brisés, sa musique, sa politique … C'est superbe.


Les pages sur la musique sont inoubliables, certains personnages également. La peinture de toute cette génération, de ceux qui sont restés fidèles, de ceux qui se sont reniés, de ceux qui ont sombré … Tout cela est parfaitement rendu au travers du personnage de Sandy, rongé par ses doutes mais ne renonçant jamais complètement.


Dans le même temps, même si la tension dramatique n’est pas toujours présente, surtout dans la première partie, le dernier tiers est construit en crescendo impeccable qui culmine de façon magistrale au moment du concert fatidique.


George R. R. Martin existait donc avant le Trône de fer et il avait écrit un superbe roman hommage à toute une période et toute une génération.


George R. R. Martin / Armageddon Rag (the Armageddon Rag, 1983), Denoël (2012), traduit de l’américain par Jean-Pierre Pugi.

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5 juillet 2012 4 05 /07 /juillet /2012 19:07

C’est les vacances. Même si je suis toujours au boulot, à partir du 1 juillet je me considère comme en lectures d’été. Et c’est l’été que, profitant d’une brève accalmie dans les sorties polar, je fais quelques incursions dans les rééditions, la blanche et la SF. En plus, là j’ai encore la tête sous l’eau et j’avais besoin d’un bouquin qui donne un avant-goût de la plage : pas trop déprimant, pas trop « réflexionnant », avec les pages qui tournent toutes seules. J’ai suivi les conseils de ma libraire SF préférée, hop Entité 0247 de Patrick Lee.


Lee 0247Cela fait juste un an que Travis Chase, ex flic ripoux, est sorti de taule (c’est un bon départ ça, de la SF mais avec un personnage typiquement polar …). Il a décidé de fêter sa libération en partant, seul, quelques jours en Alaska. Pour réfléchir à son avenir. Pour la réflexion, c’est raté. Car le troisième jour il tombe sur un 747 crashé. A son bord tout le monde a été assassiné d’une balle dans la tête. Y compris un passager de marque, la Première Dame elle-même. Qui a eu le temps de laisser un appel au secours en forme de marche à suivre. Travis Chase vient de mettre le doigt dans un piège fatal, un piège qui va remettre en question tout ce qu’il croit savoir sur lui, et sur le monde.


J’anticipe tous les reproches qui ont été et vont être faits à ce bouquin :


  • Il est bourrin : Oui.
  • La fin est au mieux tirée par les cheveux, au pire je m’enfoutiste : Oui.
  • Il fait pas réfléchir : Oui.

Mais.


  • Il est bourrin et ça fait du bien de temps en temps.
  • Il fait pas réfléchir et ça fait du bien de temps en temps.


Et surtout, l’auteur a une écriture sèche et fluide qui vous emballe aussi sec, et un sens de la construction qui fait qu’on ne peut s’arrêter nulle part. Essayez, si vous mordez à l’hameçon il n’y a plus une seule fin de paragraphe, encore moins de chapitre où stopper la lecture, les personnages sont en permanence sur le point de tomber dans le gouffre ou dans la fosse aux serpents, de se prendre une balle, un coup de couteau …


Certains y verront une surenchère (et ils auront raison), mais j’ai marché, couru même, et je me suis retrouvé bouche bée comme quand j’ai découvert Indiana Jones à sa sortie (et oui, je suis assez vieux pour avoir découvert Indy à sa sortie).


Bref de l’adrénaline et de la castagne pures, avec un assaisonnement SF qui fonctionne. Et comme l’auteur a inventé un « bidule » (je vous laisse le découvrir) qui permet autant d’épisodes indépendants qu’il veut, ben j’ai le second en réserve pour quand j’aurai un coup de mou …


Patrick Lee / L’entité 0247 (The breach, 2010), L’Atalante/ la dentelle du cygne (2012), traduit l’américain par Patrick Couton.

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23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 23:33

Me revoilà après quelques jours de vacances …


Après La belle vie il me fallait une lecture qui me redonne confiance dans l’être humain. Et je venais de découvrir un recueil de nouvelles de Terry Pratchett. Sobrement intitulé Nouvelles du Disque-Monde. Excellent antidote contre la morosité et le désespoir.


PratchettLes mages, la MORT, mémé Ciredutemps, le guet et même Cohen le Barbare, ils sont tous là, dans six nouvelles.


Je ne vais pas vous mentir, Terry Pratchett lui-même déclare, tout de go, qu’il n’est pas un écrivain de nouvelles. Et c’est vrai qu’il est ici moins à l’aise que lorsqu’il a du temps pour développer. C’est vrai aussi que je ne conseille pas ce recueil à ceux qui ne connaissent pas les romans. Mais pour les fans en manque, et en particulier s’ils ont un coup de blues, ce n’est que du bonheur.


Car même si les histoires sont parfois un peu minces, on retrouve la patte Pratchett, avec sa façon unique de mettre en mots, dans un univers loufoque, des choses que nous avons tous vues ou vécues sans jamais arriver à les formuler.


Exemple, à propos d’une publication d’une université concurrente de l’Université de l’Invisible :


« Oh, j’crois pas que c’était destiné à être lu. Plutôt à être écrit »


Et puis cela, à propos de notre sorcière préférée :


« Des tas de gens peuvent parler d’une manière tranchante, se disait Nounou. Mais Esmé Ciredutemps, elle, arrivait à écouter de manière tranchante. Elle arrivait à rendre des propos ridicules rien qu’en les entendant. »


Un dernier pour la route, ce dialogue entre Nounou Ogg, sorcière souvent bienveillante, et Esmé Ciredutemps, sorcière plus … intransigeante. Un dialogue 100 % Pratchett :


«- Pas très aimable ce que t’as fait.

- J’ai rien fait 

- Ouais, ben … c’est pas très aimable, ce que t’as pas fait. C’est comme retirer la chaise quand quelqu’un veut s’assoir dessus

- Ceux qui regardent pas où ils s’asseyent feraient mieux d’rester debout »


Donc six nouvelles un peu minces (sauf la dernière, très émouvante), mais tout ce qu’il fallait pour me requinquer.


Terry Pratchett / nouvelles du Disque-Monde, L’Atalante/La dentelle du cygne (2011), traduit de l’anglais par Patrick Couton.

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