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3 septembre 2011 6 03 /09 /septembre /2011 15:03

Les vacances c’est le bon moment pour prendre le temps de lire un peu de SF, et de me rappeler combien j’aime ça, aussi. Et ça faisait une éternité que je ne m’étais pas plongé dans un bon space opéra. Grace aux deux volumes des Enfants de la conquête de Celia S. Friedman, je me suis fait plaisir.

 

Friedman 01Braxi et Azéa deux empires en guerre depuis des siècles.

 

Braxi, dominée par les Braxanas est une société de structure féodale qui vénère la guerre et les talents guerriers. La domination des Braxanas, qui ont droit de vie et de mort sur le reste de la population, s’appuie sur leur perfection physique (ils sont beaux comme des dieux et rompus à toutes les façons de tuer) et sur leur puissance financière. Pour eux les affaires ne sont qu’une autre façon de faire la guerre.

 

Azéa, empire fondé par des colons ayant appris à survivre sur une planète hostile est devenu spécialisée en génétique et abrite en son sein un Institut qui étudie et « cultive » les télépathes. Tout nouveau né est testé génétiquement et ne peut accéder à de hautes fonctions que si son patrimoine génétique est pur.

 

Friedman 02

La guerre dure depuis si longtemps qu'il semble qu'elle ne doive jamais s'arrêter … Deux adversaires formidables vont s'y affronter.

 

Zatar, arrogant, guerrier, dominateur et brillant, mais aussi novateur et moins tributaire des traditions que les autres braxanas et donc plus imprévisible. Anzha Lyu, reniée par les instances d'Azéa car son code génétique n'est pas pur à 100 %, la plus grande télépathe détectée à ce jour, refusant les codes de son empire mais désirant venger ses parents qui ont été empoisonnés par Zatar. Leur confrontation personnelle aura des répercussions sur le sort des deux empires.

 

Ah, que c'est bon un space opéra quand c'est bien mené ! On est certain d'en avoir pour son argent : Multitude de lieux, de personnages, de cultures, tous plus étranges les uns que les autres ; intrigue chorale, complots, manigances à l'échelle galactique ; trahisons, manipulations, batailles dans l'espace … Bref du vraiment grand écran,  grand format, grand spectacle, plein les mirettes. Rien que pour ça, c'est bon !

 

Quand en plus on a droit à de vrais personnages, pas caricaturaux, complexes, capables de nous étonner au bout de quelques centaines de pages, quand les choses ne sont pas blanches et noires mais une palette de gris et qu'on sent une vraie réflexion derrière, quand la dimension humaine  et la construction de l’intrigue ne sont pas reléguées au second plan par une bouillie pseudo scientifique ou une débauche de scènes « à effets spéciaux », c'est le pied.

 

Ici, toutes ces conditions sont remplies pour faire de ces deux volumes un vrai grand plaisir de lecture.

 

Celia S. Friedman / Enfants de la conquête (In conquest born, 1986), L’Atalante/La dentelle du cygne (2011), traduit de l’américain par Marie Surgers.

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27 août 2011 6 27 /08 /août /2011 17:13

Voici donc le second roman qui m’a laissé un peu perplexe. Il s’agit de Enfin la nuit de Camille Leboulanger. Hasard de l’édition et de mes lectures ou marque des peurs actuelles, il s’agit encore d’un roman post catastrophe.


LeboulangerQui a déconné ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Mystère. Toujours est-il qu'en ce mois de janvier la nuit a disparu, le ciel est en permanence d'une jaune orangé aveuglant. Après quelques jours les instincts se déchainent, les barrières tombent, les pillages et meurtres se multiplient. Thomas, flic avant la catastrophe quitte Paris à pied, pour voir si c'est pareil ailleurs. Il va rapidement rencontrer Sophie, une adolescente restée seule chez elle et les voilà sur la route. Une route et des rencontres, bonnes ou terribles, sans vraiment savoir pourquoi ils marchent ni où ils vont.


Très très casse-gueule de se lancer dans un tel exercice. Très gonflé car on compare forcément au chef-d'œuvre de Cormac McCarthy. Camille Leboulanger s'en sort quand même. Parce que s'il part du même point de départ il en fait un traitement assez différent.


La première différence tient au pays : la France et les US sont différents, et même si tout n'est pas rose et facile, ici la rencontre avec l'autre n'est pas obligatoirement synonyme d'affrontement.


Ensuite l'auteur fait le choix de faire passer son personnage de compagnon en compagnon, de rencontre en rencontre, avec des gens qui ont encore un passé, même s'il s'efface peu à peu et qui ont des réactions différentes face au changement radical qui vient d’avoir lieu.


Pour finir l'auteur est moins pessimiste que McCarthy. On lit ce récit d’errance avec intérêt, tristesse, parfois avec un sourire. On ne prend pas l’immense claque que l’on prend avec La route, mais on lit avec plaisir. Et à l’arrivée reste une certaine perplexité.


Mais qu’elle était donc l’intention de l’auteur ? Il ne s’est pas contenté de raconter une histoire, il a pris un point de départ fort et casse-gueule, mais pourquoi ?


Peut-être est-ce que je me pose des questions idiotes …


Camille Leboulanger / Enfin la nuit, L’Atalante/La dentelle du cygne (2011).

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5 août 2011 5 05 /08 /août /2011 22:52

Un scoop ici, je suis fan de Terry Pratchett ! Mais cette fois, c’est un roman un peu différent. Nation ne se situe pas dans l’univers des Annales du Disque Monde. Comme l’écrit l’auteur à la fin de l’ouvrage : « On pourrait croire que ce roman a pour cadre l’océan Pacifique. Rien ne serait plus éloigné de la vérité ! Il se situe pour tout dire dans un univers parallèle, un phénomène connu seulement des physiciens de pointe et de quiconque a déjà visionné n’importe quel épisode de n’importe quelle série n’importe où. »

 

Pratchett nation

Un autre océan Pacifique donc, aux alentours d’un autre XIX° siècle. Mau rentre de l’île aux Garçons, il a terminé ses rites de passage et toute la Nation l’attend sur leur île pour la fête qui va faire de lui un homme. Mais une barre noire avance vers sa pirogue … Une vague monstrueuse déferle l’emportant comme un fétu de paille. Quand il aborde enfin l’île il ne reste plus personne. Ils étaient tous sur la plage à attendre son retour quand la Vague les a frappés.

 

Il n’y a plus sur l’île que les animaux, et l’épave d’un voilier qui a traversé la moitié de la forêt. Sur ce voilier une seule survivante, une jeune fille, Daphné, qui partait retrouver son père gouverneur anglais quelque part dans le grand océan pélagique. Ce sont eux, qui ne parlent pas la même langue, n’ont pas la même culture, qui vont devoir accueillir les réfugiés, les protéger des pillards et des anglais et faire en sorte que la Nation ne disparaisse pas …

 

Voilà donc un Pratchett différent, situé hors de son univers délirant du Disque Monde. Différent certes, mais très proche. Car Daphné pourrait être la Tiphaine Patraque de ce monde ; et on y trouve une petite vieille à qui il faut mâcher la viande pas très différente des sorcières. Sans compter Mau, jeune homme qui se sent responsable de tous, fou de colère contre les Dieux et les ancêtres qu’on lui avaient appris à vénérer qui ont permis que tout son peuple soit décimé … Et surtout qui se sert de sa tête, de son intelligence pour aller au-delà de ce qu’on veut bien lui présenter comme évident et immuable.

 

Dans ce nouveau cadre, avec de nouveaux personnages, Pratchett écrit finalement encore et toujours la même histoire optimiste, car il est optimiste malgré les horreurs des mondes qu’il décrit. Et oui, chez Pratchett, l’intelligence, l’humanisme, la curiosité scientifique, l’envie de comprendre le monde et de changer les vieilles règles que tous semblent considérer comme allant de soi finissent toujours par gagner. Malgré les affreux, malgré les obscurantistes, malgré les avides … Comme il fait cela de façon très fine, sans jamais masquer les contradictions des uns et des autres, ni tomber dans le manichéisme idiot c’est un vrai régal.

 

Dont voici un exemple : « La petite vieille lui lança un sourire si large que ses oreilles faillirent tomber dedans. »

 

Si on y rajoute son humour, une vraie tendresse pour ses personnages et un sens de l’histoire jamais démenti, c’est plus qu’un régal, une livre, encore une fois indispensable, à lire par tous, petits et grands.

 

Jusqu’aux notes de l’auteur qui précisent quelques expériences scientifiques et techniques faites par les personnages, toujours avec l’humour pratchettien et qui, après avoir déconseillé à ses lecteurs un certains nombre d’expériences scientifiques … risquées (comme tirer des balles dans l’eau ou regarder le soleil avec un télescope) conclue par « Réflexion. Ce roman en contient un peu. Que vous vous y amusiez ou non chez vous, c’est à vous de voir ».

 

Terry Pratchett / Nation (Nation, 2008), L’atalante/La dentelle du cygne (2011), traduit de l’anglais par Patrick Couton.

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28 mai 2011 6 28 /05 /mai /2011 22:56

Encore et toujours Terry Pratchett … Avec cette fois un roman de la série des aventures de Tiphaine Patraque, sorcière jeune mais talentueuse des Causses. Je m’habillerai de nuit, le plus récent ouvrage, prend la suite de L’hiverrier.

 

Pratchett nuitTiphaine Patraque est donc la sorcière de la région du Causse. Rude boulot pour une gamine de 16 ans. C’est pas glamour sorcière … On aide aux accouchements, on assiste les mourants, on soigne les bêtes, on s’occupe des plus vieux tous seuls dans leurs masures … Et ça c’est pour les jours où on s’ennuie. Parce qu’en plus il faut supporter d’être « aidée » par les Nac Mac Feegle, ces homoncules en kilt pleins de bonne volonté et d’énergie, mais qui ferait passer une nuée de criquets pour une mission humanitaire. Et puis il faut réagir à l’extra-ordinaire. Comme quand un père alcoolique et violent tue le bébé à naitre de sa fille à coups de pieds, ou quand, comme ces derniers temps une entité haineuse répand insidieusement dans les esprits faibles l’idée que la Sorcière est la cause de tous leurs maux … Bref, c’est pas demain que Tiphaine va s’ennuyer.

 

Je devrais me lasser, Pratchett aussi devrait se lasser. Ou au moins connaître quelques bas au milieu de tous ces hauts … Et bien il n’en est rien.

 

C’est la rumeur, la chasse aux sorcières (dans tous les sens du terme connus, plus quelques uns qu’il invente !) qui sont au centre de cet opus. Terry Pratchett ne s’en cache pas, sa préférence va nettement aux sorcières, ces fortes femmes, pragmatiques à l’excès, dévouées à une communauté (voire à l’humanité), parfois un rien hautaines, susceptibles et cassantes. En face, les religieux de tous poils, les montreurs de doigt, ceux qui désignent à la foule (pas toujours très futée) le bouc émissaire, les moralisateurs à poil dur, les donneurs de leçons …  ne font pas le poids, même s’ils peuvent faire peur.

 

D’ailleurs voici ce que Tiphaine assène à une bonne âme toujours prête à voir la poutre dans l’œil du voisin :

« La cuisinière m’a dit que vous êtes très croyante, toujours à genoux, et je n’ai rien contre ça, rien du tout, mais il ne vous est jamais venu à l’idée d’en profiter pour prendre une serpillère et un seau avec vous ? »

 

Le mécanisme de la rumeur et de son effet sur les foules et magnifiquement disséqué, démonté et remonté à la mode Pratchett. La façon de transformer celui qui est différent, plus moche, ou plus vieux, ou plus bizarre … en un monstre coupable de tous les mots est disséquée. Tel le caricaturiste surdoué, il accentue les défauts, fait ressortir les traits marquants et fournit un résultat plus vrai que le modèle. Et beaucoup plus drôle.

 

Bref un autre à lire sans faute.

 

Terry Pratchett / Je m’habillerai de nuit (I shall wear midnight, 2010), l’Atalante/La dentelle du cygne (2011), traduit de l’anglais par Patrick Couton.

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4 mai 2011 3 04 /05 /mai /2011 19:26

A l’occasion de cette petite chronique je m’aperçois avec stupéfaction que je ne vous ai encore jamais causé de Jean-Claude Dunyach. Cet auteur SF, grand copain d’Ayerdhal avec qui il écrivit, il y a maintenant quelques années, Etoiles Mourantes, un chef-d’œuvre justement couvert de prix, est un des meilleurs nouvelliste de notre beau pays, tous genres confondus. C’est pourquoi je ne rate aucun des recueils que l’Atalante publie parcimonieusement mais régulièrement. Le dernier en date s’appelle Les harmoniques célestes.

 

DunyachLes harmoniques célestes nous projette dans un futur plus ou moins lointain, avec un médecin ayant inventé un appareil génial … Mais qu’il a détruit et dont il ne veut absolument plus entendre parler. Il a tenté de disparaître, a changé de nom, mais bien entendu, Elle l’a retrouvé et veut qu’il remonte son appareil.

 

La fin des cerisiers n’est pas de la SF, juste une histoire de choc de cultures, d’incompréhension, de malentendu … Entre une équipe hollywoodienne et des japonais traditionalistes au début des années 70.

 

Les cœurs silencieux est une nouvelle déchirante sur l’empathie, la paix et la mort.

 

Repli sur soie (non il n’y a pas de faute) une jolie variation sur le thème des univers parallèles, la beauté des mathématiques et, finalement, le sens de la vie.

 

Aime ton ennemi, n’a rien de christique … J’y verrai bien un clin d’œil à Moebius et son histoire excellente L’homme est-il bon. Il vous faudra lire pour comprendre.

 

Visiteur secret, la dernière nouvelle est, entre autres, une belle histoire d’amour.

 

Comme toujours chez Dunyach la langue est belle, les mots justes, les images superbes. Les fins sont souvent ouvertes, assez définies pour ne pas être frustrantes (ni donner l’impression que l’auteur ne savait finalement pas où il allait), suffisamment floues pour laisser au lecteur une belle marge d’interprétation et la possibilité de compléter l’histoire à sa guise.

 

Il se dégage de l’ensemble une impression de mélancolie douce, de sourire et de larmes. Ce sentiment que les lusophones appellent saudade, qui passe si bien dans leurs différentes musiques, et pour lequel nous n’avons pas de traduction exacte.

 

Jean-Claude Dunyach / Les harmoniques célestes, L’Atalante/La dentelle du cygne (2011).

 

PS. Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore cet auteur, les sept recueils parus chez l'Atalante sont excellents.

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8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 23:47

Voici la conclusion d’une magnifique trilogie : après Les lames du Cardinal et sa suite L’alchimiste des ombres, Pierre Pével conclue en beauté avec Le dragon des Arcanes.

 

Pevel

Les lames avaient réussi à stopper l'Alchimiste, un puissant dragon au centre d'une intrigue visant la Reine de France. Mais un énorme dragon noir est venu le tuer soufflant sa prison, et tuant dans le même temps Almadès, le second de la Fargue, Capitaine des Lames. Depuis c'est l'hécatombe : Agnès est faite prisonnière par les Châtelaines (l'ordre des sœurs qui lutte en première ligne contre les dragons), Leprat est reparti chez les Mousquetaires du Roi de Monsieur de Tréville, Ballardieu a été laissé pour mort du côté du Mont-Saint-Michel, et le Cardinal de Richelieu soutient de moins en moins ses Lames. Une situation d'autant plus préoccupante que dans l'ombre les Arcanes, sous loge de la puissante Griffe Noire, préparent la destruction de Paris.

 

Si comme moi vous gardez un souvenir ému des romans du grand Dumas, si d’Artagnan, Athos et les autres font partie de votre panthéon littéraire, si vous vibrez encore au bruit des lames qui s’entrechoquent … Cette trilogie est pour vous.

 

D’autant plus que Pierre Pével sait conclure et ne tire pas sur la corde pour pondre des volumes et des volumes. Et quelle brillantissime conclusion pour cette superbe série.

 

Une reconstitution minutieuse, alliée à une imagination puissante et originale, le plaisir toujours intact de croiser, au détour d'une page, Athos, D'Artagnan, Monsieur de Tréville et même l'infâme Rochefort, un cocktail parfaitement dosé d'hommage aux romans et aux films de cape et épée et de fantasy noire et débridée mais totalement cohérente … Des complots, des mystères, des retournements de situation, et des combats magnifiquement décrits.

 

Et mâtin quel final ! comme ils disaient (presque) chez Pilote. On ne peut pas reprocher à Pierre Pével de manquer de générosité. On en prend plein les mirettes, les narines, les oreilles. Paris en flammes, les hordes sauvages lâchées dans la ville, du sang, du feu, des larmes, du panache, de la magie. Tudieu quel pied.

 

Alors faites-moi confiance, sortez des coffres les chapeaux à plumes, huilez vos lames et un pour tous, tous pour un avec les Lames de la Fargue !

 

Pierre Pével / Le dragon des arcanes (Les lames du Cardinal III), Bragelonne (2010).

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29 décembre 2010 3 29 /12 /décembre /2010 00:31

Folio SF réédite (ou édite ?) un ensemble de nouvelles de Catherine L. Moore, écrites entre 1933 et 1938 autour de l’aventurier de l’espace Northwest Smith. Folio SF les rassemble aujourd’hui sous le titre : Les aventures de Northwest Smith.

 

Moore SmithNorthwest Smith, grand, mince, balafré, le regard métallique, recherché avec son ami vénusien Yarol par toutes les patrouilles du système solaire … Prudent mais prêt à tous les boulots pour quelques milliers de dollars or terriens il se met souvent, très souvent, dans des situations inextricables, qui vont lui faire regarder l’horreur au fond des yeux. Les mythes oubliés, les Dieux disparus, les créatures du fonds des âges, tout ce que l’inconscient collectif a de plus tordu, des plus insane finit, un jour ou l’autre, par croiser sa route. Heureusement, en plus d’un bon pistolet thermique, Northwest Smith recèle, au plus profond de son être, une pierre dure comme le silex qui résiste à toutes les attaques.

 

Commençons par mettre le lecteur en garde : Bien que le héros soit un baroudeur de l’espace, et que l’action se passe sur Mars ou sur une lune de Jupiter, bien que Smith soit armé d’un pistolet thermique capable de faire fondre la pierre, on est plus proche du fantastique et d’un univers à la Lovercraft que d’un univers SF. Car ce sont des terreurs bien terrestres qu’affronte le héros : Méduse, Sirène, Femme-garou, Dieux Vampires … Ce sont les vieux mythes qui s’incarnent dans ce recueil.

 

La première nouvelle, Shambleau, qui revisite le mythe de Méduse, est parait-il une des plus célèbres de la SF. Je ne suis pas assez spécialiste pour confirmer cette affirmation. Toujours est-il qu’elle est magnifique. L’écriture est poétique, lyrique, flamboyante. L’horreur s’insinue comme une toute petite musique, à peine perceptible, de ces notes tenues (et ténues) qui dans un film vous mettent les nerfs à rude épreuve, sans que rien, en apparence, ne vienne justifier votre peur. Puis la tension monte, jusqu’à la révélation épouvantable.

Les autres nouvelles sont, plus ou moins, construite sur le même modèle. Il vaut d’ailleurs mieux éviter de les lire toutes en suivant comme je l’ai fait, pour les savourer une à une, et ne pas risquer la lassitude due à une ressemblance certaine dans les thématiques et les traitements.

 

Un recueil à avoir sur sa table de chevet, et à déguster à petites doses frissonnantes.

 

Catherine L. Moore / Les aventures de Northwest Smith (Northwest of Earth, 2007), Folio/SF (2010), traduit de l’américain par Georges H. Gallet et Sophie Collombet.

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15 décembre 2010 3 15 /12 /décembre /2010 21:50

Vous allez commencer à trouver que je vous bassine avec Terry Pratchett et ses Annales du Disque Monde. C’est sans doute vrai. Mais comme j’ai raison et que c’est toujours génial, j’en remets une couche avec Allez les mages !


Catastrophe à l'Université de l'Invisible. Le généreux donateur qui assure la non moins généreuse pitance des Pratchettmages est sur le point d'arrêter de verser son obole. Motif : l'Université doit jouer un match de Foute Ball au moins tous les vingt ans. Or, cela fait 19 ans et quelques qu'ils ont joué le dernier, et le foote de départ est devenu un véritable jeu de massacre, plus ou moins clandestin car interdit par Vétérini (le tyran démocratique local). Autant dire que la situation est critique.

Mais, mais, le foute pourrait bien revenir en grâce, et les mages gagner un match, sans magie, mais avec l'aide du mystérieux Monsieur Daingue, si discret, si effacé, si désireux de bien faire … qu'il en devient parfois inquiétant …

 

Cette fois c'est le foot, mais aussi la mode, le pipol, le bling bling, les réactions de la foule … et comment un habile, très habile politicien peut jouer de tout ça. C'est profond, fin, hilarant, c'est Pratchett. Plutôt que d’en parler mal, je vous livre trois extraits. Le premier décrit le système politique de la ville :

 

« Techniquement, la cité d’Ankh-Morpok est une tyrannie, ce qui n’est pas forcément l’équivalent d’une monarchie, et, pour tout dire, le seigneur Vétérini a même largement redéfini la fonction de tyran dont il est titulaire comme étant la seule forme de démocratie qui marche. […]

Au grand dam d’un certain nombre de citoyens qui ne trouvent pas ça normal et qui préfèreraient une monarchie, ce qui conduirait à remplacer un homme qui a atteint sa position grâce à la ruse, une profonde compréhension des réalités de la psyché humaine, une diplomatie stupéfiante, une certaine habileté dans le maniement du stylet et, de l’avis de tous, un esprit comme une scie circulaire finement équilibrée, par un quidam qui s’est contenté de naître. […]

Une troisième solution proposant que la cité soit gouvernée par une sélection de membre respectables de la communauté, qui promettraient de ne pas se donner de grands airs ni de trahir la confiance de leurs administrés à la première occasion, fit aussitôt l’objet de blague de music-hall dans toute la ville. »

 

Les deux suivants sont deux exemples parmi tant d’autres de la prose pratchettienne. Comment décrire une adorable cruche, comment décrire un sombre brute, d’une façon unique, sans les épargner et en gardant pourtant toute sa tendresse pour ces personnages :

 

« La dernière chose qu’elle voulait, c’était que son amie se mette des idées en tête. Elles y trouveraient beaucoup d’espace où rebondir et causer des dégâts. »

 

« il se sentait complètement désemparé devant ce qu’il ne pouvait pas brutaliser, ni frapper du poing ou du pied. Ses mains au bout de ses bras ballants se serraient et se desserraient comme si elles voulaient réfléchir à sa place. »

 

Terry Pratchett / Allez les mages (Unseen academicals, 2009), L’Atalante/La dentelle du cygne (2010), traduit de l’anglais par Patrick Couton.

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1 septembre 2010 3 01 /09 /septembre /2010 22:16

J’ai encore pris quelques vacances pour lire un peu plus de SF, Le sens du vent de l’écossais Iain Banks. Qui mérite une petite présentation avant d’entrer dans le vif du sujet.

 

Il y a bien longtemps, lors d’une rencontre, j’ai entendu Francis Mizio, qui en général n’est pas en manque d’idées, dire que si les auteurs de polar sont les sprinters ou coureurs de demi-fond de l’imagination, les auteurs de SF en sont les marathoniens. Dans ce cas, Iain Banks est le champion incontesté des 100 km de Millau ! Et chaque nouveau volume de sa série consacrée à la Culture en est une nouvelle et éclatante confirmation.

 

Pour ceux qui ne connaîtraient pas cette série, un petit résumé. L’auteur a créé, dans un futur extrêmement lointain, une société, connue sous le nom de La Culture, humaine à la base, qui maîtrise le voyage dans l’espace inter-galactique (en gros ils savent voyager plus vite que la lumière), et a créé des Intelligences Artificielles (IA) qui peu à peu ont pris en charge tout le boulot. Ces IA dirigent les vaisseaux monumentaux qui voyagent d’une étoile à l’autre (ou d’une galaxie à l’autre), les planètes (de mois en moins) et les orbitales (systèmes habités créés de toutes pièces). Quasi omnipotentes ces IA ont un sens de l’humour assez particulier. Les humains peuvent se consacrer à ce qui fait le sel de la vie : l’art, le jeu, le plaisir …

 

La Culture est très permissive, très tolérante, plutôt cynique, essentiellement hédoniste et se mêle assez rarement des affaires des autres. Car bien entendu, maintenant que le voyage dans l’univers existe, il y a des foules d’autres. Attention, si les IA semblent uniquement préoccupées par le bonheur des habitants de La Culture, si les citoyens de la Culture paraissent de gentils écervelés peu préoccupés par ce qui se passe autour, La Culture n’est pas non plus naïve, ni sans défense. Certains (hommes, autres espèces, drones et IA etc …) appartiennent à Circonstances Spéciales (CS), entité fantôme, légende pour la plupart des citoyens, mais bien réelle qui s’occupe d’espionnage et contre-espionnage. Car, dans l’univers exploré, il est bien connu que si La Culture est tolérante, tout le monde sait aussi que ceux qui la cherchent sont punis de façon fort peu enviable. Voilà pour le contexte. Venons en au Sens du vent.

 

BanksQuilan est chelgrien. Une société qui sort à peine d'une guerre civile atroce entre tenants et opposants d’un très traditionnel et très rigide système de caste. Ziller aussi est chelgrien. Mais il a quitté son monde, et est devenu citoyen de la Culture. Il est, accessoirement, le plus grand compositeur de l'orbitale Masaq'. Quilan, ancien soldat, est envoyé sur Masaq' pour essayer de convaincre Ziller de revenir sur sa planète … Du moins c'est sa mission officielle. Mais il y en a une officieuse. Les chelgriens viennent de s'apercevoir que c'est la Culture qui a poussé aux changements qui ont abouti à la guerre civile. Et certains veulent à tout prix venger leurs morts.

 

Un volume de plus de la série de la Culture, une pierre de plus dans cette saga unique, un roman encore absolument époustouflant. Richesse ahurissante des mondes, puissance de l'imagination de l'auteur, ampleur du propos, profondeur des personnages … Toutes les caractéristiques de la série une fois de plus au rendez-vous.

 

Iain Banks, opposant farouche de la première heure à la participation britannique à la guerre de Bush fils, dédie son roman aux anciens combattants de la guerre du Golfe. Voilà ce que dit un de ses personnages (une IA ancien vaisseau de guerre) :

 

« C’était quelque chose que je me suis senti obligé de faire. La guerre peut altérer vos perceptions, modifier votre sens des valeurs. Je ne voulais pas avoir l’impression que ce que je faisais était autre chose qu’un monument d’atrocité, et même, on peut le dire, de barbarie. […]

- Et qu’avez-vous ressenti ?

- La consternation. La compassion. Le désespoir. Le détachement. L’allégresse. L’impression d’être Dieu. La culpabilité. L’horreur. La détresse. La satisfaction. Le sentiment de puissance. La responsabilité. La souillure. Le chagrin.

- L’allégresse ? La satisfaction ?

- Ce sont les termes les plus proches. Il y a une indéniable allégresse à causer un massacre, à déchaîner une destruction massive. Quant à la satisfaction, j’ai constaté avec plaisir que certains sont morts parce qu’ils étaient assez bêtes pour croire à des dieux ou à des au-delà qui n’existent pas, bien que j’ai éprouvé pour eux une immense tristesse, car ils sont morts dans leur ignorance et grâce à leur folie. J’ai constaté avec plaisir que mes armes et mes systèmes sensoriels fonctionnaient comme prévu. J’ai constaté avec plaisir que, malgré mes doutes, j’ai pu faire mon devoir et agir comme aurait dû, selon moi, agir un agent moralement responsable jusqu’au bout, vu les circonstances.»


Iain Banks revient donc, à sa façon, sur le traumatisme de la guerre, les horreurs infligées et subies, les blessures qui ne se referment jamais, les conséquences désastreuses pour tous les combattants, vaincus ou vainqueurs. Servi par une intrigue complexe mais parfaitement maîtrisée, le propos n'en a que plus d'impact. Et montre, à ceux qui en douteraient encore, qu’en parlant d’un futur hypothétique, les écrivains de SF (et encore plus les GRANDS écrivains de SF) parlent de notre temps.

 

Encore une réussite totale.

 

Iain Banks / Le sens du vent  (Look to windward, 2000), Le livre de poche/SF N°7283 (2006), Traduit de l’anglais (Ecosse) par Bernard Sigaud.

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27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 09:14

Comme je l’écrivais dans le billet précédent, les vacances ne sont pas encore complètement terminées … Une petite récréation avant la reprise, avec ces Petits arrangements avec l’éternité d’Eric Holstein.

 

holsteinEugène était un malfrat parisien, un as de la cambriole, un magicien des serrures. Jusqu'à un beau soir de 1919. Où il a été réveillé. Et est devenu, en plus de tout cela, un vampire. Ce qui ne l'empêche pas de continuer à profiter de ses talents. Et il va en avoir salement besoin. Parce que Grace, vampire fort gironde mais véritable paratonnerre à emmerdes a réussi l'exploit de révéler sa vraie nature à un play-boy richissime qui veut, lui aussi, en être. Et qui refuse d'entendre que ce n'est pas donné à tout le monde. Il réveille donc une vieille secte d'hindous vicelards qui sont en guerre contre les vampire depuis des siècles. Du coup ça va chauffer à Paname, méchamment chauffer. Les anciens rappliquent, les rancunes pluri centenaires se rallument, et c'est parti pour un sacré chambard.

 

Je ne crois pas trop m'avancer en affirmant que l'auteur n'a pas prétendu au chef-d'œuvre ; ni en imaginant qu'il a dû bien se marrer. Alors c'est vrai, cela ne va pas révolutionner le monde littéraire, ni même la littérature de vampires, mais si vous acceptez de laisser de côté toute prétention à un minimum de vraisemblance, vous avez toutes les chances de passer un excellent moment.

 

La langue, très datée et marquée marlou de vieux films français est savoureuse, et, comme dans ces séries B pas toujours léchées mais jamais prétentieuses, ça castagne dans tous les sens. Les grincheux et les palais délicats trouveront, et avec raison, de nombreux défauts à ces petits arrangements, mais personne ne peut leur reprocher d’être avares en péripéties ou de manquer de générosité.

 

Fin de la récréation !

 

Eric Holstein / Petits arrangements avec l’éternité, Mnémos (2009).

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans SF - Fantastique et Fantasy
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