Il y avait longtemps.
Et voilà, j’étais de bon poil après mon billet sur Resnick, une belle ballade en Montagne Noire, et un coup de rouge excellent (un Collioure qui s’est s’arrondi avec l’âge). Je m’apprêtais à me replonger dans le dernier Perissinotto, et j’ai fait l’erreur d’aller jeter un œil sur Rue89.
Où j’ai lu ça.
Et me voilà en rogne !
Les bras m’en sont tombés. J’ai même vérifié qu’on n’était plus le 1° avril. Mais non, on est le 21 mai, ça doit donc être vrai. A Floirac, haut lieu de la pègre internationale, nos pandores se sont mis à 6 pour arrêter deux dangereux délinquants, voleurs de bétail présumés, pardon non, de bicyclette. A 6 pour arrêter deux affreux de 6 et 10 ans ! A la sortie de l’école. Maternelle pour l’un d’eux.
Et les deux terroristes sont restés seuls avec les cognes pendant deux heures.
Mais putain de bordel de merde, dans quel pays on vit ? Jusqu’à il y a peu, Le Petit Nicolas évoquait pour moi un gamin bagarreur, bordélique, gentil et très drôle. Je ne sais pas pourquoi depuis deux ans ce n’est plus exactement pareil.
Mes mômes ont 6 et 8 ans, je sais maintenant, comme tous les parents de France, qu’ils peuvent, un jour, se retrouver au poste, juste parce que les bourres les soupçonnent d’avoir volé un vélo ou un goûter. Allez savoir pourquoi, je ne me sens pas en sécurité …
Par pur esprit de vengeance, je vais reproduire ici le texte magnifique d’un poète français, que tout le monde reconnaît aujourd’hui, mais qui aurait certainement été interpellé s’il avait osé écrire, et chanter une chose pareille en 2009.
Georges reviens, ils sont devenus fous !
Au marché de Briv'-la-Gaillarde
A propos de bottes d'oignons
Quelques douzaines de gaillardes
Se crêpaient un jour le chignon
A pied, à cheval, en voiture
Les gendarmes mal inspirés
Vinrent pour tenter l'aventure
D'interrompre l'échauffourée
Or, sous tous les cieux sans vergogne
C'est un usag' bien établi
Dès qu'il s'agit d'rosser les cognes
Tout le monde se réconcilie
Ces furies perdant tout' mesure
Se ruèrent sur les guignols
Et donnèrent je vous l'assure
Un spectacle assez croquignol
En voyant ces braves pandores
Etre à deux doigts de succomber
Moi, j'bichais car je les adore
Sous la forme de macchabées
De la mansarde où je réside
J'exitais les farouches bras
Des mégères gendarmicides
En criant: "Hip, hip, hip, hourra!"
Frénétiqu' l'un' d'elles attache
Le vieux maréchal des logis
Et lui fait crier: "Mort aux vaches,
Mort aux lois, vive l'anarchie!"
Une autre fourre avec rudesse
Le crâne d'un de ses lourdauds
Entre ses gigantesques fesses
Qu'elle serre comme un étau
La plus grasse de ses femelles
Ouvrant son corsage dilaté
Matraque à grand coup de mamelles
Ceux qui passent à sa portée
Ils tombent, tombent, tombent, tombent
Et s'lon les avis compétents
Il paraît que cette hécatombe
Fut la plus bell' de tous les temps
Jugeant enfin que leurs victimes
Avaient eu leur content de gnons
Ces furies comme outrage ultime
En retournant à leurs oignons
Ces furies à peine si j'ose
Le dire tellement c'est bas
Leur auraient mêm' coupé les choses
Par bonheur ils n'en avait pas
Leur auraient mêm' coupé les choses
Par bonheur ils n'en avait pas
George Brassens / Hécatombe