Il sera essentiellement question de polars, mais pas seulement. Cinéma, BD, musique et coups de gueule pourront s'inviter. Jean-Marc Laherrère
Fini de rigoler, fini les vacances belges. Retour au noir avec Black blocs d’Elsa Marpeau. Autant j’avais apprécié Les yeux des morts son premier roman, autant je suis resté en dehors de celui-ci.
La vie de Swann, biologiste sans histoire bascule le jour où, en rentrant chez elle, elle trouve son mari Samuel, prof de sociologie à la fac, abattu d’une balle dans le dos. Elle découvre à l’occasion qu’il militait dans des groupes que les flics et la presse qualifient d’ultragauche. Pour venger Samuel, pour savoir qui l’a tué, elle va s’immerger dans un de ces Black Blocs. S’immerger et se perdre peu à peu, jusqu’à douter de tout, y compris de sa santé mentale.
Donc je suis resté en dehors. Même si j’ai lu le bouquin jusqu’au bout sans ennui et même parfois avec un certain plaisir, je ne suis pas convaincu à l’arrivée.
Pourquoi ? Essentiellement parce qu’à aucun moment je n’ai réussi à croire aux deux personnages centraux du roman. Pas touché une seconde par le chagrin et le désarroi de Swann, et, si le personnage du flic qui lui fait face peut être convainquant au début, plus j’avançais dans l’histoire moins je croyais au personnage. Malheureusement, ne croyant pas trop aux personnages, je ne suis pas non plus convaincu par la résolution de l’intrigue.
Certes, j’ai déjà beaucoup aimé des romans aux intrigues totalement incroyables. Mais seulement s’ils se présentent comme tels. Là j’ai l’impression que l’intrigue se veut un minimum « sérieuse ». La référence déclarée à l’affaire de Tarnac et à l’absurdité et l’énormité de ce qui a été dit et publié par la police, la justice et les ministères et relayé par une bonne partie de la presse semble aller dans ce sens.
Dommage car le sujet est passionnant (comment un état peut-il sombrer ainsi dans le ridicule, comment l’état use et abuse de miroirs de fumée), et parce que la peinture du fonctionnement d’un groupe d’anarchistes associés aux fameux Black Blocs est également très intéressante (quoi que l’on pense par ailleurs de leurs points de vue, de leurs analyses et des solutions qu’ils proposent). J’ai donc le sentiment d’être passé à côté d’un roman qui aurait pu m’emballer, et qui m’a laissé sur le côté de la route. Dommage.
Chez Unwalker, ils ont aimé, et nous offrent une interview d’Elsa Marpeau, pour avoir un autre avis et un éclairage sur le roman.
Elsa Marpeau / Black blocs, Série Noire (2012).