Il sera essentiellement question de polars, mais pas seulement. Cinéma, BD, musique et coups de gueule pourront s'inviter. Jean-Marc Laherrère
Avec un peu de temps pour décanter et écrire, mon bilan à moi, très personnel, très subjectif, de ce troisième TPS.
En commençant par une info qui a son importance. C’est Empereur des ténèbres de Ignacio del Valle qui a obtenu le premier prix Violeta Negra.
Je ne sais pas si le public était au rendez-vous, j’ai été complètement accaparé par les différentes rencontres, sur place et à l’extérieur, nos amis libraires nous dirons cela dans quelques jours.
Par rapport à l’an dernier, le défaut constaté : trop d’auteurs et donc des auteurs pas assez mis en valeur a été corrigé, me semble-t-il. Beaucoup d’auteurs sont passés en tables rondes, et les débats plus intimes permettant de présenter un auteur ont eu l’air de bien marcher (retour très positif des copains qui animaient).
Comme toujours, la tristesse des annulations de dernière minute, encore Massimo Carlotto, et au dernier moment, faute à pas de chance, Jeronimo Tristante et Nadine Monfils.
Et comme toujours beaucoup de plaisir.
Avec la confirmation Paco Taibo II est un grand, un très grand, et une bête de scène et de débats. Vu côté animateur, mais aussi vu de la salle, il a un impact, une passion, une rhétorique qui captent immédiatement l’attention et marquent les esprits. Ainsi qu’un humour, une pertinence et une rapidité d’analyse qui font que tout ce qu’il dit est passionnant, et qu’en plus c’est dit avec une force toujours étonnante. La difficulté est de trouver qui mettre à la table avec lui …
Le premier soir, bingo. Carlos Salem est lui aussi un champion de débats. Et cela faisait trois semaines qu’ils se retrouvaient tous les deux régulièrement ici et là. Autant dire que le numéro était rodé … Bingo encore, Raul Argémi et Guillermo Orsi étaient au diapason. Il faut dire que tous ces auteurs se connaissent, se fréquentent et s’apprécient. Et qu’ils sont très forts pour savoir ce qui va faire réagir le voisin, comment l’esquisse d’un tango va provoquer la réaction mexicaine … Et ça marche d’autant mieux que le modérateur Sébastien Rutès les connait aussi parfaitement, et sait ce qui va faire prendre la sauce. A posteriori, la question du réalisme dans les polars latino-américain était LA question à poser … Un grand numéro, à la fois rodé et spontané, hilarant et passionnant … Reste au traducteur à s’accrocher.
De nouveau Taibo dans les deux débats autour de Ciudad Juarez. Là aussi, connivence totale, entente impressionnante … Il s’est passé trente cinq minutes avant que je ne reprenne (presque de force) la parole pour ma deuxième question, et pour laisser le micro, un peu, à Jean-Marc Troub’s, le réservé de service qui n’avait pas encore ouvert la bouche. Mis à part l’intérêt d’écouter quatre débatteurs passionnants qui connaissent parfaitement le terrain, une chose m’a frappée. Aucun n’essaie de mettre en avant son travail, chacun parle presque davantage de l’aide qu’il a reçu des autres, de l’originalité du boulot des autres, et cela sans que ce soit, jamais, un renvoi d’ascenseur intéressé. Il fallait entendre Paco dire combien le travail de Troub’s et Baudoin est politique, au meilleur sens du terme, il fallait l’entendre remercier ces trois français de venir s’intéresser à ce qui se passe au Mexique … Un vrai bonheur. Un bonheur également cette habileté à déplomber une atmosphère qui pouvait devenir pesante par un trait d’humour, ou cette façon, quand l’heure approche, de trouver l’angle d’attaque qui permet de conclure, de façon évidente et passionnée par un appel à la révolte et une lueur d’espoir.
Un bonheur qui me donne aussi l’occasion de remercier le public polar. Un public qui vient voir les auteurs, les entendre, les questionner. Et ce n’est pas le cas de tous les publics. Le dimanche matin, projection du film de Marc Fernandez au cinéma Utopia et débat avec le public et les mêmes auteurs. J’aime beaucoup les cinémas Utopia. Je suis plutôt de gauche (n’est-ce pas ?) je crois être plutôt pour l’égalité hommes-femmes … Mais bordel de Dieu, il y a des gauchistes et des féministes qui vous donnent envie de voter à droite et de renvoyer les femmes à la maison. J’avais oublié ce public de convaincus, engagés et clamant leur engagement, d’autant plus virulents que leur « cause » est pointue, et qui ne sont pas venus pour écouter ceux qui sont sur la scène mais pour raconter tout ce qu’ils savent et vendre leur soupe ! En gros, deux questions intéressantes et un fatras de témoignages vertueusement indignés, qui comportaient beaucoup plus de « moi je » à la forme exclamative que de « vous » à la forme interrogative. Sans compter le reproche de la féministe de service : Il n’y avait que des hommes parmi les intervenants ! Un scandale !! Promis, la prochaine fois Taibo met une jupe. Si j’arrive à le convaincre. Parce qu’il n’était pas vraiment partant. Bref tout ça pour dire, lecteurs de polars, habitués des débats littéraires, vive vous, et vive nous !
A part ça, quelques grands moment sans Taibo, parce qu’il y en a eu aussi.
Thomas Cook passionnant dans la table ronde « secrets de famille », expliquant comment aux US tout problème doit être caché, car un américain EST HEUREUX, par définition. Donc tout drame est honteux, et doit surtout être caché à la communauté. Comment aussi dans les communautés puritaines la faute d’un individu rejaillit sur la communauté entière. Ce qui fait que tout manquement intime, familial, entache la société, et cela implique une pression énorme de toute cette société pour punir ce manquement.
Nick Stone adorable, drôle, racontant des anecdotes sur une de ses tantes, secrétaire de Duvalier père, comment après avoir été témoin d’une scène atroce entre papa Doc et les chefs macoutes elle allait travailler avec une bouteille d’eau bénite et une bible, mais aussi un fusil, au cas où les deux premières armes se révèlent insuffisantes.
Valerio Evangelisti impérial expliquant que ses livres ne sont pas faits pour changer la vie de ses lecteurs, et qu’au contraire, ce sont ses lecteurs qui changent sa vie à lui en achetant ses livres. Expliquant aussi (la thématique était « dans la peau d’un salaud ») qu’il n’avait rien à dire aux gens pour les inciter à lire ses bouquins et que s’ils avaient plaisir à lire les horreurs qu’il écrit, c’était eux, pas lui, qui avaient un problème. Le tout en gardant un sérieux imperturbable, long, mince, Don Quichotte pince sans rire italien au français parfait.
Le discours de notre Président avec un grand « P ». Toujours enthousiaste, toujours enthousiasmant, un discours pourtant très certainement terminé au petit matin, au tout dernier moment (j’espère que TPS va le mettre en ligne sur le blog).
Quelques grands moments de rigolade à table, et pendant les quelques moments de calme. Et les autres débats auxquels j’ai assisté. Je ne me suis pas ennuyé une seule seconde. Merci à tous, auteurs, bénévoles, visiteurs …
Bref, on ne pourrait pas faire ça tous les jours, mais dès que c’est fini il tarde que ça recommence.
J’ai mis en ligne quelques photos, c’est tout en bas à droite, l’album TPS 2011, et merci à Christelle pour les photos des tables rondes que j’animais.