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28 septembre 2008 7 28 /09 /septembre /2008 20:19

« Je suis tombé amoureux d'une femme inconnue.

Tout commença par cette phrase. C’était le début d’un paragraphe. Je l’avais écrit mais je ne m’en souvenais pas, car j’avais perdu la mémoire après l’accident. »

Ainsi commence le récit de Juan Cabo, quand il sort du coma. Rien d'autre, il a tout oublié. On lui apprend qu'il est un auteur reconnu, et qu'avant d'avoir un accident de la route, il avait dîné dans un restaurant où il avait écrit ces quelques mots. En quête de sa mémoire, il retourne au restaurant, et se renseigne sur la dame qui a pu inspirer une telle phrase. Mais cette femme est-elle réelle, est-elle pure invention ? Son enquête va se révéler à la fois plus réelle et plus littéraire que prévue. Plus dangereuse aussi. Quand au lecteur, il n'a pas fini de se perdre …

Daphné disparue n’est pas un nouveau roman de José Carlos Somoza. C’est l’un de ses premiers, traduit aujourd'hui qu'il commence à être connu. Pour ceux qui le connaissent déjà, cette œuvre est moins puissante que ses chef-d'œuvres à venir, et en particulier que les deux monuments que sont La caverne aux idées, et Clara ou la pénombre. Mais  tout son talent est déjà là.

Comme il le fera par la suite, Somoza a une idée et la pousse dans ses ultimes retranchements. En 200 pages il « fait le tour » de la littérature. Tout y est, le point de vue de l'écrivain et du lecteur, ce qui est relativement classique, mais également de celui de l'éditeur. Tout passe à sa moulinette. La littérature comme art, comme fiction, comme mensonge, mais aussi comme  moyen de survie et comme simple (ou complexe) industrie.

Il devance et devine, dès 2000, ce que permet le web aujourd'hui : tout le monde, tout le temps, partout, peut et veut écrire et publier. Il fait tout cela à sa façon habituelle, c'est-à-dire au travers d'une construction éblouissante de maîtrise et d'intelligence. Le lecteur a beau savoir qu'il va se faire promener, il a beau essayer de déjouer les pièges, il se fait avoir avec délices, comme d'habitude.

José Carlos Somoza, Daphné disparue (Dafne desvanecida, 2000), Actes sud (2008) Traduit de l’espagnol par Marianne Millon.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Blanche
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commentaires

Leiloona 29/12/2008 01:04

Je viens de le terminer. Encore une fois, Somoza sait embarquer son lecteur dans un labyrinthe bien confus.

Jean-Marc Laherrère 29/12/2008 10:43


Et encore, c'est un de ses premiers romans, et pas l'un des meilleurs. Somoza est décidément un grand.


M agali 29/09/2008 09:11

Les histoires d'amnésiques sont toujours passionnantes et se lisent forcément comme des thrillers..
J'avais bien aimé "Un ami parfait " de Martin Suter, par exemple.
Au lien suivant , en plus d'une présentation de ce Somoza bien tentant, un autre amnésique:

http://www.librairiegeorges.com/rentree-litteraire-2008-deux-passionnants-cas-damnesie/

Jean-Marc Laherrère 29/09/2008 11:06


Merci.


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