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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 22:02

Comme promis … Samedi donc, toujours à la médiathèque José Cabanis, deuxième rencontre sur le polar américain, avec Craig Johnson cette fois.

 

Difficile d’imaginer plus grand écart. Passer d’Ellroy à Johnson c’est passer de la mégapole à l’immensité de la nature, de l’homme seul avec ses obsessions à l’individu au sein d’une communauté, du show flamboyant et minuté à l’improvisation chaleureuse … Pour résumer, après les rencontres j’ai dit à l’un que cela avait été un honneur, à l’autre que cela avait été un plaisir …

 

Craig 03

 

Je pourrais vous renvoyer au compte-rendu que j’ai fait en novembre 2009 lors de sa première visite à Toulouse. Du moins pour ce qui concerne l’homme et l’ambiance de la rencontre. Mais ce serait tricher, et ce serait surtout faux tant Craig Johnson est généreux et nous a régalé de nouvelles histoires.

 

On est peu revenu sur son passé fait de petits boulots. Il nous a juste confié que, dès son enfance, il a voulu écrire, venant d’une famille de lecteurs. L’enfer pour sa famille ce serait un endroit sans livres. Du coup dans son ranch, il y en a partout, jusque dans les écuries, au cas où … Tout ce qu’il voulait c’était vivre, voir du pays, et acquérir l’expérience qu’il jugeait nécessaire pour avoir quelque chose à raconter. Comme il le dit en riant (il rit beaucoup, et le public également), écrire est comme faire une longue course à cheval, très longue. Il faut un bon cheval (ou une bonne histoire) ; il a attendu plus de quarante ans avant de trouver le premier bon cheval.

 

Il a parlé de ses personnages.

 

De Walt Longmire, pour lequel il s’est inspiré d’Athos et de Jean Valjean, parce qu’il aime les personnages qui ont une fêlure ; de son envie de le faire parler à la première personne, pour que le lecteur ait l’impression qu’il est avec lui dans un bar à l’écouter raconter ses histoires.

 

Des personnages féminins, nécessaire pour contrebalancer le fait que le lecteur se trouve, tout le long du livre, prisonnier dans la tête d’un homme. Ces personnages féminins tellement nécessaires à la survie de Walt, sans qui il serait complètement perdu. Ruby, qui lui organise ses journées à coups de post it, Dorothy qui le nourrit, et Vic, avec qui la relation est la plus complexe, car non dénuée d’une tension sexuelle …

 

A ce propos, il rapporte les conseils d’autres écrivains qui lui ont conseillé de laisser cette tension pendant au moins 17 romans. Mais s’insurge-t-il vous connaissez qui vous comme femmes ? Vous en connaissez qui vont attendre 17 ans ?

 

D’Henry Standing Bear bien entendu, l’ami indien (Craig Johnson ne dit jamais Native Américain, il dit indien, ou Crow, ou Cheyenne, parce que c’est comme ça que ses copains indiens s’appellent eux-mêmes). Un personnage avec lequel il a voulu combattre le cliché de l’indien impassible. Car nous dit-il il ont un sens de l’humour d’enfer. Un sens de l’humour forgé par des siècles à supporter les blancs …

 

A propos d’humour, Craig Johnson qui a été flic à New York, dit qu’il sait quand un polar est écrit par quelqu’un qui n’a jamais approché un policier : Il manque d’humour. Parce que nous dit-il, dans les voitures de patrouille, l’humour est indispensable pour se protéger des horreurs vues au quotidien.

 

Un autre préjugé qu’il veut battre en brèche : l’homme de l’Ouest comme un individualiste qui se tire d’affaire tout seul, un John Wayne déclarant « L’Homme doit faire ce que l’Homme doit faire ! » (il fait très bien John Wayne). C’est tout le contraire. Dans un pays où les gens sont moins nombreux que les antilopes, où la nature a une telle importance (parfois meurtrière) personne ne peut s’en sortir tout seul, la seule façon est de travailler ensemble, soudés.

 

Et puis il a parlé du Wyoming, des basques, du point de départ de son dernier roman, des scènes d’action et de sexe dans les romans à venir, et de bien d’autres choses …

 

A la réflexion, du pur point de vue « technique » de l’animateur de rencontre la grande différence entre James Ellroy et Craig Johnson est la suivante : avec ses questions l’animateur ouvre une porte. Ellroy la referme parfaitement (et parfois sèchement) avec une réponse concise et précise mais sans aucun débordement permettant de rebondir ; Craig Johnson répond aussi, mais il brode, déborde, et ouvre deux, trois, quatre autres portes, au risque de répondre à l’avance à une autre question, mais avec l’avantage énorme de proposer de multiples ouvertures pour rebondir. Au point que l’animateur attentif n’a presque qu’à prévoir la première question, les autres suivent naturellement …

 

Avec Craig Petit

 

Voilà, d’après ce que j’ai vu à la sortie pendant la séance de signatures, tout le monde était enchanté, surtout Gaby, mon fiston qui a récupéré un badge de shérif du comté d’Absaroka et que j’ai pris en photo avec le chapeau de Craig.

 

A partir de demain, je reprendrai le cours normal des notes de lecture …

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29 janvier 2011 6 29 /01 /janvier /2011 14:37

C’est fait ! Ce ne fut pas facile, mais on ne peut pas non plus toujours faire des choses faciles …

 

Mais commençons par le commencement. James Ellroy est grand ! Il en impose, d’emblée. James Ellroy est très différent en privé (on a discuté 5 minutes avant la rencontre) et en public. En privé il est tranquille, d’abord facile et très pro : On s’entend sur le début de la rencontre, sur le rôle de la traductrice, et il m’assure qu’on va passer un très bon moment.

 

Ellroy 03

 

Puis il entre sur scène, car c’est une entrée sur scène. Vous connaissez peut-être le jingle d’ouverture des Blues Brothers ? Ellroy a le sien. Il entre, sous les applaudissements, s’assied, pose les pieds sur la table basse, et lance son maintenant célèbre : « Salut les pervers, les pédés, les voyeurs, les renifleurs de petites culottes etc … » C’est parti !

 

 

 

 

Il a enchaîné sur une présentation de Sa Personne : « I’m James Ellroy », expliquant comment à 9 ans, jaloux du prix Nobel de Camus, il avait décidé que les français l’aimeraient plus à lui. Comment ensuite il a fomenté l’accident qui couta la vie à Camus, et comment, aujourd’hui, enfin, c’est lui que les français aiment. Sans nous laisser le temps de souffler, lecture de la première page de son bouquin.

 

Applaudissements. La rencontre peut démarrer !

 

Ellroy 02Là ça se corse pour moi. Parce que si James Ellroy a répondu très calmement à toutes mes questions, même quand je me trompais, ses réponses sont courtes, très courtes … concises, intéressantes, mais courtes.

 

Il a raconté comment il mesure, évalue chaque syllabe de ses phrases, chaque syllabe des noms propres et comment il vérifie, en lisant à voix haute, que chaque phrase sonne bien comme il le désire. Il a parlé de son amour pour la langue anglaise sous toutes ses formes : classique, argot, yiddish (pour lequel il a une tendresse particulière parce ses sonorités roulent sous la langue), invectives racistes … Comment il adore jouer avec toutes ces couleurs.

 

A propos de son dernier livre, qui mêle passé et présent (la narration passe en permanence d’un temps à l’autre), il a expliqué qu’il voulait adopter et mélanger deux points de vue : celui du jeune Ellroy, qu’il qualifie de stupide, et celui du Ellroy mature plus réfléchi.

 

A propos de thème, il nous a dit que cette fois il en a définitivement terminé avec sa mère, et qu’elle n’apparaitrait plus jamais sous son vrai nom dans un de ses livres. Mais qu’il voulait, en ce moment où il avait trouvé La Femme de sa vie faire le bilan et rendre hommages aux autres femmes ayant compté pour lui. Il confirme à l’occasion que ces femmes sont la seule chose importante de sa vie, qu’elles sont au centre de son œuvre et que tous ses livres racontent l’histoire de mauvais hommes sauvés par des femmes fortes.

 

A propos de la sérénité qu’il semble avoir trouvé à la fin du livre, il a confié que cette sérénité ne plait pas aux US, mais qu’il est certain qu’elle sera très bien perçue par les français qui sont plus romantiques et aiment les belles histoires d’amour. Du coup il espère vendre beaucoup de livres chez nous ! Par contre, ne nous attendons pas à retrouver cette sérénité dans ses prochains romans, son avis a été lapidaire mais très clair. Une belle fin c’est très bien pour un autobiographie, mais calamiteux (là il se met à ronfler) pour un roman.

 

Nous avons ensuite parlé de deux termes qui reviennent dans son œuvre. Le premier obsession. Il voit de mauvaises obsessions (celle de la drogue ou du sexe) et de bonnes (celle de vouloir écrire des livres géniaux). Il est obsédé, et se sert de cette obsession pour être un immense écrivain ! (Il nous a aussi parlé à un moment de son ego monumental …). Mis à part le fait qu’elle l’empêche de dormir, il aime son obsession !

 

Le second est « narration ». Là il nous dit que la narration coule dans ses veines en même temps que le sang. Qu’il ne vit que pour raconter des histoires, que c’est un besoin vital.

 

Nous avons terminé avec l’importance de la musique et son admiration pour Beethoven. Il n’écoute jamais de musique en travaillant, mais la musique des grands romantiques, Beethoven en tête, mais également Liszt, Bruckner ou Rachmaninov lui a plus appris sur la narration que tous les livres réunis.

 

Au final, et avant de passer la parole à la salle, tout c’était bien passé, je m’étais fait renvoyer gentiment dans mes buts à deux reprises (mes questions étant jugées trop spécifiques) mais … Mais je commençais à suer car, au moment où il m’a annoncé qu’il voulait passer la parole au public j’étais complètement à court de questions ! Heureusement, sauvé par le gong.

 

Ensuite, avec le public, il a fait son show, sans le moindre débordement. Plaisanteries, annonce qu’il attaque un nouveau quatuor de Los Angeles qui se passera pendant la deuxième guerre mondiale, refus de juger les films tirés de ses bouquins (tout ce qu’il retient c’est l’argent que cela lui a rapporté), refus de parler de la situation actuelle, et un avis définitif sur le bouquin de Steve Hodel à propos du Dahlia Noir : Il lui semble aujourd’hui sans intérêt de découvrir le meurtrier qui de toute façon est mort et ne peut plus nuire à personne, qui qu’il soit, la seule chose qui continue à l’intéresser est de savoir pourquoi les hommes continuent à tuer les femmes de façon aussi atroce.

 

A la fin des questions (fin qu’il a totalement manipulée en disant plus que 4, plus que 3 … dernière), en grand showman il a fait une sortie en déclamant de Dylan Thomas.

 

Au final, une heure de show totalement maîtrisé, tout sourire, sans un seul débordement !

 

Ellroy 01

 

Intéressant ensuite de discuter avec les spectateurs … Certains se sont marré, ont été intéressés, étaient de toute façon conquis d’avance et venait voir le fauve. Même ceux là (dont je fais partie) sont bien incapables de séparer le premier du second degré, la provocation de la sincérité (sauf quand il parle spécifiquement de littérature). D’autres ont trouvé le personnage odieux. Ce qui est certain, c’est que charmé ou atterré, personne ne s’est ennuyé.

 

Quand à moi, j’ai une droit à une poignée de main assortie d’un « Good Job ! ». Pas un mot de plus, pas un mot de moins.

 

Sur ce je vous laisse, je vais voir Craig Johnson !

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14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 19:50

Beaucoup, beaucoup de monde à la Renaissance pour accueillir comme il le mérite Marcus Malte qui venait causer de son dernier roman.

Marcus Petit

Première constatation et premier étonnement (peut-être) pour ceux qui ne le connaissaient pas et qui n’avaient lu de lui que des romans comme Carnage Constellation, La part des chiens ou Garden of Love, il a beaucoup d’humour … On a beaucoup rit pendant la rencontre.

 

On pouvait s’en douter, on le sait maintenant, la motivation première de Marcus Malte est d’écrire des phrases qui chantent. De même qu’une musique nous touche, il cherche à écrire des suites de mots qui aient le rythme, la sonorité qu’il recherche. En priorité. Bien entendu, il faut aussi que cela ait du sens, et raconte une histoire.

 

Marcus Petit bisUne histoire qui commence toujours par une première phrase, sans qu’il sache à ce moment là ce qui va suivre. Il avoue être le premier surpris par ses histoires. Et parfois même bien embêté par ce qu’il vient d’écrire qui lui complique la vie. Mais il se refuse toujours à revenir en arrière pour effacer un événement, un rebondissement, l’arrivée d’un personnage qui lui complique la tâche. Il revient par contre, souvent, et beaucoup, sur l’écriture pour la polir, la travailler.

 

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, particulièrement à la lecture des harmoniques, il n’écoute pas de musique en écrivant.

 

A une question de Claude Mesplède, Marcus Malte a répondu qu’il ne se considère pas comme un écrivain engagé. Il a des engagements, des convictions, des colères, elles passent parfois dans ses bouquins, mais jamais parce que c’était son intention. Chaque fois qu’il a voulu écrire sur un sujet particulier en se disant : « il faut que j’écrive là-dessus », ça n’a pas marché.

 

Mais parfois, comme dans Les harmoniques, cela vient dans le cours du récit. Et il peut alors exprimer sa colère, sa tristesse, son incompréhension face à ce que les hommes sont capables de faire subir à leurs voisins.

 

On a aussi parlé de Mister et Bob, les deux seuls personnages (si je ne m’abuse) qui apparaissent dans plusieurs bouquins (Le doigt d’Horace, Le lac des singes et Les harmoniques). Il les aime bien, mais ne veut pas non plus en être prisonnier. Donc ils reviendront peut-être. Ou pas. Ils lui permettent, de par leur relation, leurs dialogues, d’introduire de l’humour dans ses romans.

 

Il nous a parlé de ses influences littéraires. Il en reconnaît deux, essentielles : Jean Giono et Cormac McCarthy. Deux écrivains qui l’ont marqué. Mais il y en a beaucoup d’autres aussi, dont nous n’avons pas parlé.

 

Et tout le reste … Impossible à retranscrire, qui passe par les gestes, les sourires, les rires, les échanges avec le public nombreux. Pour tout ça, il vous faudra essayer d’aller le rencontrer …

 

PS. En réponse aux questions de Jeanjean : Non Vera Nad n’est pas un anagramme, et s’il y a une référence à J’étais Dora Suarez de Robin Cook elle est complètement inconsciente car, s’il a lu et aimé le roman, il ne l’avait pas en tête au moment de l’écriture des Harmoniques et a paru surpris de la comparaison.

 

PPS. Merci Laurence pour les photos.

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 23:38

La série des rencontres de janvier a fort bien commencé. Avec Leonardo Padura hier soir. Tout d’abord un mea culpa. J’avais pris avec moi un petit enregistreur mp3. Et puis j’ai retrouvé Padura dans un café 10 minutes avant la rencontre, on est arrivé juste à l’heure, il y a eu l’installation, la salle (pourtant assez grande) d’Ombres Blanches archi bondée (pour ne pas dire complètement surchargée), deux ou trois personnes que je connaissais dans la salle … On a attaqué et l’enregistreur est resté dans ma poche. Donc, comme d’habitude, vous devrez vous contenter d’un petit compte rendu.

 

Première impression, si Leonardo Padura passe vers chez vous, allez le voir, sans faute. Comme tous ses amis hispaniques, comme Paco Ignacio Taibo, Carlos Salem, José Manuel Fajardo, Francisco Gonzalez Ledesma, Raul Argemi, José Carlos Somoza, Luis Sepulveda … Tous, sans exception, sont des conteurs exceptionnels. Si vous avez la chance d’avoir un bon traducteur sous la main (et là, elle était excellente, puisqu’il s’agissait de sa traductrice Elena Zayas), c’est le bonheur assuré.

 

Il nous a parlé, bien entendu, de politique et de littérature.

 

Politique pour évoquer cette histoire qu’il raconte. Evoquer la guerre d’Espagne, évoquer le stalinisme, évoquer le personnage de Trotski, évoquer le poids et la puissance, inimaginables aujourd’hui, de la propagande soviétique relayée par tous les parti communistes, évoquer la situation cubaine au travers du personnage d’Ivan. Ivan qui comme lui fait partie de ce qu’il appelle la génération cachée.

 

La génération qui a grandi dans le processus révolutionnaire, a profité des avancées de la révolution (en étant en particulier la première génération à aller massivement à l’université), a cru dans cette révolution, a activement participé en allant couper la canne à sucre et planter le tabac … Pour se retrouver à quarante ans avec rien dans les mains. Parce que la situation économique n’a pas évolué, et surtout parce que le pouvoir est resté dans les mains de la génération précédente, celle qui avait fait la révolution. Une génération aussi à qui on a dit ce qu’il fallait lire, quelle musique écouter, comment s’habiller, et qui a accepté tout cela, de plus ou moins bon gré, parce que c’était en vue d’un avenir radieux qui n’est pas venu. Une génération sans visage. Celle de Mario Conde, celle d’Ivan.

 

Et pourtant, comme il le dit dans le court entretien publié par Bernard Strainchamps sur bibliosurf, s’il y a une chose dont Leonardo Padura est certain, c’est que la seule solution proposée actuellement, à savoir le capitalisme, ne marche pas. Il a commenté de nouveau cette phrase d’un immigré roumain dans le film Les lundis au soleil, à savoir que son arrivée dans un pays démocratique lui avait appris deux choses : que tout le bien qu’on lui avait dit du communisme était faux, mais que tout le mal qu’on lui avait dit du capitalisme était vrai.

 

Finalement, le plus grand reproche qu’il fait à Staline (au travers de ses personnages) c’est d’avoir été le meilleur propagandiste des anti communistes et d’avoir perverti une magnifique utopie, au point de la rendre inacceptable pour des millions de gens, de son vivant, et bien longtemps après sa mort.

 

Il a conclue en réaffirmant sa conviction que ni la capitalisme, ni le communisme tel qu’il a été pratiqué en Union Soviétique ne sont la solution pour notre avenir. Que certain pensent que nous serons mieux une fois morts, dans les différents paradis proposés, que c’est très bien pour eux, mais qu’il préfèrerait qu’on essaie aussi d’améliorer les choses ici, sur terre.

 

Et puis on a parlé de littérature. De la marge de manœuvre d’un écrivain quand il s’attaque à un tel sujet. De la limite entre fiction et réalité. Comment traiter le personnage de Trotski dont les faits et gestes sont connus jour après jour. Comment choisir un point de départ (en l’occurrence 1929, année où s’arrête son autobiographie). Quels faits, quel éclairage il a choisi pour ce personnage. Comment également Ramon Mercader, sur lequel très peu de choses ont été écrites, lui a donné (avec Ivan) l’espace pour l’imagination. Mais comment cette imagination doit aussi tenir compte de tous les événements d’époque et être vraisemblable. Comment par exemple on sait que Ramon était à Barcelone en 36, on sait ce qu’il se passait alors à Barcelone, et cela doit être exact. Reste à inventer dans quelles rues il marchait, à quelles réunions il a participé, avec qui il a parlé …

 

On a aussi parlé du rythme, du tempo, de l’effet littéraire créé par le ralentissement qu’il introduit à l’approche du moment culminant, l’assassinat de Trotski. Comment cet effet est rendu nécessaire par la difficulté qu’il y a à « tenir » le lecteur alors qu’il sait déjà qui a été tué, par qui, et quel jour ! Comment cet effet fonctionne de façon magistrale créant un suspense là où il ne devrait pas y en avoir. Au point que certains lecteurs lui ont demandé pourquoi il n’avait pas sauvé Trotski au dernier moment.

 

Et puis, comme avec tout conteur qui se respecte, il a tout le reste, le ton, la voix, l’humour (on rit souvent en écoutant Padura), les anecdotes qui viennent pimenter le récit (on a entre autres appris, gestes à l’appui, comment fabriquer un pantalon Pattes d’Eph à partir d’un pantalon serré …). Autant de choses qu’il serait vain de vouloir faire passer dans un compte-rendu, et même dans une retranscription.

 

Demain (ou après-demain) je vous cause de Marcus Malte. C’était très différent, mais très bien aussi.

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1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 23:08

Jeudi soir (le 30 septembre) donc, rencontre avec Arni Thorarinsson à Ombres Blanches. Ce qui frappe d’entrée dès qu’on le voit, et surtout dès qu’il commence à parler, c’est qu’il est aussi flegmatique que son personnage, et, rapidement qu’il manie le même humour pince sans rire. Au fil de la rencontre, l’homme se révèle sympathique, chaleureux … et content d’être là, à rencontrer des gens.

 

La question qui se pose immédiatement face à un auteur de polars islandais est … Mais pourquoi des polars en Islande. Thorarinsson n’a pas vraiment de réponse, sinon : « Certes pourquoi ? Mais pourquoi pas ? ». Il nous a raconté que, journaliste, il a eu un jour l’envie d’écrire un polar islandais, qu’il s’y est mis, sans en parler à personne, et qu’un soir, dans un bar, son pote Arnaldur Indridason (ils étaient déjà copains) lui a confié qu’il était en train d’écrire … un polar islandais ! Il faut croire que le pays, ses écrivains et ses lecteurs étaient mûrs pour cela.

 

C’est en lisant un roman de Ross McDonald, de la série Lew Archer que Thorarinsson a eu envie de se mettre à l’écriture (comme Gunnar Staalesen d’ailleurs, lui aussi directement influencé par McDonald). Son personnage ne pouvait évidemment pas être un privé (pas de privés en Islande), il fut donc journaliste, comme son auteur. Un journaliste hard-boiled, qui au cours de ses aventures est devenu de plus en plus soft-boiled.

 

Alors certes, ce fut difficile au début d’écrire des polars dans un pays de 300 000 habitants qui compte … 2 meurtres par an, dont un lors d’une bagarre entre deux ivrognes, l’un tombant sur le couteau de l’autre … Mais avec un peu d’imagination …

 

Sur l’humour. Thorarinsson, comme son personnage est un gentil. Un gentil qui décrit des horreurs : haines, jalousie, vengeances, meurtres, drogue … Sans l’humour il ne sentirait pas capable de d’écrire tout cela. Cet humour, il en a fait une des caractéristiques d’Einar, son personnage, qui lui ressemble par bien des aspects.

Autre caractéristique commune à l’auteur et à son personnage : Ils ne jugent pas, jamais. Même les pires « assholes » selon les mots même de l’auteur. Ils décrivent ce qu’ils font, essaient de comprendre comment et pourquoi ils en arrivent là. Attention, comprendre, pas excuser, pas d’angélisme non plus …

 

Ceux qui connaissent ses romans savent que la musique y est très présente. Tout d’abord parce que, quand adolescent il écoutait du rock, ses parents lui disaient que c’était de la « sous-musique », et que très longtemps on lui a aussi dit que le polar était de la « sous-littérature », le rock de la littérature … Mais surtout parce que c’est un bon moyen de définir un personnage, de créer une ambiance autour de lui, de lui donner plus de chair.

 

Nous avons aussi évoqué l’Islande, et sa marche forcée vers une uniformisation consumériste. Arni Thorarinsson nous dit que, si les anciennes valeurs islandaises ne sont pas mortes, elles sont sacrément en sommeil. Parmi ces valeurs la langue (dont la maîtrise se perd d’après l’auteur), mais aussi une certaine solidarité et le sentiment, autrefois partagé, qu’un islandais en vaut un autre, qu’ils étaient tous égaux, indépendamment de toute considération de pouvoir ou de richesse (sans doute parce qu’il y avait beaucoup moins d’écarts de pouvoir et de richesse). Et à son avis (que je partage !) outre les histories et intrigues immédiates, les trois romans traduits en français racontent aussi la lente dégradation du lien social, la perte de valeurs traditionnelles (pas jugées très sexy ou très cool dans le monde d’internet), et même, a-t-il dit, le fait que les islandais sont en train de se perdre eux-mêmes. Et tout cela, avant même le choc de la crise financière qui vient de dévaster le pays.

 

A propos de cette crise, à noter que certaines réactions islandaises font quand même rêver au pays de Bettancourt, Woerth et autres Sarkozy : Le parlement islandais s’apprête à faire passer en jugement le premier ministre qui a appuyé les privatisations des banques et la fuite en avant dans la bulle financière qui a abouti à la catastrophe qu’on connait. Et les patrons et gestionnaires des banques qui ont mis la population sur la paille ont quitté l’île, et n’osent plus y retourner. Un exemple à méditer …

 

Dernier point, si Einar voyage, quitte Reykjavík pour les petites villes de province c’est parce que cela donne à l’auteur l’occasion de connaître son pays et ses compatriotes.

 

Bref une rencontre très agréable, avec un grand bonhomme flegmatique et souriant qui ne se prend pas le chou, ne joue pas l’Artiste, aime ses romans, ses personnages et, de façon générale, les gens. Un plaisir.

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27 septembre 2010 1 27 /09 /septembre /2010 19:18

Une dernière info sur David Peace.          

A partir de ce que nous nous étions dit à Ombres Blanches, j’ai réalisé une petite interview de David Peace par mail, pour Bibliosurf. Si cela vous intéresse, c’est en ligne là.

 

Et jeudi soir c’est Arni Thorarinsson, toujours à Ombres Blanches, Toulouse.

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17 septembre 2010 5 17 /09 /septembre /2010 23:35

Mercredi, à 18h00, je rencontrai donc David Peace pour animer la rencontre à la Librairie Ombres Blanches.

 

Une rencontre que j’abordai un peu tendu. Tout d’abord parce que le personnage (vu de loin) et surtout ses écrits sont intimidants. Ensuite parce que, pour cause de nuisibles, je n’avais pas pu préparer la rencontre comme je l’aurais voulu, et qu’en particulier je n’avais pas eu le temps de lire Tokyo année zéro.

 

Partant du principe que, faute avouée est à moitié pardonnée, j’ai donc commencé par me présenter, et m’excuser pour la manque de préparation, et, tant que j’y étais, craché le morceau sur ma difficulté à lire ses premiers bouquins. Hop, ça passe ou ça casse. C’est passé, et très bien. Un peu inquiet dans un premier temps, il m’a demandé si j’avais lu le livre dont on allait parler. « Of course, sir » répondis-je dans mon meilleur grand breton. La glace était rompue, et le bonhomme au look intimidant et zen s’est révélé un homme extrêmement gentil, ouvert, souriant et heureux de parler de son bouquin avec quelqu’un qui l’avait aimé … Un vrai plaisir. Au passage, cela sous-entend que, parfois, certains intervieweurs n’ont pas lu les bouquins sur lesquels ils posent des questions. Mais je m’en doutais un peu …

 

Comme nous blablations gaiement en attendant que le public arrive, je lui fait part de mon admiration pour le démarrage du bouquin, et de l’envie qu’il donne de le lire à voix haute. Il me demande alors, presque timidement, s’il pouvait se livrer à cet exercice en début de rencontre. Mais bien sûr, et coup de bol, Pascal Dessaint était dans le coin, qui se chargea alors de lire la traduction. Une rencontre qui démarre sur les chapeaux de roues.

 

Pour le reste, et ce n’est pas une surprise quand on lit ses bouquins, l’homme est passionnant. Ce qui est peut-être plus inattendu est qu’il est chaleureux …

 

S’il a choisi de parler de Tokyo à cette époque très particulière c’est qu’il voulait être capable de comprendre la ville où il vivait, et où ses deux enfants ont vécu les premières années de leur vie. Et il pense que le Tokyo actuelle s’est forgée justement à ce moment là, au moment de l’occupation américaine qui a suivi la défaite de 45.

 

Le fait divers dont il est question dans Tokyo ville occupée est encore très connu des japonais. Plusieurs thèses se sont affrontées, les explications du crime ont divisé le pays, recoupant les clivages politiques (gauche/droite) et de nombreuses personnes (dont lui) pensent que l’homme qui est mort en prison accusé du meurtre n’était pas le coupable. Son ambition était donc d’écrire un roman qui puisse faire une synthèse de toutes les pistes, et de toutes les convictions.

 

Après avoir tenté de l’écrire avec deux narrateurs (deux policiers suivant les deux pistes principales), il s’est aperçu qu’il lui fallait beaucoup plus de points de vue. Ce qui l’a amené à écrire ce roman, avec sa structure très particulière : 12 voix, pour douze éclairages, « rassemblées » par un écrivain (sorte de treizième voix) qui les écoute toutes.

 

Une évidence s’est alors imposée à lui : la seule voix dont on puisse être certain est celle des victimes. Car la seule certitude que l’on a est qu’il y a eu 12 morts. Le romans devaient donc s’ouvrir sur leurs lamentations. Et se conclure sur celle des parents des morts. Il fallait ensuite des enquêteurs (policiers et journalistes), l’accusé, le coupable, avoir des narrateurs de gauche et de droite, nationalistes et communistes …

 

A propos de l’écriture, rythmée, scandée, il confirme ce dont on se doute à la lecture : Il écrit, puis lit à haute voix, corrige, relis à haute voix, encore, et encore, jusqu’à ce que le résultat, son rythme, sa musique lui convienne enfin.

 

Un dernier point … David Peace a souvent été comparé à James Ellroy, et son premier chapitre, donnant la parole aux morts et faisant preuve de beaucoup d’empathie avec les victimes m’avait fait penser à Robin Cook. Bingo. Parmi ses premières influences, des noms connus, Hammett, Ted Lewis et … Robin Cook pour l’empathie qu’il manifeste envers les victimes. Et, au moment où il commence à écrire, le choc de White Jazz d’Ellroy. Une vraie révolution. Et selon David Peace, il n’est jamais bon d’ignorer les révolutions … Egalement parmi les influences, Akutagawa, auteur de la nouvelle à l’origine de Rashomon. C’est la structure de ses contes qui l’a inspirée pour construire son dernier roman.

 

A l’arrivée, une rencontre d’un peu plus d’une heure, passionnante, suivie « hors micro » d’une longue discussion très agréable où nous avons pu parler de la vie au Japon et en Angleterre, du parti communiste japonais, de foot, et bien entendu, de livres.

 

PS. Bien entendu, il a dit encore beaucoup de choses passionnantes que je ne rapporte pas ici. Mais je n’ai eu ni le temps, ni la force, d’enregistrer et de retranscrire la rencontre.

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7 juin 2010 1 07 /06 /juin /2010 21:33

La toute première impression, quand on rencontre Deon Meyer, est qu’on a affaire à deuxième ligne Springbok. Et dès qu’il sourit et commence à parler on se dit que ce deuxième ligne est aussi adorable qu’impressionnant. Au bout de quelques phrases, on sait qu’en plus il est aussi passionnant que ses bouquins.

 

Deon Meyer 01

 

D’emblée il tient à mettre les choses au point : Il n’est pas un écrivain, juste un raconteur d’histoires. Les écrivains sont les gens qui reçoivent des prix, lui, il insiste, ne fait que raconter des histoires. Inutile donc de lui demander s’il est le témoin ou le porte parole d’une époque ou d’un pays … Il raconte des histoires.

 

Mais, un fois qu’on a compris cela (et qui est un position commune à presque tous les auteurs anglo-saxons, totalement opposée à celle de beaucoup d’auteurs latins, qu’ils soient français, italiens ou hispaniques) on pose les bonnes questions et on arrive … au même résultat.

 

Donc Deon Meyer est un raconteur d’histoires, mais aussi, et peut-être surtout, un créateur de personnages. Et s’il nous torture, nous lecteurs, en n’écrivant pas de séries où l’on puisse, justement, suivre ces personnages, c’est qu’il les aime trop. Après ce qu’il leur fait subir dans ses livres, il ne trouverait pas correct de les refaire souffrir de nouveau dans le suivant. Alors il invente un nouveau personnage. Mais ses « vieux amis » sont là en guest stars, tout d’abord parce qu’il les connait bien et les a, sans effort, sous la main et sous la plume, et aussi pour les avoir à l’œil et s’assurer qu’il ne se mettront pas trop dans le pétrin (c’est qu’ils ont tous tendance à plonger dans les emmerdes dès qu’il cesse de les surveiller).

 

Thobela, le magnifique guerrier de L’âme du chasseur est un cas à part. Ce n’est pas sa faute s’il l’a lui a fait subir les pires avanies dans deux romans consécutifs, c’était une exigence de son éditeur anglais … Ce personnage, il l’a rencontré dans une aéroport, grand gaillard noir lisant les résultats du rugby à côté de lui. En discutant, il découvrit qu’il avait appris à jouer au rugby … en URSS, en formation pour la branche armée de l’ANC. L’histoire lui plut, il l’a tournée, retournée, jusqu’à créer Thobela.

 

A la question de la situation du polar dans son pays, voilà ce qu’il répond. Il n’y avait pas de polar en Afrique du Sud pendant l’apartheid. Parce que tout roman critiquant le régime aurait été censuré, et parce qu’il était impossible de mettre en scène un flic, alors qu’il était au service d’un état qu’il a qualifié de Evil. Et aussi parce qu’on considérait que les « good persons » ne lisait pas ce genre de livres. Heureusement dit-il avec un grand sourire, il n’était pas « so good » et il a lu essentiellement du polar. Et c’est donc ce qu’il a ensuite écrit, sans même le savoir, jusqu’à ce qu’un critique écrive que son roman en était un (de polar), et un excellent en plus.

 

Et petit à petit, on en est venu au fond, même s’il se défend d’être un auteur à thèse. Oui le passé est très présent dans ses romans, oui les crimes du présent plongent leurs racines dans le passé ségrégationniste, parce que de tels traumatismes ne s’effacent d’un coup de baguette magique. Et effectivement, ce passé est moins important dans le dernier roman, 13 heures, parce que les jeunes générations l’oublient de plus en plus. Si les gens de son âge sont à jamais marqués par l’apartheid, c’est quelque chose d’incompréhensible pour ses enfants qui vont dans des écoles « mixtes » et ont des copains de toutes les ethnies et de toutes les couleurs de peau, sans même s’en rendre compte.

 

Pour rendre compte de la diversité de son pays, il est très heureux d’être écrivain, ce qui lui permet de se mettre dans la peau de personnages d’origines, d’idées et de motivations variées pour ne pas dire antagonistes et de tenter ainsi de comprendre les divers points de vue. Si en plus il arrive à rendre cette complexité (et c’est bien le cas), il est comblé.

 

Oui, son pays et sa ville sont très présents dans ses romans, mais ce n’est pas un intention. C’est juste que ses personnages, comme lui, comme tous les Sud-Africains (toutes races confondues) aiment profondément leur pays et en sont très fiers. Cet amour et cette fierté (malgré tous les problèmes qu’il ne minimise pas) sont naturellement là dans ses romans.

 

Pour en revenir à 13 heures, il nous a avoué avec un grand sourire que s’il avait fait de Benny le superviseur de jeunes flics c’est, d’une part, parce que c’est une réalité dans un pays où une poignée de flics expérimentés doit former toute une génération de jeunes sans expérience, et surtout qu’il savait qu’il allait détester ce boulot …

 

Il a ensuite remercié sa traductrice Estelle Roudet, présente dans la salle, pour l’excellence de son travail, qui l’a obligé, a-t-il dit, à apprendre l’afrikaner, le zoulou et le xhosa, pour pouvoir traduire ses bouquins.

 

En conclusion d’un peu plus d’une heure de rencontre, il nous a tous exhortés à venir dans son pays, à le visiter, insistant sur la fait qu’il écrit des romans policiers, que ses livres ne sont pas le miroir de la réalité du pays, mais un prisme déformant. Il nous a surtout demandé de ne pas trop croire la presse européenne qui transforme le meurtre « banal » d’un illuminé raciste mais totalement isolé dans le pays qui ne payait pas ses ouvriers en début de guerre raciale, mais n’écrit pas une ligne sur les soirées de fête qui ont suivi, dans Soweto, la victoire d’une équipe sud Africaine dans le Super 14 (c’est du rugby). Des soirées de fête qui ont vu les supporters blancs afrikaners faire la bringue, dans Soweto, avec les habitants du township le plus symbolique de l’ancien régime. Comme il le dit « Good news is no news ».

 

Voilà, vous aurez compris que ce fut une très belle rencontre, avec un écrivain (ou raconteur d’histoires) adorable et passionnant, et que je commence à regarder le prix des billets pour Le Cap …

 

Deon Meyer 02

 

Et merci au marathon des mots et à Pascal Dessaint de m’avoir permis de le rencontrer.

 

PS. A la question d’une auditrice de ce qu’il pensait d’un futur match très attendu à Toulouse, Deon Meyer a déclaré qu’il pensait qu’il était persuadé que l’équipe de France allait battre l’Afrique du Sud … En rugby, bien sûr !

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5 novembre 2009 4 05 /11 /novembre /2009 22:33

Ce fut un excellent moment et, selon la formule galvaudée mais ô combien adaptée à la circonstance, les absents ont vraiment eu tort.

 

Première constatation, partagée par tous, Craig Johnson est un cow-boy (il en a les bottes et le chapeau) incroyablement sympathique, drôle et intéressant. Et surprenant. Une sorte d’archétype de l’écrivain américain des grands espaces tel qu’on le fantasme chez nous. Jugez plutôt.

 

 

Avant de publier son premier roman à 44 ans, l’homme avait travaillé dans la police de New-York, été champion de rodéo, catégories chevaux sauvages et taureaux (!!), a effectué tous les petits boulots imaginables, à logé quelques temps dans son truck, a construit son ranch de ses propres mains dans le comté le moins peuplé du Wyoming, qui est un état grand comme la moitié de la France comptant 500 000 habitants. Il a été éleveur de bétail, et vit maintenant de son travail d’écriture.

 

Contrairement à ce que pourrait laisser penser son look très John Wayne, l’homme est loin d’être républicain, connaît très bien la question indienne, ses premiers voisins étant les Cheyennes et les Crows de la réserve voisine (l’un d’eux, son meilleur ami, a inspiré le personnage de Henry Standing Bear), n’a aucune fascination pour les armes, et cite parmi les personnages qui ont inspiré son shérif Walt Longmire, Jean Valjean et Athos ! Il raconte dans un grand éclat de rire comment il est allé, lors des trois jours passés à Paris avant de rejoindre Toulouse, au Panthéon toucher la pierre derrière laquelle se trouvent les cendres de Dumas en espérant recueillir quelques vibrations positives.

 

Si vous le voyez, il vous racontera la nature sauvage du Wyoming, la beauté de ses ciels, la rudesse (pour ne pas dire plus) de ses hivers. Il vous parlera de l’humour des indiens (très présent dès son premier roman), des notices nécrologiques que lui envoyait sa mère et comment il s’en est servi dans ses romans, ou de sa chute vertigineuse lors d’une randonnée dans la Caucase, qui le laissa en état de choc, obligé de revenir seul au camp de base, soutenu par des hallucinations, sous la forme de vision de silhouettes de gens qui lui parlaient … Une scène que l’on retrouve dans Little Bird.

 

Il se considère comme un écrivain col bleu, sans état d’âme parce que, comme il le dit, il n’a jamais vu un terrassier, le matin, commencer à dire que non, aujourd’hui il ne se sent pas en communion avec sa pelle et qu’il ne peut pas creuser le fossé du jour.

 

Il vous racontera comment Walt Longmire et ses amis et collègues qui ne devaient exister que le temps d’un roman sont devenus des personnages récurrents, juste parce qu’il s’était tellement attaché à eux, et au comté (imaginaire) où ils vivent qu’ils n’a pu se résoudre à les abandonner (il y a déjà 5 romans publiés, et un sixième prêt à sortir, tous seront repris par son éditeur français).

 

Surtout, il vous dira tout cela beaucoup mieux que moi car c’est un formidable conteur. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, il était à Ombres Blanches accompagné de son excellentissime éditeur, Oliver Gallmeister qui a assuré la traduction de ses propos, exercice de haute voltige tant l’homme est bavard.

 

Une dernière chose, si vous avez la chance d’inviter Craig Jonhson, ne vous embêtez pas à prévoir un micro, il une voix faite pour les grands espaces, elle porte sans aucune aide !

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10 mars 2009 2 10 /03 /mars /2009 22:45

L’interview d’Emmanuel Pailler ayant été lu avec intérêt, il a semblé naturel de poursuivre l’expérience, et de donner la parole à une autre traducteur. Le nom de Serge Quadruppani, traducteur remarqué d’Andrea Camilleri a été spontanément cité par certains lecteurs, et c’est aussi vers lui que je comptais me tourner. C’est chose faite :

 

Jean-Marc Laherrère : Bonjour. Pour commencer, pouvez-vous nous dire comment vous êtes devenu traducteur, et pourquoi avoir fait le choix de traduire plutôt des auteurs de polar ? Vous êtes traducteur et auteur. Etes-vous un auteur qui a décidé de traduire, ou un traducteur qui un jour a sauté le pas et décidé d’écrire ?

 

Serge Quadruppani : J’ai toujours voulu écrire (« bon qu’à ça », comme disait Becket - sans vouloir me parer des plumes du paon). J’ai d’abord traduit pour faire bouillir la marmite, de l’anglais. Puis j’ai rencontré l’Italie et une Italienne et j’ai appris la langue, et découvert une littérature. Maintenant, je ne traduis plus que les livres que j’ai choisis, ce qui est un très grand privilège.

 

Jean-Marc Laherrère : Est-ce que le fait d’être auteur vous aide, ou au contraire vous gène ? Arrivez-vous facilement à faire taire l’inventeur d’histoire quand vous traduisez ? N’avez-vous pas envie de « corriger » ce qui ne vous va pas dans l’œuvre originale ?

 

Serge Quadruppani : Le fait d’être auteur m’aide, car il y a une part de créativité indispensable dans l’acte de traduire et en même temps, je suis très attentif à rendre la voix de l’auteur, à respecter son écriture, à la faire passer du mieux possible, j’essaie d’être aussi fidèle que possible, même dans ce que je considère chez l’auteur comme des lourdeurs ou des baisses de style ou de rythme. Mais la confrontation intime avec la langue et la technique d’auteurs divers m’aide à réfléchir sur ma propre écriture  : parfois, voyant tel ou tel passage, je pense « tiens, je n’aurais pas coupé là »  ou bien  : « tiens, j’aurais changé de point de vue », mais je m’applique  à rendre scrupuleusement les choix de l’auteur. Comme directeur de collection, je dois dire que, si je peux admettre qu’un traducteur fasse des faux sens, je ne supporte pas les traducteurs qui se permettent de corriger un auteur. Par exemple, récemment, j’ai dû intervenir sur une traduction où l’auteur avait fait un paragraphe d’une seule phrase et où le traducteur s’était permis de découper le paragraphe en une dizaine de phrases. Le fantasme du « bon français », idiotie scolaire qui m’insupporte, avait encore frappé.

 

Jean-Marc Laherrère : Y a-t-il pour vous des écrivains, ou des traducteurs, qui vous ont donné envie de traduire ?

 

Serge Quadruppani : Tous les écrivains que j’ai aimés m’ont donné envie d’écrire. Un traducteur, Jean-Pierre Carasso, m’a appris le métier en anglais. Puis j’ai volé de mes propres ailes. Le milieu des traducteurs, avec ses congrès et ses rites et ses prix m’est assez étranger. Je n’ai rien contre, d’ailleurs (ni rien pour  : il m’est complètement indifférent, sauf quand je vois les prix donnés à certaines nullités - là je ris).

 

Jean-Marc Laherrère : Echangez-vous beaucoup avec l’auteur que vous traduisez ?

 

Serge Quadruppani : Traduisant des auteurs vivants, j’ai noué des liens avec eux, une bonne partie sont devenus de bons copains ou carrément des amis. S’agissant d’auteurs comme Camilleri, chez qui le vocabulaire est parfois assez ardu, il m’arrive de leur demander des éclaircissements. On reconnaît un traducteur débutant à ce qu’il n’ose pas dire  : « là, je comprends pas ». Et alors, il essaie de deviner et à tous les coups, il se plante.

 

Jean-Marc Laherrère : Faut-il apprécier un auteur pour le traduire ?

 

Serge Quadruppani : On est obligé d’aimer, d’une manière ou d’une autre, ce qu’on traduit, sinon, on traduit mal. Même dans la pire traduction alimentaire, il vaut mieux essayer de trouver un intérêt ou un autre à traduire au mieux, sinon ça se sent que le traducteur s’emmerde. Mais depuis une dizaine d’années, comme je vous l’ai dit, je ne traduis plus que ce que j’aime.

 

Jean-Marc Laherrère : Quelle traduction vous a procuré le plus de plaisir ? Posé le plus de difficultés ?

 

Serge Quadruppani : Camilleri m’a posé le plus de difficultés. Pour le reste, on ne peut pas me demander ce que j’ai le plus aimé. C’est comme de demander quelle fut votre maîtresse préférée - ou votre rejeton favori. Je les aime tous.

 

Jean-Marc Laherrère : En tant que traducteur, vous êtes surtout connu pour le travail que vous avez effectué sur l’œuvre d’Andrea Camilleri, et pour les choix que vous avez dû faire pour traduire les dialogues en sicilien. Pouvez-vous, pour les lecteurs qui ne sont pas familiers de votre travail, résumer les difficultés spécifiques propre à la traduction de l’italien, ou plutôt, si j’ai bien compris, des différents italiens. Le sicilien présente-t-il des difficultés particulières ? Pourriez vous revenir sur les choix que vous avez fait pour rendre la saveur de la langue d’Andrea Camilleri ?

 

Serge Quadruppani : Désolé, là je craque  : j’ai trop souvent répondu à cette question, je vous invite à lire mon texte « L’angoisse du traducteur devant une page d’Andrea Camilleri » sur quadruppani.samizdat.net. N’hésitez pas à faire du copié-collé  ! (Plutôt que de faire un copié-collé partiel, je vous renvoie au texte original, il a l’avantage d’être complet et très clair).

 

Jean-Marc Laherrère : Vous êtes à la fois directeur de collection (suite italienne chez Métailié), et traducteur. Comment choisissez-vous les auteurs que vous traduisez vous-même, et ceux que vous confiez à des collègues ?

Serge Quadruppani : Sur quadruppani.samizdat.net, vous pouvez lire « La bibliothèque italienne chez Métailié, un point de vue sur la littérature et sur l’Italie ». N’hésitez pas à faire du copié-collé  ! (Plutôt que de faire un copié-collé partiel, je vous renvoie au texte original, il a l’avantage d’être complet et très clair).

 

Jean-Marc Laherrère : Vous est-il arrivé de renoncer à traduire (ou à faire traduire) un auteur que vous appréciez en italien parce que vous pensez qu’il ne passera pas en français ? (Trop référencé, langue trop particulière …)

 

Serge Quadruppani : Non, jamais. Et je rirais au nez d’un traducteur qui me dirait que quoi que ce soit est intraduisible. Tout est intraduisible et rien ne l’est  : une fois qu’on a dit ça, on se met au boulot et c’est ce boulot qui nous permet à tous d’accéder à la littérature mondiale.

 

Jean-Marc Laherrère : Quels sont les auteurs que vous aimeriez traduire, et les romans que vous regrettez de ne pas avoir traduits ?

 

Serge Quadruppani : Je regrette beaucoup de ne pas avoir traduit certains Camilleri qui ont été mal traduits par une autre personne. D’autres livres, comme Gomorra, de Roberto Saviano, m’ont échappé comme directeur de collection, mais ils ont été bien traduits et bien défendus, c’est ce qui compte. Quant aux auteurs que j’aimerais traduire, je les fais acheter par Anne-Marie Métailié, quand les agents ne viennent pas tout foutre en l’air avec leurs exigences ridicules et préjudiciables d’abord aux auteurs (qui se retrouvent publiés dans de grosses maisons capables de payer des avances astronomiques mais peu désireuses de se démener pour faire connaître un auteur qu’elles veulent juste sur leur catalogue pour des raisons de prestige, les maisons en question étant trop occupées à vendre à tout prix le best-seller programmé par elles - qui parfois, souvent, heureusement, ne se vend pas si bien que ça).

 

Jean-Marc Laherrère : Avez-vous des romans en cours de traduction ? Pour les mois à venir, de nouvelles découvertes de votre collection ? Un nouveau roman ?

 

Serge Quadruppani : Bien sûr, depuis une dizaine d’années, j’ai constamment une traduction sur le feu, même si parfois je m’accorde un mois ou deux pour écrire. Je suis en train de traduire un chef d’œuvre de Lucarelli  : L’ottava vibrazione. Un roman historique, un polar, un roman-fleuve sur les langues italiennes et sur le colonialisme italien en Erythrée. Une œuvre majeure.

 

Jean-Marc Laherrère : Merci. En marge de cette interview, une question que j’ai très envie de poser au directeur de collection : Va-t-on avoir de nouveaux Wu Ming prochainement ?

 

Serge Quadruppani : En octobre sort le dernier chef d'oeuvre collectif de Wu Ming, Manituana, une histoire de la guerre d'indépendance des Etats-Unis vue du côté des Iroquois qui cherchent l'appui du roi d'Angleterre parce qu'il vaut mieux « avoir un souverain à mille milles plutôt que mille souverains à un mille ». Avec le récit, qui occupe le centre du livre d'une ambassade iroquoise en Angleterre et pour le reste, des batailles, des chefs indiens et des femmes aux pouvoirs magiques. Le tout basé sur une doc immense. Un chef d'oeuvre, je vous dis. Les Italiens en ont fait un best-seller.

 

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