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20 août 2014 3 20 /08 /août /2014 19:19

Donald Westlake est mort depuis déjà quelques années, et pourtant quelques pépites nous arrivent encore, comme ce Finie la comédie découvert aux US en 2012.

Westlake-copie-1

Koo Davis est un comique de droite. Pendant le Vietnam, il a fait des tournées parmi les soldats comme faire-valoir des blondes de services qui allaient exhiber leurs formes généreuses. Et il a fait des blagues, de droite. Et c’est tout. Depuis il est revenu à son credo d’avant le Vietnam : surtout pas de blagues politiques. Maintenant il a la soixantaine et a son show télévisé. Jusqu’au jour où il est enlevé par une bande de bras cassés, nostalgiques des années passées et qui veulent relancer le mouvement révolutionnaire mort depuis quelques années.


Malheureusement pour Koo, il vaut mieux être enlevé par des pros qui savent ce qu’ils veulent (du fric) que par des charlots qui ne veulent pas voir que le monde a changé. Si en plus les responsables du FBI qui s’occupent de son cas ne sont pas des lumières, on sent bien que les jours à venir du pauvre Koo ne sont pas roses.


C’est vraiment intéressant de retrouver ces « vieux » romans de Donald Westlake. On y trouve un humour qui s’est affiné par la suite, mais il est souvent plus grinçant que dans les romans suivants en général, et que la série des John Dortmunder en particulier.


Ici l’humour vient bien entendu de ce pauvre Davis Koo qui ne peut jamais retenir une réplique, même dans les situations les plus dramatiques. Il vient aussi (mais teinté de noir) de l’amateurisme et de la bêtise des ravisseurs.


Et pourtant, stupides, bras cassés, dangereux et potentiellement sans pitié … le grand Westlake arrive, à un moment ou un autre, à tous nous les rendre proches, à nous faire sentir leurs souffrances, leurs illusions parfois (souvent) généreuses, leurs rêves, avant de nous faire replonger dans les catastrophes que déclenchent leur stupidité et leur folie (car ils sont tous assez atteints, de façon parfois émouvante, parfois ridicule, souvent les deux).


Et que dire de ce pauvre Koo, qu’on finit par trouver sympathique alors que lui non plus n’est pas un modèle pour l’humanité. Mais son entêtement à faire son boulot (faire rire) dans toute circonstance est touchant et même parfois admirable.


Alors oui, sans doute pas le meilleur Westlake, mais un très bon roman, drôle, grinçant, très humain qui fait revivre une époque qui semble bien lointaine.


Donald Westlake / Finie la comédie (The comedy is finished, 2012), Rivages/Thriller (2014), traduit de l’américain par Nicolas et Pierre Bondil.

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10 août 2014 7 10 /08 /août /2014 12:48

Encore des lectures d’été pour rattraper des romans oubliés durant l’année. Nord de Frederick Busch, magnifique. Je sais bien que je m’y prends à l’envers, il aurait mieux valu lire Filles avant. Tant pis.

 

Busch.jpg

Jack a quitté le nord du pays où il a perdu sa fille et sa femme. Depuis il végète, dans différents petits boulots liés à la sécurité. C’est ainsi qu’il tire une avocate newyorkaise, Merle, d’un mauvais pas. Et qu’elle lui propose un boulot : retrouver son neveu disparu depuis quelques semaines là-haut, au Nord. Parce qu’il n’a plus rien à perdre Jack accepte de revenir là où tant de fantômes l’attendent.


Attention, roman déconseillé à ceux qui veulent de l’action, du suspense et des coups de théâtre. C’est sûr, personne ne va écrire « thriller » sur la quatrième ! Mais que c’est beau et émouvant !


Même pour quelqu’un comme moi qui a fait l’erreur de ne pas lire le précédent, le personnage de Jack est inoubliable. Et pourtant, il y en a dans le polar des privés qui se trimballent leur lot de fantômes et de remords. On pourrait dire que ce n’en est qu’un de plus. Un de plus, mais qui valait la peine.


L’enquête est totalement accessoire, même si ça résolution, tout d’un coup, remet la violence au cœur du roman. Ce qui est beau c’est l’écriture, l’accompagnement de l’errance de Jack, ses relations avec son ancien mentor, ses doutes, son silence …


Vraiment un très beau roman, triste, nostalgique mais pas larmoyant, de ceux qui vous prennent aux tripes.


Frederick Busch / Nord (North, 2005), Folio Policier (2013), traduit de l’américain par Stéphanie Levet.

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5 août 2014 2 05 /08 /août /2014 09:31

Dans Le double portrait, George Pelecanos reprend le personnage de Spero Lucas apparu dans Une balade dans la nuit. Et ça marche, la série prend corps. 

 

Pelecanos

Spero Lucas, ancien de la guerre d’Irak, n’a pas repris ses études. En rentrant, il s’est établi comme privé. Quand il ne travaille par pour un avocat, il s’est spécialisé, en marge de la loi, dans la récupération d’objets volés, contre 40 % de leur valeur. Alors que l’enquête sur les éventuelles zones d’ombre sur un meurtre ne l’occupe pas trop, il accepte de rechercher pour Grace Kinkaid le tableau qui lui a été volé par un ancien amant qui s’est révélé être un prédateur sexuel. Spero est méthodique et doué dans son travail, il retrouve vite le voleur qui s’est associé avec deux autres truands. Reste maintenant à récupérer le tableau sans faire trop de casse … Ou pas.


Je suis d’accord avec l’ami Yan , les quelques chapitres consacrés à la « romance » de Spero ne sont pas ce qu’il y a de plus inoubliable dans l’œuvre de George Pelecanos.


Mais je suis beaucoup moins sévère que lui et je trouve que la série prend corps.


Dans son style caractéristique, à plat, sans effet revendiqué, avec une écriture qui semble très neutre et très naturelle (ce qui relève au moins de l’artisanat de très haute volée), Pelecanos poursuit sa chronique de Washington. Il reste le témoin de son évolution, du changement des quartiers, des mentalités, de l’arrivée des vétérans des nouvelles guerres, de l’installation de nouveaux arrivants, de l’intégration d’autres …


Et ceci sans jamais sembler faire autre chose que raconter des histoires, au travers de personnages qui prennent corps et chair. A ce titre Spero Lucas est vraiment intéressant avec ses zones d’ombres, son refus de reconnaître ses traumatismes, sa violence assumée.


Comme avec le 87° district de McBain, je suis persuadé que les historiens auront dans l’œuvre de Pelecanos autant, sinon plus de matière pour comprendre notre époque à Washington que dans les archives des journaux ou dans les études universitaires. Et ce sera certainement beaucoup plus agréable à lire.


George Pelecanos / Le double portrait (The double, 2013), Calmann-lévy (2014), traduit de l’américain par Mireille Vignol.

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16 juillet 2014 3 16 /07 /juillet /2014 20:43

Après le pavé de Pierre Bordage, une friandise belge signée Jérôme Charyn : A la mort subite.

Charyn

Sidney Holden est un tueur à gage à la retraite. Il coule des jours paisibles à Paris où il est venu prendre sa retraite. Mais voilà qu’au moment où ses ressources sont à sec, une lettre d’engagement lui arrive, lui demandant d’aller à Bruxelles, où la chambre habituelle de son père l’attend. Un nouveau contrat ? Et surtout la possibilité de découvrir qui était ce père qu’il ne connaissait finalement pas si bien, et qui sait, d’en savoir plus sur sa mère, française, morte quand il était gamin.


Une friandise belge donc pour le plus européen des auteurs de polars américain. Un joli texte, tout en nostalgie et en mélancolie, avec quelques éclats d’absurde et d’humour. Un texte qui se lit avec un sourire triste aux lèvres et qui donne envie d’aller faire un tour à Bruxelles, boire une (ou plusieurs) bières et manger un waterzooi. Très appréciable, même pour ceux qui, comme moi, ne connaissent pas la ville, certainement délectable pour les habitués.


Une longue nouvelle, agrémentée de photos de Michel Casterman qui, si elles ne sont pas spectaculaires, sont bien dans la tonalité du texte.


Jérome Charyn  (photos de Michel Casterman) / A la mort subite (At the sudden death cafe, 2007), le Castor astral (2014), traduit de l’américain par Marc Chénetier.

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11 juillet 2014 5 11 /07 /juillet /2014 23:49

C’est décidément la période des retours en arrière. Après le presque premier polar d’Elmore Leonard heureusement exhumé par Rivages et le court roman de De Cataldo, voici t’y pas que Denoël a l’excellente idée de traduire et publier, sous le doux titre de Les mécanos de Vénus, la première aventure de Hap et Leonard, les héros complètement givrés de Joe R. Lansdale.

Lansdale

Hap, blanc, plutôt démocrate et très hétéro et son meilleur (et seul ?) ami, Leonard, noir, républicain et très homo survivent en faisant des petits boulot dans l’est du Texas. Quand débarque Trudy, flamboyante, retour de flamme du passé hippie de Hap. Hap toujours un peu amoureux malgré les maintes fois où elle l’a laissé choir. Mais là elle vient pour affaire. Trudy n’a rien perdu de ses convictions des années 60 et, avec une bande de bras cassés, elle compte récupérer un magot mal acquis pour recommencer la lutte. Mais pour ça elle a besoin de Hap. Les deux compères acceptent et, bien entendu, rien ne va se passer comme prévu.


Intéressant de voir ce premier roman de la série. Venant, en France, après un Vanilla Ride ou un Diable Rouge, il montre comment Lansdale a évolué dans l’écriture de sa série.


Si l’humour et la castagne sont déjà présents dans ce premier volume, ils ne sont qu’un des éléments, alors qu’ils deviennent quasiment l’essentiel dans les derniers épisodes. Dans ses débuts l’auteur se montre un peu plus sage, et développe davantage les passés des personnages, revenant entre autres sur ces fameuses années soixante dont on peut deviner qu’elles l’ont marqué comme elles ont marqué Hap.

Attention, quand je dis « un peu plus sage », c’est par rapport à la suite, c’est déjà assez déjanté, et s’ils n’atteignent pas les sommets de grossièreté jouissives des volumes à venir, les dialogues entre les deux compères restent quand même assez éloignés du politiquement correct et de la discussion autour d’une tasse de thé …


A posteriori, et après avoir lu tous les épisodes traduits, je crois que le tournant a été pris avec Le mambo des deux ours, très violent, très sombre et en même temps d’une énergie et d’un humour fracassants.


A lire pour tous les amateurs d’une des séries les plus allumées et drôles du polar qui pourtant en compte quelques unes.


Joe R. Lansdale / Les mécanos de Vénus (Savage season, 1990), Denoël/Sueurs froides (2014), traduit de l’américain par Bernard Blanc.

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5 juillet 2014 6 05 /07 /juillet /2014 11:46

Juin est terminé, derniers jours de classe, les soirées des différentes associations se sont accumulées … Le père de famille est sur les rotules. Il lui faut donc une lecture « facile ». Hop, un petit Elmore Leonard inédit. Cinglés !

Leonard-cingles

Nancy est une jeune femme qui adore faire tourner les hommes en bourrique. Juste pour rire. Ryan vient de démolir un contremaître mexicain à coups de batte de base-ball. Avant il lui est arrivé de cambrioler quelques maisons, là il ne sait pas trop ce qu’il va faire, son emploi comme ramasseur de concombres étant compromis par la raclée mise à son contremaitre. Quand Nancy le voit, elle se dit que ce spécimen pourrait bien être plus amusant que les autres …


Ce n’est sans doute pas le meilleur Elmore Leonard, mais c’est quand même très bon. Les dialogues, les personnages cools, l’écriture limpide, tout est au rendez-vous.


Ce qui est intéressant c’est de voir ce roman qui n’est plus tout jeune et où le Maître est bien plus noir et dérangeant que dans sa production plus récente. Si j’en crois le ouaibe, c’est même là un de ses premiers polars, quand il a décidé d’arrêter ses westerns qui étaient d’une tonalité beaucoup plus sombres.


Mine de rien, et sans jamais appuyer le trait (sinon ce ne serait pas du Leonard), Nancy est un véritable psychopathe, qui finit par foutre la trouille ! Et tout ça avec la légèreté et la simplicité apparente habituelle. Un roman de transition donc dont l’édition par Rivages est une excellente nouvelle pour les fans de Leonard qui pourraient voir là le chainon manquant entre ses deux types de production.


Elmore Leonard / Cinglés ! (The big bounce, 1969), Rivages/Noir (2014), traduit de l’américain par Elie Robert-Nicoud.

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2 juillet 2014 3 02 /07 /juillet /2014 19:43

C’est le premier roman de James Carlos Blake que je lis qui se déroule de nos jours. S’il change d’époque, on reste entre Mexique et USA dans La loi des Wolfes.

Blake

Dans la famille Wolfe on est trafiquant, de tout ce qui se trafique, de père en fils, et de mère en fille. Installés des deux côtés de la frontière entre le Mexique et les US ils trempent dans tous les trafics possibles et imaginables. Un avenir exaltant pour le jeune Eddie Gato Wolfe, mais un avenir qui se heurte à une règle inflexible du clan : Chez les Wolfe, on croit aux bienfaits de l’éducation, et il est hors de question de se lancer dans les affaires avant d’avoir obtenu un diplôme universitaire. Comme le jeune Eddie est têtu il « fugue » et va se louer comme garde du corps dans un des nombreux, et tristement célèbres cartels mexicains. Malheureusement, Eddie est têtu et imprudent, et pour les beaux yeux de Miranda, il tue un des chefs du cartel. Le voilà en fuite vers le Texas, avec une horde d’assassins aux trousses. Et bien trop orgueilleux pour demander l’aide du clan.


Un James Carlos Blake étonnant, assez atypique par certains côtés, fidèle à lui-même par d’autres.


On retrouve la violence, les relations familiales parfois complexes mais solides, l’Histoire racontée à travers l’histoire du crime. Comme toujours, dans La loi des Wolfe, il y a bien entendu une histoire très solide et fort mouvementée, mais aussi un tableau plus vaste. Un portrait de la frontière, de l’inutilité du mur construit entre USA et Mexique qui ne sert, finalement, qu’à enrichir les passeurs de toute sorte mais ne freine pas ceux qui n’ont d’autre choix que de traverser pour ne pas mourir de faim ; un Mexique complètement gangréné par l’argent et la puissance des narcos ; et les quantités d’argent colossales qui se gagnent aux limites de la légalité des deux côtés de la frontière avec ces trafics. Toujours aussi un côté western et grands espaces, même si l’action se passe de nos jours.


Mais atypique aussi, plus rapide, moins dense que certaines autres œuvres, mois lyrique. Un roman qui m’a fait penser à du Peckinpah. Montage alterné très efficace, scènes courtes, personnages croqués en quelques lignes, et après, attention les yeux, ça déménage … Un vrai plaisir, à déconseiller peut-être à ceux qui n’aiment pas trop les polars débordants de testostérone. Bien que l’un des personnages les plus étonnants soit une petite mamie, una abuelita, qui ne sort pas de sa maison … Pour les amateurs de Peckinpah, je confirme.


James Carlos Blake / La loi des Wolfe (The rules of Wolfes, 2013), Rivages/Thriller (2014), traduit de l’américain par Emmanuel Pailler.

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24 juin 2014 2 24 /06 /juin /2014 23:30

Comment une vie « normale » peut basculer en quelques secondes ? C’est, entre autres, ce qu’explore Une affaire de trois jours, premier roman traduit de l’américain Michael Kardos.

Kardos

Tous les ans depuis qu’ils ont quitté l’université, Will, ingénieur du son, Nolan politique en quête d’une élection nationale, Jeffrey, informaticien qui a fait fortune en créant une start-up et Evan, avocat newyorkais se retrouvent pour un week-end de golf. Cette fois, ils décident d’aller chez Will, dans le New Jersey. Jeffrey semble préoccupé, mais le repas du premier soir se passe bien quand il demande de s’arrêter à un drugstore. Il en sort en tenant une jeune femme par le bras. Will la croyant blessée et démarre au quart de tour en direction de l’hôpital. Le temps de s’apercevoir que son ami vient de braquer le drugstore et qu’il a pris la jeune fille en otage, il est déjà trop tard pour revenir en arrière. Les jours qui suivent vont leur changer la vie à tous.


Rien d’absolument original, ni les thématiques, ni dans le traitement, mais un bon polar, bien construit et bien écrit.


On a déjà lu et vu des variations autour du thème des amis d’université qui s’aperçoivent, peu à peu, que ce qu’ils prenaient pour une réelle amitié n’était qu’une camaraderie souvent scellée à la gnole qui résiste mal aux véritables ennuis … Ennuis qui révèlent peu à peu des jalousies, rancœurs et autres saloperies en général enfouies sous les blagues potaches et les bières.


On a aussi déjà lu et vu des histoires où un personnage tout ce qu’il y a d’ordinaire voit sa vie partir en vrille à partir d’un premier événement qui aurait pu paraître sans conséquences (mon premier souvenir du genre, qui est resté gravé dans ma mémoire étant After Hours de Martin Scorcese).


Déjà vu et lu, mais quand c’est bien fait, ça marche, et ici tout fonctionne parfaitement. Les flashbacks sont bien agencés, la succession de catastrophes très réussie. Et ce n’est pas le plus simple car il faut arriver à un niveau de calamité élevé par accumulation de mauvaises décisions, pour avoir un résultat incroyable, sans que jamais le lecteur ne doute de la possibilité d’en arriver là ni de la cohérence de l’ensemble.


En prime, l’auteur réserve quelques surprises assez bienvenues et fait très bien monter le suspense. Alors certes, ce n’est pas la lecture choc de l’année, mais c’est un roman très plaisant et fort bien fichu. Parfait pour les vacances.


Michael Kardos / Une affaire de trois jours (The three-day affair, 2012), Série Noire (2014), traduit de l’américain par Sébastien Guillot.

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18 juin 2014 3 18 /06 /juin /2014 21:42

Je ne vous cacherai pas que quand j’ai reçu La fille de femme-araignée d’Anne Hillerman, j’étais à la fois heureux et inquiet, impatient et anxieux. C’est sans doute pour cela que j’ai attendu un moment avant de le lire. Verdict : Anne a bien repris le flambeau, la police navajo est de retour.

Hillerman

En sortant du restaurant où il venait de prendre le petit-déjeuner avec ses anciens collègues, Joe Leaphorn, le légendaire lieutenant à la retraite devenu privé est abattu, sous les yeux de Bernadette Manuelito. Le tireur, un inconnu, réussit à prendre la fuite. Jim Chee se retrouve en charge de l’enquête et si Bernadette est sensée se tenir à l’écart (en tant que témoin, elle ne peut participer activement), on se doute bien qu’elle va désobéir aux ordres.


D’emblée Anne Hillerman tue le père : Joe Leaphorn au tapis dans les premières pages. Comme ça c’est fait, c’est une suite, c’est un hommage, mais c’est Bernadette qui prend le flambeau. Cela ne pouvait pas être plus clair …


Pour le reste, on retrouve avec un immense plaisir des personnages et des paysages que l’on croyait perdus à jamais pour nous, pauvres lecteurs fans de la Police de la Nation Navajo. Parce que si La fille de femme-Araignée n’est pas le meilleur de la série, il en est tout à fait digne, et c’est même un très bon épisode. On y retrouve tout ce qui a fait son succès : Une intrigue soignée, des personnages que l’on connaît, toujours aussi bien campés et dont on suit en même temps les enquêtes et la vie privée, de très belles descriptions des paysages, et un fond très documenté sur l’histoire, la culture et la vie quotidienne dans ce coin perdu des US qu’on a appris à connaître.


La patte de la fille, là où on voit de légères différences, c’est le choix de centrer l’histoire sur le personnage féminin de Bernadette, de mettre en avant ses relations avec sa mère et sa sœur (qui éclairent sur l’évolution d’une structure familiale originale en train de se diluer dans le mode de vie US), et de faire peut-être passer plus d’émotion que son père.


A signaler également un final assez costaud et très bien mené. Bref, du beau boulot, qui fait plaisir et qui donne envie de voir ce que va donner la suite.


Anne Hillerman / La fille de Femme-Araignée (Spider woman’s daughter, 2013), Rivages/Thriller (2014), traduit de l’américain par Pierre Bondil.

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15 juin 2014 7 15 /06 /juin /2014 11:27

En 2007, un des premiers romans à paraître dans la série noire nouveau format nous flanquait une immense claque dans la poire. C’était Manhattan grand-angle de l’américain Shannon Burke. Des années plus tard, le revoilà chez Sonatine avec ce 911 tout aussi marquant.

 

Burke-Shannon

Ollie Cross s’est engagé comme ambulancier à Harlem en attendant de réussir ses examens d’entrée en médecine. Il espère … Il espère quoi d’ailleurs ? Se rendre utile, aider, apprendre. En quelques semaines sa vie bascule, ses repères se diluent et il se sent un autre. Comme les anciens combattants, il sent que seuls ceux qui partagent son quotidien peuvent le comprendre, qu’ils sont devenus sa seule famille. Impossible d’expliquer, de faire ressentir ce qu’il vit au quotidien aux autres, ceux du dehors. La folie, la misère, la drogue, la haine, le désespoir … Et l’adrénaline, la toute-puissance de celui qui tient la vie d’un autre entre ses mains, et qui peut décider ce qu’il en fera. Descente aux enfers ou rédemption ?


Manhattan grand-angle était (est) un roman inoubliable, dans lequel la trame romanesque arrive à ajouter une histoire d’amour lumineuse et tragique sans jamais affadir ou affaiblir le propos et le constat.


911 est une chronique noire, sans intrigue (ou si peu) pour permettre au lecteur de se raccrocher à quelque chose. Seule interrogation, de quel côté va basculer le narrateur ? Dit avec un simplisme qui ne rend pas hommage à l’humanité du livre, vers le bien ou vers le mal ? Va-t-il, comme certains, s’autoriser à choisir ceux qu’il sauve et ceux qu’il laisse mourir ?


Pour le reste, bienvenue en enfer, avec quand même cette autre interrogation : De quel bois est donc fait cet auteur, qui a vécu les mêmes horreurs que le narrateur, pour avoir gardé une telle humanité ? Pour être capable d’autant d’empathie sans jamais pleurnicher, pour rendre aussi évidentes ces souffrances, cette rage sans jamais prêcher, sans jamais larmoyer ? Un sacré bonhomme sans doute, et un sacré écrivain de toute évidence.


Pour vous donner une idée, on ne peut s’empêcher de penser à Necropolis pour les descriptions, pour le constat, et pourtant, au désespoir macabre du roman de Lieberman, Shannon Burke répond par une foi dans l’humain qui résiste au pire, sans jamais tomber dans le pathos, l’apitoiement ou l’angélisme. Chez Burke les pauvres, les drogués, les miséreux sont des salauds, des pourris, ou des gens bien comme tout être humain, et si on trouve chez les ambulanciers des héros comme on peut en trouver en temps de guerre, tous ne sont pas non plus animés d’intentions pures et altruistes.


Au final, 911 est un très grand bouquin qui enrage, prend aux tripes, coupe le souffle, serre la gorge … Et arrive quand même à redonner un certain sourire. Putain de bouquin !


Shannon Burke / 911 (Black flies, 2008), Sonatine (2014), traduit de l’américain par Diniz Galhos.

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