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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 20:49

Pain, éducation, liberté conclue la trilogie de la crise du grec Petros Markaris. On ne peut que constater que la situation en France ressemble beaucoup à celle de la Grèce …

Markaris

Janvier 2014, la Grèce vient de sortir de l’euro et revient à la drachme. Par la même occasion le gouvernement annonce que les salaires des policiers ne seront pas payés pendant trois mois. Dans les rues les manifestations se succèdent et les gros bras de l’extrême droite s’en prennent aux immigrés. C’est dans cet ambiance détendue qu’un premier cadavre est retrouvé : un entrepreneur, qui pendant sa jeunesse avait été emprisonné par la dictature des colonels, mais qui, une fois la démocratie revenue, avait très bien su profiter de la légitimité politique acquise pour faire des affaires, de très bonnes affaires, quitte à renier ses idées de jeunesse. Le commissaire Charitos se retrouve avec une nouvelle affaire bras, une affaire qui a toutes les chances de dégénérer …


Après les banquiers et les gros fraudeurs du fisc, voici donc dans le collimateur de Petros Markaris la génération de ceux qui, s’appuyant sur leurs luttes et souffrances de jeunesse, ont fait main basse sur le pays et n’entendent pas lâcher le morceau.


Pour en revenir sur ce que j’écrivais en introduction, ce n’est surement pas en France que l’on trouvera des anciens « révolutionnaires », disons qui avaient 20 ans à la fin des années 60, qui ont mis les mains dans le pot de miel et se sont gavés tout en continuant à donner des leçons à tout le monde parce que EUX ils y étaient. Non, cela n’existe qu’en Grèce.


Autre exemple qui ne s’applique qu’à la Grèce, et surtout pas à la France, et encore moins en ces jours électoraux : Une jeune qui s’intéresse à la politique analyse ainsi les mouvements d’extrême droite d’Aube Dorée : Ils n’ont pas intérêt à ce que les immigrés disparaissent, car leur seul programme consiste à demander … leur disparition, et les partis « traditionnels » n’ont aucun intérêt à ce que l’extrême droite disparaisse, car c’est un bon sujet de peur et d’entente (sans parler d’articles à n’en plus finir).


Mais ça c’est en Grèce, pas ici. Ce n’est pas ici que la presse nous rabattrait les oreilles tous les jours avec un parti d’extrême droite qui gagne moins de 20 communes sur plus de 36000 …


Toute politique mise à part, ce troisième volume de la trilogue confirme ce que j’ai pu dire sur les deux premiers. Sans rien apporter de très nouveau en termes d’écriture, Petros Markaris utilise, et utilise très bien, les codes du polar pour éclairer un autre aspect de la crise grecque. L’humour fait passer les moments les plus sombres, la colère et la rage sont là, ainsi que la tendresse pour ceux qui souffrent et l’admiration pour ceux qui luttent.


C’est bien fait, c’est utile, très utile même et on passe un bon moment de pure lecture. Aucune raison de passer à côté donc.


Petros Markaris / Pain, éducation, liberté (Psomi, Paidia, Eleftheria, 2012), Seuil/Policiers (2014), traduit du grec par Michel Volkovitch.

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3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 21:34

La sortie de l’excellent Liquidations à la grecque était accompagnée d’une non moins excellente nouvelle : c’était le premier d’une trilogie consacrée à la crise en Grèce. Dont voici le deuxième volume, Le justicier d’Athènes, signé du toujours jeune Petros Markaris.

 

Markaris

La crise bat son plein à Athènes. Les manifestations se suivent et se ressemblent, le peuple meurt de faim, et le commissaire Charitos est le seul policier à ne rien faire : alors que tous sont pris par les manifs, même les assassins ont arrêté de bosser, pas la moindre affaire en cours. Jusqu'à ce qu’un corps soit retrouvé dans un site archéologique, empoisonné à la cigüe. Il s’avère qu’il s’agit d’un riche chirurgien, spécialiste de l’évasion fiscale, qui avait reçu, cinq jours auparavant l’ordre de payer à l’état ce qu’il lui devait sous peine d’être abattu.


Très rapidement le « Percepteur National » exécute un autre fraudeur, puis se félicite d’avoir réussi à faire rentrer 800 000 euros dans les caisses de l’état. Il n’en faut pas plus pour en faire un héros national, faire paniquer les politiques, et mettre le pauvre Charitos dans une sacré mouise, obligé d’arrêter un assassin que beaucoup voudraient comme ministre !


Je vais sans doute me répéter … Avec ce second volume de la crise Petros Markaris confirme : l’écriture et la construction ne sont pas d’une originalité folle, c’est du solide classique, c’est tout à fait dans la lignée des enquêteurs méditerranéens, comme Carvalho ou Montalbano, et c’est bon !


C’est bon parce qu’il arrive à s’attaquer à la situation grecque en en faisant ressentir la violence et la douleur, avec en particulier une ouverture qui fait vraiment mal aux tripes. Et c’est bon parce qu’il le fait en gardant un humour (grinçant mais un humour), et une énergie qui empêchent de désespérer complètement et de tomber dans la neurasthénie.


C’est bon aussi, ce justicier qui dézingue tous ces pourris. Je sais, je sais, on ne peut pas se réjouir d’un meurtre. Du moins pas en vrai. Je sais c’est mal. Mais là, c’est juste un exutoire, c’est pour de faux, et c’est bon ! Disons que ça met de meilleure humeur (même si c’est peut-être moins crédible) que de lire des récits de lynchages de roms …


Mention spéciale aussi aux apparitions télé des ministres interviewés. Ca sent le vécu, ils sont bien infects, lâches, menteurs comme on les connaît, et comme on les imagine en Grèce. Et c’est très drôle. Comme les roumégages (cherchez un peu, vous comprendrez) de Charitos et les proverbes de sa femme.

Et puis il y a les odeurs, les saveurs, les embouteillages d’Athènes, les démêlées avec sa famille, et le rappel, pas si inutile, de ce que certains ont sacrifié il n’y a pas si longtemps pour virer les militaires …


Alors voilà, faites-vous du bien le temps d’un roman, lisez Petros Markaris.


Deux petites infos pour finir : sur une thématique un peu semblable, il y a une vieille série noire qui fait du bien, ça s’appelait Tuez un salaud, et c’était signé Colonnel Durruti (tout un programme), je ne sais pas si on le trouve facilement.


Et Petros Markaris va être en France ces jours ci, entre autres à Toulouse pour Toulouse Polars du Sud du 11 au 13 octobre.


Petros Markaris / Le justicier d’Athènes (Pereosi, 2012), Seuil/Policiers (2013), traduit du grec par Michel Volkovitch.

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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 22:30

La toute jeune maison Ombres Noires ne fait pas dans la facilité. Pour son troisième titre (qui a été fort aimablement offert aux membres de 813), elle choisit de traduire un auteur allemand, pas franchement la nationalité la plus représentée chez nous … J’aurais aimé être enthousiaste, mais je dois avouer que La vérité sur Frankie de Tina Uebel ne m’a pas entièrement convaincu.

 

Uebel

Christoph, Judith et Emma sont étudiants à Hambourg. On pourrait les qualifier d’étudiants « mous ». Ils suivent des études, vont boire un verre de temps en temps, font la fête normalement, ne s’intéressent vraiment à rien en particulier, même pas à leurs études. Ils passent le temps. Jusqu’à ce qu’ils rencontrent Frankie, de dix ans leur ainé. Au bout de quelques temps, Frankie révèle à Christoph qu’il travaille dans les services secrets, et qu’il pourrait avoir besoin de son aide. Peu à peu, les trois jeunes gens vont se laisser entraîner dans une histoire inquiétante et disparaitre de la surface de la terre …


Impression mitigée pour ce roman. Certes il y a de bons côtés. Pour commencer le suspense créé par la structure narrative : le roman est une succession de transcriptions d’interviews des trois étudiants et, si on devine vite où est l’arnaque, on est quand même curieux de savoir jusqu’où cela va aller.


Intéressant également cette façon de mettre en scène la vacuité de nombreuses existences, la perte de valeurs et de culture politique, le manque d’attachement à quoique ce soit qui ne soit matériel, qui laisse la porte ouverte à tous les débordements, à toutes les manipulations et aux engagements les plus imbéciles.


Tout cela est plutôt bien. Le problème réside en partie dans la forme. Pour commencer l’auteur n’a pas réussi à me faire croire un seul instant à l’histoire (même s’il parait qu’elle est tirée d’un fait réel). Mais surtout le procédé, très répétitif (succession de transcriptions) s’il réussit à créer un suspense finit quand même par être lourd et ennuyeux vu qu’il ne se passe rien, ou pas grand-chose tout au long des quelques 400 pages.


Donc j’ai voulu finir, mais je dois avouer que j’ai un peu joué à saut mouton par-dessus quelques paragraphes, voire chapitres. Ce qui n’est pas bon signe. Mais peut-être suis-je passé à côté de quelque chose et je suis curieux de lire vos avis.


Tina Uebel / La vérité sur Frankie (Die wahrheit über Frankie, 2008), Ombres Noires (2013), traduit de l’allemand par Stéphanie Lux.

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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 22:09

Pas encore une nouveauté 2013, mais un reliquat 2012 pour attaquer les choses sérieuses en ce début d’année. Il s’agit du cinquième (et dernier) roman de la chronique de Breslau par Marek Krajewski : La forteresse Breslau.

Krajewski

1945, Breslau est sur la ligne de front. Alors que tous ceux qui peuvent ont fui, Eberhard Mock, qui a été brûlé au visage à Dresde a été suspendu de ses fonctions de flic de la criminelle et se demande ce qui le retient dans une ville en partie prise par les troupes soviétiques. Jusqu’à la découverte du cadavre d’une jeune fille violée et torturée, et la promesse faite à la comtesse von Mogmitz de retrouver le meurtrier … C’est donc dans une ville de cauchemar, à moitié détruite et dans l’attente de l’entrée des hordes rouges mais toujours aux mains des nazis et de la Gestapo qu’un Mock sans illusion va mener son enquête.


Je suis allé revoir ce que j’avais écrit sur les romans précédents, et je ne peux que me féliciter de la lucidité et de la finesse de mes analyses passées. En toute modestie. Plaisanterie mise à part, je confirme. Marek Krajewski s’est bonifié au fil des titres, il a atteint depuis deux ou trois romans une pleine maturité et, me semble-t-il, une maîtrise d’écriture et de construction en accord avec son projet.


Ici plus que jamais la personnalité paradoxale de l’enquêteur, capable du meilleur comme du pire, érudit raffiné pourfendeur du mal et en même temps capable de tuer ou de torturer pour arriver à ses fins est en accord avec le décor et l’époque. Les deux sont tout en clair obscur (avec plus d’obscur que de clair), et Mock défiguré, malmené mais opiniâtre est à l’image de sa ville, bombardée, affamée mais toujours debout …


Vision d’apocalypse à rapprocher des Démons de Berlin d’Ignacio del Valle, dans un tout autre style. Ici, même si cela semble difficile, tout est beaucoup plus flou, beaucoup plus mouvant. Mock est capable des pires bassesses comme des actions les plus nobles, tous avancent masqués (au sens propre pour notre « héros »), la victime peut se transformer en bourreau, le bourreau se révéler « presque » innocent.


C’est dans cet univers où rien n’est acquis sinon la catastrophe finale que nous plonge Marek Krajewski. Sans concession, sans pitié pour le lecteur ; mais aussi, comment pourrait-on imaginer qu’il puisse en être autrement dans un lieu où chacun lutte pour sa survie, un lieu contaminé depuis des années par la peste nazie venue se greffer sur une société de préjugés et de rancœurs ?


Alors certes ce n’est pas aimable, ni réconfortant, c’est déstabilisant, mais c’est fort, très fort, et au final voilà une série qui marque le lecteur et ne se laissera pas oublier de si tôt. Reste à savoir, le roman datant de 2006 en VO, comment Marek Krajewski a poursuivi son œuvre …


Marek Krajewski / La forteresse de Breslau (Festung Breslau, 2006), Série Noire (2012), traduit du polonais par Laurence Dyèvre.

PS. Pour ceux qui se poseraient la question, les différents volumes n’ont que peu de rapport les uns avec les autres et peuvent se lire séparément.

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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 21:54

Comme je l’écrivais dans mon dernier billet (et oui, je vieillis, je commence à faire de l’auto citation), ce sont les auteurs de polars qui se coltinent la crise actuelle. Et pas pour nous bassiner sur la nécessité de nous serrer la ceinture alors que d’autres se remplissent les poches. Non, juste en montrant les effets sur les gens, les vrais, pas les peignes-culs des agences de notation et les lèches-bottes de journalistes qui relaient servilement leur avis … Cette fois, direction la Grèce avec Liquidation à la grecque du vétéran Petros Markaris.

 

Markaris

Tout devrait aller bien pour le commissaire Charitos. Il marrie sa fille, il apprécie son gendre, il a une nouvelle voiture, et son chef ne l’emmerde pas trop. Mais rien ne peut aller bien pour un grec en ce moment. La crise et les régressions sociales imposées par l’Union Européenne, le FMI et toute la bande de vautours qui va avec, frappent la société de plein fouet. Les manifestations sont quotidiennes, circuler dans Athènes est impossible, et voilà qu’un individu commence à séparer proprement la tête du corps d’un certain nombre de banquiers, dirigeants d’agences de notation et autres prêteurs et usuriers. Dans le même temps une campagne d’affichage sauvage incite les gens à ne plus rembourser leurs crédits. Dure enquête pour Charitos : le « Robin des Banques » est malin, la pression des ministères énorme, et le public serait plutôt du côté du coupeur de têtes que de celui des victimes …


Une fois de plus, Petros Markaris délivre un polar solide, bien écrit et bien construit, classique dans sa construction et son écriture. On ne crie pas au génie, mais on se fait très plaisir.


Très plaisir entre autre grâce à ce sacré Charitos, son humanité, sa mauvaise humeur (assez proche de celle d’un Montalbano), son goût pour les bonnes choses (encore Montalbano ou Carvalho), ses engueulades avec sa femme … Voilà qui rajoute du piment et donne à la série sa chair et son cachet.

L’autre intérêt ici est de prendre la crise à bras le corps. Et de façon fort intelligente.


Première idée maline, Charitos s’y entendant à peu près autant que le lecteur moyen, les explications en économie qu’il subit sont aussi du bon niveau pour nous. Et pas trop nombreuses. Ensuite on ne peut être que séduit par l’idée de couper quelques têtes. Et même si ce n’est que par procuration, il faut avouer que ça fait du bien et qu’on rêve un peu de voir l’histoire devenir réalité …


Fort intelligente aussi car Markaris ne ménage personne.


Il rend très bien le fort ressentiment de la population envers ce nord de l’Europe qui lui fait la leçon, rend très bien l’arrogance des donneurs de leçon et des profiteurs du système, rend très bien l’exaspération au bord de l’explosion de gens qui, parfois, ont lutté au péril de leur vie contre une dictature militaire et se retrouve traités comme des gamins par des encravatés suffisants …


Mais ne cache pas non plus les responsabilités locales de gens qui ont cru, tout d’un coup, que l’argent tombait du ciel et qui ont tout sacrifié à l’enrichissement immédiat et sans effort, et de ceux qui en ont profité pour les plumer.


Bref, en Grèce comme ailleurs, ce sont bien les auteurs de polar qui se coltinent la réalité. Et de bien belle manière.


Petros Markaris / Liquidation à la grecque (Lixiprothesma dania, 2010), Seuil/Policiers (2012), traduit du grec par Michel Volkovitch.

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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 23:17

La mort à Breslau est le quatrième volume des aventures de Eberhard Mock flic de Breslau créé par le polonais Marek Krajewski. Après La fin du monde à Breslau, nous voici au début des années 30, au moment où le mouvement nazi monte en puissance et fait  peu à peu sentir son pouvoir de nuisance.


KrajewskiPrintemps 1933 à Breslau. Les nazis mettent la main sur la ville mais se heurtent toujours à la police locale, tenue de main de fer par Eberhard Mock, l’homme de l’ombre qui a des dossiers sur tous les personnages influents de la ville. C’est dans ces circonstances que Marietta von der Malten, jeune fille d’un aristocrate de Breslau est trouvée éventrée dans un wagon venant de Berlin. Dans son ventre, des scorpions noirs …


Pressé par tous de trouver un coupable, Mock livre un vieux juif fou qui fera un bouc émissaire idéal. Le baron von der Malten, pas convaincu, fait alors venir de Berlin un jeune flic talentueux pour qu’il reprenne l’enquête avec Mock. Une enquête qui va se perdre dans la nuit des temps.


Si j’en crois ce que j’ai lu à droite et à gauche sur les blogs, La mort à Breslau ne va pas être le succès polar de l’année. Je serai peut-être le seul, mais moi j’ai bien aimé.


Je trouve même que de titre en titre Marek Krajewski s’améliore, s’affine, se bonifie. Le premier m’avait complètement largué, perdu dans un fouillis informe, aux côtés d’un « héros » auquel je ne comprenais rien. Peu à peu Eberhard Mock émerge, personnage trouble, ambigu, brillant et impitoyable à la morale élastique qui sait toujours se ménager une porte de sortie. Mis à part son refus d’obéir aux nazis jugés trop incultes, il ne recule devant rien, capable de passer sans le moindre état d’âme d’un protecteur à l’autre. Comme il le dit, l’important est de trouver, pour chaque personne influente, l’étau dans lequel il pourra lui serrer le crane (orientation sexuelle, origine raciale, obédience politique ou philosophique, addiction … tout est bon).


Une fois de plus les amateurs d’intrigues en seront pour leurs frais. Il y a certes une enquête, des flics, un coupable découvert mais l’intérêt principal du roman n’est pas là. Outre le personnage de Mock, il est dans le rendu d’une atmosphère pesante, malsaine, où la propagande nazie est de plus en plus présente, où les persécutions contre les juifs, les malades, les francs-maçons … se dessinent. Une époque glauque parfaitement décrite, en accord avec le personnage principal.


Pas exactement ce qu’on pourrait définir comme « un bon thriller pour la plage » mais un excellent roman noir, dans le sens premier du terme, qui explore une époque et un lieu inhabituels, d’une façon fort originale à défaut d’être aimable.


Marek Krajewski / La mort à Breslau (Śmierć w Breslau, 2011), Série noire (2012), traduit du polonais par Charles Zaremba.

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5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 23:42

Avec Fin du monde à Breslau, Marek Krajewski livre le troisième épisode des aventures de Eberhard Mock, flic à Breslau dans les années 20. Je vous avais déjà parlé du second épisode, La peste à Breslau, ce que j’en disais reste, à peu de choses prêt, vrai pour le troisième.

 

KrajewskiBreslau fin des années 20. Un illuminé russe prévoit la fin du monde pour bientôt, Eberhard Mock est devenu une star de la police locale mais son mariage avec une jeune beauté aristocrate bat sérieusement de l’aile. Alors que soupçons et vengeance ravagent le couple, un tueur en série commence à semer les cadavres aux quatre coins de la ville. Des morts que rien ne semble relier et qui narguent Mock et toutes les forces de police de la ville. Jusqu’à ce qu’Eberhard fasse le lien entre ces meurtres et l’histoire criminelle de Breslau, un lien qui vient renforcer les prêches catastrophistes du russe. C’est au moment où il commence à entrevoir une solution que son épouse disparait …

 

Comme pour l’ouvrage précédent, même s’il y a un tueur en série et un flic, ce n’est pas dans l’intrigue qu’il faut chercher l’intérêt de ce roman. Il est ailleurs.

 

Dans le personnage central pour commencer. Un flic tout en clair obscur, avec plus de zones d’ombre que de lumière, un flic ambigu, pas forcément sympathique, pas forcément défendable, plus que borderline, et auquel on s’intéresse pourtant, à défaut de s’y attacher.

 

Dans la description d’une époque dont Mock est finalement l’incarnation parfaite. Une époque de transgressions, de montée de haines et d’obscurantismes, une époque parfaitement dépeinte par ses atmosphères nocturnes, avec des tavernes enfumées, des zones de brouillard … tout en clair obscur, comme Mock.

 

L’ensemble est oppressant, mais en même temps plein d’une vitalité grouillante, plus malsaine que joyeuse, malgré les agapes, les beuveries, la sensualité … Une vitalité qui ressemble à ce que l’on voit quand on retourne un gros caillou ou qu’on fouille dans les feuilles mortes …

 

Ce n’est pas forcément agréable, ce n’est pas joyeux, mais c’est de plus en plus maîtrisé et de plus en plus impressionnant. A découvrir par une belle journée ensoleillée d’été.

 

Marek Krajewski / Fin du monde à Breslau (Koniek świata w Breslau, 2003), Série Noire (2011), traduit du polonais par Charles Zaremba.

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14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 22:38

Une première chez Rivages (du moins, une première pour moi), un polar hongrois. Chouette ! J’aurais adoré être complètement conquis. Malheureusement ce n’est pas le cas. Mais ce n’est pas non plus une catastrophe. Avis mitigé donc pour Budapest la noire de Vilmos Kondor.

 

KondorBudapest, 1936. La premier ministre, ami de l’Allemagne nazie vient de mourir et la capitale s’apprête à lui faire des obsèques grandioses. Tous les policiers et tous les journalistes sont sur le pont. Mais cela ne passionne pas Zsigmond Gordon, chroniqueur judiciaire d’un grand journal. Dans l’indifférence générale il s’intéresse au cadavre d’une jeune femme juive trouvée sous le porche d’une rue mal famée. Elle semblait en bonne santé, n’avait avec elle qu’un livre de prières. Comment une jeune fille de bonne famille a-t-elle pu finir comme ça ? et pourquoi le chef de la criminelle avait-il, avant sa mort, sa photo dans un de ses tiroirs ? Autant de questions qui tardent à trouver des réponses, mais qui dérangent visiblement du beau monde …

 

« Située quelques années avant l’horreur nazie, cette histoire tragique dépasse, par l’ampleur de ses ramifications historiques, la simple résolution du mystère ». Lit-on en quatrième de couverture. Et c’est bien vrai. Mais c’est aussi là que réside le problème. Car si le fond est passionnant, surtout pour un ignare comme moi de l’histoire de la Hongrie, c’est dans la « résolution du mystère » que le roman pêche. Ainsi que dans la construction des personnages. Comme souvent, il m’est un peu difficile de dire exactement ce qui m’a laissé en dehors de l’histoire.

 

Le manque de chair des personnages pour commencer. On ne les « sent » pas, on ne perçoit pas leurs doutes, leurs souffrances, leurs colères. Ils ne sont pas incarnés, ils restent tout du long des personnages de papier, avec lesquels on ne se réjouit pas, qu’on ne hait pas, pour lesquels on ne tremble pas …

 

Le mystère ensuite, ou plutôt sa résolution. Car si l’explication finale tient bien la route, à plusieurs reprises je n’ai pas compris, ou senti, pourquoi tel ou tel personnage accepte, ou refuse, de parler au journaliste. Peut-être sommes nous trop habitués aux polars tordus, peut-être la situation était-elle plus « simple » en 1936 en Hongrie, mais j’ai trouvé que le bon Zsigmond avait bien de la chance avec des interlocuteurs qui lui lâchent les infos avec une grande bonne volonté au lieu de l’envoyer se faire voir, au mieux, de le passer à tabac, au pire.

 

Manque de métier ? Maladresse de débutant ? Peut-être, car il semble que cela soit un premier roman. Mais comme je l’écris en introduction, il y a aussi du bon dans « l’ampleur de ses ramifications historiques », dans la description d’un pays en train de passer à la dictature, dans la description d’un lieu dont je ne savais rien. Car si tout élève moyen de terminale n’ignore rien de la situation politique de la France, de l’Italie, de l’Allemagne, de l’URSS et de l’Espagne en 1936, que sait-il de celle de la Hongrie ? Rien.

 

C’est ce qui fait l’intérêt de ce roman. Cela et les descriptions de la ville, de ses environs, des cafés. Ainsi que le charme suranné des dialogues, très datés et, mais là ce n’est qu’une supposition, représentatifs d’un milieu et d’une époque.

 

La quatrième de couverture annonce une série. Je la suivrai, malgré mes réserves sur ce premier volume, en espérant que les défauts de jeunesse disparaitront et que la richesse du fond restera.

 

Vilmos Kondor / Budapest la noire (Budapest Noir, 2008), Rivages/Thriller (2011), traduit du hongrois par George Kassai et Gilles Bellamy.

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23 novembre 2010 2 23 /11 /novembre /2010 23:26

Je continue avec ma série d’enquêteurs méditerranéens. Après Petra et Fermín à Barcelone, voici le commissaire Charitos de Petros Markaris qui quitte Athènes pour Istanbul dans … L’empoisonneuse d’Istanbul.

 

MarkarisRien ne va plus dans la famille du commissaire Charitos. Sa fille, sa fille bien aimée se marie. Tout devrait donc aller pour le mieux. Mais elle refuse de se marier à l’église ! Elle réussit donc à se fâcher avec son père, sa mère et ses beaux parents. Pour faire passer la pilule, Charitos propose à sa moitié de faire un voyage à Istanbul, voyage dont elle rêve depuis longtemps. Mais là non plus il ne trouvera pas la paix. Il se retrouve obligé d’assister la police turque dans sa recherche d’une vieille femme, grecque originaire d’Istanbul, qui vient d’empoisonner son frère dans le nord de la Grèce et semble être maintenant en train de régler d’anciennes dettes dans sa ville natale à coups de tyropitas à l’insecticide. Les relations entre grecs et turcs étant ce qu’elles sont, voilà une mission qui va mettre à mal la patience, déjà très limitée, de notre commissaire.

 

Un très bon polar procédural. Si la forme et l’intrigue n’ont rien de révolutionnaire, les deux sont également soignées. Et c’est le reste qui fait l’intérêt de ce polar.

 

A commencer par les personnages, et l’humour de Charitos/Markaris. Un personnage d’enquêteur dans la grande tradition méditerranéenne (de la famille des Montalbano ou Carvalho) râleur, têtu et gastronome. Les relations toutes en piquants entre Charitos et se femme sont criantes de vérités. Elles recoupent les multiples discussions de Petra et Fermín sur le mariage, voilà une autre lien. Un sens de l’humour commun, méditerranéen ? Toujours est-il qu’on sourit beaucoup, et qu’on rit même parfois.

 

La description des compagnons du voyage organisé, de leurs réactions et commentaires est impitoyable et très drôle (et prouve que le consommateur de voyages organisés est universel dans sa manie de voir, là où il voyage, tout ce qui est moins bien que chez lui, et dans sa façon fort distinguée de le faire savoir à haute, voire très haute voix).

 

Et pour finir, il y a tout le fond historique, géographique et sociologique : histoire des grecs d’Istanbul, sociologie des minorités en Turquie, mais aussi des turcs quand ils émigrent, rivalité (quand ce n’est pas plus) entre grecs et turcs, description d’une ville complexe, contrastée, aussi injuste que fascinante … Une histoire que l’auteur, dont la famille est originaire d’Istanbul connaît bien.

 

Tout cela sans jamais sacrifier au récit. Autant d’excellentes raisons pour se précipiter sur ce polar.

 

Pétros Markaris / L’empoisonneuse d’Istanbul (Palia, poly Palia, 2008), Seuil/Policiers (2010), traduit du grec par Caroline Nicolas.

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12 mars 2010 5 12 /03 /mars /2010 22:42

Voilà un OLNI, comme moisson rouge sait en publier. Un peu comme Suburbio du brésilien Fernando Bonassi. Dans un genre différent, mais le fond l’est-il tellement ? Cette fois nous sommes en Russie, ou plus précisément en URSS, avec Racailles de Vladimir Kozlov.

URSS au temps de Gorbatchev. Une petite ville industrielle. Une cité, des usines chimiques. Ils sont jeunes, kozlovils vivent dans le quartier des Travailleurs. Rien ne les intéresse, surtout pas l’école. Seuls loisirs : picoler, baiser (avec ou sans le consentement de la demoiselle), se battre. Contre ceux d’autres quartiers, contre ceux qui sont un peu différents, contre les flics, entre eux. Avenir : aucun, espoirs : pas davantage.

S’il fait penser à Suburbio, c’est que, comme lui, ce roman est une chronique du vide. Même pas du désespoir qui est déjà une émotion, mais du vide complet. Et comme lui il raconte ce vide en utilisant une écriture sans concession, allant au bout de la logique du propos. Là s’arrête l’analogie.

Car là où, sur la fin, Suburbio révèle au final une structure et une montée dramatique, Racailles reste jusqu’à la fin un roman sans structure ni fil narratif. Comme la vie désespérante de ces jeunes souvent aussi méchants que bêtes. Ce sont eux qui racontent, l’un après l’autre. Ils racontent l’obsession du sexe (t’as déjà baisé ? qui baise ici ?), l’ennui, le vide comblé avec force vin rouge, vodka, ou tout autre alcool plus ou moins frelaté. Aucun plaisir. Jamais. Les cuites sont tristes, le sexe est morne (ils sont souvent trop bourrés pour s’en souvenir), les adultes au mieux absents, souvent violents, les niveaux d’analyse et de discussion au raz du bitume.

La prose aussi est morne, à leur image : peu de vocabulaire, répétitive, brutale, simpliste. Là encore, comme pour le manque de structure, l’auteur ose aller jusqu’au bout et ne triche pas. L’impact n’en est que plus fort. On peut juste se demander pourquoi et comment il a choisi les différents « épisodes », où commencer, où finir dans chronique désespérante.

Le résultat est étonnant et effarant. Il décrit avec précision ce qu’il reste d’humanité quand on enlève toute valeur, toute curiosité, toute trace de culture. En ce sens, même s’il est profondément russe, il se révèle universel. Désespérément universel.

Vladimir Kozlov / Racailles  (Gopniki), Moisson Rouge (2010), Traduit du russe par Thierry Marignac.
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  • : Le blog de Jean-Marc Laherrère
  • : Il sera essentiellement question de polars, mais pas seulement. Cinéma, BD, musique et coups de gueule pourront s'inviter. Jean-Marc Laherrère
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