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8 juillet 2014 2 08 /07 /juillet /2014 22:57

Le libanais, tous les lecteurs de Romanzo Criminale savent qui il est. Et devinent donc que Je suis le libanais de Giancarlo de Cataldo va revenir sur sa jeunesse.

DeCataldo

Années 70, Rome. Alors que dans les rues l’extrême droite et l’extrême gauche s’affrontent, dans la cour d’une prison le Libanais, petit truand né dans le Trastevere sauve la vie du neveu d’un chef de la camorra napolitaine. Quand le patron lui offre son amitié et la possibilité de participer au trafic de drogue, le Libanais voit enfin l’occasion qu’il attende depuis des années, celle qui pourrait faire de lui et de ses amis les rois de Rome. Mais pour cela il faut trouver une mise de fond initiale. En sortant il se retrouve partagé entre ses ambitions, ses amitiés et l’amour naissant d’une jeune étudiante gauchiste, prise elle dans le tourbillon des luttes politiques.


On ne va pas mentir, Je suis le libanais est loin d’avoir l’ampleur et la puissance de Romanzo Criminale. J’ai quand même pris beaucoup de plaisir à ce prélude écrit a posteriori. C’est court et nerveux, on y trouve la capacité de l’auteur à écrire sur l’histoire de son pays au travers d’histoires de crimes. Et n’oublions pas, pour les fans de Romanzo dont je suis, le plaisir de retrouver ces personnages ambigus, humains, ni idéalisés ni caricaturés, truands bien loin de la mythologie mafieuse à la Brando.


On pourrait d’ailleurs imaginer que ce court roman soit le premier d’une série qui verrait l’auteur explorer la jeunesse de certains autres personnages de son grand roman. Certains sont déjà là, silhouettes à peine croisées d’autres n’apparaissent pas. En attendant, peut-être, la prochaine œuvre de plus grande ampleur.


Giancarlo de Cataldo / Je suis le libanais (Io sono il Libanese, 2012), Métailié/Noir (2014), traduit de l’italien par Luca et Gisèle Toulouzan.

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27 juin 2014 5 27 /06 /juin /2014 22:28

Revoici le commissaire Ricciardi créé par Maurizio de Giovanni, cette fois c’est L’été du commissaire Ricciardi.

Giovanni

Naples, écrasée de chaleur en ce mois d’août 1931. Cette nuit, alors que la fête bat son plein sur la place, la Duchesse de Camparino est assassinée dans sa somptueuse demeure. Malheureusement pour le commissaire Ricciardi en charge de l’affaire, les suspects ne manquent pas, mais il sont tous très « sensibles ». La duchesse était belle, très belle, son mari vieux, très vieux. Son beau-fils la haïssait, mais il appartient à la grande société et a des contacts privilégiés avec les maîtres de Rome. Délicat à interroger donc. Son amant officiel, qu’elle trompait allègrement, est un journaliste en vue. Et la Duchesse faisait scandale. Une enquête pas si facile qu’il y parait, et dans laquelle Ricciardi et son adjoint devront marcher sur des œufs. Sans compter que la vie personnelle du commissaire se complique …


Dès le premier roman, la série Ricciardi a été intéressante. Il est d’autant plus remarquable de voir que, d’ouvrage en ouvrage, elle devient chaque fois plus passionnante. Le « printemps » montait d’un cran, cet été du commissaire Ricciardi hausse encore le niveau.


On retrouve la virtuosité dans la construction et la finesse de l’intrigue, auxquelles se rajoute ici un jeu de correspondances dans les actes des uns et des autres. On sent et on ressent le plaisir qu’à dû éprouver l’auteur à ces réponses, à ces similarités d’actions et de sentiments des différents protagonistes de l’histoire. C’est très bien amené, et c’est réjouissant.


Ce jeu, cependant n’a rien d’artificiel et ne diminue jamais l’empathie et l’émotion que dégage le roman. En faisant le choix d’un personnage central qui ressent, dans son âme, la dernière douleur des défunts, De Giovanni a fait un pari qui aurait pu se révéler catastrophique s’il avait cédé à la facilité du pathos, ou s’il s’en servait pour résoudre ses enquêtes. Maîtrisé de main de maître, cela devient extrêmement émouvant. On souffre avec Ricciardi, on souffre avec les victimes, de la jalousie, de la faim, du fascisme.


En toile de fond, le fascisme est de plus en plus présent, dans ses manifestations les plus brutales comme les plus sournoises. Et là encore, c’est fait sans insister lourdement.


Pour finir, un double suspense est en train de naître : Outre la résolution de l’intrigue, que va devenir la vie personnelle et sentimentale de Ricciardi ? Une question qui court tout au long des deux derniers épisodes, et qui reste ouverte. Ouverte et liée à une des thématiques centrales du roman : La jalousie, souvent présente dans les polars, ici superbement mise en scène.


Restent une exclamation : « Vivement l’automne ! » Et une interrogation angoissée : « Est-ce que ça va vraiment s’arrêter après le quatrième ? Faudra-t-il supplier Maurizio de Giovanni de continuer, ou est-ce déjà prévu ? »


En attendant, régalez-vous avec les plats de Lucia, les odeurs des fleurs d’Etorre, transpirez sous le soleil de plomb de Naples, lisez Maurizio de Giovanni.


Maurizio de Giovanni / L’été du commissaire Ricciardi (Il posto di ognuno, L’estate del comimissario Riciardi, 2009), Rivages/Noir (2014), traduit de l’italien par Odile Rousseau.

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18 avril 2014 5 18 /04 /avril /2014 16:49

Entre deux pavés, un roman de Massimo Carlotto fait parfaitement office de trou normand. C’est en général rapide, sacrément raide et ça décape les neurones ! Le souffle court ne fait pas exception.

Carlotto

Ils sont jeunes, cyniques, brillants et ambitieux. Ils en ont assez de subir la dictature des vieilles barbes qui ne veulent pas voir que le monde change. Ils ont décidé de prendre les choses en main, quitte à dégager les vieux. Ils sont quatre et se sont rencontrés en Angleterre où ils faisaient des études d’économie et ça va fumer. Seulement attention, si Inez navigue dans un milieu presque légal (les banques suisses), Zosim est dans la mafia russe, Mister Banerjee trafique dans la disparition de déchets hautement toxiques et les récupérations d’organes sur sujets vivants, et Giuseppe Cruciani a vendu ses parrains de la mafia calabraise … Des domaines d’activité très lucratifs, mais à haut risque. Tout ce beau monde, plus quelques narcos sud-américains, les services secrets russes et quelques autres malfaisants va se retrouver à Marseille où Bernadette Bourdet, flic plus que limite entend bien faire régner sa loi dans sa ville.


Ne cherchez pas les gentils, il n’y en a pas. Que des affreux, des infects, plus ou moins séduisants, plus ou moins salauds, plus ou moins prêts à verser eux-mêmes le sang de leur prochain, avec plus ou moins de raffinement dans la cruauté. Mais globalement que des fils de pute.


Et ça dégage, à toute allure. De Tchernobyl à Ciudad del Este (Paraguay), de Zurich à Marseille, de Milan à Alang (Inde), si des gens ont compris la mondialisation, ce sont bien les mafieux de tous bords.

Les quatre jeunes gens très propres sur eux sont d’autant plus dangereux et immondes qu’ils présentent bien et se gardent bien de tremper dans des affaires qui pourraient les mettre en contact avec les truands de la rue, ceux qui tuent, étripent, dealent. De parfaits représentants du capitalisme décomplexé et triomphant. Le tableau est sans pitié, l’écriture et les coups de griffes de Carlotto sanglants.


Deux cent pages à fond, qui se lisent le souffle coupé et le cœur au bord des lèvres.


Massimo Carlotto / Le souffle court (Respiro corto, 2012), Métailié (2014), traduit de l’italien par Serge Quadruppani.

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16 janvier 2014 4 16 /01 /janvier /2014 21:36

Si vous êtes un habitué de ce blog, vous le savez, en janvier outre la nouvelle année, il y a le Camilleri nouveau. Et quelle meilleure façon de commencer l’année que d’aller au soleil de Sicile avec le maestro de Vigata ? Le cru 2014 s’appelle La danse de la mouette.

 

Camilleri

Salvo Montalbano a prévu de prendre quelques jours de vacances avec Livia, sa copine génoise qui vient de le rejoindre à Vigata. Promis juré, il file au commissariat signer quelques papiers et à 16h00 dernier délai il est de retour, valises prêtes pour un petit voyage en amoureux. C’est alors que la femme de son adjoint Fazio vient le voir inquiète : son mari n’est pas rentré, depuis la veille au soir. Il était sorti appelé par le Dottore en personne. Panique à bord, Salvo n’a pas appelé son adjoint la veille ! Il invente un mensonge, se met dans un sacré embarras, mais surtout commence à paniquer. Fazio est sérieux et s’il a disparu, c’est qu’il a de graves, très graves ennuis.


Et c’est comme ça que ce bon Montalbano oublia complètement Livia qui l’attendait chez lui …


« Vivement janvier 2014 pour le prochain. » écrivis-je pirsonellement en pirsonne l’an dernier. Ben voilà, on y est et c’est toujours aussi bon.


Une fois de plus ma fille m’a regardé avec de grands yeux, peu habituée qu’elle est à me voir (et m’entendre), m’esclaffer bruyamment à la lecture de mes polars. Et là, j’avais déjà éclaté de rire plusieurs fois avant la fin du premier chapitre. Et noté soigneusement cette proposition montalbanesque pour changer le premier article de la constitution italienne : « L’Italie est une République fondée sur le trafic de drogue, le retard systématique et le bavardage dans le vide », article qui, soit-dit en passant, doit pouvoir être adapté, sans en changer grand-chose, et surtout pas la dernière partie, à notre beau pays …


Ceci mis à part, les dialogues sont surréalistes avec une maîtrise époustouflante du quiproquo, les relations entre Salvo et son entourage (Catarella bien entendu, mais aussi le questeur et son adjoint, ou le médecin légiste) sont autant d’occasion de nous faire éclater de rire et Andrea Camilleri joue merveilleusement avec le lecteur et sa connaissance de la série (en un mot il sous-entend qu’il sait que nous sommes intelligents, ce qui fait toujours plaisir).


En filigrane, le portrait sans pitié d’un pays pourri par l’affairisme et la corruption, mais également les portraits très humains et tendres (même si parfois sa tendresse est un poil rugueuse) de ses habitants. Disons de certains de ses habitants.


Et donc : Vivement janvier 2015 pour le prochain.


Andrea Camilleri / La danse de la mouette (La danza del gabbiano, 2009), Fleuve Noir (2014), traduit de l’italien par Serge Quadruppani.

 

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31 octobre 2013 4 31 /10 /octobre /2013 16:28

Je n’avais pas été totalement convaincu par le premier roman de Gioacchoino Criaco traduit chez Métailié. Mais j’y avais aimé suffisamment de choses pour tenter le second. Bonne pioche. J’ai dévoré American taste, impossible à lâcher dès la première page.

 

Criaco

Mister B., ancien héros du Vietnam, Andreï, ex tueur russe, Kismi Urruela, ancien de l’ETA, Hakim, trafiquant druze et Pierre Bondel, trafiquant français, petit fils de chef de clan calabrais se sont rencontrés à Fleury-Mérogis. Aujourd’hui ils s’apprêtent à s’enfuir, une évasion rocambolesque financée par don Gino, le grand-père de Pierre. Une fois dehors, ils n’ont qu’une envie, se venger de Bobby Biren, ancien Marine, à la tête d’un empire de produits de luxe, empire qui sert de façade à un réseau de trafic de drogue international. Car s’ils se trouvent en prison, c’est à cause de Bobby. Une guerre sans merci se prépare.


On a déjà lu des histoires d’évasion et de vengeance, elles sont vieilles comme le Comte de Montecristo. Cela n’empêche pas de prendre plaisir à celle-ci, menée à cent à l’heure, écrite direct à l’os avec une économie de moyen réjouissante.


De la campagne calabraise (toujours aussi belle sous la plume de Criaco) à New York en passant par la Crête ou Milan, l’auteur nous amène à toute vitesse et en profite pour tricoter un empire de chantage, industrie de luxe et trafic de drogue qui a toute les allures de la vérité. Les personnages sont tous bigger than life, les affreux sont de vrais affreux, les scènes de castagne sont jouissives, et on n’en apprécie que davantage les très belles pages décrivant un repos bien mérité dans un village méditerranéen oublié de tous.


Un vrai régal qui se déguste très noir et très serré.


Gioacchino Criaco / American taste (American taste, 2011), Métailié (2013), traduit de l’italien par Serge Quadruppani.

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9 septembre 2013 1 09 /09 /septembre /2013 22:25

J’ai déjà dit ici tout le bien que j’avais pensé du premier roman traduit de l’italien Maurizio De Giovanni. Je pense tout autant de bien de la suite de la série, Le printemps du commissaire Ricciardi.

 

DeGiovanni

Naples, 1931. Carmela Calise, usurière et cartomancienne des quartiers populaires est retrouvée assassinée, battue à mort. C’est au commissaire Ricciardi qu’incombe l’enquête. Ricciardi, qui met tout le monde mal à l’aise. Pas ouvertement hostile au régime, toujours subtilement ironique et désobéissant, ce fils d’une grande famille a un don particulier qui l’aide parfois, mais surtout le motive toujours à boucler ses enquêtes : Il perçoit, partout, la souffrance des morts et leurs dernières pensées. Cette motivation alliée à une grande intelligence et sensibilité font de lui un enquêteur hors pair. Et il aura besoin de tout son talent pour démêler le vrai du faux dans une ville rendue folle par les premiers effluves du printemps qui réveillent des désirs et des envies refoulés pendant tout l’hiver.


Ce qui frappe à la lecture de ce deuxième opus des aventures de Ricciardi c’est la virtuosité avec laquelle l’auteur construit une histoire par petites touches impressionnistes. On passe sans cesse d’un personnage à l’autre, d’un lieu à l’autre, à un rythme absolument époustouflant. De Giovanni, comme les meilleurs jongleurs garde toutes ses histoires en mouvement, les fait voler, virevolter, passer devant, derrière, haut dans le ciel, au raz du sol, sans jamais donner l’impression de peiner, sans jamais rien laisser tomber, jusqu’au salut final. Impressionnant.


Bien entendu ce n’est pas tout. Les personnages sont magnifiques, Ricciardi coincé dans son rapport aux vivants par la douleur que lui communiquent les morts, son adjoint qui ne sait comment aider un chef dont il pressent le malheur, et toutes une galerie de femmes napolitaines, belles et rebelles, victimes d’une société qui les oppressent qui se battent tous les jours, souffrent, pleurent mais repartent …


Et pour finir, quel beau portrait d’une ville massacrée par une architecture politique délirante dans son fantasme de grandeur pompier, mais quand même vivante, frémissante, éclatante à l’arrivée du printemps. Une ville où le régime mussolinien se fait sentir, sans que jamais l’auteur ne force le trait. On sait que le fascisme c’est mal, pas la peine de le répéter. Il lui suffit ici d’en montrer au détour d’une phrase, d’un dialogue ou d’un silence les effets concrets et délétères sur la vie quotidienne de gens, des habitants de la ville, ceux qui n’approuvent pas ni ne profitent, mais ne combattent pas non plus, ceux si nombreux qui se contentent d’essayer de vivre en subissant.


Un roman subtil, émouvant, magnifiquement écrit et construit. Un des grands romans de cette rentrée.


Maurizio De Giovanni / Le printemps du commissaire Ricciardi (La condana del sangue, La primavera del commissario Ricciardi, 2008), Rivages/Noir (2013), traduit de l’italien par odile Rousseau.

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27 août 2013 2 27 /08 /août /2013 23:13

Un livre à côté duquel j’étais passé l’an dernier. Et que j’ai lu grâce à l’ami Norbert : Tu es la mal de Roberto Costantini.

 

Costantini

1982, l’Italie est sur le point de gagner la coupe du monde de foot en Espagne. Michele Balistreri a fait beaucoup de conneries, avec ses amis d’extrême droite, puis dans les services secrets. Il est maintenant flic dans un quartier facile. Jusqu’au meurtre d’Elisa Sordi, superbe jeune femme qui travaille pour le cardinal Alessandrini. Son corps est retrouvé, torturé et mutilé, et Michele ne trouvera jamais son meurtrier. En 2006, l’histoire semble se répéter, l’Italie est de nouveau en final et la mère d’Elisa se suicide. Mais d’autres jeunes femmes sont de nouveau trouvées torturées … Michele mal en point et assagi va devoir retrouver sa rage intacte pour affronter des puissances qui le dépassent, du Vatican aux services secrets, et passant par les milieux d’affaire.


Rien de révolutionnaire, ni dans la construction ni dans l’écriture, mais un solide polar, bien construit, avec une bonne intrigue et un fond historique et politique bien documenté.


On prend plaisir à l’intrigue, même si certains retournements et coups de théâtres sont un peu forcés. Le héros principal, avec ses sérieuses zones d’ombre et ses colères mal dirigées qui se trompent de cible est ambigu, inhabituel et donc intéressant.


Mais ce qui fait sortir ce roman du lot du tout venant c’est la description des liens entre l’aristocratie italienne, le Vatican, le monde politique, les services secrets et l’extrême droite. Tout un réseau d’intérêts, de complicités, de magouilles allant jusqu’au meurtre. Un réseau déjà mis en scène par des gens comme De Cataldo, mais ici la répétition n’est pas inutile.


En résumé un polar solide, avec une bonne histoire qui dévoile quelques pans guère glorieux des trente dernières années de politique italienne.


Roberto Costantini / Tu es le mal (Tu sei il male, 2011), Presses de la cité/ Sang d’encre (2012), traduit de l’italien par Anaïs Bokobza.

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22 juin 2013 6 22 /06 /juin /2013 11:22

Sauf erreur de ma part, on a découvert en France Maurizio de Giovanni avec le premier roman d’une série se déroulant à Naples à l’époque fasciste. Et j’espère bien avoir un de ces jours des nouvelles du commissaire Ricciardi. En attendant, on peut patienter avec un autre roman, contemporain celui-là, La méthode du crocodile.

 

Giovanni

Naples. Un jeune dealer est abattu d’une balle dans la nuque. Pour la police, pas de doute, le meurtre est lié à la camorra. Seul l’inspecteur Lojacono, sicilien exilé à Naples suite à l’accusation mensongère d’un mafieux, n’est pas convaincu. Pour lui certains détails ne cadrent pas. Quand une jeune fille de bonne famille, sans lien apparent avec la première victime est abattue de la même façon, la presse s’affole, la police se retrouve sous pression, et Lojacomo se voit conforté dans son idée. Comme sur place on a trouvé des mouchoirs imbibés de liquide lacrymal, les journalistes tiennent leur scoop, le tueur devient Le crocodile.


Ce roman n’a pas la complexité, l’originalité et la profondeur de L’hiver du commissaire Ricciardi qui nous avait fait connaître l’auteur. Mais ce n’est pas une raison pour le bouder. Car s’il est moins riche, il reste un excellent divertissement, une intéressante variante du thème rabattu maintes fois du serial killer.


Tout d’abord parce que l’intrigue est tirée au cordeau, avec ce qu’il faut de tension et de relâchement, avec une maîtrise du rythme parfaite, jusqu’à l’emballement final, et surtout avec une façon très intéressante de frôler le cliché pour s’en écarter au dernier moment (lisez, vous comprendrez).


Ensuite parce que les personnages sont intéressants, avec ce qu’il faut de failles et de douleurs anciennes, et ce qu’il faut de force et d’obstination pour aller au bout de leur destin.


Et pour finir, comme dans le roman précédent, pour la vision d’une ville de Naples qu’il offre. Une ville loin des clichés, sans soleil, sans joie de vivre, où il est très facile de passer inaperçu et de ne parler à personne, où la camorra est certes présente partout, mais pas pour autant coupable de tous les crimes de la ville. Une ville grise, qui tourne le dos à la mer et se replie sur elle-même … c’est sûr, c’est pas avec ça qu’il va être embauché par l’office du tourisme …


En résumé, un excellent divertissement haut de gamme.


Maurizio de Giovanni / La méthode du crocodile (il metodo del coccodrillo, 2012), Fleuve noir (2013), traduit de l’italien par Jean-Luc Defromont.

 

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22 mai 2013 3 22 /05 /mai /2013 23:05

A la lecture de la quatrième de couverture il semblerait que j’ai raté deux romans de Gianni Biondillo chez Joëlle Losfeld. J’en suis fort marri. Car j’ai beaucoup aimé Le matériel du tueur, son troisième traduit en français, une belle révélation pour moi.

Biondillo

Etrange … Dans la banlieue de Milan un petit délinquant sans importance est libéré lors d’un transfert de la prison vers l’hôpital par un commando qui sent la mafia à plein nez. Mais pourquoi donc s’intéresseraient-ils à un africain paumé ramassé dans un bistro lors d’une bagarre à propos d’un match de foot ? A moins que les choses ne soient plus compliquées, et que le petit malfrat soit un gros, un très gros poisson. Qui, autre fait étrange, échappe sans peine à la traque d’Elena Rinaldi, une flic d’élite venue exprès de Rome. Une flic secondée par un local, le bougon mais étonnant inspecteur Ferraro.


Rien ici ne révolutionne le genre. Aucune des qualités de ce roman enthousiasmant n’est absolument nouvelle. C’est l’ensemble qui met en joie et fait réfléchir.


La structure est classique : D’un côté le tueur, que l’on suit sans vraiment savoir où il va ni quel est son but, et dont on découvre peu à peu le passé. D’un autre les deux flics qui le traquent et qui se font balader. Classique, mais très bien maîtrisée, aussi bien dans les aller-retour présent-passé que dans les passages d’un personnage à l’autre. Donc très efficace et plaisant à lire.


Les personnages eux aussi sont classiques : un tueur très bien entraîné qui poursuit un but que l’on découvre peu à peu, une flic coriace et à la dent dure et un autre dépressif et tête de lard. Trois archétypes. Encore faut-il savoir les manipuler. Et Gianni Biondillo le fait parfaitement. Il ne se contente pas du cliché, il lui donne une chair et une âme. Et surtout, il fait preuve d’un humour parfois ravageur. Les dialogues entre Ferraro et un collègue un poil extraterrestre sont des monuments du genre. Eclats de rire garantis. Les épisodes gastronomiques, quasi incontournables quand on est en Italie sont eux aussi très réussis. Prévoyez quelques antipasti pour quand vous refermez le bouquin, il donne faim. Et cela donne des goûts et des odeurs au texte.


Cet humour, cette énergie et ce plaisir de la narration font que les digressions assez nombreuses sur le passé colonial de l’Italie en Afrique, les circuits actuels de traite des migrants, ou les charmes historiques et artistiques de telle ou telle ville du nord de l’Italie ne sont jamais pesantes et ne donnent jamais l’impression de ralentir ou alourdir le récit. Au contraire, elles lui donnent une épaisseur et un intérêt qui ajoutent au plaisir de lecture.


On apprend en s’amusant. Et surtout on se régale. Une vraie découverte pour moi. Je ne sais pas si je vais trouver le temps de lire les deux premiers, mais il est certain que je ne raterai pas le suivant.


Gianni Biondillo / Le matériel du tueur (I materiali dell killer, 2011), Métailié (2013), traduit de l’italien par Serge Quadruppani.

 

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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 14:57

Un roman atypique chez Métailié, dans la suite italienne de Serge Quadruppani. Un texte court, plus un témoignage qu’un roman. Ce sont Les marques dans la peau de Stefano Tassinari.

 

Tassinari

Fin juillet, Gènes. Les altermondialistes du monde entier se sont retrouvés à Gènes, pour protester contre la tenue du G8. Ils savent qu’ils ne sont pas les bienvenus, ils voient que la ville a été transformée en une véritable place forte. Ils ne se doutent pas que le gouvernement italien a décidé de mener une véritable guerre. Caterina, jeune journaliste d’une radio alternative de Bologne est là pour couvrir l’événement, sans se douter que les trois jours vont changer sa vie.


Je ne vais pas prétendre qu’on a là le roman de l’année. Ni même un grand roman. A vrai dire, la qualité littéraire de l’ouvrage est moyenne. Sur la forme. Dialogues parfois maladroits, exposés souvent didactiques … On sent (à tord ou à raison) que l’auteur voulait témoigner et qu’il a choisi, de façon une peu artificielle, le cadre du roman, avec une vague intrigue policière.


Mais finalement, là n’est pas l’essentiel. L’essentiel est la mémoire. L’essentiel est, dans ce monde où un scandale, un événement chasse l’autre, de ne pas oublier. De ne pas oublier qu’en ce mois de juillet, à Gènes, nos gouvernants, les maîtres autoproclamés du monde, ont déclaré ouvertement la guerre au reste de l’humanité. Que cet été là, à Gènes, les patrons des huit puissances financières mondiales, aidés de leurs chiens de garde ont traités ceux qui protestaient comme l’ennemi dans une guerre où tout est permis. Tout car ils ont tout de leur côté : la police, l’armée, la justice et la grande majorité des média. Alors pour que la lutte de ceux qui ont eu le courage d’y être ne soit pas vaine, la moindre de choses est de se souvenir. Parce que cela arrivera de nouveau.


Les marques dans la peau est une façon de se souvenir. Peut-être pas la plus achevée d’un point de vue artistique, mais une façon. Charge à d’autres de reprendre le flambeau.


Stefano Tassinari / Les marques sur la peau (I segni sulla pelle, 2003), Métailié (2013), traduit de l’italien par Paola de Luca et Giséle Toulouzan.

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