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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 14:45

EllroyC’est l’histoire d’un braquage.

C’est l’histoire d’un lot d’émeraudes.

C’est l’histoire d’un gamin qui cherche sa mère.

C’est une histoire de rédemption.

C’est une histoire de mafia.

C’est une histoire de manipulations.

C’est l’histoire d’une vengeance.

C’est une histoire d’amour.

C’est une histoire de corruption et de magouilles.

C’est l’histoire d’une Rouge.

C’est une histoire de flics ripoux, de privés, de barbouzes et de truands.

C’est une histoire de folie.

C’est l’histoire de l’Amérique, d’Haïti et de la République Dominicaine entre 1968 et 1972.

C’est une histoire de sexe, de film porno et de meurtres.

C’est une histoire de femmes fortes et d’hommes qui doutent.

C’est une histoire de transe, de vaudou et de drogues.

C’est l’histoire de la fin du règne de Hoover, patron du FBI.

C’est l’histoire de l’élection de Nixon et de son premier mandat.

C’est tout ça, et c’est beaucoup plus que ça.

Le prologue, qui décrit le braquage, vaut à lui seul l’achat du bouquin. Les 840 pages qui suivent sont à l’avenant. Un conseil : évitez d’attaquer ce pavé si vous n’avez pas un minimum de temps à lui consacrer, au moins au début : Ca commence fort, il y a beaucoup de personnages, c’est dense, et il faut un peu s’accrocher au début. Après, on est emporté par le flot furieux.

 

Difficile d’écrire un papier structuré sur ce monument.

Stylistiquement et rythmiquement c’est impressionnant. Ellroy réussit, littéralement, à « manipuler » votre rythme respiratoire. J’ai eu une sensation d’essoufflement, j’ai eu l’impression d’étouffer, de suffoquer comme le personnage, j’ai eu le sentiment d’urgence qui pousse à lire, de plus en plus vite, à trébucher sur les mots, au diapason avec un personnage qui court contre le temps et la mort. Il « manipule » aussi votre cerveau, vous met, littéralement encore, à l’intérieur de la tête de ses personnages, vous fait suivre leur raisonnement, dans sa logique mais aussi dans ses sauts brusques, dans ses intuitions brutales.

Stylistiquement encore il épouse les délires verbaux de racistes effroyables, pour passer ensuite à l’argot de truands boirs, passe de la sécheresse d’un télex entre barbouzes à un article de journal, puis à la subjectivité d’un journal intime … Et tous sonnent vrais.

Impressionnant. Je ne lis pas Ellroy dans le texte, mais il faut souligner la qualité du travail de Jean-Paul Gratias son traducteur.

Et quels personnages ! Avec, en particulier, trois femmes extraordinaires (je vous les laisse découvrir) et toute la galerie ellroyienne, du flic ripoux et brutal aux privés fouille-merde spécialisés dans les divorces et autres coucheries, des tueurs sans pitié (dont un certain Jean-Philippe Mesplède) aux abrutis haineux d’extrême droite … Tous ces personnages auxquels il sait si bien donner chair et consistance. Pas de chevalier blanc, bien entendu, seulement quelques vrais pourris, et des « gris », avec leurs forces, leurs faiblesses, leur lot de saloperies, et la possibilité, toujours offerte de changer … souvent à cause d’une femme.

Et quelle maestria dans la maîtrise d’une intrigue d’une grande complexité, qui disparaît, semble oubliée, pour ressurgir au moment où on ne l’attend plus, et finir par donner un ensemble totalement cohérent, malgré les mille tours et détours de l’histoire.

Enfin, quel tableau de l’Amérique de ces années 68 / 72 ! Politique intérieure, politique extérieure, mafia, crime, mouvements sociaux, soutien aux pires dictatures dans les caraïbes, écrasement des mouvements pour les droits civiques, évolution lente des mentalités … Tout, tout est dit, et de quelle manière. Point besoin, après ça, d’aller consulter les livres d’histoire.

Un dernier point. Je sais bien qu’il ne faut pas essayer de faire dire aux romans et aux romanciers ce qu’on a envie d’entendre. Et je sais également qu’Ellroy a commencé à travailler sur sa trilogie il y a bien longtemps. N’empêche, cette phrase, que j’ai déjà citée hier :

« Les raids anti-Rouges. Les libertés individuelles suspendues, abrogées, écrasées, prohibées, supprimées. Les droits du Premier  amendement conchiés. Rafles politiquement motivées, emprisonnements sous de faux prétextes, expulsions selon le bon vouloir des autorités. Simultanément, résurgence des groupes anti-immigrants et du Klan. John Edgar Hoover mesura la force de la peur et l’exploita. »

résonne étrangement aujourd’hui non ?

On peut imaginer que ce n’est pas voulu …Quoique j’ai un peu de mal à imaginer qu’un écrivain aussi éblouissant dans sa maîtrise de la langue et de la construction, puisse écrire, sans se rendre compte des étranges parallèles avec l’époque actuelle, une phrase qui semble coller aussi parfaitement à l’Amérique post 11 septembre.

James Ellroy / Underworld USA  (Blood’s a rover, 2009), Rivages/Thriller (2009), Traduit de l’américain par Jean-Paul Gratias.

PS. Je ne l’ai pas écrit, mais vous aurez compris qu’il faut lire Underworld USA

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars américains
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commentaires

thierry Jourdain 31/01/2011 18:21



James Ellroy en guest pour SELF CONTROL CLUB http://www.dailymotion.com/video/xgr6on_self-control-club-teaser-3-with-james-ellroy_fun



Jean-Marc Laherrère 31/01/2011 18:24



Merci pour le lien.



Tietie007 21/09/2010 05:43



J'ai un peu de mal avec Ellroy, depuis la venue de son style télégraphique ...Mon préféré, de l'auteur, restera Le grand nulle part.



Jean-Marc Laherrère 21/09/2010 11:07



J'avais aussi un peu de mal avec son style télégraphique. Mais ce dernier roman revient justement à une écriture plus classique (plus classique pour du Ellroy, entendons nous bien !).



Xavier 17/08/2010 16:30



Après avoir lu ces derniers mois les deux premiers de la trilogie, le jouissif  American Tabloid et la suite le traînant et lourd American Deth Trip, je m'y suis mis. Je tiens le choc au
bout de 150 pages, j'attends quand même la déferlante espérant retrouver les vagues d'A Tabloid.


Tu as lu " La mélédiction d'Edger" de M. Dugain?
http://aupolicierchinois.over-blog.com/article-la-malediction-d-edgar-51373506.html



Jean-Marc Laherrère 17/08/2010 22:54



Ca peut mettre une peu de temps à se mettre en place. la déferlante ne devrait pas tarder.



meyer meyer 21/04/2010 23:58


Hou la la que j'ai eu du mal à entrer dans le bouquin. Il m'a fallu dans les 300 âges mais je me suis accroché. Pas de doute c'est bien fait. Quelle concision : Ellroy écrit en 1/2 page ce que
d'autres étire sur 2 ou 3 chapitres. J'ai quand même eu du mal avec cette foison de personnages, ces escapades à Haïti etc. J'avoue que je n'ai pas toujours saisi les motivations des personnages,
peut-être parce que je n'ai pas lu les 2 précédents volume. J'ai mis beaucoup de temps à le lire mais je reconnais que c'est un bon livre m^me si je n'ai pas vraiment succombé au charme. Pour ma
part j'ai poursuivi par la Vigie de Jonquet et exit le fantôme de Roth


Jean-Marc Laherrère 22/04/2010 10:44



Moi non plus je n'avais pas lu les deux précédents et j'ai eu du mal au début (une centaine de pages), après, le maelstrom ...



Coriolano 25/03/2010 15:54


Bon je viens de finir, j'ai relus les deux premier avant et donc je me suis envoyé la trilogie d'une traite.

Pour moi le dernier est le moins bon. L'histoire est incroyable de complexité et de construction mais j'ai trouvé qu'il a perdu de la force et de l'intensité en route. Et ces personnages sont
nettement en dessous de d'habitude, moins attachants et aussi moins crédible. Excellent roman quand même mais petite déception pour moi. J'en balance plus sur Bibliosurf.


Jean-Marc Laherrère 25/03/2010 23:25


Ouf ! Il fallait bien des avis divergeants sur ce bouquins. J'iari dès demain jeter un oeil sur la chronique sur bibliosurf.


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