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5 septembre 2007 3 05 /09 /septembre /2007 13:43

Né en 1954, Norman Green avait près de cinquante ans quand il a écrit son premier roman Shooting Dr Jack, traduit et publié en France à la série noire en 2005 sous le titre de Dr Jack. Dans la plus pure tradition des écrivains américains rugueux, il avait travaillé comme conducteur de camions, ouvrier dans le bâtiment, représentant de commerce, chef de travaux … avant de se lancer dans l’écriture. Heureusement qu’il s’y est mis. Il a déjà publié quatre romans aux USA.

 

Dès le coup d’essai, ce fut un coup de maître. Passé relativement inaperçu en France, Dr Jack était une magnifique découverte. Le cadre, morceau d’Enfer à deux rues des quartiers huppés de Brooklyn, était superbement rendu. Le talent de Green éclatait dans la construction des personnages : Fat Tommy, souriant, habillé classe, est le cerveau, grand spécialiste en relations humaines et commerciales ; Stoney, toujours de mauvais poil, à cran, alcoolique, vraie pile de nerfs qui règle les problèmes qui nécessitent un dur ; tous les deux au bord du gouffre, prêts à basculer à tout moment vers la générosité ou la cruauté. Le roman noir est un roman de la rupture, ici tout était au point de rupture, le quartier, les bâtiments, les gens.

 



On retrouve ces qualités dans L’ange de Montague Street. Nous sommes à Brooklyn au début des années soixante-dix. A 17 ans, Silvano Iurata a fuit le quartier et sa famille mafieuse. Il est parti après un grave conflit avec une partie de la Famille. Après quelques années passées à l’armée et dans les opérations spéciales de la CIA au Vietnam, il revient pour trouver ce qui est arrivé à son frère Noonie qui a disparu depuis quelques mois. Noonie aimé de tous, ami des marginaux, des cassés, des fous, était lui-même un jeune homme un peu simple, toujours heureux, sans la moindre once de méchanceté. Silvano revient avec sa hargne et sa rage, mais il sait qu’il devra faire très attention car ceux qui lui en voulaient quand il est parti sont toujours là, et sont devenus très puissants.

 

Même qualité dans la description du quartier, des rues, avec leur ambiance, leurs habitués, leurs odeurs, leur vie. Les personnages, marqués, tendus à la limite de la rupture, quand ils ne sont pas déjà totalement passé de l’autre côté de la folie, sont tous magnifiques, émouvants ou inquiétants, pathétiques ou effrayants. Le plus beau étant peut-être celui qu’on ne voit jamais, Noonie, mort avant le début du roman, dont on découvre un portrait lumineux au travers des témoignages de ceux qui l’ont côtoyé. Puis il y a Silvano, sorte de boule de rage en permanence au bord de l’explosion, qui voudrait bien savoir d’où lui vient sa colère.

 

L’intrigue est construite autour d’une double interrogation : Pourquoi Silvano est-il parti à dix-sept ans ? Qu’est-il arrivé à Noonie ? En passant de l’un à l’autre avec un sens du rythme impeccable, Norman Green construit un roman sur le fil du rasoir habité par des personnages inoubliables.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars américains
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commentaires

Gilles 13/07/2012 09:53


Bon Blog.


Savez vous pourquoi les romans suivant de Norman Greem n'ont ils jamais été traduits en francais ?


Les avez vous lu en anglais ?


Merci d'avance

Jean-Marc Laherrère 13/07/2012 10:06



Je ne lis malheureusement pas en anglais ...


Quant à savoir pourquoi les trois autres romans n'ont pas été traduits. Connaissant un tout petit peu Auréline Masson, directeur de la série noire, je peux tenter deux hypothèses :


1. Les deux premiers ne se sont pas du tout vendus et il n'a pas pu continuer à payer les droits et les frais de traduction pour un auteur qui ne marchait pas.


2. Ou bien les romans suivants lui ont parus plus faibles, ou dans un style qui ne correspondait plus à ce qu'il veut faire à la SN ...


Je vais lui demander, à tout hasard, mais il faudra être patient pour avoir la réponse parce que les vacances approchent à grands pas ...



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