Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 avril 2008 4 17 /04 /avril /2008 18:28

Cape Town, Afrique du Sud. Un des pays les plus dangereux au monde. Viols, meurtres, trafic de drogue, misère … La fin de l’apartheid a laissé la place à une ségrégation sociale presque aussi dure. Ali Neuman est zoulou et chef de la police criminelle de la ville. Avec l’attribution de la Coupe de Monde de foot en 2010, les instances politiques font pression pour faire baisser la criminalité. C’est qu’il ne faut pas effrayer les investisseurs … C’est alors que l’on trouve dans un parc de la ville le cadavre défiguré de la fille d’un ancien deuxième ligne Springbok. Les médias s’en mêlent, la vie de Neuman devient un enfer. L’autopsie révèle que la jeune femme avait dans le sang une nouvelle drogue, encore inconnue des services de police. Ali et ses deux adjoints ne savent pas qu’ils sont en train de mettre les pieds dans une affaire qui va complètement les dépasser.

Commençons par quelques généralités sur l’auteur. Caryl Férey aime voyager, de préférence dans des grands pays de rugby. Quand il ne situe pas ses romans dans sa Bretagne presque natale (Plutôt crever et La jambe gauche de Joe Strummer), il va en Australie (à peine au début de Utu), en Nouvelle-Zélande (Utu et Haka) et maintenant en Afrique du Sud. Une place en demi-finale de coupe de monde peut être due à la chance. L’Argentine sera une grande nation de rugby quand Caryl y situera un de ses polars.

Deuxième remarque, si Caryl Férey vous propose un jour une place dans un de ses polars refusez, faites vos bagages, et fuyez très vite et très loin. A part l’irlando-breton Mc Cash qui n’est pas franchement en bon état à la fin du second roman qui lui est consacré, les personnages de Caryl Férey n’ont aucune chance de devenir des personnages récurrents. Ils meurent en général dans d’abominables souffrances après en avoir pris plein la tête pendant 300 à 400 pages. A bon entendeur.

Zulu est bien dans la lignée. Comme la Nouvelle-Zélande d’Utu et Haka, l’Afrique du Sud de Zulu est sombre, sanglante, extrêmement violente, révoltante, désespérante. Ici la pression capitaliste est d’autant plus forte qu’elle s’exerce sur un pays en construction, une population misérable, inculte, au sein de laquelle les pires superstitions subsistent ; une population locale à laquelle viennent s’ajouter les éléments les plus violents et paumés en provenance des pays voisins en guerre.

Enfances dévastées, sida galopant, corruption, état totalement impuissant face à la main mise des gangs sur les townships … Le terrain de jeu idéal pour les grandes entreprises multinationales. Terrain de jeu où elles peuvent se permettre tout ce qui est interdit dans les pays un peu plus « policés ». Si on ajoute à cela que, des années après la fin de l’apartheid, les vieilles haines n’ont pas toutes disparues, on a une bonne idée de la couleur du tableau.

Dans ce chaos, comme toujours, Caryl Férey lâche ses personnages au milieu des fauves. Ecorchés, hantés et têtes dures, ou jeunes idéalistes pas totalement conscients de la violence du monde qu’ils doivent affronter, ils iront bien entendu jusqu’au bout, quoi qu’il leur en coûte. Malgré tout ce que l’on sait de l’auteur, ce que l’on sent dès le début, on ne peut s’empêcher de s’attacher à ses personnages flamboyants que l’on sait pourtant perdus d’avance.

Comme les romans précédents, Zulu est un thriller implacable, rageur, violent et lucide, qui fait souffler un grand vent de folie, secoue le lecteur, l’assomme, le révolte. Il est très dur, très sombre, mais une fois de plus passionnant et indispensable.

Caryl Férey / Zulu (série noire, 2008).

Partager cet article

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
commenter cet article

commentaires

jacques 27/02/2012 20:44


Depuis le temps qu'on me parle de Ferey , l'un des meilleurs auteurs français ,j'ai attaqué ses bouquins avec gourmandise..... eh bien  ça passe pas ...J'ai commençé par Haka ,  le
flic qui cherche sa fille qui est a coté de lui depuis le début.... j'ai eu du mal.mais j'ai fait l'effort d' aller jusqu'au bout . On m'a dit , Zulu c'est mieux .. ben non
ça passe toujours pas . Les bouquins de Ferey c'est une symphonie de la violence et des horreurs , ça en devient cocasse , à chaque nouveau personnage on se demande quelle est sa tare ( Violé
jeune, torturé ,cancéreux...) J'ai le sentiment que dans les polars et chez Ferey en particulier la violence c'est un peu la facilité , plus c'est trash mieux c'est ....En fait ce genre de
bouquin m'ennuie ! Dans cet univers je préfère et de loin Déon  Meyer ! Mais bon il en faut pour tous les gouts....

Jean-Marc Laherrère 27/02/2012 23:39



Il en faut pour tous les goûts effectivement, et il est difficile de nier que les romans de Caryl Férey soient très violents.


Je comprends que l'on puisse trouver cela trop poussé, presque artificiel.


Pour ma part j'aimer Caryl Férey ET Deon Meyer.



Pascale 15/06/2010 00:25



Ok, ça fait un siècle que le livre est paru mais il a bien fallu ça pour que je me résolve à ouvrir un polar français. Je sais bien, dit abruptement comme ça, c'est un peu con mais c'est comme
ça. Trop de déceptions. Tout ça pour dire que j'ai sauté le pas, acheté Zulu et lu l'opus.


C'est une vraie réussite, entre Deon meyer et Mma Ramotswe, une place originale.


Je vais lire les précédents. Eh oui.



Jean-Marc Laherrère 15/06/2010 15:10



Zulu c'est quand même un poil plus sanglant que Mma Ramotswe !


De férey il y a deux polars "voyageurs" et très durs (comme Zulu) Utu et Haka, et deux polars bretons, un tout petit peu moins rudes :  "plutôt crever" et "la jambe gauche de Joe Strummer".


Et on trouve tout ça chez folio.



Meyer Meyer 07/12/2009 19:47


Je n'avais pas été enthousiasmé par Utu (au contraire de ma petite femme). Résultat quand elle a acheté Zulu, je ne me suis pas précipité pour le lire. Eh bien, j'ai eu tort.
Ma petite Miss Blandish avait raison Ferey c'est très bien. Du coup à peine Zulu terminé, je viens d'entamer Haka. Les 40 premières pages me donnent un a priori favorable. Je crois que je
redonnerai une chance à Utu à travers une relecture.
Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis, ce qui tend à prouver que Meyer Meyer est loin d'être con !


Jean-Marc Laherrère 07/12/2009 22:35


Content de voir Caryl Férey convaincre les lecteurs.
Et étonnant, parce que, même si Zulu est particulièrement maîtrisé, je trouve que le style Férey était déjà là dans Utu et Haka. Peut-être aussi une question de moment, ou d'humeur.
Enfin bonne lecture, bien noire, avec ces deux là.


Nicolas 30/07/2009 11:41

Livre exceptionnel grâce à un duo fascinant de héros (Ali Neuman, et surtout Brian Epkeen !!!) qui rejoint celui de Ellroy dans "Le Grand Nulle Part" dans mon panthéon perso...

Noir, très noir...avec une petite lueur encore, là-bas, au fond...
Séquence finale admirable.

Bravo M. Ferey pour votre triptyque de l'hémisphère Sud !

Jean-Marc Laherrère 30/07/2009 14:42


Un Trip tique qui devrait, comme les mousquetaires, passer à 4 car on annonce en cours d'écriture un roman se déroulant en Argentine.


Nicolas 05/07/2009 18:24

Acheté également, à la suite de ma lecture très plaisante du dyptique HAKA/UTU !!!

Il semble avoir encore gagné en puissance et en force d'écriture

Que valent les 2 autres publiés en folio ? (ils me tentent nettement moins)

Merci

Jean-Marc Laherrère 05/07/2009 20:07


Les deux folio sont un peu moins puissants, mais cela reste du Caryl férey, avec sa noirceur et son écriture.
Et un peu moins puissant que Haka, Utu ou Zulu, ça reste quand même quelque chose qui peut secouer !


Présentation

  • : Le blog de Jean-Marc Laherrère
  • : Il sera essentiellement question de polars, mais pas seulement. Cinéma, BD, musique et coups de gueule pourront s'inviter. Jean-Marc Laherrère
  • Contact