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7 août 2008 4 07 /08 /août /2008 23:54

Voilà donc le deuxième volet de Millenium. Bizarrement, ceux qui ont résisté à la milleliumania l’ont en général trouvé moins bon, l’effet de surprise émoussé, ils ont commencé à s’ennuyer. Les fans le jugent souvent plus nerveux, plus thriller.

Quant à moi, je l’ai trouvé assez semblable au premier, avec les mêmes défauts et les mêmes qualités : Il faut encore presque 300 pages (la moitié) pour qu’on soit vraiment pris par la traque et la course de vitesse entre la police, Mikael, Lesbeth et les tueurs, ensuite, on a envie d’aller au bout, pour savoir. La fin, malheureusement, est d’un grand guignol ahurissant, j’y reviens plus loin.

 

Je voudrais tout d’abord revenir sur une certaine lourdeur du style qui m’avait gênée dans le premier, et commence à m’agacer sérieusement au bout d’un bon millier de pages. Voici un exemple type de ce qui m’agace. Page 107, Larsson parle de la thèse de la criminologue bientôt changée en viande froide :

« Le titre était pour le moins ironique – bons baisers de Russie, allusion évidente au 007 classique d’Ian Flemming. »

Pourquoi est-ce que cela m’agace ? Tout simplement parce que je n’ai pas besoin que l’on m’explique que « bons baisers de Russie » est le titre d’un James Bond. J’ai l’impression d’être dans une série télé avec rires enregistrés pour m’expliquer ce qu’il y a de drôle. De deux choses l’une, soit Stieg Larsson prend son lecteur pour un analphabète inculte, soit il est tellement content de son astuce (qui n’est quand même pas le summum de l’humour) qu’il se croit obligé de l’expliquer, pour nous montrer comme il est drôle et cultivé. Que ce soit l’un ou l’autre, ça m’agace.

Lisez Ken Bruen par exemple. Ses romans R&B sont très courts et percutants. L’affreux Brant a un chien qu’il appelle Meyer Meyer. Ken Bruen n’écrirait jamais une phrase pour expliquer que Meyer Meyer est un personnage du 87° district de McBain. Par contre, Brant pourra l’expliquer à un curieux au détour d’une phrase. Cela semble un détail, mais cela fait la différence entre un journaliste qui a une histoire mais ne sait pas vraiment la raconter, et un véritable écrivain.

Autre exemple. Quand Mikael va voir un flic ripoux qu’il s’apprête à dénoncer, ce dernier lui propose un marché en échange de son silence. Voilà ce qu’écrit Larsson :

« Il n’avait pas l’intention de marchander avec Björck et, quoi qu’il arrive, il le dénoncerait. Par contre, Mikael se savait suffisamment dépourvu de scrupules pour jouer double jeu et passer un accord avec Björck. Il ne ressentait aucune mauvaise conscience. Björk était un pourri. S’il connaissait le nom d’un meurtrier possible, son boulot était d’intervenir – pas d’utiliser cette information pour un marchandage à son profit. Mikael n’avait aucun problème à laisser Björck espérer qu’il ait une voie de sortie s’il livrait des informations sur un autre pourri. »

Voilà, un paragraphe entier pour expliquer ce que va faire Mikael, et justifier cette action. Si l’auteur, au bout de 1000 pages, est encore obligé d’expliquer ainsi une action de son personnage principal c’est qu’il y a un problème quelque part. Qu’il l’a mal décrit avant, qu’il ne fait pas confiance à son lecteur, ou que, d’une certaine façon, il sent qu’il y a un manque de cohérence dans ce personnage. Une fois de plus, Ken Bruen dans la même situation n’aurait eu aucun besoin d’expliciter une réaction de Brant, elle aurait été évidente pour le lecteur.

Pas étonnant, avec toutes ces redondances et explications inutiles qu’ensuite les romans soient épais …

 

Revenons au final maintenant et à SuperLisbeth. Dans le premier Lisbeth est déjà un sacré numéro : super intelligente, super hacker. Dans le deux, elle dégomme, avec ses 42 kg, deux malabars rompus à la castagne, et vient même à bout d’un monstre de 2 m et 120 kg insensible à la douleur et d’un ex super agent du super KGB. James Bond et Luke Skywalker n’ont qu’à bien se tenir ! Accessoirement Dark Vador, pardon, le méchant du KGB est son père et le monstre son demi-frère.

Avant de les castagner, elle a battu tous les champions d’échec de Suède les yeux fermés, et, au moment même où elle menait l’assaut de la ferme où se trouve les méchants, d’un coup, a résolu le théorème de Fermat. Si si, elle peut le faire. Bon comme Stieg Larsson n’est pas aussi intelligent qu’elle, il ne nous donne pas l’explication. Dommage.

Pour finir, la fin est d’une incohérence totale : Lisbeth, super génie ayant travaillé pour un boite de sécurité et ayant truffé son appartement de caméras ne se doute pas un instant que son cher papa, pourtant super espion, a truffé, lui aussi, sa ferme de détecteurs et autres senseurs. Donc elle se fait gauler. Et son super espion/tueur de père lui flanque trois balles dans le corps, puis, pas très pro, l’enterre sans même vérifier si elle est morte. Ensuite avec quand même une balle dans le crâne, elle se déterre, revient à la ferme, décanille son papa chéri à coup de hache, et fait fuir le monstre rien que sur sa sale tronche.

Je vous jure, je n’invente rien, je résume. Bon, je crois que je vais rater le 3, où on va sans doute découvrir qu’en fait elle a battu plusieurs fois Bobby Fisher aux échecs, ce qui explique sa déprime et sa folie, et qu’en se battant à mains nue contre des moines du shaolin elle a découvert où se cachait la matière manquante de l’univers, le tout sans même bouger les oreilles.

Je me demande bien comment Tarantino a pu la rater pour Kill Bill. Ciao, Jean-Marc un peu fumasse.

Stieg Larsson / La fille qui rêvait d’une bidon d’essence et d’une allumette (Millenium II)  (Flickan som lekte med elden, 2006), Actes Sud/Actes noirs (2006). Traduction du suédois par Lena Grumbach et Marc de Gouvenain.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars scandinaves
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commentaires

Norbert 07/03/2014 08:29


Je commente ce sujet certes 4 ans après, mais c'est pour espérer que des nouveaux fans de Millenium tomberont sur mon commentaire après avoir cherché des infos sur le 4e tome de Millenium qu'on
nous annonce. Sachez, cher fans français, qu'il est déjà sorti, mais aux éditions Stock cette fois-ci, et en deux volumes : "Une terre si froide" et "Dans la rue j'entends les sirènes". Ceci est
un choix éditorial français, mais qui correspond bien au gros roman suédois paru en un seul volume de 800 pages sous le titre de "L'homme qui dans la rue entend les sirènes sur une terre si
froide". Quant à l'auteur, il s'agit de Adrian McKinty, qui fut un grand ami de Stieg Larsson et l'aida à rédiger les trois premiers tomes.


Voilà pour ces infos exclusives, alors maintenant : courrez acheter ces deux nouveaux volumes de Millenium (un conseil : demandez à votre libraire les deux derniers romans d'Adrian McKinty, ce
sera plus simple, votre libraire comprendra) !!

Jean-Marc Laherrère 07/03/2014 19:36



Bravo !!



Laurie 12/10/2010 21:33



Je suis désolée d'écrire si tard. J'ai voulu m'en empêcher : quel est l'intérêt maintenant ? Mais non, j'ai quand même envie de donner mon avis. Et puis les gens qui pensent comme moi et qui
doivent être très nombreux sont largement sous représenté dans cette discussion. Oui, ils ne vont sans doute par  voir votre blog (et j'avoue y être moi même tombé complètement par hasard en
faisant une recherche sur Millénium).


En fait, j'ai l'impression de lire une discussion entre intellectuels sur un livre qui a fait rêvé les imbéciles avec des énormités telles qu'il paraît pour vous totalement inconcevable d'y
trouver de l'intérêt. Je crois que vous oublier le but premier de la lecture. Vous savez, quand vous êtes jeunes et que vos parents vous lisent Cendrillon. Vous êtes naifs mais quand même,
pas à ce point. Le prince charmant n'existe pas et les contes de fées ne se réalisent jamais. Pourtant, à cette époque, les enfants n'analysent pas les bouquins qu'ont leur lit. Ils écoutent,
pleins d'attention, en rêvant que toutes ces choses leur arrivent un jour. C'est ridicule, les histoires sont quasiment toutes les mêmes. En grandissant, on veut autre chose que des princes
charmants, ou des animaux qui parlent et accomplissent des miracles. Mais l'objectif reste toujours le même : se divertir. Enfin je crois. Et Millénium, c'est du divertissement. Le personnage de
Lisbeth est sans doute trop caricaturé, je pense au théorème de Fermat notament, il est vrai que c'est tiré par les cheveux. Mais pour cette histoire de camera de surveillance, vous manquez
d'imagination. Vous êtes lecteur, vous êtes extérieur, et quel dommage, vous n'étiez pas "dedans" . Mais réfléchissez un instant. Lisbeth est peut être pragmatique et intelligente et hyper douée
en informatique et asociable et insensible, elle n'en reste pas moins une humaine. Son père à détruit sa famille, il a détruit sa vie, à elle. Et maintenant elle à l'occasion de se venger. Il y a
une expression qui exprime ça, je ne sais plus, être sur que tout est ok, vérifier plusieurs fois, et loupé la chose la plus évidente.


Bref. Je crois que vous ne comprendrez pas. Mais en fait, j'étais surtout énervée après avoir lu le commentaire d'Hubert Nysson." j’ai entrepris de les interroger et ce fut pour m’apercevoir
d’abord que, même parmi les plus enthousiastes, il n’y en avait pas un sur trente qui fût capable de nommer l’auteur. Stieg Larsson ? Ah bon, je ne me souvenais pas. Deux ou trois avaient tout de
même suggéré que c’était l’œuvre de Stig Dagerman… Au secours ! "


C'est ce ton supérieur que je ne supporterai jamais. Oui, certaines personnes ne regardent pas les auteurs, s'en fichent complètement d'ailleurs. Mais ils lisent les histoires, et soyez en sur,
la plupart apprécieront les livres beaucoup plus que vous le faites. Et vous trouverez sans doute que c'est un manque de respect que de ne pas connaitre le nom de l'auteur, je pense qu'il est
plus appréciable pour un auteur d'être lu aussi passionément que décortiqué et analysé.


Bien le bonsoir.



Jean-Marc Laherrère 12/10/2010 23:37



Bonjour,


Oui je suis resté extérieur, et j'ai essayé d'expliquer, dans une note assez longue et détaillée, pourquoi. Je suis resté extérieur essentiellement pour deux raisons : Je trouve le roman assez
moyennement écrit, et je ne crois pas un instant aux personnages.


Je veux bien qu'on me vende une super woman, mais alors il ne faut pas essayer de me faire croire que tout est réaliste. Lisez Transparence d'Ayerdhal, il y a une sorte de Liz dedans, sauf que
celle là on y croit (ou du moins, moi j'y crois).


Je n'ai pas voulu détailler tout ce qui me gène dans Millenium, mais il y a un gros manque de cohérence dans les personnages.


Et pourtant, contrairement à ce que vous semblez croire, j'aime viscéralement beaucoup de livres, sans chercher à les disséquer. Une fois que j'ai aimé, ou non, comme je tiens un blog et que
j'essaie de donner les raisons de mes goûts, je réfélchis deux minutes pour essayer de comprendre pourquoi j'ai aimé, ou non.  Mais seulement après.


Et j'aime les contes de fées !! Je me régale à lire Roal Dahl à mes gamins, beaucoup plus qu'à Millenium.


Et je ne crois pas avoir laissé entendre, à aucun endroit, que je trouvait qu'oublier le nom de l'auteur est un manque de respect ...


Maintenant, si vous voulez avoir une idée de ce que j'aime, si vous voulez savoir si je suis un "affreux intellectuel" ou juste un amateur qui ne revendique rien d'autre que le droit d'aimer ou
pas un roman indépendamment de ce qu'en pensent les autres, prenez la peine de parcourir quelques uns des autres articles ...


 



Meyer Meyer 02/12/2009 23:05


Bien sévère ces appréciations sur la trilogie de Stieg Larsson. D'accord la traduction est très mauvaise (je ne connais pas le suédois, mais la VF est truffé de fautes de Français, voir l'article
qui est accessible sur le site du Nouvel Obs), l'intrigue est assez irréaliste (surtout à cause du personnage de Lisbeth), bien sûr la psychologie des personnages est un peu superficielle. Mais
quand avant de finir de lire le 1er roman , j'avais déjà acheter le 27me et que fut longue l'attente pour le 3ème. Bref je suis tombé dans le piège et j'ai aimé.C'est pareil pour ma petite Miss
Blandish (mon épouse).


Jean-Marc Laherrère 02/12/2009 23:56


Je sais, je suis un des rares à être resté de marbre.
Il y a quelque chose dans cette trilogie qui a plu à plein de gens, des gens qui pourtant sont en général d'accord avec mes retrictions mais disent avoir quand même aimé.
Finalement, tant pis pour moi.


A_girl_from_earth 24/05/2009 13:21

Je rebondis un peu tardivement sur cet article sur lequel je suis tombée par hasard, actualités oblige, bon je sais, "ça suffit comme ça" dit le titre du billet et je viens le remonter de ses archives où il était si bien enfoui, mais je n'ai pas pu m'empêcher de vouloir rajouter mon grain de sel.:)
Juste pour dire que mon sentiment par rapport au succès de cette série, c'est qu'il est probablement dû au fait que le lecteur lambda y trouve peut-être tout simplement un plaisir de lecture assimilable au plaisir qu'on peut avoir en retrouvant les joies du grand huit, où on ne cherche pas à comprendre si le fait de faire 3 loopings dans le vide a vraiment du sens et où on se laisse juste porter par le plaisir du vertige. J'étais aussi sceptique que toi en sortant du tome 1 que j'avais bien aimé sans plus, l'intrigue me semblait somme toute plutôt banael, etc, par contre j'étais à fond dedans dans le tome 2 et je dois dire que cette série m'a sauvée d'une panne de lecture qui avait duré près d'un an, tellement elle m'avait absorbée/captivée comme ça faisait longtemps que je ne l'avais pas été. Les intrigues ne sont pas exceptionnelles, c'est vrai, elles sont même tirées par les cheveux, c'est vrai aussi que c'est dur de crier au génial! excellent! Larsson n'a pas inventé la poudre avec cette série mais je comprends que sa Lisbeth, pour improbable qu'elle soit, fascine et intrigue tant de lecteurs.
C'est un peu le même genre de phénomène que les Harry Potter et autres séries qui suscitent un réel engouement du public, elles ne parleront peut-être pas aux "puristes" et lecteurs aguerris qui en ont vu d'autres si je puis dire, mais elles procureront un vrai plaisir de lecture aux lecteurs ordinaires qui ne demandent que du rêve et de sortir de leur quotidien planplan.:)
Enfin c'est comme ça que je m'explique la chose.

Jean-Marc Laherrère 24/05/2009 16:13


C'est une explication, qui tient très certainement la route car, au final, la trilogie a vraiment des milliers et des milliers de fans ...


Critiquator 11/03/2009 09:39

J'ai noté la liste que vous proposez (dont quelques noms me sont connus) et j'en profite pour voir ce qui en est dit sur votre blog très incitatif. Dans le domaine qui nous a occupé avec cet échange, j'ai bien aimé des auteurs connus pour leur littérature de dénonciation (qui n'empêche pas d'être aussi littérature), outre Didier Daeninckx, Wu Ming (constructions narratives magistrales), Patrick Bard (dont même le roman historique "Le Chien de Dieu" donne de l'engagement une image complexe et passionnante), Doa dont je suis en train de découvrir "Citoyens Clandestins", etc ...(j'ai apprécié aussi Quadruppani) et j'ajouterai un auteur que vous n'avez pas encore recensé : Philippe Cougrand, qui navigue avec plusieurs carburants, de la satire la plus hargneuse à l'écriture la plus somptueuse et variée, en simplifiant ( Folies Batignolles, et Permis de Nuire pour l'un , et Garonne Amère, Mortel Estuaire ou L'Ours Pédeur, pour l'autre ) ! Encore merci pour votre activité de passeur exigeant.

Jean-Marc Laherrère 11/03/2009 23:27


J'avais oublié Patrick bard, et je ne connaissais pas Philippe Cougrand, encore une auteur à découvrir ... Si je trouve le temps.


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  • : Il sera essentiellement question de polars, mais pas seulement. Cinéma, BD, musique et coups de gueule pourront s'inviter. Jean-Marc Laherrère
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