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15 septembre 2008 1 15 /09 /septembre /2008 20:59

Ca y est, j’ai rassemblé tout mon courage et, chapitre après chapitre, j’ai lu Gomorra de Roberto Saviano. Un livre qui m’avait été chaudement recommandé, en particulier par une collègue italienne. Je me demande si, aujourd’hui, je ne regrette pas.

Non pas que Gomorra soit mauvais ou sans intérêt, bien au contraire. Mais parce qu’il vous laisse avec le moral au fond des chaussettes.

Roberto Saviano sait de quoi il parle. Il est né, a grandi et vécu sur les terres contrôlées, dirigées, par les différents clans camorristes. Et par une curiosité sociologique ou biologique, contrairement à la majorité de ses concitoyens, non seulement il a refusé d’entrer dans leur jeu, mais il a même décidé de le dénoncer, de parler, de décrire une réalité que personne ne veut voir. Et c’est atterrant.

Main mise sur toute la confection italienne, corruption, trafics en tous genres (drogue, armes, prostitution, clandestins, contrefaçon …) … Contrôle absolu de tout ce qui se construit, de la vente des matériaux aux chantiers proprement dits … Violence quotidienne, assassinats, intimidations, omerta et crainte … Des mômes utilisés comme tueurs ou abattus juste parce qu’ils sont au mauvais endroit, ou dans le mauvais carnet d’adresse.

Tout cela est déjà assez démoralisant. D’autant plus que Roberto Saviano décortique tous les mécanismes en place pour que rien ne puisse changer. La camorra est propriétaire de la Campanie, de ses habitants, a un chiffre d’affaire inimaginable, négocie avec des états, des armées et les plus grandes entreprises mondiales. Elle fut la première à s’implanter en Europe de l’Est et en Chine. Avec, à côté, ou contre l’état, les clans de la camorra sont des entreprises capitalistes diversifiées et indéracinables qui ont un seul but : faire des affaires, à tout prix.

Mais le dernier chapitre, qui traite du trafic des déchets et ordures porte le coup de grâce. Il est, littéralement insupportable. Je vous ferai grâce des détails, ce sont une quinzaine de pages d’horreur pure, le résultat de la recherche du profit immédiat comme seule valeur. Je laisse la parole à Roberto Saviano :

« Les parrains n’ont aucun scrupule à enfouir des déchets empoisonnés dans leurs propres villages, à laisser pourrir les terres qui jouxtent leurs propres villas ou domaines. La vie d’un parrain est courte et le règne d’un clan, menacé par les règlements de comptes, les arrestations et la prison à perpétuité, ne peut durer bien longtemps. Saturer un territoire de déchets toxiques, entourer ses villages de collines d’ordures n’est un problème que si l’on envisage le pouvoir comme une responsabilité sociale à long terme. Le temps des affaires ne connaît, lui, que le profit à court terme et aucun frein. »

Les commentaires sur l’article sur la mort de Gregory McDonald s’interrogent sur la signification profonde du roman : roman sur la rédemption ou critique féroce du capitalisme. Là pas de doute. Nous avons, décrite et non pas imaginé, la frontière ultime du capitalisme, quand le profit maximum et immédiat est le seul critère de choix. Nous avons le monde régit uniquement par les lois du marché. On y voit alors des gamins de 15 ans subir, à très peu de choses près le sort de Raphaël (mourir rapidement pour 250 euros), et des gens empoisonner leurs voisins, et même leur famille pour gagner quelques millions de plus.

Je sens que j’ai un peu plombé l’ambiance non ? Mais il n’y a pas de raison que je sois le seul complètement déprimé. Allez, pour essayer de remettre un peu de gaieté (quoique), ces camorristes m’ont fait penser à un dialogue du dernier roman d’Hannelore Cayre, Ground XO.

« C’est quoi un gangsta français ? demanda François, intrigué.

  -         Un barbare urbain qui ne s’intéresse qu’au fric et au cul. Le plus fier et le plus moderne représentant des valeurs ultralibérales en France »

Changez gangsta français par chef de clan napolitain, passez à une toute autre échelle, et vous avez Gomorra.

Quand on referme le livre, on oscille entre l’envie de l’oublier, et celle de le faire lire à tout le monde, pour que personne ne puisse dire qu’il ne savait pas. A vous de choisir.

Roberto Saviano, Gomorra Dans l’empire de la camorra, (Gomorra, 2006) Gallimard (2007). Traduction de l’italien Vicent Raynaud.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Essais
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commentaires

ID naze 28/01/2012 17:24


Je suis tout a fait de votre avis ,toutefois, j'etais au syndicat CGT dans le temps et j'ai participé a quelques manifèstations pacifiques .


Avec le temps,je me suis rendu compte que cela n'etait que du pipeau pour faire croire aux travailleurs que leurs avis ,avaient une petite importance ,alors que c'est "cause toujours mon pote " a
mon avis .


Le net en revanche peut etre plus utile pour faire circuler quelques idées marginales dans la paix civile ,il me semble ?


Je me souviens encore des réactions "violentes ",lorsqu'au cours des réunions, les idées pouvaient facher les plus "ouvèrts "(de la gueule ) lol


Bye.

Jean-Marc Laherrère 28/01/2012 20:15



Certes, difficile de prétendre que ça marche à tous le coups ...



ID naze 28/01/2012 08:56


Ave.


En effet,ça se discute,mais la prudence est de mise,surtout en ce moment pour ne pas etre amèrement deçu, je crois ?


Les plus malins ou les plus savents savent tromper la confiance des naifs souvent, il me semble ?


Le "tous ensemble " ,devrait avoir suffisament prouvé ses limites pèrfides ?


Salutations .


 

Jean-Marc Laherrère 28/01/2012 11:31



Les plus malins et les plus savants ... Sont quand même limités et ne peuvent tromper grand monde. Les plus puissants, eux, savent très bien se serrer les coudes et s'entendre pour tondre le
reste du monde. Il savent faire étudier leurs enfants, faire élire leurs valets, faire voter les lois qui les arrangent, et s'entendre sur presque tout, même en faisant semblant de se faire la
guerre.


Difficile d'imaginer qu'on puisse les faire descendre de leur olympe sans un minimum d'action collective et d'effet de groupe ..


Après chacun son ressenti.



ID naze 27/01/2012 16:34


Bonjour.


A mon avis,il vaut mieux connaitre le plus parfaitement possible le fond des mafias, pour voir les choses en face et prendre les bonnes decisions ,il me semble ?


Il n'y a ni morale, ni loi ;c'est juste la loi du plus malin, du plus fort (des fois,car , les durs ,ne sont pas toujours courageux lorsqu'ils sont seuls );le rèste,n'est que pipeau



Peut etre faut 'il avoir la mentalité, etre né bandit sans scrupule aprés tout ?


Enfin a mon avis, c'est chacun pour sa peau et c'est bon de le savoir


Bye.

Jean-Marc Laherrère 27/01/2012 16:46



Chacun pour sa peau c'est bien ce quon veut nous faire croire ... Reste qu'on peut quand même essayer de résister, chacun avec ses moyens, et tenter de faire valoir, de temps en temps, l'intérêt
de tous ...



Daniel Fattore 07/01/2009 15:44

L'une de mes lectures marquantes en 2008. En effet, ça dépote.

Sur le sujet, on m'a parlé d'un autre livre qui est sorti récemment, signé Rosaria Carpacchione: "L'Oro della Camorra" - apparemment pas encore traduit en français, hélas.

Jean-Marc Laherrère 07/01/2009 18:24


Je crois qu'il va me falloir du temps avant d'attaquer un autre livre sur le même thème.


Alessio 02/10/2008 12:44

Prego =) j'éspere seulement que vous allez pas penser que Naples est une ville ou il y a seulement la violence..parce que en TV on voit seulement choses négative de la ville...NAPOLI est très belle!!! et je suis fier d'etre NAPOLITAIN :D bisoux à tous les freançais..j'aime vous et votre pays!!! ;)

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