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20 novembre 2008 4 20 /11 /novembre /2008 22:04

Né en 1940 et mort à l’âge de 42 ans, Ted Lewis a écrit seulement huit romans dont cinq ont été traduits en français et publiés chez rivages. S’il fallait résumer son importance, il suffirait de dire que Robin Cook l’admirait et le considérait comme l’écrivain qui lui avait ouvert la voie. Qu’ajouter à cela ?

Là où Jake Arnott dresse un portrait du crime londonien et de son impact sur le reste de la société, en insistant en particulier sur ses liens avec le monde politique, et sur la fascination qu’il suscite dans les media et le public, Ted Lewis nous y plonge droit dedans, sans jamais nous laisser l’occasion de relever la tête pour voir ce qu’il y a autour.

Sa série consacré à Jack Carter, sorte de Parker londonien, en plus cynique (si si, c’est possible) et bien plus noir et violent (là encore c’est possible) et surtout en beaucoup plus glauque, est représentative de son œuvre. Jack Carter est « au service » des frères Fletcher, deux caïds londoniens. Il est sans pitié, sans scrupules, et surtout sans illusion sur ses employeurs, qu’il trompe d’ailleurs (dans tous les sens du terme) allègrement.

Que ce soit Le retour de Jack ou Jack Carter et la loi, inutile de chercher des truands flamboyants ou fascinants. Pas de parrains à la Brando, ni même à la Scarface. Juste des hommes malins, brutaux, cruels mais également assez bêtes et totalement incultes, qui règnent par la peur et la violence.

Quand il sort du milieu du crime organisé, le tableau ne s’éclaircit pas. Plender en est un magnifique exemple : Plender était à l'école le souffre douleur, le prolo. Il est maintenant détective privé pourri mais friqué. Son fond de commerce : chantages, adultères … A l’école Knott faisait partie de la même bande, mais lui avait du succès. Il en a toujours ; marié avec une femme qui a de l'argent, il est photographe, et travaille pour des catalogues de sous vêtements. Il en profite pour baiser avec tous modèles qui passent par son studio. Un soir, Plender surprend Knott en train d'essayer de se débarrasser du cadavre d'une jeune femme, morte connement en sortant de son atelier. Il tient alors sa vengeance.

Ce roman à deux voix, passant du point de vue de Plender à celui de Knott, est d’une noirceur totale. Les deux protagonistes sont de parfaits salauds, immondes, sans morale, venimeux et dangereux. Leur affrontement est visqueux. La construction de l'intrigue est impeccable. On ne peut lâcher le bouquin, fasciné et on le referme sonné, avec une image de l'Angleterre bien éloignée des fastes royaux.

Pas étonnant que Robin Cook l’ait considéré comme un maître. Ci-dessous une bibliographie très incomplète. De toute façon, pour les autres c’est facile, c’est aussi chez Rivages.

Le retour de Jack (Jack’s return home, 1970) Rivages/noir (1991). Traduit de l’anglais par Jean Esch ; Plender  (Plender, 1971) Rivages/noir (1996). Traduit de l’anglais par Jean-Paul Gratias ; Jack Carter et la loi (Jack Carter’s law, 1974) Rivages/noir (1995). Traduit de l’anglais par Jean Esch

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars grands bretons
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commentaires

norbert 29/01/2013 11:46


Horreur et putréfaction !!!!!


"Sévices" n'est pas cité ! (comme d'autres l'ont fait remarqué)


LE chef d'oeuvre de Ted Lewis, avec Plender, Le retour de Jack, Jack et... bon d'accord, difficile après de les départager, mais Sévices est proprement hallucinatoire, envoûtant, hallucinant, et
je ne dis pas ça parce que je l'ai lu la première fois avec une excellente cigarette délicieusement arômatisée...

Jean-Marc Laherrère 29/01/2013 13:29



Argllll, je suis démasqué ...


En fait je suis très fainéant, et j'ai donc cité les ouvrages sur lequels j'avais, à un moment ou un autre, écrit une fiche que j'ai recyclée. Et je n'avais pas de fiche sur Sévices.


Voilà, voilà, mea culpa.



jeanjean 26/11/2008 16:00

Salut JM,
super que tu parles de Ted Lewis, qui est malheureusement méconnu.
Pas mal de gens parlent de Sévices, c'est marrant j'suis en train de le lire et c'est effectivement un grand bouquin. @+

Emmanuel Pailler 26/11/2008 14:24

Encore une découverte, et encore merci. J'ai récemment découvert Robin Cook (il était temps) et j'avais traduit une partie du "Long Firm" de Jake Arnott pour mon mémoire de traduction...donc Ted Lewis reste à découvrir !

Jean-Marc Laherrère 26/11/2008 15:53



De rien.


Découvrir d'un coup Robin Cook (le bon, l'anglais, pas l'américain) et Ted Lewis, quel bonheur noir, en perspective.



FRED 26/11/2008 12:13

Si Plender est excellent que dire alors de Sévices (écrit fin des seventies) qui est formellement un chef d'oeuvre de roman noir. La qualité narrative y est exceptionnelle. Les romans d'autres auteurs, pourtant estimables, lus juste après paraissent bien fade en comparaison.
Sinon bravo pour votre blog que je viens de découvrir sur les conseils d'un ami libraire fnac.

Jean-Marc Laherrère 26/11/2008 15:51



Merci pour les ccompliments ...





Pour ce qui est de Sévices, j'en ai un souvenir trop vague pour en parler. L'impact avait été suffisant pour me donner envie de lire les autres, mais je ne saurais faire de commentaires sur un
roman aussi lointain dans mon esprit.


J'espère seulement que les commentaires concordants sur cert article donneront envie de le lire.



Eireann Yvon 24/11/2008 22:31

Pour Ted Lewis dont j'ai fait la connaissance littéraire il n'y a pas très longtemps, c'est un écrivain très marquant. Je pense petit à petit essayer de lire l'ensemble de son oeuvre qui malheureusement est plutôt mince. Pour l'instant, j'ai chroniqué trois de ses romans, « Plender », « Le retour de Jack » et « Jack Carter et la loi ». Que du très bon!.
Yvon

Jean-Marc Laherrère 24/11/2008 22:48


Je suis content de voir autant de réactions positives sur Ted lewis qui est pourtant un auteur très noir, et pas forcément très connu. Pas non plus réputé "facile". Si on arrive à le faire
connaître un peu plus on aura fait quelque chose d'utile.


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