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1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 19:52

Un quartier en périphérie quelque part au Mexique. Une voyante un peu sorcière, que certains traitent de putain (quand elle n’entend pas, elle est quand même sorcière). Son fils albinos, bizarre, qui ne sort que la nuit (le soleil l’agresse) et à qui les gens jettent des pierres. C’est lui qui raconte. Il aime manger ce qu’il trouve dans les poubelles, regarder les dessins animés de la panthère rose (qui ne le font pourtant jamais rire) et tuer, de temps en temps, chose qu’il fait avec une facilité qui le déconcerte. Il sait beaucoup de choses, est capable d’un grand discernement comme de délires sans fin. Même sa mère a peur de lui …


« Thomas Harris a exploré dans Dragon rouge et Le silence des agneaux la fascination que provoque chez nous le mal absolu. Juan Hernandez Luna a fait quelque chose de plus terrible encore, il a exploré l’innocence du mal chez un psychopathe placé en face du mal programmé de la société. 

Il n’y a pas de lecture morale d’un roman comme Iode. Et ceci m’inquiète. Moi qui voudrais lire de la morale même en consultant les Petites Annonces, je me retrouve déboussolé face à ce roman fascinant et terrible, inquiétant et captivant. » Paco Ignacio Taibo II dans sa préface au roman.


Tout est dit, et beaucoup mieux que je ne saurais le faire (sans blague, Taibo écrit mieux que moi !!).


Le narrateur n’a pas les mêmes repères moraux que nous. Il sait qu’il doit cacher ses meurtres, il sait qu’ils sont considérés comme des fautes par la société, mais il ne le ressent pas. Il faut dire que rien autour de lui ne peut lui donner de repères : Un quartier en permanente démolition, des habitants qui préfèrent consulter sa sorcière de mère que le médecin, des gens en apparence « respectables » qui violent la loi en permanence…


Taibo II parle de l’impossibilité de faire une lecture morale de ce roman. C’est exactement ça. Le narrateur est amoral, il n’a aucun critère moral, et est d’une certaine façon, totalement innocent, conséquence d’une société qui, pour sa part, est en toute connaissance de cause immorale (à commencer par sa mère) …


« l’innocence du mal chez un psychopathe placé en face du mal programmé de la société. » C’est exactement ça. « je me retrouve déboussolé face à ce roman fascinant et terrible, inquiétant et captivant. » … Je ne saurais mieux dire.


Formellement déconseillé à ceux qui recherchent un bon petit polar pour les vacances, un roman agréable, un aimable divertissement, ou une lecture rassurante. Les autres peuvent tenter l’aventure.

Juan Hernandez Luna / Iode, (Iodo, 1999) L’atinoir (2009), traduit de l’espagnol (Mexique) par Jacques Aubergy.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars latino-américains
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commentaires

Emmanuel Pailler 04/04/2009 14:31

Ouf, enfin le temps de revenir voir votre blog ! Pour Iode, je vois que les grands esprits se rencontrent... :)
Oui, c'est un bouquin intéressant et dérangeant. Seul regret : n'étant ni Mexicain (!) ni hispanophone, certains aspects culturels ont dû m'échapper.

Jean-Marc Laherrère 04/04/2009 19:32


En parlant de bouquins dérangeants ... Je suis plongé dans le dernier Chainas, encore un bouquin aimable !


Travis 01/04/2009 21:16

Là tu me donnes plus qu'envi, ce bouquin à l'air fascinant (dans son écriture) je note en gras. Merci pour ces découvertes.

Jean-Marc Laherrère 01/04/2009 23:34


De rien, tu me diras si tu me remercies encore après lecture ...


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