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12 mars 2010 5 12 /03 /mars /2010 22:42

Voilà un OLNI, comme moisson rouge sait en publier. Un peu comme Suburbio du brésilien Fernando Bonassi. Dans un genre différent, mais le fond l’est-il tellement ? Cette fois nous sommes en Russie, ou plus précisément en URSS, avec Racailles de Vladimir Kozlov.

URSS au temps de Gorbatchev. Une petite ville industrielle. Une cité, des usines chimiques. Ils sont jeunes, kozlovils vivent dans le quartier des Travailleurs. Rien ne les intéresse, surtout pas l’école. Seuls loisirs : picoler, baiser (avec ou sans le consentement de la demoiselle), se battre. Contre ceux d’autres quartiers, contre ceux qui sont un peu différents, contre les flics, entre eux. Avenir : aucun, espoirs : pas davantage.

S’il fait penser à Suburbio, c’est que, comme lui, ce roman est une chronique du vide. Même pas du désespoir qui est déjà une émotion, mais du vide complet. Et comme lui il raconte ce vide en utilisant une écriture sans concession, allant au bout de la logique du propos. Là s’arrête l’analogie.

Car là où, sur la fin, Suburbio révèle au final une structure et une montée dramatique, Racailles reste jusqu’à la fin un roman sans structure ni fil narratif. Comme la vie désespérante de ces jeunes souvent aussi méchants que bêtes. Ce sont eux qui racontent, l’un après l’autre. Ils racontent l’obsession du sexe (t’as déjà baisé ? qui baise ici ?), l’ennui, le vide comblé avec force vin rouge, vodka, ou tout autre alcool plus ou moins frelaté. Aucun plaisir. Jamais. Les cuites sont tristes, le sexe est morne (ils sont souvent trop bourrés pour s’en souvenir), les adultes au mieux absents, souvent violents, les niveaux d’analyse et de discussion au raz du bitume.

La prose aussi est morne, à leur image : peu de vocabulaire, répétitive, brutale, simpliste. Là encore, comme pour le manque de structure, l’auteur ose aller jusqu’au bout et ne triche pas. L’impact n’en est que plus fort. On peut juste se demander pourquoi et comment il a choisi les différents « épisodes », où commencer, où finir dans chronique désespérante.

Le résultat est étonnant et effarant. Il décrit avec précision ce qu’il reste d’humanité quand on enlève toute valeur, toute curiosité, toute trace de culture. En ce sens, même s’il est profondément russe, il se révèle universel. Désespérément universel.

Vladimir Kozlov / Racailles  (Gopniki), Moisson Rouge (2010), Traduit du russe par Thierry Marignac.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars Europe de l'Est
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commentaires

Marignac 04/05/2010 03:30


Tiens, je suis étonné. On me dit pas que ça ressemble pas assez à "Football Factory",ou une ânerie de ce genre. Vous évoluez ?
Au passage, c'est moi qui l'ai dégotté et fait publier ce livre.
Vous savez très bien, dans le polar, vous servir de mon boulot en ma crachant dessus, les conformistes. Bonne bourre…


Hannibal le lecteur 13/03/2010 23:45


C'est marrant ça, je suis en plein dans ce bouquin, commencé hier.
J'en suis à peine à la moitié mais c'est vrai que c'est particulier comme style.


Jean-Marc Laherrère 14/03/2010 00:04


Particulier. C'est le moins qu'on puisse dire. Et intéressant.
Bonne lecture.


holden 13/03/2010 12:55


une excellente decouverte que ce roman
bonne pioche


Jean-Marc Laherrère 13/03/2010 13:40


Alors je rejoue ?


M agali 13/03/2010 10:26


En gros, pour ces pauvres garçons:
"La chair est triste,hélas, et ils ne savent pas lire"?


Jean-Marc Laherrère 13/03/2010 13:39


C'est une partie de leurs problèmes, effectivement.


jeanjean 13/03/2010 09:11


moi je suis resté sur "OVNI", mais toujours est-il que j'ai aussi beaucoup aimé ce bouquin plein d'énergie et "immédiat".


Jean-Marc Laherrère 13/03/2010 13:39


J'ai vu ça effectivement.


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