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13 février 2009 5 13 /02 /février /2009 19:16

La série du Trône de fer est très certainement une des plus riches, des plus originales et des plus intéressantes de la Fantasy actuelle. Loin des affrontements caricaturaux du Bien contre le Mal, à mille lieux des récits initiatiques qui voient l’inévitable jeune homme qui ne sait pas encore qu’il a du sang de roi découvrir ses pouvoir avant de sauver le monde, le Trône de Fer est un récit plein de fureur, de sang, de cris, de larmes, de trahisons, de grandeur …


Les personnages s’y débattent dans la boue et les tripes, les gentils d’un jour sont les immondes du lendemain, les alliances se font, se défont. On y trouve des fanatiques religieux, des opportunistes, quelques (rares) idéalistes, des forts qui abusent de leur force, et des faibles qui, comme toujours et partout, paient les pots cassés.


George Martin réussit l’exploit d’arriver à ces épisodes 10 et 11 sans jamais faiblir, et sans non plus laisser entrevoir l’ombre d’une fin. C’est dire la richesse extraordinaire de cette saga, où l’on suit simultanément quelques dizaines de personnages, et où, surtout, le lecteur ne peut se raccrocher à aucune certitude : Le héros d’un chapitre n’est pas du tout assuré d’arriver au bout de la course, il peut très bien être abattu, brutalement, au détour d’une page, comme n’importe quel personnage secondaire. Certains survivent alors que l’on ne donnait pas cher de leur peau, d’autres en apparence indestructibles ne passent pas quelques chapitres.


Pas de facilités, pas de gentillesse pour le lecteur, dans Le trône de fer quand le gentil jeune homme affronte un sombre brute habituée à se battre … il finit découpé en rondelles.


Incertitude, surprise constante, richesse de l’intrigue et surtout, ampleur de la fresque qui dénote une imagination époustouflante alliée à une rigueur implacable qui permet à l’auteur, et à son heureux lecteur, de ne jamais se perdre.


Vraiment, je ne vois aucun équivalent à ce monument en construction. Le seul reproche que l’on puisse lui faire est le pendant inévitable à ses qualités : quand on reprend un épisode, quelques mois après le précédent, on a parfois un peu de mal à se souvenir de tout ce qui c’est passé auparavant, et de bien remettre qui est qui. Mais cet obstacle passé, on en redemande.


Il est quasiment impossible de résumer les volumes 10 et 11, surtout à des lecteurs qui n’auraient pas les 9 précédents en tête. Sachez seulement que si vous recherchez une série de fantasy riche, adulte, méchante, héroïque, humaine, enthousiasmante, plus sombre que le plus noir des polar, avec des guerres, des trahisons, des amours, des grands gestes, des horreurs, du souffle, des paysages … et un peu de Trouille avec les Autres qui rodent quelques part dans l’ombre, une seule adresse, Le Trône de Fer.


George R. R. Martin / Le Chaos (Le trône de fer 10) et Les sables de Dorne (Le trône de fer 11) (A feast for crows, 2005), J’ai Lu (2007), traduit de l’américain par Jean Sola.

PS. Je crois que ça y est, le 12 est sorti en poche.

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6 janvier 2009 2 06 /01 /janvier /2009 23:33

Il y a fort longtemps, dans la lointaine vallée de Koom, les nains perfides tendirent une embuscades à de braves trolls. A moins que ce ne soit l’inverse. Toujours est-il que le sang coula en abondance. Depuis les relations entre les deux races ne sont pas au beau fixe, et tous les ans, à la date anniversaire, les tensions se cristallisent. A priori, le commissaire divisionnaire Vimaire du Guet d’Ankh-Morpok, n’en a pas grand-chose à faire. Mais, mais …. Mais il y a de plus en plus de nains et de trolls dans sa bonne ville. Et dernièrement des grags (un équivalent de prêtres ?) nains particulièrement à cheval sur les écritures et la pureté de la nanitude sont arrivés en ville et auraient tendance à échauffer les esprits. Alors, quand un grag est trouvé mort dans un sous-sol, le crâne apparemment défoncé par un gourdin troll, la situation devient explosive.


Mais il est bien entendu inacceptable pour Vimaire qu’une vieille bataille, des rancoeurs idiotes et quelques superstitions viennent mettre sa ville à feu et à sang. L’assassin sera découvert, arrêté, et traduit en justice. Quelle que soit sa race, sa taille et ses croyances.


Quelque part dans l’ombre, une entité rôde et attend son heure. Ailleurs la vérité attend d’être révélée …


Je vais essayer de ne pas répéter ici toutes les généralités sur le génie de Terry Pratchett que j’avais déjà énoncées il y a peu.


Dire que ce roman tombe à pic dans la triste actualité du Moyen-Orient est un peu facile. Malheureusement, il serait tombé à pic à peu près n’importe quand, tant la description que fait Terry Pratchett du mécanisme du fondamentalisme religieux, de son aliénation, de sa capacité à émettre des messages simplistes et rassurants … est décalée, originale, loufoque, et implacablement juste.


On rit un peu moins dans Jeu de nains que dans d’autres épisodes de la série. Mais on rit quand même, malgré la gravité du sujet traité. Parce que, comme toujours, même si le sujet est grave, Pratchett ne pontifie jamais, ne se prend jamais au sérieux, commence par réutiliser et créer de vrais personnages, aussi allumés soient-ils, et par raconter une histoire dense, prenante, à laquelle on croit, qui fait trembler, rire ou pleurer, même si elle se déroule dans un monde en apparence totalement louf.


Parce que c’est tellement facile de rire du ridicule d’une guerre entre nains et trolls. Tellement facile de rire de leurs prétextes théologico-métaphysico-supersticieux ridicules ! Pensez donc, pour les fondementistes nains, la vie hors d’une mine n’existe pas, la lumière du jour est impure, et les femmes aussi ! Ridicule !! Et la nanitude impose de vivre sous terre et de creuser des galeries, même en ville. Grotesque !!!


Non ? On n’a rien comme ça chez nous, rassurez-moi.

Et puis ce commissaire qui, bien qu’apparemment équilibré, a envie de casser du nain, juste parce que trois ou quatre allumés, parmi les plus radicaux, s’en sont pris à sa famille. C’est d’un drôle. Et cette incompréhension totale, ces préjugés entre vampires et loups-garous, entre nains et trolls, entre les humains et les autres. J’en ris.

Parce qu’on ne va pas pleurer quand même. Surtout pas avec Pratchett.


Terry Pratchett / Jeu de nains (Thud, 2005), L’Atalante/La dentelle du cygne (2008), traduit de l’anglais par Patrick Couton.

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8 décembre 2008 1 08 /12 /décembre /2008 21:42

Désolé d’avoir un peu négligé le blog, mais la fin d’année est particulièrement dense et pour arranger les choses, j’ai plusieurs fers au feu … En attendant les festivités, espérées par les uns, redoutées par les autres, et en particulier par les canards occitans, voici de quoi se gondoler un peu :


Thomas a quitté l’Indiana et sa petite ville où sa vocation d’écrivain n’aurait pas pu s’épanouir. A San Francisco il espère connaître toutes les expériences dont il a besoin pour son œuvre. Il va être servi, au-delà de ses espérances. Dès la première semaine, Jody, flamboyante rousse lui tombe dans les bras. Certes elle a quelques bizarreries, mais Thomas est éperdument amoureux. Et puis qu’est-ce qu’un plouc comme lui peut savoir des habitudes des dames sophistiquées de la grande ville ? Or il se trouve que Jody est vraiment … à part.


Deux jours auparavant elle a été mordue par un vieux vampire de 800 ans qui cherchait de la compagnie, et elle a besoin d’aide. D’autant plus que le vampire après avoir un peu joué avec elle compte bien la renvoyer à son statu de mortelle … morte. Avec l’aide des Animaux (les membres de son équipe de nuit dans un super marché), et de l’Empereur de San Francisco (que l’on retrouvera dans Le sot de l’ange), Thomas va voler au secours de la belle, quoi qu’il lui en coûte.


Les dents de l’amour, enfin traduit en français, est un des premiers romans de Christopher Moore. Un roman où se manifeste déjà tout le talent que lui connaissent les lecteurs d’Un blues de coyote ou du Lézard lubrique de Melancholy Cove. On trouve déjà son humour dangereux pour le lecteur qui risque de se faire regarder bizarrement quand il éclate de rire dans le métro, le bus, ou la salle d’attente du médecin.


On trouve son imagination délirante, et sa façon de rendre cohérent, l’espace d’un roman, un monde en apparence familier soudainement envahit par un lézard lubrique, une chauve-souris qui collectionne les lunettes de soleil, un archange complètement con ou, comme ici, un vieux vampire qui s’emmerde et sa très féminine élève.


Ici aussi (ou plutôt ici déjà), ça marche, et ça marche même parfaitement. On tremble pour Jody et Thomas, on rit beaucoup, on s’émeut avec le très beau personnage de clochard de l’Empereur, on sourit aux déconvenues de Thomas, et aux bêtises des Animaux … Et mine, de rien, on se passionne pour l’histoire. Un grand Christopher Moore, d’emblée.


Christopher Moore / Les dents de l’amour (Bloodsucking fiends, 1995), Calmann Lévy (2008), traduit de l’américain par Luc Baranger.


PS. Les hasards de l’édition et de la traduction sont très vampiriques ! Après Vargas et Ledesma, c’est donc au tour de Moore de s’y coller.

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6 novembre 2008 4 06 /11 /novembre /2008 21:24

Moite von Lipwig est un escroc de haute volée. Il ne se sent vivant que lorsqu'il est en train de plumer un pigeon, au bord du gouffre, tout près d'être découvert. Mais il a été découvert, et va être pendu. Sauf … Sauf s'il accepte la proposition du seigneur Vétérini, maire d'Ankh-Morpock et devient Ministre des postes. A-t-il le choix ? Il accepte.

Il découvre alors un bâtiment en ruine, des tonnes de lettres non distribuées, et un service soi-disant rendu obsolète depuis que la compagnie interurbaine des clic-clac permet d'envoyer quasi-instantanément un message à l'autre bout du Disque-Monde. Mais, l'interurbain est cher, et de moins en moins fiable depuis qu'il a été repris par une bande de financiers qui ne voient que le profit à court terme. Et on ne peut pas envoyer une mèche de cheveux, ou un baiser parfumé par clic-clac. Alors Moite a une carte à jouer, et peut-être quelques requins à filouter … Le poste pourrait même se révéler amusant.

Ai-je déjà écrit ici que Terry Pratchett est un génie ? Si oui, je le répète. Si non, c’est maintenant fait. On en est à environ 30 volumes de Disque-Monde, 30 volumes avec le même univers et les mêmes personnages de base, et c'est toujours nouveau, toujours étonnant, toujours réussi. Après le cinéma, la religion, l’opéra, les contes de fées, les robots, l’université … et bien d’autres, il traite dans Timbré de la Poste et des méfaits de la privatisation des services publics ! Sachant que Terry Pratchett est anglais, on peut supposer qu’il sait de quoi il parle, quand il cause des ravages de la privatisation des services publics. Encore faut-il le faire avec talent. Et c’est bien là que c’est un vrai génie.

Qui d'autre pourrait nous décrire un monde aussi délirant, aussi imaginaire, aussi impossible, et le rendre si proche, si semblable au nôtre ? Qui serait capable de parler de façon colorée, imaginative et drôle des ravages de la privatisation des services publics ? Qui pourrait chanter de façon à la fois aussi poétique, émouvante et picaresque de la magie de l’échange de lettres ? Qui saurait décrire avec autant d’humanité, d’humour, et de pertinence impitoyable la logique scélérate des financiers uniquement intéressés par le profit à court terme ? Et tout cela, sans jamais prononcer, bien entendu, les mots, « services publics », « privatisation », « profit », « actionnaire » …

Donc Pratchett est un génie. Parce qu’en plus il vous tricote une histoire qui, sous le nez rouge du clown, arrive à vous accrocher comme le meilleur thriller, se joue des clichés qu’il retourne comme des chaussettes pour en faire ses clichés à lui, et crée des personnages absolument extraordinaires que l’on aime, que l’on déteste, pour lesquels on tremble, on rit ou on pleure.

Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, je me suis aperçu que j’avais deux volumes de retard et que j’en ai donc un autre en réserve !

Terry Pratchett / Timbré (Going postal, 2004), L’Atalante/La dentelle du cygne (2008), traduit de l’anglais par Patrick Couton.

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15 octobre 2008 3 15 /10 /octobre /2008 21:34

Il y a fort longtemps, dans un bordel fréquenté par les artisans et ecclésiastiques de Barcelone, naît un enfant étrange. A cinq ans, son visage est celui d’un adulte et il se nourrit de sang. Quand il a sept ans, sa mère accusée de sorcellerie par l’Autre, est exécutée. Il survivra alors seul, au fil des siècles, se cachant, changeant d’identité et de métier quand ceux qui le côtoient s’aperçoivent qu’il ne vieillit pas, échappant plusieurs fois à l’Autre qui le pourchasse à travers les siècles. Aujourd’hui, Marta Vives, belle jeune femme, stagiaire dans un cabinet d’avocat, est amenée à croiser sa route, et à s’interroger sur l’histoire de sa propre famille, liée à la guerre entre les deux éternels, ainsi qu’à celle que se livrent, depuis fort longtemps, les libres-penseurs et les tenants de l’orthodoxie religieuse.

Avec La ville intemporelle ou le vampire de Barcelone, Francisco Gonzalez Ledesma fait une belle déclaration d’amour à sa ville et aux femmes qui en ont été, et en reste, l’âme. Peut-être plus encore que dans ses polars habituels c’est bien Barcelone le personnage central de ce dernier roman. Barcelone que l’on voit changer, étouffer, grandir, saigner, chanter, souffrir, s’enrichir, vivre … du Moyen-Âge à nos jours. Barcelone qui, comme toujours, est indissociable dans l’œuvre de Ledesma de ses habitants, et plus particulièrement des plus pauvres, de ceux qui l’ont construite, nourrie et fait palpiter. Barcelone qui au cours de siècles s’est construite sur ses morts et ses ruines, et qui s’est empressée de les oublier. C’est à ce passé oublié que Ledesma rend hommage.

Il le fait, pour la première fois, au travers d’un récit fantastique, mettant en scène le combat permanent entre les Bien et la Mal, Dieu et le Diable, ceux qui croient et ceux qui doutent, ceux qui prônent l’Obéissance et ceux qui veulent la réflexion et la discussion. Un combat qui ne s’achève bien entendu pas à la fin du roman …

Comme toujours chez le créateur de Mendez, il ne faut pas attendre une trame serrée et de l’action. Il écrit une histoire de vampire sans terreur ou presque, sans péripéties ou presque, sans combat titanesques entre forces surhumaines. Son récit fantastique, comme ses récits policiers, utilise le genre comme un prétexte à écrire, encore et toujours, la même histoire. Celle d’un souvenir mélancolique aux couleurs sépia, hommage à tous les anonymes qui sont l’âme de Barcelone. Francisco Gonzalez Ledesma se renouvelle en réécrivant le roman qu’il écrit depuis ses débuts. Ce qui est la marque de grands auteurs.

Francisco Gonzalez Ledesma / La ville intemporelle ou le vampire de Barcelone (La ciudad sin tiempo, 2007), L’Atalante (2008), traduit de l’espagnol par Christophe Josse.

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2 octobre 2008 4 02 /10 /octobre /2008 22:46

La Terre dans quelques années (pas beaucoup). Une bombe sale vient d’exploser à San Francisco. Les trois premiers gamins étant parvenus au dernier niveau du jeu en réseau Dark Hostel se sont transformés en tueurs psychopathes. Devant le refus de leur venir en aide malgré leur terribles difficultés économiques, les kazakhs ont décidés de se suicider, entraînant une bonne partie de la population mondiale avec eux : Ils ont fait sauter leur centrale nucléaire la plus moderne. De leur côté, l’Inde et le Pakistan ont décidé de régler leur différents une bonne fois pour toute, à coup de missiles, nucléaires également. Dernière bonne nouvelle, la dernière mutation de la dernière fièvre hémorragique est particulièrement virulente, efficace, et mortelle.

Au même moment, à Lille, Kléber, prof de français communiste, grande gueule et esthète fait la rencontre de Sarah, lieutenant de gendarmerie. Ils décident de passer ensemble la fin du monde en musique, en compagnie de quelques amis et de nombreuses bouteilles.

La minute prescrite pour l’assaut est un roman que je recommande chaudement à ceux qui ne connaissent pas encore l’univers de Jérôme Leroy, et c’est pourtant un roman qui m’a un peu déçu. Cela peut sembler paradoxal, mais je vais m’expliquer.

On y retrouve tous ses goûts, dégoûts, ses coups de cœur et ses coups de gueule, sa vision très pessimiste d’un avenir qu’il annonce très noir et très court (malheureusement, le présent lui donne beaucoup trop souvent raison). On y trouve son style, ses envolées lyriques quand il parle de ce qu’il aime, ses coups de griffes impitoyables contre tous les cons … Il y écrit avec un enthousiasme communicatif que n'égale que sa méchanceté jubilatoire. Et l’enchaînement de catastrophes qui amènent la fin du monde est décrit de façon dramatiquement crédible.

Mais il se révèle décevant pour ceux qui le connaissent (trop ?) bien. Parce que c’est une chronique sans réelle progression dramatique (on n’a pas un instant le moindre doute, à la fin, il ne restera plus rien ni personne), qui tient donc par ses personnages, sa thématique, ses partis pris, et la façon de les mettre en avant.

Or la thématique est celle de ses romans et nouvelles précédents (que j’ai lu en grande partie), son personnage principal lui ressemble tellement qu’on est presque dans l’autofiction, et ses goûts et dégoûts sont exposés, jour après jour, avec la même recherche stylistique sur les différents blogs et sites auxquels il participe. Aucune surprise donc, pour quelqu’un qui le connaît un peu, Kléber aime les mêmes vins, les mêmes livres, la même musique, et a les mêmes convictions politiques que son créateur.

Kléber est Leroy, il dit et pense les mêmes choses (aux détails près), et comme je lis souvent du Leroy ici ou là, j’ai eu l’impression de relire quelque chose de connu. Dommage, et tant pis pour moi.

Jérôme Leroy / La minute prescrite pour l’assaut, Mille et une nuits (2008).

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10 mars 2008 1 10 /03 /mars /2008 20:39

Mary Gentle aime revisiter l’histoire. Après le Moyen Age sanglant du magistral Livre de Cendres, voici le début du XVII siècle de L’énigme du cadran solaire :

undefinedValentin Raoul Rochefort est l’homme de Sully. Marie de Médicis lui ayant prouvé qu’elle pouvait faire assassiner son protecteur quand elle voulait, il accepte d’organiser l’assassinat d’Henry VI. Il choisit volontairement un illuminé qui a peu de chance de réussir. Ravaillac. Pendant ce temps, en Angleterre Robert Fludd arrive à calculer ce que l’avenir prépare. Il sait que pour éviter l’anéantissement de la Terre dans cinq siècles, il faut absolument, dès aujourd’hui, infléchir l’avenir du royaume pour avancer la révolution industrielle. Pour cela, il faut que le roi Jacques Stuart soit assassiné, et que son fils lui succède. Il a aussi calculé que l’homme idéal pour le rôle est un français, Valentin Raoul Rochefort …

Mary Gentle passe au XVII avec ce roman d’aventure, de cape et épée, à la Dumas (le personnage central n’étant autre que l’affreux Rochefort, adversaire juré de nos mousquetaires préférés). C’est déjà un excellent roman de genre, avec tous les ingrédients (complots, duels, batailles, reconstitution historique …). Mais c’est aussi un roman d’amour avec des personnages plus « modernes », non dans leur nature, mais dans la liberté que prend l’auteur dans ses descriptions beaucoup plus crues des scènes d’amour et de sexe. Et puis il y a la touche Mary Gentle, avec quelques éléments de SF qui viennent pimenter le roman, lui apporter une touche originale et piquer la curiosité du lecteur.

Une très belle réussite une fois de plus, qui, paradoxalement, est un peu décevante. J’explique. D’un autre auteur, je n’aurais eu aucune restriction. Mais il y a le Livre de Cendres. Quatre tomes de fantazy qui, subtilement, intelligemment, deviennent de la SF. Une histoire ébouriffante, du suspense, de l’action, du souffle, des batailles, du sang et des larmes, de l’émotion, et peu à peu, cette trame SF qui arrive, et qu’elle résout magnifiquement alors qu’on se demande bien comment elle va pouvoir s’en tirer. On retrouve ici le talent de conteuse dans la partie historique, et dans la construction des personnages. Le piment SF est aussi là, mais moins époustouflant, plus « classique ».

Excellent donc, mais quand même un peu décevant car on l’attendait géniale. Coïncidence amusante, avec les Lames du Cardinal, de Pierre Pével, les bretteurs pimentés SF et fantazy sont à la mode. Et c’est tant mieux.

Mary Gentle / L’énigme du cadran solaire Tomes 1/2 et 2/2 (Denoël/Lunes d’encre, 2007).

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24 février 2008 7 24 /02 /février /2008 20:05

Je continue avec les tomes 8 et 9 du trône de fer, avant de faire une pause de quelques mois …

C’est bien entendu toujours aussi passionnant. Un détail que j’avais oublié de mentionner dans ma chronique précédente.

Ceux qui se lancent dans la lecture de la série doivent laisser de côté toutes leurs certitudes. George Martin n’épargne pas son lecteur : les scènes de bataille ne sont pas grandioses, elles sont atroces, la misère qui frappe les pauvres bougres qui se trouvent au mauvais endroit est terrible, et les endroits crades et sinistres sont vraiment crades et sinistres.

Mais il n’épargne pas davantage ses personnages principaux. Ce n’est pas parce qu’il semble avoir de la sympathie pour un personnage que celui-ci ira forcément au bout de la saga. Méfiance si vous vous attachez trop à l’un ou l’autre, cela ne les mettra pas à l’abri d’une mort parfois atroce. Au premier, il faut avouer que ça surprend, on n’a pas l’habitude, quand on lit de la fantazy, de voir l’un des héros se faire dézinguer dès les premiers volumes. Ben là oui. Ca arrive, et plusieurs fois.

Bien entendu il en surgit d’autres, qui prennent les places vacantes. Mais on n’est pas ici dans la fantazy gentille où les bons survivent à tout, même quand ils semblent moribonds. Ici, tout le monde est mortel. Voilà qui rajoute encore un peu de piquant à une série qui n’en manque pas.

George R. R. Martin / Les noces pourpres, et la loi du régicide (J’ai Lu, 2004).

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20 février 2008 3 20 /02 /février /2008 15:00

trone-de-fer-1.jpgPour l’instant L’épée de feu est déjà le volume 7 d’une saga, Le trône de fer, qui en compte 12 en traduction française. Une saga fantazy comme je les aime : pas de gentils tout gentils qui, bien que beaucoup moins nombreux vont sauver le monde. Pas de lutte entre le Mal avec un M et le Bien avec un B. Pas de recherche des objets magiques qui permettront, à la toute fin, de sauver le monde.

Le trône de fer c’est :

Un royaume, le royaume des sept couronnes, en pleine déliquescence qui va se déchirer dans des guerres de succession sans merci. Au nord, derrière le Mur gardé par la Garde de Nuit, une zone où survivent des sauvageons, des barbares, et où se profilent une menace dont parlent les légendes, les Autres. Au sud, de l’autre côté de la mer, des cités où la magie n’a pas été oubliée, et où se trouve l’héritière du royaume des sept couronnes qui, peu à peu, va reformer une armée, et surtout, surtout, a de nouveau des dragons.

Le trône de fer c’est surtout des dizaines de personnages, fouillés, torturés, lâches, courageux, faibles, trone-de-fer-3.jpghéroïques, tour à tour victime et bourreaux, un jour cruels, le lendemain pathétiques. Des personnages que l’on suit, chapitre après chapitre, au quatre coins de ce monde foisonnant.

Certes, cela demande parfois un peu de concentration, surtout quand on attaque un nouveau volume, après avoir laissé la série quelques temps. Certes, on se demande parfois, le temps de quelques lignes, mais kicécuila ? Mais quelle richesse, quelle complexité, quel monde !

Et puis il y a les Autres. En bon maître du suspense, l’auteur ne les montre que très peu. Juste au début, pour faire peur, puis deux ou trois fois en 7 volumes. Mais le lecteur ne les oublie pas, la menace est là, tapie, invisible, et d’autant plus effrayante. Comme le requin des dents de la mer ( le premier bien sûr), comme le premier Alien, effrayants par ce qu’on les imagine, sans jamais tomber dans le grand guignol.

Pour finir il y a tous les seconds couteaux, ceux qui subissent les guerres, les plans, les ruses, des grands stratèges, qui finissent toujours par retomber sur les épaules des mêmes.

Un monde magique, un monde imaginaire, un monde tragique, un monde passionnant, et finalement, un monde pas si éloigné que ça du notre.

George R. R. Martin / L’épée de feu (J’ai Lu, 2006).

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6 janvier 2008 7 06 /01 /janvier /2008 21:52

Bien que cela soit la première fois que je chronique un bouquin de Terry Pratchett sur mon blog tout neuf, j’ai lu une trentaine de ses romans, en ai chroniqué un bon nombre sur feu mauvaigenres, et en ai parlé des heures durant avec des copains. C’est pourquoi il m’est très difficile d’en parler, une fois de plus, sans avoir l’impression de radoter sérieusement. Mais comme c’est la première fois ici, je me lance.

Terry Pratchett est un génie. Son traducteur Patrick Couton également. Ses Annales du Disque-Monde la chronique la plus déjanté, la plus drôle, la plus inventive et la plus … fidèle, de notre propre monde complètement foutraque. Nous avons ici, avec Un chapeau de ciel un œuvre hybride qui, sans faire partie de la série, se déroule dans son univers. Résumé : Tipahine Patraque doit quitter ses collines pour aller faire son apprentissage de sorcière. Un apprentissage assez peu glamour puisqu'il se résume la plupart du temps à aider des vieux tous seuls, remplacer une sage-femme absente, ou aider à mettre des veaux au monde. De magie, point. Mais Tiphaine ne sait pas qu'une entité vieille comme le monde la suit à la trace. Une entité qui élit domicile dans ses victimes, et finit par les rendre folles avant de les tuer. Une entité qu'il est impossible d’arrêter. Heureusement, les Nac mac feegle, petits « lutins » très costauds et très bagarreurs la connaissent cette entité, et ils sont prêts à tout pour sauver leur « ch'tite michante sorcieure ». Et puis, Mémé Ciredutemps veille aussi au grain.

Ce roman fait suite aux ch'tits hommes libres ne fait pas partie des Annales du disque-monde, mais enundefined partage l'univers, et un des personnages vedette en la personne de Mémé. On y retrouve le même humour, la même humanité, la même façon de parler de notre monde et de ses tares en prétendant raconter des bêtises sur un monde magique flottant sur le dos d'une tortue. Passionnant, drôle et émouvant, comme toujours. Indispensable comme tous les écrits de cet anglais génialissime.
 

Un petit exemple de cet humour très british, d’autant plus savoureux qu’on a lu les autres romans, et qu’on connaît les personnages dont il est question.

« - D’après maîtresse Ciredutemps, tu dois apprendre que la sorcellerie consiste surtout à faire des choses ordinaires.
- Et vous êtes obligée de suivre ce qu’elle dit ? demanda Tiphaine.
- J’écoute ses conseils, répondit mademoiselle Niveau avec froideur.
- Maîtresse Ciredutemps est la sorcière en chef alors, c’est ça ?

- Oh non ! se récria mademoiselle Niveau d’un air scandalisé. Toutes les sorcières sont sur un pied d’égalité. On n’a rien qui ressemble à des sorcières en chef. C’est tout à fait contraire à l’esprit de la sorcellerie.
- Oh, je vois, fit Tiphaine.
- Et puis, ajouta mademoiselle Niveau, maîtresse Ciredutemps ne permettrait pas une chose pareille. »


Terry Pratchett / Un chapeau de ciel (L’Atalante, 2007)
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  • : Il sera essentiellement question de polars, mais pas seulement. Cinéma, BD, musique et coups de gueule pourront s'inviter. Jean-Marc Laherrère
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