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12 mars 2008 3 12 /03 /mars /2008 20:35

Elmore Leonard est plus connu pour ses polars plutôt rigolos que pour ses westerns. C’est grâce aux rééditions de chez Rivages que j’ai découvert ces derniers ; puis leurs adaptations cinématographiques. Coïncidence, je venais de voir la version de 1957 de 3 :10 pour Yuma tiré d’une nouvelle de Leonard, avec un Glen Ford fascinant, et en face, Van Heflin, parfait dans sa raideur et rigueur sans charme mais sans faille, quand j’apprends qu’arrive sur nos écrans un remake avec Russell Crowe. Presque en même temps Rivages entame la réédition des nouvelles western d’Elmore leonard avec Médecine apache. Une excellente occasion pour faire un point sur un genre totalement méconnu, tant le western, malgré un renouveau récent, semble faire partie d’un passé cinématographique. Sans parler des romans qui sont totalement ignorés. Qui sait par exemple qu’avant d’être une série télé, Deadwood est un roman extraordinaire de Pete Dexter, publié dans l’indifférence générale dans La Noire, puis repris en folio policier ?

Mais revenons à Elmore Leonard. Si ces polars sont plutôt rigolos, et mettent en scène des olibrius, des zozos, des zouaves (du moins en majorité), ses westerns, étonnamment, sont beaucoup plus sombres, sociaux, noirs. L’ouest de ses western est violent (c’est classique), il est aussi raciste, bourré de préjugés, contre les indiens (souvent apaches), mais aussi les noirs, les mexicains … Il est au main des riches propriétaires, terriens ou miniers, qui font la loi et écrasent toute tentative de remise en cause de leur pouvoir. Sauf, sauf, car sinon il n’y aurait pas d’histoire, quand le héros métis/mexicain/ancien éclaireur des guerres apaches, souvent entre deux cultures, arrive à faire triompher une certaine justice, par les armes, bien entendu.

leonard-medecine-apache.jpgVoilà pour le fond. Pour la forme, Elmore Leonard est un extraordinaire raconteur d’histoires, et un créateur de personnages magnifiques (ce n’est pas non plus un hasard s’il a été tant adapté au cinéma). Ses westerns, comme ses polars se lisent tout seuls, les pages tournent, tournent, et on arrive à la fin ravis, le sourire aux lèvres.

La réédition récente, Médecine apache, est bien représentative de ces qualités : neuf longues nouvelles mettant principalement en scène les guerres indiennes contre les apaches dans le sud désertique et brûlant. Les apaches d’Elmore Leonard ne sont pas de gentils indiens victimes de méchants blancs. Et ses blancs ne sont pas de gentils cultivateurs sauvagement massacrés par de sanguinaires indiens. Les apaches sont des guerriers, des prédateurs. Ils se caractérisent par leur cruauté, leur violence, leur courage, leur valeur au combat … et leur alcoolisme. Les blancs sont racistes, menteurs, violents, égoïstes, parfois lâches, parfois superbement courageux. Certains vivant dans ce sud omniprésent sont devenus un peu « apaches » : Ils les comprennent, les respectent, ce qui ne les empêche pas de les combattre. Neuf nouvelles, âpres, rudes, comme les personnages en présence, lumineuses comme le désert. Neuf grandes nouvelles qui complètent le magnifique travail de réédition de Rivages, que l’on ne saurait trop remercier.

Pour les autres, voici un petit panorama, non exhaustif.

Le plus sombre est sans doute Les chasseurs de prime. Dave Flynn a été lieutenant de cavalerie, il estleonard-chasseurs-de-prime.jpg maintenant éclaireur civil. Sa nouvelle mission ressemble à un véritable suicide : accompagner un jeune lieutenant, à peine sorti de l'école, au Mexique, et y attraper Soldado Viejo, vieux chef apache qui fait tourner en bourrique américains et mexicains depuis des années. Tâche d’autant plus rude que plus que sur place, les rurales, nouvelle force de police mise en place par le gouvernement mexicain, formée essentiellement de crapules sorties de prison pour l'occasion, et une bande de chasseurs de primes plus teigneux et dangereux qu'un nid de crotales, tous recherchés au Nord du Rio Grande sont aussi sur la piste de Soldado Viejo. Autant dans ses polars les méchants sont tellement bêtes qu'ils finissent par être plus drôles qu'inquiétants, autant ici ce sont de véritables vermines malfaisantes, pourries jusqu'à la moelle, qui filent la pétoche. Sa peinture de la main mise sur un village entier par un militaire hautain et corrompu et une bande de pourritures sans foi ni loi est effrayante.

Assez atypique, Le zoulou de l’ouest met en scène le nouveau directeur du pénitencier de Yuma qui, contre le racisme ambiant, va tenter de redonner leur dignité à deux prisonniers, l’un noir, l’autre indien, en faisant appels à leurs ancêtres zoulous et apaches. Il y réussira au delà de toute attente. La description de l'ouest du début du XX° siècle, avec ses préjugés, son racisme ordinaire et assumé, sa violence, est, une fois de plus, très sombre mais la fin, délicieusement amorale apporte une petite lueur d'espoir.

Dans le style, l’homme de loi seul, face à la toute puissance des riches, trois exemples :

leonard-Sonora.jpgDuel à Sonora se déroule en 1893, à Sweetmary. La presse est là pour couvrir l'affrontement attendu entre deux vedettes, Brendan Early, ex lieutenant de cavalerie, beau gosse flambeur travaillant pour la compagnie minière Lasalle, et Dana Moon, ancien éclaireur, plus tard administrateur des affaires indiennes, qui défend les apaches, les noirs et les mexicains qui vivent sur les terres que la compagnie veut exploiter. Les deux hommes se connaissent. Ils sont amis, ils sont célèbres, et ont de nombreux morts à leur actif. La presse, déjà friande de sensationnel attend le clash mais … Deux superbes personnages centraux entourés d'une galerie de personnages secondaires passionnants. Derrière cette chronique d'un duel attendu se profile la critique sans merci d'une certaine presse, mais également l'exaltation du métier de journaliste quand il est bien fait, et finalement. Et l'éternelle histoire de la lutte des pauvres et sans grades contre la toute puissance de l'argent, qui achète et corrompt. Des thématiques que l’on retrouve dans le récent Kid de l’Oklahoma.

Plus classique, l’excellent La loi à Randado, où Kirby Frye, shérif tout jeune, peine à se faire respecter face auleonard-Randado.jpg plus gros éleveur de la ville, et aux citoyens respectables, fortunés et raisonnables, mais aussi très désireux de se faire bien voir par le dit éleveur. Des citoyens qui n’hésitent pas, en l’absence de Kirby, à pendre deux mexicains accusés d’avoir volé du bétail. Remplacez le riche éleveur par le riche industriel, les mexicains par des noirs, le shérif par un flic, déplacez de quelques dizaines d'années et vous avez la trame exacte de bon nombre de polars. A la place, voilà un western sombre et efficace.

leonard-Valdez.jpgLe plus jouissif de cette série est sans conteste Valdez arrive ! Frank Tanner, riche, entouré d'une armée d'hommes de main aurait dû se méfier. Il n'aurait pas dû prendre de haut Bob Valdez, obscur adjoint du shérif du bled local. Il n'aurait pas dû le faire maltraiter par ses hommes quand Bob Valdez est venu, très poliment et très respectueusement, lui demander de réparer les tors fait à une pauvre veuve apache. Où alors, il aurait dû le faire tuer. Parce que maintenant, c'est à Roberto Valdez qu'il va avoir à faire. Roberto Valdez qui a participé aux guerres apaches, qui connaît la région comme sa poche, et qui a laissé de côté, le temps de régler tout ça, le très respectueux Bob. Valdez est un personnage que l'on aime tout de suite, et en plus c'est un héros, un vrai. Alors on ne boudera pas notre plaisir, c'est du grand western comme au cinéma, bigger than life ! Les paysages sont grandioses, les femmes belles, les méchants très méchants, le héros très fort, il défend la veuve, l'orphelin et l'opprimé, et à la fin il gagne, comme Zorro. L’adaptation cinématographique, avec Burt Lancaster en Valdez est toute aussi jubilatoire que le roman.

Coté ciné, en plus de 3 :10 pour Yuma, et Valdez arrive !, il faut également signaler l’excellent Hombre, de Martin Ritt, avec Paul Newman, blanc, élevé chez les apaches, qui malgré le mépris de ceux qui voyagent avec lui dans une diligence est leur seul recours quand celle-ci est attaquée par des bandits. Le ne l’ai pas lu (il est dans la pile), mais le film est excellent, Newman irréprochable, et il m’a un peu fait penser, dans la virulence de sa critique de l’hypocrisie bien pensante, à Boule de suif de Maupassant. Rien moins.

Bibliographie non exhaustive, c’est juste ce que j’ai lu.

Elmore Leonard / Médecine apache (Rivages/noir, 2008).

Elmore Leonard / Valdez arrive ! (Rivages/noir, 2005).

Elmore Leonard / Duel à Sonora (Rivages/noir, 2004).

Elmore Leonard / La loi à Randado (Rivages/noir, 2003).

Elmore Leonard / Le zoulou de l’ouest (Rivages/noir, 2002).

Elmore Leonard / Les chasseurs de prime (Rivages/noir, 2001).

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Western et aventure
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11 mars 2008 2 11 /03 /mars /2008 23:10

Deux petites infos :

1. Une annonce de festival polar :

Mauves en Noir se déroule à Mauves-sur-Loire depuis 2002.

Il aura lieu cette année les 29 et 30 mars.

Spectacles, projection de courts métrages, rencontre avec de nombreux auteurs au programme.

Contact :

Mauves en noir

BP 5

7 rue du Carteron

44470 Mauves-sur-Loire

Contact presse : mauvesennoir@gmail.fr

Site web : http://www.mauvesennoir.com

2. Un lien intéressant :

J’ai dit ici tout le bien que je pense de Versus d’Antoine Chainas. La librairie en ligne bibliosurf, renouant avec une tradition du site mauvaisgenres, a organisé une rencontre entre les internautes et l’auteur. Elle est en ligne ici.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars divers
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10 mars 2008 1 10 /03 /mars /2008 20:39

Mary Gentle aime revisiter l’histoire. Après le Moyen Age sanglant du magistral Livre de Cendres, voici le début du XVII siècle de L’énigme du cadran solaire :

undefinedValentin Raoul Rochefort est l’homme de Sully. Marie de Médicis lui ayant prouvé qu’elle pouvait faire assassiner son protecteur quand elle voulait, il accepte d’organiser l’assassinat d’Henry VI. Il choisit volontairement un illuminé qui a peu de chance de réussir. Ravaillac. Pendant ce temps, en Angleterre Robert Fludd arrive à calculer ce que l’avenir prépare. Il sait que pour éviter l’anéantissement de la Terre dans cinq siècles, il faut absolument, dès aujourd’hui, infléchir l’avenir du royaume pour avancer la révolution industrielle. Pour cela, il faut que le roi Jacques Stuart soit assassiné, et que son fils lui succède. Il a aussi calculé que l’homme idéal pour le rôle est un français, Valentin Raoul Rochefort …

Mary Gentle passe au XVII avec ce roman d’aventure, de cape et épée, à la Dumas (le personnage central n’étant autre que l’affreux Rochefort, adversaire juré de nos mousquetaires préférés). C’est déjà un excellent roman de genre, avec tous les ingrédients (complots, duels, batailles, reconstitution historique …). Mais c’est aussi un roman d’amour avec des personnages plus « modernes », non dans leur nature, mais dans la liberté que prend l’auteur dans ses descriptions beaucoup plus crues des scènes d’amour et de sexe. Et puis il y a la touche Mary Gentle, avec quelques éléments de SF qui viennent pimenter le roman, lui apporter une touche originale et piquer la curiosité du lecteur.

Une très belle réussite une fois de plus, qui, paradoxalement, est un peu décevante. J’explique. D’un autre auteur, je n’aurais eu aucune restriction. Mais il y a le Livre de Cendres. Quatre tomes de fantazy qui, subtilement, intelligemment, deviennent de la SF. Une histoire ébouriffante, du suspense, de l’action, du souffle, des batailles, du sang et des larmes, de l’émotion, et peu à peu, cette trame SF qui arrive, et qu’elle résout magnifiquement alors qu’on se demande bien comment elle va pouvoir s’en tirer. On retrouve ici le talent de conteuse dans la partie historique, et dans la construction des personnages. Le piment SF est aussi là, mais moins époustouflant, plus « classique ».

Excellent donc, mais quand même un peu décevant car on l’attendait géniale. Coïncidence amusante, avec les Lames du Cardinal, de Pierre Pével, les bretteurs pimentés SF et fantazy sont à la mode. Et c’est tant mieux.

Mary Gentle / L’énigme du cadran solaire Tomes 1/2 et 2/2 (Denoël/Lunes d’encre, 2007).

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6 mars 2008 4 06 /03 /mars /2008 22:48

Une nouvelle maison d’édition, et un nouvel auteur traduit en France. Deux bonnes nouvelles. La nouvelle maison d’édition s’appelle Moisson Rouge, référence au chef d’œuvre d’Hammett, et se consacrera, évidemment, au roman noir.

Le nouvel auteur, José Ovejero, est espagnol et partage sa vie entre Madrid et Bruxelles, cadre de ce premier roman traduit en français, Des vies parallèles.

Un des plus puissants banquiers belges, ayant des intérêts au Congo ; deux chiffonniers ayant du mal àobejero_mini.jpg boucler les fins de mois ; un avocat calculateur et sans scrupules ; un congolais ancien sbire de Mobutu, obligé de se réfugier à Bruxelles à l’arrivée de Kabila ; une serveuse de bar … Autant de personnages dont les vies ne devraient jamais se croiser. Et pourtant, une vieille photo, témoin d’un passé colonial peu ragoutant va les faire se rencontrer. Le temps d’une pitoyable tentative de chantage. Avant que leurs vies ne redeviennent parallèles.

Le plus remarquable de ce roman est sa construction, à la manière d’un puzzle qui se met peu en peu en place, sorte de Short cuts bruxellois et littéraire. Davantage roman noir, ou roman social que polar, la trame policière, quasi inexistante sert de prétexte à ce tableau impressionniste qui, au travers des regards des différents protagonistes dresse le portrait de Bruxelles, mais également, au travers de cet exemple représentatif, de l’Europe et de ses relations avec l’Afrique. Sans discours moralisateur, sans thèse, juste au travers de quelques destins individuels.

Le roman est bien construit, bien écrit, intéressant, un rien lui manque pour être enthousiasmant. Mais difficile de définir ce petit rien. Une pointe de suspense supplémentaire ? Un petit quelque chose qui nous fasse trembler un peu plus pour les personnages ? Un rien de plus d’émotion ? Je ne saurais le dire.

Toujours est-il que l’on a là un bon roman noir, qui augure bien de la suite de la collection. Longue vie à Moisson Rouge, dont je guetterai les prochaines sorties.

José Ovejero / Des vies parallèles (Moisson rouge, 2008).

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2 mars 2008 7 02 /03 /mars /2008 19:45

Nick Stone est un auteur anglais qui, d’après le quatrième de couverture, a vécu à Haïti dans sa jeunesse, et y est retourné plus tard, adulte. C’est ce voyage qui lui a donné le point de départ de Tonton Clarinette.

Stone.jpgMax Mingus était privé à Miami quand il a abattu les camés qui avaient enlevé, violé et tué une gamine. Il a pris huit ans de prison. Sa peine touche à sa fin quand il est contacté par Allain Carver, un des hommes les plus riches d’Haïti, pour retrouver son fils Charlie disparu depuis maintenant deux ans. Rien dans l’affaire ne plait à Max, mais Allain lui offre une véritable fortune s’il retrouve le gamin, et Max a besoin de faire quelque chose pour oublier la prison, la mort accidentelle de sa femme, et le vide de sa vie. Il accepte donc. Il ne sait pas qu’il va être confronté à une misère bien pire que tout ce qu’il a pu imaginer, à la superstition et à une violence qu’il n’a jamais approchée, même dans les pires quartiers de Miami.

Voilà ce que j’appellerais un bon polar, solide, sérieux, bien fichu, bien meilleur qu’un simple thriller, car en plus d’être bien construit avec tous les ingrédients du thriller, il nous plonge dans un monde que nous ne connaissons pas, mais sans cette étincelle, ce … truc, très difficile à définir, qui fait que des romans comme Versus ou La griffe du chien sont d’une autre nature, d’un autre niveau.

Tous les éléments sont là : un privé dans la plus pure tradition, à la fois dur à cuire, rude, mais également faillible, plein de contradictions et de faiblesses. Une intrigue qui tient la route, avec fausses pistes et coups de théâtres, et même quelques éléments à la limite du fantastique. Tout cela au service de la description d’un enfer, celui d’Haïti, où les anciens tontons macoutes des sinistres Duvalier sont toujours là, où règne une misère invraisemblable, où superstition et religion mènent la danse, et où les anciens esclavagistes blancs sont toujours les maîtres. Une île où l’on crève tous les jours de chaud, de faim, d’ignorance, de maladie ... Et où la vie humaine ne vaut pas lourd, et où les plus faibles, à commencer par les enfants, sont les plus exposés. Un pays où les Marines et les casque bleus se conduisent comme des conquérants et des prédateurs, alors qu’ils sont censés être des libérateurs au service de la démocratie …

Au-delà de l’intrigue, la description de cette réalité pour atroce est le grand plus de ce bon polar.

Nick Stone / Tonton clarinette (série noire, 2008).

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28 février 2008 4 28 /02 /février /2008 19:58

Alors que la série noire édite A mon juge, le nouveau roman d’Alessandro Perissinotto, folio de son côté réédite Train 8017.

perissinoto-train-copie-1.jpgAdelmo Baudino était cheminot, jusque pendant la guerre de 39-45. Il a participé à la résistance des partisans contre les nazis et leurs alliés fascistes. Il y a vu mourir des amis. C’est pourquoi il est particulièrement amer d’avoir été « épuré »  avec quantité d’autres compagnons, et licencié des chemins de fer italiens à la fin de la guerre. On lui a reproché son appartenance à une milice d’obédience fasciste quand il était enquêteur pour le rail. Aujourd’hui, Adelmo est maçon. Jusqu’à ce qu’il apprenne par hasard que deux anciens cheminots ont été assassinés à Turin. Son ami Berto, épuré comme lui mais fils d’un riche notaire, le convainc de rechercher l’assassin, pour essayer de rentrer dans les bonnes grâces des autorités.

Train 8017 est un bon polar, bien construit avec de beaux personnages, qui rend bien une époque qui fut trouble un peu partout en Europe : Celle de la fin de la deuxième guerre mondiale, et son cortège d’injustices, de vengeances, de mesquineries, et de courageux de la dernière heure qui retrouve, au dernier moment, un patriotisme et une capacité d’indignation de bon aloi, faisant peser leur juste courroux sur le dos de quelques victimes expiatoires d’autant plus faciles à tondre qu’elles sont sans défense. Un phénomène qui est loin de se limiter à l’Italie.

Ce qui est peut-être plus proprement italien s’est le maintien souterrain, d’une forte identité fasciste. Un bon polar donc, qui ne déçoit un peu que parce qu’il est l’œuvre d’Alessandro Perissinotto, dont j’ai quand même préféré les deux autres romans traduits en France, La chanson de Colombano plus original et étonnant par son propos, et le récent A mon juge, plus original dans la forme.

Alessandro Perissinotto / Train 8017 (Folio/policier, 2008).

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26 février 2008 2 26 /02 /février /2008 16:35

will-be-blood.jpgL’avantage de passer des vacances dans une grande ville, c’est qu’en plus du temps que l’on a toujours pendant les vacances, on y trouve des cinémas, et des baby-sitters ! Donc on a enfin eu le temps et l’occasion d’aller au cinéma, et on a même pu voir un film qui, si je ne m’abuse, n’est pas encore sorti en France !

Un chef d’œuvre, qui vous retourne la tête et vous laisse groggy. There will be blood, de Paul Thomas Anderson avec le monumental Daniel Day-Lewis (qui a très justement gagné l’oscar).

Un film qui pourrait être au mythe des premiers grands magnats et capitalistes qui ont fondé leur fortune sur le pétrole, ce que Les portes du paradis de Michael Cimino fut pour le conquête de l’ouest : Une entreprise de démythification absolument géniale, portée par un réalisateur et des acteurs au sommet de leur art.

La première scène, déjà donne le ton : Une quinzaine de minutes sans paroles, avec une musique qui par moment vous vrille les nerfs, et les grognements de fatigue et de souffrance d’un Daniel Day-Lewis qui, déjà, crève l’écran.

Le reste sera à l’avenant, rude, rugueux, sans pitié, à l’image du personnage principal. En plus de la description des premiers pas de l’industrie pétrolière, c’est également une peinture sans concession de la religion, de la famille, et des valeurs américaines que nous livre ce film indispensable.

Il faut revenir sur l’interprétation de Daniel Day-Lewis. Il est absolument monstrueux, incarnation d’un personnage d’une dureté implacable, d’une violence rentrée qui ne demande qu’à exploser, calculateur, rusé, maquignon, insensible à la douleur, qu’elle soit la sienne ou celle des autres. Capable de tuer si besoin, d’acheter sinon. Toujours sur le fil du rasoir, à la limite d’une folie que l’on sent présente, à fleur de peau. Un vrai personnage de roman noir.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Cinéma
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24 février 2008 7 24 /02 /février /2008 20:05

Je continue avec les tomes 8 et 9 du trône de fer, avant de faire une pause de quelques mois …

C’est bien entendu toujours aussi passionnant. Un détail que j’avais oublié de mentionner dans ma chronique précédente.

Ceux qui se lancent dans la lecture de la série doivent laisser de côté toutes leurs certitudes. George Martin n’épargne pas son lecteur : les scènes de bataille ne sont pas grandioses, elles sont atroces, la misère qui frappe les pauvres bougres qui se trouvent au mauvais endroit est terrible, et les endroits crades et sinistres sont vraiment crades et sinistres.

Mais il n’épargne pas davantage ses personnages principaux. Ce n’est pas parce qu’il semble avoir de la sympathie pour un personnage que celui-ci ira forcément au bout de la saga. Méfiance si vous vous attachez trop à l’un ou l’autre, cela ne les mettra pas à l’abri d’une mort parfois atroce. Au premier, il faut avouer que ça surprend, on n’a pas l’habitude, quand on lit de la fantazy, de voir l’un des héros se faire dézinguer dès les premiers volumes. Ben là oui. Ca arrive, et plusieurs fois.

Bien entendu il en surgit d’autres, qui prennent les places vacantes. Mais on n’est pas ici dans la fantazy gentille où les bons survivent à tout, même quand ils semblent moribonds. Ici, tout le monde est mortel. Voilà qui rajoute encore un peu de piquant à une série qui n’en manque pas.

George R. R. Martin / Les noces pourpres, et la loi du régicide (J’ai Lu, 2004).

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21 février 2008 4 21 /02 /février /2008 19:05

« Il existe deux choses dont le peuple américain ne veut pas : un autre Cuba sur les territoires d’Amérique centrale, et un autre Vietnam » Ronald Reagan.

Cette phrases, mise en exergue du chapitre 5, résume la thématique centrale de La griffe du chien de Don Winslow. Car même si l’’intrigue romanesque tourne autour du trafic de drogue entre le Mexique et les USA, c’est bien de cela qu’il s’agit en premier lieu.

winslow.jpgArt Keller, ancien de la CIA, est entré à la DEA au retour du Vietnam, et a commencé sa carrière au Mexique. Il y a fait connaissance avec Miguel Angel Barrera, Tio, et ses deux neveux, Adan et Raoul. Tio est flic et l’aide à faire tomber le parrain local de la drogue. Peu de temps après une arrestation qui tourne au massacre, Art s’aperçoit que tout n’a été qu’une manœuvre des Barrera pour prendre en main, non pas la production de drogue, mais le transport de tout ce que produisent les cartels colombiens. Tio et ses neveux visionnaires se sont en effet rendu compte que ce qu’ils avaient de plus précieux à vendre est une frontière immense avec le premier acheteur de drogue du monde. Entre Art Keller et les Barrera, une guerre sans merci s’engage. Une guerre bien plus vaste que celle de la drogue. Une guerre qui fera de très nombreuses victimes, et aura, parmi ses protagonistes Nora, call girl de luxe, Callan, tueur à gage irlandais, la mafia, la CIA, les milices d’extrême droite d’Amérique centrale, l’église …

Ce roman est un vrai monument. Presque huit cent pages pour disséquer le rôle des gouvernements américains successifs dans la répression sanglante des mouvements pro communistes en Amérique centrale dans les années 70 et surtout 80. Pour relier cette action avec le trafic de drogue à la frontière américano-mexicaine. Pour mettre en lumière la corruption de l’état mexicain, et la façon dont les narcos sont devenus plus puissants que l’état lui-même, capables en deux semaines de faire plier l’économie du pays, pour ensuite négocier leur aide. Pour disséquer l’influence de tout cela sur la signature du fameux accord de l’ALENA, qui allait permettre la libre circulation des marchandises et des capitaux entre les deux pays. Et celle de ces conflits sur une autre guerre, beaucoup plus feutrée mais néanmoins sans pitié, celle que se livrent, en Amérique latine, les tenants de la théologie de la libération et l’Opus Dei, très bien vu par le Vatican de Jean-Paul II.

Ce n’est pas pour autant un essai, ou une étude. C’est une véritable œuvre romanesque, avec des personnages extraordinaires, hors normes, du souffle, beaucoup de violence (on s’en douterait), mais jamais gratuite, et une construction impeccable. Une œuvre romanesque qui sait prendre son temps pour décrire les odeurs dans un jardin mexicain ou l’épouvantable tremblement de terre de Mexico de septembre 85.

Une œuvre magistrale, époustouflante, dure, qui prouve, une fois de plus, que les américains savent révéler leurs pires turpitudes avec un talent exceptionnel. Les révéler et les analyser, car Don Winslow ne s’arrête pas à la dénonciation des horreurs perpétrées en Amérique centrale. Il fait également le rapprochement entre ce que coute la guerre contre la production de drogue (qui cache en réalité une guerre contre la révolte de populations exsangues), et ce que couteraient les solutions visant à faire chuter drastiquement la demande aux USA. Il s’arrête là, laissant le lecteur tirer ses propres conclusions … Des conclusions affolantes si on les résume ainsi : mieux vaut des pauvres drogués qui s’entretuent entre gangs, que des pauvres organisés et revendicatifs.

Il nous manque peut-être, en France, quelques écrivains de ce calibre, pour nous mettre sous les yeux certaines vérités désagréables. Nos gouvernants n’ont-ils pas intérêt à avoir dans nos banlieues des pauvres qui brûlent leurs propres voitures, et tiennent des discours islamistes qui ne peuvent que leur aliéner le reste de la population, plutôt que des pauvres organisés avec des revendications qui risqueraient de leur attirer les sympathies d’une bonne partie de la société ?

Mais ceci est une autre histoire non ? Toujours est-il que Don Winslow, déjà excellent auteur de polar avec sa série consacré au privé Neal Carrey passe là à une dimension supérieure et produit un véritable chef-d’œuvre.

 

 

Don Winslow / La griffe du chien (Fayard/noir, 2007).

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars américains
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20 février 2008 3 20 /02 /février /2008 15:00

trone-de-fer-1.jpgPour l’instant L’épée de feu est déjà le volume 7 d’une saga, Le trône de fer, qui en compte 12 en traduction française. Une saga fantazy comme je les aime : pas de gentils tout gentils qui, bien que beaucoup moins nombreux vont sauver le monde. Pas de lutte entre le Mal avec un M et le Bien avec un B. Pas de recherche des objets magiques qui permettront, à la toute fin, de sauver le monde.

Le trône de fer c’est :

Un royaume, le royaume des sept couronnes, en pleine déliquescence qui va se déchirer dans des guerres de succession sans merci. Au nord, derrière le Mur gardé par la Garde de Nuit, une zone où survivent des sauvageons, des barbares, et où se profilent une menace dont parlent les légendes, les Autres. Au sud, de l’autre côté de la mer, des cités où la magie n’a pas été oubliée, et où se trouve l’héritière du royaume des sept couronnes qui, peu à peu, va reformer une armée, et surtout, surtout, a de nouveau des dragons.

Le trône de fer c’est surtout des dizaines de personnages, fouillés, torturés, lâches, courageux, faibles, trone-de-fer-3.jpghéroïques, tour à tour victime et bourreaux, un jour cruels, le lendemain pathétiques. Des personnages que l’on suit, chapitre après chapitre, au quatre coins de ce monde foisonnant.

Certes, cela demande parfois un peu de concentration, surtout quand on attaque un nouveau volume, après avoir laissé la série quelques temps. Certes, on se demande parfois, le temps de quelques lignes, mais kicécuila ? Mais quelle richesse, quelle complexité, quel monde !

Et puis il y a les Autres. En bon maître du suspense, l’auteur ne les montre que très peu. Juste au début, pour faire peur, puis deux ou trois fois en 7 volumes. Mais le lecteur ne les oublie pas, la menace est là, tapie, invisible, et d’autant plus effrayante. Comme le requin des dents de la mer ( le premier bien sûr), comme le premier Alien, effrayants par ce qu’on les imagine, sans jamais tomber dans le grand guignol.

Pour finir il y a tous les seconds couteaux, ceux qui subissent les guerres, les plans, les ruses, des grands stratèges, qui finissent toujours par retomber sur les épaules des mêmes.

Un monde magique, un monde imaginaire, un monde tragique, un monde passionnant, et finalement, un monde pas si éloigné que ça du notre.

George R. R. Martin / L’épée de feu (J’ai Lu, 2006).

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans SF - Fantastique et Fantasy
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Présentation

  • : Le blog de Jean-Marc Laherrère
  • : Il sera essentiellement question de polars, mais pas seulement. Cinéma, BD, musique et coups de gueule pourront s'inviter. Jean-Marc Laherrère
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