Lundi 30 janvier 2012 1 30 /01 /Jan /2012 17:51

Au lieu-dit Noir-Etang est un roman relativement ancien (1996) de Thomas H. Cook. Plus ancien du moins que les derniers traduits, des Feuilles mortes aux Leçons du mal. Est-ce à dire qu’il s’agit d’un fond de tiroir repêché pour profiter de la notoriété grandissante de son auteur ? Que nenni, c’était déjà, il y a un peu plus de quinze ans, un grand roman à la construction impressionnante.

 

cook Fin des années vingt, dans une petite ville côtière sur sud des Etats-Unis, l’arrivée de Mlle Channing, fort belle jeune femme qui va être professeur d’art plastique à la très sérieuse Chatham School ne passe pas inaperçue.

 

Cinquante ans plus tard, Henry Griswald, fils du directeur de l’époque, se souvient de cette année qui a changé sa vie. Une année qui se termina dans le sang et le scandale de l’affaire de la Chatham School …

 


Thomas H. Cook déjà au sommet de son art en 1996. Sa façon de mêler passé et présent, récit et souvenir, d’annoncer le drame dès les premières pages tout en réussissant à en masquer les détails les plus importants jusqu’à la toute fin est d’une finesse et d’une efficacité redoutables. Une construction absolument virtuose, au service de la description sans pitié d’une époque et d’un lieu étouffants, d’une mentalité étriquée, du rejet de tout ce qui peut être différent … le tout allié à une grande humanité et une grande tendresse pour les victimes.


On le voit, toutes les thématiques de ses romans à venir sont là, y compris la relation père / fils, y compris quelques personnages d’une rigidité effrayante. Comment aussi le dysfonctionnement à l’intérieur d’une famille est révélateur de celui d’une société toute entière. Comment un individu peut être détruit par le regard porté par les autres …


Quant à la maîtrise de l’intrigue c’est du grand art. Thomas Cook donne l’impression de tout révéler dès le départ … et pourtant le lecteur se fait embarquer comme un bleu pour ne découvrir la vérité, toute la vérité que dans les dernières pages. Du grand art vraiment.


Thomas H. Cook / Au lieu-dit Noir-Etang (The Chatham school affair, 1996), Seuil/policiers (2012), traduit de l’américain par Philippe Loubat-Delranc.

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars américains
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Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 10:14

Donald Westlake est mort, et pourtant il n’a pas fini de nous surprendre. Son œuvre est tellement riche qu’il est quasiment impossible de la connaître à fond. La publication ce mois-ci de Mémoire morte, redécouvert aux US après sa mort (alors qu’il date des années 60 et n’avait jamais été publié) en est la preuve éclatante.


Westlake memoire Paul Edwin Cole est acteur. Etait acteur plus exactement. Jusqu’au jour où, dans une petite ville perdue, un mari jaloux le surprend dans sa chambre d’hôtel avec madame et lui fait subir un tabassage en règle. Après quelques jours de coma Paul doit se rendre à l’évidence, il a perdu la mémoire. Il sait vaguement qu’il était (est ?) acteur et qu’il habite (habitait) New York, rien de plus. Situation d’autant plus précaire qu’il n’a pas assez d’argent pour revenir chez lui. Il va lui falloir s’installer quelque part et travailler pour gagner le prix du billet de bus. Au risque, peu à peu, d’oublier son identité première … Un tragique course contre l’amnésie commence.


Ecrit donc dans les années soixante ce magnifique roman ne fut publié qu’après la mort de Donald Westlake. Trop sombre ? Trop désespéré ? Il est vrai qu’il ne colle pas, a priori, avec ce que l’on croit savoir de l’inventeur de John Dortmunder … Sauf au moins une chose. Dans un excellent documentaire dont j’ai causé ici, Tonino Benacquista dit son admiration pour le Maître et en particulier pour sa capacité à prendre une idée ou une situation archi classique, et à la retourner comme une crêpe pour en faire une intrigue absolument unique. C’est comme ça qu’avec Dortmunder voler une banque veut dire emporter la banque entière … Idem ici. Les amnésiques ont été et seront encore utilisés dans le polar. En général l’amnésique était un super flic/agent/truand … Bref un type dangereux, qui sait faire plein de choses qu’il redécouvre petit à petit. Ici non. Paul Cole est désespérément normal, un tout petit peu glamour avant, complètement terne après. Et n’attendez aucune révélation fracassante, il n’y en aura pas. Voilà la crêpe retournée, et une intrigue unique.


C’est à une plongée, un naufrage dans la grisaille que nous invite Westlake. C’est poignant, désespéré et désespérant. D’un pessimisme absolu sur la nature humaine et nos relations avec les autres. Un roman absolument magnifique qui voit un personnage sombrer sans rémission à la recherche de lui-même. L’écriture est d’une sobriété exemplaire, la progression dramatique fine et subtile et la conclusion implacable.


Implacable et là aussi tout en finesse, car voici la dernière phrase : « Il aurait pu pleurer en cet instant, enfin, mais la fille revenait déjà. » Ce pourrait être une conclusion qui ouvre sur un avenir souriant. Il n’en est rien, c’est le dernier clou du cercueil …


Un autre avis (un autre mais fort semblable comme souvent …) et surtout d’intéressants détails expliquant pourquoi ce roman nous arrive si tard chez Yan.


Donald Westlake / Mémoire morte (Memory, 2010), Rivages/Thriller (2012), traduit de l’américain par Gérard de Chergé.

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars américains
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Jeudi 26 janvier 2012 4 26 /01 /Jan /2012 20:31

Pour les toulousains, une rencontre polar à laquelle je ne pourrai malheureusement pas participer.


Vendredi 3 février à 18h00 un nouvel auteur espagnol traduit chez Actes Sud, Victor del Arbol viendra présenter La tristesse du samouraï à la librairie Ombres Blanches.


Pour plus de détails, c’est là. Pour ma part je peux difficilement vous en dire plus, si ce n’est que je suis désolé de rater ça.

Par Jean-Marc Laherrère
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Mercredi 25 janvier 2012 3 25 /01 /Jan /2012 21:40

Une curiosité chez Asphalte, petit roman d’un auteur totalement inconnu (du moins inconnu de moi) qui vaut le coup que l’on prenne le temps de le découvrir. Il s’agit de Black music du brésilien Arthur Dapieve.


Dapieve Michael Philips, jeune américain de 13 ans vivant à Rio avec ses parents, est enlevé par un gang qui compte en tirer une rançon. Ses kidnappeurs, et leur chef Musclor, ne sont guère plus âgés que lui et veulent 200 000 dollars pour acheter des armes. Détenu dans une favéla, Michael, fan de jazz survit dans un mélange de rap (son ravisseur veut devenir rappeur), de funk (musique préférée de la favela) et du souvenir des chorus de Miles Davis … Le tout rythmé par les coups de feu des affrontements entre les différentes bandes.


Récit à trois voix, Michael, Musclor et Jo, une de ses très jeunes maîtresses. La langue change avec le narrateur, adopte son rythme, sa musique interne. Rythme et pulsation, vie au jour le jour, c'est cela qui donne sa dynamique au roman.


Portrait sans illusion d'un monde perdu, où la plus étonnante candeur côtoie la pire violence, où la cruauté peut voisiner une étrange innocence. Les ruptures de langue passent très bien, l'ensemble est cohérent et surprenant, tout autant que prenant. Une curiosité à ne pas manquer.


Arthur Dapieve/ Black music (Black music, 2008), Asphalte (2012), traduit du brésilien par Philippe Poncet.

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars latino-américains
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Mardi 24 janvier 2012 2 24 /01 /Jan /2012 17:04

Pour ceux que ça intéresse, Le Parrain du polar, notre Président de Toulouse Polars du Sud a été filmé et enregistré lors de son discours d’inauguration en octobre dernier. C’est maintenant en ligne.

 

Pour la bonne humeur Maester est de retour. Et c’est toujours aussi bon.

 

Et pour le plaisir, parfois drôle et toujours pertinente, cette interview du très grand Russell Banks qui sait si bien dire ce qu’il pense des présidentielles américaines à venir.

Par Jean-Marc Laherrère
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Lundi 23 janvier 2012 1 23 /01 /Jan /2012 18:42

Jusqu’à présent j’étais passé à côté des romans de Philip Kerr, malgré les critiques très élogieuses lues ici et là, en particulier à propos de la trilogie berlinoise. La sortie de son dernier roman, Hôtel Adlon était l’occasion de commencer à corriger cette erreur. J’avoue que je suis un peu resté sur ma faim …

 

Kerr1934. Bernie Gunther est un peu trop démocrate, pas assez nazi pour rester dans la police. Il trouve un poste de détective à l'hôtel Hadlon, l'un des plus beaux de Berlin. Un boulot souvent ennuyeux, parfois embêtant quand il faut fermer les yeux sur les éclats des nouveaux maîtres du pays. Mais un boulot sans risque. Jusqu'à l'arrivée de Noreen, superbe journaliste américaine, grande amie de la patronne de l'hôtel, qui veut montrer à l'opinion américaine ce que les nazis font aux juifs et faire ainsi pression pour que son pays boycotte les jeux de 1936. Le corps d'un boxeur juif retrouvé sans vie dans un canal pourrait faire une bonne histoire de départ. Bernie accepte de l'aider, parce qu'elle est très belle, parce qu'il s'ennuie, et parce qu'il aimerait bien porter un coup aux pouvoir. Sans se douter qu'il va mettre le pied dans un véritable nid de serpents …


Me voilà donc un peu déçu par Philip Kerr, pas aussi enthousiaste que ce que j’espérais. Ce qui ne veut pas dire non plus que je n’ai pris aucun plaisir. Je vais vous la jouer devoir appliqué de 2°.


Thèse : J'ai aimé la reconstitution historique, celle de la première partie, Berlin en 1934. On ressent bien l’ambiance berlinoise, la tension croissante, la violence de plus en plus ouverte des nazis et de ceux qui, par peur, lâcheté, intérêt ou adhésion se mettent à taper allègrement sur les boucs émissaires désignés. Et puis j’y ai appris pas mal de choses sur les magouilles qui ont entouré les JO de 36. Déjà. Corruption des membres du CIO (ou l’équivalent de l’époque), pots de vin liés aux constructions de stades, saloperies en tous genres envers les ouvriers … rien de nouveau sous le soleil me direz-vous, mais certaines choses gagnent à être dites. Et elles sont bien dites.


Antithèse : La seconde partie, en 54 à La Havane m'a moins convaincu. Intrigue un poil forcée, liens avec la première partie parfois tirés par les cheveux, quelques coïncidences un peu grosses, et puis la description est plus convenue, moins inattendue … Cuba, bordel de l'Amérique et tenue par la mafia, on le savait déjà ... Sur l’ensemble une autre critique : le recours dans la narration au jeu de mots et à la comparaison qui tue un peu systématiques, à la manière des voix off des privés hardboiled de cinéma. Un style qui peut passer, sur le fil du rasoir, mais qui peut rapidement devenir artificiel, et c’est parfois le cas ici (c’est du moins comme ça que je l’ai ressenti).


Synthèse : Je l’ai lu sans déplaisir, avec même un vrai plaisir par moment, mais sans pour autant arriver à m’enthousiasmer.


Philip Kerr / Hôtel Adlon (If the deadrise not, 2009), le Masque (2012), traduit de l’anglais (Ecosse) par Philippe Bonnet.

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars grands bretons
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Mercredi 18 janvier 2012 3 18 /01 /Jan /2012 23:01

Au vu du titre et de la quatrième de couverture je m’attendais à ce que La maison des tocards de l’anglais Mick Herron soit une sorte de pastiche, un John Dortmunder chez les espions. Point du tout. Etonné je fus (je sais j’ai encore quelques échos de Camilleri). Mais point du tout déçu.


HerronLe Placard. La hantise de tout agent du MI5. La relégation honteuse pour ceux qui ont fait une énorme boulette mais qu’on n’a pas pu virer. La perspective de passer le restant de sa vie d’espion de sa très gracieuse majesté avec d’autres tocards, à écouter des enregistrements mortels d’ennuis ou à trier de la paperasse pour écrire des rapports que personne ne lira jamais. C’est là que se retrouve River Cartwright après une grosse bavure lors d’un exercice anti-terroriste. Il est sous la direction de l’infect et mystérieux Lamb. Jusqu’au jour où, sur tous les sites et blogs du pays, apparaît la vidéo montrant un jeune homme cagoulé. Le message qui va avec est simple et clair : Il sera décapité dans 48 heures. L’occasion pour les loosers du Placard de servir enfin à quelque chose ?


On n’est donc pas dans une grosse rigolade à la Casino Royale. Non c’est un vrai roman d’espionnage, qualité britannique garantie : Vrais personnages, décorticage des mécanismes de la Grande Maison, intrigue complexe et mécanique d’horloger, résonnance avec les problèmes actuels (avec en particulier ici la paranoïa post attentats et de la montée de la bêtise et du racisme).


La seule différence avec un roman de John Le Carré ou Henry Porter est que l’auteur s’attache ici à des personnages mis en marge du grand jeu, relégués, oubliés et souvent humiliés. Des personnages avec plus de faiblesses que de forces, qui ont perdu confiance en eux. Des personnages au bord de la rupture. Des personnages pathétiques, émouvants et loin d’être aussi ridicules qu’on pourrait le supposer au vu du résumé. Victimes de la machine à broyer et des jeux de pouvoir. Des personnages de roman noir pour résumer.


Le roman y gagne en émotion. Un vrai grand roman d’espionnage à l’anglaise qui de plus apporte une touche originale et personnelle dans cette spécialité très britannique.


Mick Herron / La maison des tocards (Slow horses, 2010), Presses de la cité (2012), traduit de l’anglais par Samuel Sfez.

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars grands bretons
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Lundi 16 janvier 2012 1 16 /01 /Jan /2012 22:56

Deuxième édition du prix Violeta Negra qui sera remis, comme le premier, lors du salon de TPS en octobre 2012.


Cette année le Président du jury sera Monsieur Thomas Chabrol (oui, le fils de Claude) et les six romans en compétition sont les suivants :

 

 

J’espère que les jurés se feront plaisir, verdict en octobre 2012.

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars divers
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Vendredi 13 janvier 2012 5 13 /01 /Jan /2012 21:26

Après deux romans éprouvants et exigeants, j’ai considéré que j’avais droit à une petite récréation. Or il se trouve que l’année est ensoleillée par quelques sorties saisonnières. Le nouveau Pratchett, la réédition d’un Dortmunder … Et depuis quelques temps en janvier, le Montalbano du début d’année. Celui-ci s’appelle Le champ du potier, c’est bien entendu toujours Maestro Andrea Camilleri aux commandes et il a égayé mon début d’année.


CamilleriC’est sous une pluie battante que Montalbano et sa troupe découvrent dans une pente argileuse un sac contenant un homme coupé en morceaux. Défiguré, bouts des doigts brûlés, dents arrachées … Tout a été fait pour qu’on ne puisse pas l’identifier. Une enquête pénible s’annonce. D’autant plus que les engueulades téléphoniques avec Livia continuent et que depuis quelques temps Mimi, l’adjoint irremplaçable, est d’une humeur exécrable.


Voilà donc le Montalbano de l’année. Et comme tous les ans, il fait du bien. Intrigue léchée, incursions dans diverses trattorias, dialogues savoureux, mauvaise humeur de Montalbano, coups de griffes aux puissants et à leurs valets … Et l’humour, toujours, de plus en plus présent, de plus efficace.


Les échanges avec Pasquano, le légiste sont tous, sans exception, des moments d’anthologie, et la langue telle que traduite par Serge Quadruppani chante à mes oreilles. Je ne sais pas comment c’est en VO, mais ça :


« Bouh, quel grand tracassin ! Il s’arappela aussi que M. le Directeur de banque faisait toujours un pas en avant et un pas en arrière, un caguedoutes de compétition »
Ca me plait !


Le rayon de soleil traditionnel et très attendu venu de Vigata.


Andrea Camilleri / Le champ du potier (Il campo del vasaio, 2008), Fleuve Noir (2012), traduit de l’italien par serge Quadruppani.

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars italiens
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Mercredi 11 janvier 2012 3 11 /01 /Jan /2012 22:31

Il semble que je sois abonné aux romans fragmentés en ce début d’année. Après Le zéro, voici Sur les nerfs, premier roman traduit de l’américain Larry Fondation.


Fondation Il y a le Los Angeles des stars, des maisons flamboyantes, du fric, du glamour et de la plage … Et puis il y a le Los Angeles de Larry Fondation, de Poz, Army, Gina, Angela et les autres. Un monde perdu, où l'on se flingue pour un regard de travers, où l'on meurt jeune d'overdose dans un immeuble en cours de destruction, où l'on picole, on se drogue, on se fait planter parce qu’on ne donne pas l’heure, on baise sans passion, sans avenir, sans idéal et sans espérance … Un Los Angeles de bière bon marché, de couteaux à cran d’arrêt, de flingues et de désespoir …


Des fragments de vie, jetés sur le papier comme les éclats de verre d'une bouteille de bière fracassée. Tranchants, impitoyables, laids, soudain transformés en éclats de diamants par un éclairage  inattendu. Et malgré le désespoir, malgré le manque d'avenir flagrant, quelques fragments d'espérance. Un qui s'en sort, un petit moment de bonheur arraché à la misère …


La quatrième de couverture nous indique que l’auteur est médiateur dans les quartiers qu’il décrit depuis vingt ans. Il sait donc de quoi il cause. Textes courts, livre resserré, impact maximum.


On commence à parler de ce roman ici et là sur la toile. Toujours en bien et c’est parfait. Et on le compare beaucoup à Bienvenue à Oakland d’Eric Miles Williamson. Et la parenté ne me semble pas aller de soi : Les deux romans se situent en Californie et sont traduits par le même traducteur. Les deux également font le choix de ne pas avoir de vraie trame narrative.


Mais pour moi ils ne décrivent pas la même situation, et ne le font pas de la même façon. Eric Miles Williamson et ses personnages sont des travailleurs, souvent au chômage, fiers de leur travail même, et surtout, quand il est très dur, conscients de leur classe sociale et de l’antagonisme avec la classe dominante. Une certaine solidarité (de classe là encore) est présente. Leur rage a une cible. Ceux de Larry Fondation n’ont même pas ça, ou si peu. Pas de conscience de classe, pas la fierté d’un boulot, la seule solidarité est celle d’un territoire et s’ils se révoltent parfois (pas souvent) contre leur misère c’est sans aucune conscience politique. En cela ils se rapprochent plutôt des gamins décrits par George Pelecanos dans la série Blanc comme neige / Soul Fiction / Tout se paye. Sans la trame narrative du grand Georges car ici aucun personnage extérieur ne vient mettre de la cohérence dans ces morceaux de vie.


De même l’écriture de Larry Fondation, sèche, aride presque, sans mot superflu, est plus proche, là encore, de celle d’un George Pelecanos que des envolées enragées et lyriques de Williamson.


Un bel exemple de métissage entre les deux alors ?


Larry Fondation / Sur les nerfs (Angry nights, 2005), Fayard(2012), traduit de l’américain par Alexandre Thiltges.

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars américains
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