Vendredi 13 novembre 2009

James Grady, connu du grand public comme l’auteur des Six jours du condor (devenu Les trois jours du même piaf dans son adaptation cinématographique de Sydney Pollack avec Robert Redford et Faye Dunaway) est un des maîtres du thriller d’espionnage américain. Il revient avec ces Mad dogs.


Ils sont cinq : Victor, le narrateur, Zane, cheveux et barbes blancs, Eric l’ingénieur de haut vol, Russell l’ancien rocker, Hailey, belle, classe et noire. Ils ont travaillé pour la CIA. Ils ont vécu l’enfer. Ils sont implacables, cinglés et gardés dans une Clinique top secret quelque part dans le Maine. Un matin ils retrouvent le psychiatre qui s’occupe d’eux assassiné. Qui pourra faire de meilleurs coupables que ces cinq tueurs devenus fous ? C’est pourquoi ils décident de s’évader ensemble, et de découvrir qui a tué le toubib et veut leur faire porter le chapeau. Cinq cinglés paranos et mortels lâchés dans la nature …

L’ancien espion rattrapé par son passé et qui doit sauver sa peau face à des méchants qui veulent l’éliminer … pas franchement novateur comme thématique pour un polar.

 

Mais. Mais relevez la sauce en prenant non pas un mais cinq espions, et choisissez d’en faire des gens franchement déséquilibrés, avec d’excellentes raisons de l’être. Ajoutez à la course contre les méchants, la course encore plus stressante contre la folie (car nos cinq cinglés n’ont plus leurs médicaments sous la main), et vous obtenez un résultat beaucoup plus original, et même franchement passionnant.

 

D’autant plus que James Grady imprime un rythme d’enfer à sa cavale, intercale parfaitement les retours en arrière qui expliquent la folie de chacun, réussit superbement ses scènes d’action, et nous offre quelques scènes d’anthologie. Pour compléter le tableau, il dresse, en toile de fond, une peinture pas franchement rassurante (même si elle n’est pas forcément étonnante) des actions de l’ombre des US de ces 20 dernières années, et de la paranoïa grandissante qui règne dans le petit monde de l’espionnage US depuis le 11 septembre.

 

On peut juste regretter que le final soit un poil en deçà de tout le reste, mais il faut dire qu’il était difficile de se maintenir à un tel niveau.

 

James Grady / Mad dogs, (Mad dogs, 2006) Rivages thriller (2009), traduit de l’américain par Jean Esch.

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars américains - Communauté : Le monde du polar
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Mercredi 11 novembre 2009

Il y a quelques jours j’ai écrit que j’étais en train de mener une expérience de lecture extrême. Elle est maintenant terminée. Voilà de quoi il s’agit.

Certains parents, pourvu d’une imagination débordante, sont capables d’imaginer une histoire qu’ils racontent, jour après jour à leurs enfants. Pour ma part, je suis dépourvu de toute imagination. Et mes gamins adorent les histoires.

Donc en juillet dernier j’ai entamé une sorte de marathon : la lecture, à haute voix, du Seigneur des anneaux. Fin juillet, nous avons ouvert pour la première fois l’édition en un seul volume, illustrée par Alan Lee. Plus de 1000 pages, et les gamins ont pour la première fois entendu parler de Frodon, Sam, Merry et Pipin, puis de Gandalf et de tous les autres.

Et ça a marché, nous avons terminé ce matin.

Alors certes c’est un peu rude, il a fallu expliquer pas mal de mots. Il a surtout fallu expliquer la structure narrative qui, à partir du deuxième livre, se complique, partagée entre plusieurs groupes de personnages. Le plus difficile a été pour eux de comprendre qu’on pouvait parfois revenir en arrière et revoir, sous un autre angle, des événements déjà décrits et qu’ils considéraient comme acquis.

Malgré cela ils n’ont jamais lâché et ont insisté pour poursuivre, jour après jour. Mais surtout ils se sont enthousiasmés, ils ont ri de plaisir quand Gandalf réapparaît ou quand il y a des retrouvailles, pleuré à la mort du roi Theoden, se sont indignés quand un coup du sort leur paraissait trop injuste, ont protesté quand on s’arrêtait à un moment critique. J’avoue que j’ai un peu raccourci quelques descriptions et sauté quelques poèmes, mais vraiment très peu.

Et ce matin, gros coup de blues à la fin, et la question a jailli, immédiate : Qu’est-ce qu’on va lire maintenant ?

On a bien deux ou trois petits bouquins sous la main, mais après il va peut-être falloir attaquer Harry Poter. A moins que vous n’ayez d’autres idées …

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Pour les minots
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Lundi 9 novembre 2009

On a l’habitude d’assister aux concours virils entre Frédéric L. et Xavier D. Ils adorent jouer à qui va sortir la plus grosse. Malgré un beau score réalisé par Xavier D. à propos des fainéantes de maternelles qui servent à peine à changer les couches, et un autre lors d’un examen surprise sur la règle de trois, c’est en général Frédéric L. qui gagne haut la main.

Ben cette fois ils ont été battus à plate couture par leur collègue Eric R. qui a demandé à son nouveau collègue qui sait lire, Frédéric M., de rappeler à l’ordre une pas vraiment française qui se permet de dire du mal de notre beau pays alors que la France, dans sa grandeur, vient juste de lui attribuer un prix qu’elle ne mérite certainement pas.

Je cite, et surtout je vous renvoie là où vous aurez la joie et le bonheur de lire la prose gagnante dans son intégralité.

Eric R. rappelle « le devoir de réserve, dû aux lauréats du Prix Goncourt. En effet, ce prix qui est le prix littéraire français le plus prestigieux est regardé en France, mais aussi dans le monde, par de nombreux auteurs et amateurs de la littérature française. A ce titre, le message délivré par les lauréats se doit de respecter la cohésion nationale et l'image de notre pays. »

Il en rajoute une couche : « Une personnalité qui défend les couleurs littéraires de la France se  doit de faire preuve d'un certain respect à l'égard de nos institutions, plus de respecter le rôle et le symbole qu'elle représente. C'est pourquoi, il me paraît utile de rappeler à ces lauréats le nécessaire devoir de réserve, qui va dans le sens d'une plus grande exemplarité et responsabilité. »

Allez voir l’article original sinon vous risquez de ne pas me croire.

Donc nous sommes bien d’accord, cette semaine c’est Eric R. qui a gagné. Il a sorti la plus grosse.

Connerie bien sûr. De quoi pouvait-il être question ?

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Mauvaise humeur
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Lundi 9 novembre 2009

Cela fait maintenant presque un an que Donald Westlake nous a fait sa dernière blague (la seule mauvaise de toute sa carrière), entraînant, entre autres, la disparition de Richard Stark. Pour quelques années encore nous aurons de ses nouvelles, posthumes, tant sa production a été riche. Voici donc avec A bout de course (titre tristement prémonitoire, mais moins que le titre original !), dernier roman traduit des aventures de Parker.

 

Dès le départ les choses s’annonçaient mal : Un des participants à la réunion avait un micro. Une fois le problème réglé, Parker se retrouve avec, disons Nick, le seul homme qu’il connaissait dans le groupe. Nick lui propose un coup de remplacement : braquer un camion assurant le déménagement d’une banque, quelque part dans la cambrouse. Mais là aussi il y a beaucoup de choses qui ne plaisent pas à Parker. A commencer par l’implication dans le coup de deux amateurs motivés par la rancœur. Comme il pense pouvoir redresser la barre et qu’il commence à avoir besoin de liquide, il accepte …

 

Que dire qui n’ait déjà été dit et redit quand on referme un nouveau Parker ? Rien.

 

C’est toujours aussi impeccable. Pas une émotion, pas un mot de trop, psychologie zéro, que de l’action pure. Un style aussi tranchant et efficace que Parker. Des personnages définis en deux phrases et qu’on a tout de suite l’impression de voir et de connaître. Du pur plaisir.

 

Reste une seule question, y a t’il encore quelques Richard Stark à traduire ?

 

Richard Stark / A bout de course !, (Nobody runs forever, 2004) Rivages thriller (2009), traduit de l’américain par Marie-Caroline Aubert.

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars américains - Communauté : Le monde du polar
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Dimanche 8 novembre 2009

Si vous êtes un habitué des blogs littéraires vous en avez forcément entendu parler, mais à tout hasard, j’en rajoute une couche.

Bob Garcia est auteur de polar (ça, ça va), contrebassiste de jazz (ça aussi), c’est un charmant homme avec qui j’avais eu, il y a quelques années, le bonheur de passer une soirée accoudé au bar en causant musique (jusque là tout la bien). Mais Bob Garcia est aussi un fan de Tintin, et, étrangement, c’est là que les choses ses gâtent.

Parce que, comme l’ami Bob est fan et auteur, il a osé écrire quelques ouvrages d’études autour de l’œuvre d’Hergé. Or, je l’ai appris à l’occasion de cette lamentable affaire, il est impossible d’écrire quoi que ce soit sur les aventures du reporter à houppette sans avoir l’aval de personnages qui n’ont jamais rien écrit, rien inventé, rien créé, mais qui ont hérité de façon légale (mais néanmoins absurde, et oui, la loi peut-être absurde) de tout les droits et de tout le pognon de Tintin.

Et ces sinistres ne supportent pas que qui que ce soit publie quoi que ce soit qui ne lui soit totalement agréable. Comment faut-il faire pour être agréable aux sinistres ? Je ne sais, l’ami Bob non plus. Résultat, il vient de se prendre un procès et, comme il n’a pas un radis et que les infects sont riches à millions, ben ya pas de surprise, ils ont gagné. Gagné quoi ? Encore plus de fric, soit une amende de quelques 40 000 euros. Et bien entendu, si un contrebassiste de jazz, écrivain de polar avait une telle somme sous la main, cela se saurait. Donc l’ami Bob est dans une merde noire.

Pour plus de détails, vous pouvez aller sur le blog qu’il a créé. C’est là.

L’ami Jeanjean a déjà parlé de l’affaire.

On en cause aussi là.

Pierre Assouline qui a déjà eu affaire aux vautours en cause aussi.

L’association 813 a décidé d’aider le collègue.

Si quelque chose se précise pour venir en aide à Bob Garcia et nuire aux nuisibles je vous tiendrai au courant. Quant à moi, je ne peux même pas boycotter Tintin, j’aime pas Tintin. Je préfère Astérix et Sœur Marie-Thérèse.

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Mauvaise humeur
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Dimanche 8 novembre 2009

Je n’avais jusque là lu qu’un seul roman de Jack O’Connell (quand le verbe s’est fait). Il n’en a de toute façon pas écrit beaucoup. Il m’avait laissé l’impression d’un auteur à l’univers unique et absolument inclassable. Dans les limbes confirme cette première impression. Et confirme également que Jack O’Connell est un très grand.

 

Il y a Sweeney qui depuis un an veille sur son fils Danny, six ans, dans le coma. Sa femme s’est suicidée, et il vient de décider de transférer Danny dans La Clinique du docteur Peck qui, avec sa fille, a déjà réussi à réveiller deux patients plongés dans un coma profond. Sweeney a obtenu le poste de pharmacien de cet établissement très spécial de Quinsigomond, une ancienne ville industrielle en pleine décrépitude.

 

Il y a donc Peck et sa fille Alice qui poursuivent leurs propres buts, assez peu compréhensibles par le commun des mortels, et qui ne cherchent pas forcément le bien de leurs patients.

 

Il y a Buzz et ses abominations, une bande de bikers qui squattent une ancienne usine de prothèses désaffectée, et qui sont, avec leur égérie Nadia, infirmière à la Clinique, à la recherche de quelque chose à travers tout le pays.

 

Et pour finir il y a Chick le garçon poulet et la troupe de monstres de cirque qui peuplent les comics que lisaient Danny, et dont les aventures semblent avoir conquis le pays tout entier.

 

Et bien sûr, tout cela est lié. Mais comment ? Et comment Sweeney pourra-t-il, dans ce monde cauchemardesque, veiller sur son fils ?

 

Etranger, si tu rentres dans ce roman, tu dois laisser la raison, la rationalité chez toi. Tu dois laisser tomber les pourquoi et les comment. Tu dois accepter de te laisser entraîner dans l’univers de Buzz, le biker shooté et de Chick le garçon poulet. Si tu n’es pas prêt, passe ton chemin !

 

Et oui, pour rentrer dans un livre de Jack O’Connell il faut accepter de ne rien tenir pour acquis, et de se laisser aller dans son univers onirique, porté par son imagination sans limite. On est en permanence entre rêve et réalité, entre un univers gothique flamboyant et une réalité grise, entre les préoccupations les plus terre à terre et les envolées les plus lyriques, entre un monde des plus qu’humains de Sturgeon et les romans noirs les plus sinistres de la galaxie polar.

 

Si vous n’acceptez pas ça, vous n’entrerez pas dans ce roman. Mais si vous vous abandonnez à lui, à son rythme, à sa poésie, à sa langue, vous ne saurez sans doute pas où l’auteur vous a amené, mais vous saurez, avec certitude, que le voyage a été à jamais marquant.

 

Si vous acceptez un conseil du chroniqueur ébahi, ne lisez l’introduction qu’après avoir lu le roman. Non qu’elle révèle quoi que ce soit. Mais vous ne l’en apprécierai que davantage. Je n’en citerai qu’un extrait, repris d’ailleurs en quatrième de couverture : « oui ceci est un livre sur le deuil, le chagrin et la rage. Sur le coma, les revues de BD et les produits pharmaceutiques. Sur les bikers psychotiques, les neurologues fous et les monstres de cirque itinérants. Mais au bout du compte – et plus pertinemment, je crois – c’est un livre sur la moralité complexe de l’écriture elle-même, de la fabrication d’un récit, d’une histoire. »

 

Je ne saurais mieux dire.

 

Jack O’Connell / Dans les limbes, (The resurrectionnist, 2008) Rivages thriller (2009), traduit de l’américain par Gérard de Chergé.

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars américains - Communauté : Le monde du polar
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Vendredi 6 novembre 2009

J’avais aimé la côte 512 de Thierry Bourcy puis, noyé sous l’avalanche des sorties, laissé passer les suivants. La rencontre avec ce très sympathique auteur lors du premier salon TPS m’a donné envie de me replonger dans la série. Voici donc l’arme secrète de Louis Renault.

 

Noël 1915. Célestin Louise ne s’attend absolument pas à bénéficier d’une permission. Il reçoit pourtant bien une lettre de son ancien patron à la tête de la police parisienne qui le rappelle pour dix jours loin du front. Sa précédente enquête l’a fait remarquer de l’état-major qui le réclame pour une affaire très embarrassante : Les plans d’un nouveau char ont été volés dans le coffre-fort de l’appartement de Louis Renault. Et bien entendu, les seules personnes à en avoir le code sont absolument insoupçonnables. Célestin revient donc à Paris et découvre le fossé qui existe, après plus d’un an de guerre, entre la vie frivole de la capitale et l’enfer vécu par les poilus. Un fossé qui ne pourra aller qu’en grandissant.

 

Si l’écriture de Thierry Bourcy, parfois un poil trop sage, ne révolutionnera pas le genre, ce deuxième volume confirme tout de même l’intérêt de cette très bonne série.

 

Pour commencer l’idée d’écrire un polar par année de guerre, et de montrer ainsi l’évolution de l’état physique et mental des soldats et des gens de l’arrière est excellente. Ensuite, son personnage de Célestin Louise existe vraiment et certains personnages secondaires commencent à prendre de l’épaisseur. Pour finir sur la forme, l’intrigue est bien menée.

 

Quant au contexte historique, comme dans le premier volume il est très bien rendu. Après les tranchées, Thierry Bourcy s’attache à décrire l’incompréhension totale entre ceux qui vivent l’enfer des tranchées, et ceux qui sont restés en arrière. Même ceux (et plus généralement celles) qui souffrent de la perte d’un frère, mari ou fils ne peuvent comprendre ce que vivent les poilus. Et le fossé est encore plus grand avec ceux qui continuent à profiter de la vie, voire dans certain cas, à exploiter la guerre.

 

En bref une très belle chronique, que je vais poursuivre sans trop attendre.

 

Thierry Bourcy / L’arme secrète de Louis Renault, Folio/Policier (2008).

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars français - Communauté : Le monde du polar
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Jeudi 5 novembre 2009

Ce fut un excellent moment et, selon la formule galvaudée mais ô combien adaptée à la circonstance, les absents ont vraiment eu tort.

 

Première constatation, partagée par tous, Craig Johnson est un cow-boy (il en a les bottes et le chapeau) incroyablement sympathique, drôle et intéressant. Et surprenant. Une sorte d’archétype de l’écrivain américain des grands espaces tel qu’on le fantasme chez nous. Jugez plutôt.

 

 

Avant de publier son premier roman à 44 ans, l’homme avait travaillé dans la police de New-York, été champion de rodéo, catégories chevaux sauvages et taureaux (!!), a effectué tous les petits boulots imaginables, à logé quelques temps dans son truck, a construit son ranch de ses propres mains dans le comté le moins peuplé du Wyoming, qui est un état grand comme la moitié de la France comptant 500 000 habitants. Il a été éleveur de bétail, et vit maintenant de son travail d’écriture.

 

Contrairement à ce que pourrait laisser penser son look très John Wayne, l’homme est loin d’être républicain, connaît très bien la question indienne, ses premiers voisins étant les Cheyennes et les Crows de la réserve voisine (l’un d’eux, son meilleur ami, a inspiré le personnage de Henry Standing Bear), n’a aucune fascination pour les armes, et cite parmi les personnages qui ont inspiré son shérif Walt Longmire, Jean Valjean et Athos ! Il raconte dans un grand éclat de rire comment il est allé, lors des trois jours passés à Paris avant de rejoindre Toulouse, au Panthéon toucher la pierre derrière laquelle se trouvent les cendres de Dumas en espérant recueillir quelques vibrations positives.

 

Si vous le voyez, il vous racontera la nature sauvage du Wyoming, la beauté de ses ciels, la rudesse (pour ne pas dire plus) de ses hivers. Il vous parlera de l’humour des indiens (très présent dès son premier roman), des notices nécrologiques que lui envoyait sa mère et comment il s’en est servi dans ses romans, ou de sa chute vertigineuse lors d’une randonnée dans la Caucase, qui le laissa en état de choc, obligé de revenir seul au camp de base, soutenu par des hallucinations, sous la forme de vision de silhouettes de gens qui lui parlaient … Une scène que l’on retrouve dans Little Bird.

 

Il se considère comme un écrivain col bleu, sans état d’âme parce que, comme il le dit, il n’a jamais vu un terrassier, le matin, commencer à dire que non, aujourd’hui il ne se sent pas en communion avec sa pelle et qu’il ne peut pas creuser le fossé du jour.

 

Il vous racontera comment Walt Longmire et ses amis et collègues qui ne devaient exister que le temps d’un roman sont devenus des personnages récurrents, juste parce qu’il s’était tellement attaché à eux, et au comté (imaginaire) où ils vivent qu’ils n’a pu se résoudre à les abandonner (il y a déjà 5 romans publiés, et un sixième prêt à sortir, tous seront repris par son éditeur français).

 

Surtout, il vous dira tout cela beaucoup mieux que moi car c’est un formidable conteur. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, il était à Ombres Blanches accompagné de son excellentissime éditeur, Oliver Gallmeister qui a assuré la traduction de ses propos, exercice de haute voltige tant l’homme est bavard.

 

Une dernière chose, si vous avez la chance d’inviter Craig Jonhson, ne vous embêtez pas à prévoir un micro, il une voix faite pour les grands espaces, elle porte sans aucune aide !

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Interviews - Communauté : Le monde du polar
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Mercredi 4 novembre 2009

Voici donc pour le mois d’octobre :

Promis juré, ce n’était pas prémédité, mais l’article sur le Festin d’Alice de Colin Thibert m’a valu quelques internautes faisant des recherches sur la « cuisine au wok ».

« la callas complot » arrive sur le roman de Patricia Parry qui revisite l’affaire Calas … Alors Calas ou Callas ? L’internaute a-t-il (elle) été satisfait ?

Une recherche très régionale : « salope de moissac » pointe sur DOA.

De nombreux « récits érotiques bizutage » et ses variantes arrivent toujours sur le bouquin de Solenn Colleter.

Du très classique jusque dans les accords approximatifs « blog grosses bite noir » ? Et ça arrive chez moi. Qui suit blanc.

Encore classique « porno de joe thomas l'americain » qui pose quand même une question, qui est ce fameux joe thomas l’americain (sans majuscules ni accent) ?

Je jure que le suivant est vrai, je n’aurais jamais pu l’inventer : « orthodontiste a Veracruz » …

« une coupe de cheveux obol » je n’invente rien ! Ni la recherche, ni l’orthographe. Internet mène à tout, on cherche un coiffeur et on tombe sur un blog sur le roman noir.

Et pour finir, un qui me laisse perplexe, « wou porn french magali » pointe sur Pedro Mairal et sa nuit avec Sabrina Love.

Par Jean-Marc Laherrère
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Mardi 3 novembre 2009

Le pyrénéen Michel-Julien Naudy est un écrivain trop rare. Trois séries noires, probablement introuvables sauf chez les bouquinistes et les bonnes bibliothèques, quelques romans jeunesse, et des nouvelles. J’avais été envouté par Le pas du parisien, un polar montagnard qui arrivait à faire passer des sensations aussi subtiles que le bonheur de sentir les muscles se chauffer au début d’une randonnée, ou le silence imposant de la montagne.

 

Zone frontière Figueras rassemble huit nouvelles qui, comme leur nom l’indique, se déroulent de part et d’autre des Pyrénées. Comme ses personnages Michel-Julien Naudy ne dit que l’essentiel, l’indispensable. Ses nouvelles sont épurées à l’extrême. Au point de pouvoir même désarçonner parfois tant il manie l’ellipse. Mais quand ça passe, c’est du grand art.

 

Employé au tri de nuit à la poste, chômeur en attente d’un stage de plus, ancien résistant devenu instituteur, gérant de station service, femmes seules ballotées d’un poste pourri à une autre … tels sont les personnages de ces huit nouvelles. Tous sont saisis au moment où ils sont près de basculer dans autre chose : une vengeance, un coup qui les sortira de leur vie morne et sans avenir, une occasion saisie au vol, sans même y penser … Des ruptures qui les mènent souvent vers la frontière, en traversant à pied ces montagnes que l’auteur aime et connaît si bien.

 

Et puis, comme on parle d’Espagne, toujours en toile de fond, la plaie toujours ouverte de cette guerre terrible, de ces vaincus devenus mythiques que la France a si mal accueillis, dans un épisode infamant de notre histoire dont nous n’aimons guère parler.

 

Tout cela passe dans ces huit nouvelles, sans grands effets de manche, sans esbroufe, sans gesticulations, mais avec quelle émotion ! Une occasion de découvrir un auteur qui n’a pas encore trouvé tous les lecteurs qu’il mérite.

 

Michel-Julien Naudy / Zone frontière Figueras, Mare nostrum/Polar (2009).

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars français - Communauté : Le monde du polar
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