Samedi 11 octobre 2008

Après Le temps de la sorcière, revoilà Einar, journaliste et ancien alcoolique, envoyé dans le nord de l’Islande par son journal. La petite ville où il est exilé connaît son week-end de folie, la grande fête des commerçants, beuverie ininterrompue de quelques jours où l’on accourt de tout le pays. Cette année, il y a une attraction supplémentaire : Hollywood et deux de ses stars débarquent, pour préparer le tournage d’une série télévisée. Au lendemain de la fête, le constat est le même, sinon pire que celui de l’année suivante : des tonnes de déchets, agressions, violences, viols … Plus un meurtre, celui d’une jeune fille, retrouvée dans la maison abandonnée qui doit servir de lieu de tournage à la série. Einar s’intéresse de près à cette affaire, aiguillonné par une mystérieuse correspondante qui semble en savoir long sur ce qu’il c’est passé …

Le temps de la sorcière ne m’avait pas totalement convaincu. Voilà ce que j’ai dans mes notes à propos du roman précédent d’Arni Thorarinsson : On va forcément comparer avec Indridason. Et c’est là que le bât blesse. Thorarinsson n’évite pas certaines longueurs, maîtrise moins bien que son compatriote le rythme du récit, et d’un autre côté, n’arrive pas à rendre ses personnages aussi émouvants que ceux d’Indridason. Du coup, par moment, l’attention se relâche, et on n’est pas vraiment touché par ce qui arrive aux personnages.

Toutes ces réserves tombent avec Le dresseur d’insectes. C’est toujours lent, Thorarinsson prend toujours le temps d’installer son histoire, ses personnages, mais il n’y a pas de longueurs et on ne s’ennuie jamais. L’humour du journaliste fait mouche. Les personnages que ce soit Einar, ses collègues ou le commissaire de la ville, prennent de l’épaisseur. Et surtout, les nouveaux venus sont très présents et très attachants. Le destin des deux victimes (oui vous verrez il y a deux victimes) est décrit avec une humanité qui le rend poignant.

Le tableau d’une Islande complexée face à l’étranger, et surtout face aux US est à la fois drôle et émouvant, les luttes entre les forces du fric et les quelques journalistes qui ont encore un minimum de morale sont parfaitement rendues, et le tableau de la ville submergée par des hordes alcoolisées est criant de vérité (et vous pouvez en croire un ex habitué des fêtes de Bayonne !). Bref, on a là un très bon roman noir qui dégage une véritable émotion.

Arni Thorarinsson / Le dresseur d’insectes (Dauði trúðsins, 2007), Métailié/Noir (2008), traduit de l’isalndais par Eric Boury.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars scandinaves communauté : SOIF DE LIRE...
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Mercredi 1 octobre 2008

Décidément le polar scandinave est riche. Voici un petit nouveau, découvert par Rivages : Theodor Kallifatides, que la quatrième de couverture présente comme un écrivain et poète suédois d’origine grecque, écrit avec Juste un crime, son premier polar.

Dans un lac proche de Stockholm, un sac plastique contenant le corps d’une jeune femme est trouvé par deux pêcheurs à la fonte de la glace. Kristina Vendel en charge de l’enquête avec sa petite équipe, n’a pas grand-chose à quoi se raccrocher. Aucune disparition n’a été signalée, et la morte n’a rien sur elle qui permette de l’identifier. Juste une croix orthodoxe autour du cou. Alors crime lié à la nouvelle mafia des pays de l’est ? Vengeance ? Crime passionnel ?

La quatrième de couverture en appelle aux glorieux anciens, Maj Sjöwall et Per Wahlöö. Et c’est vrai que leur héritage est sensible. C’est un policier procédural, mettant en scène d’une petite équipe de flics dont l’auteur décrit autant la vie quotidienne que le travail, qui utilise la trame policière comme un prétexte pour dépeindre la réalité sociale (ou une part de la réalité sociale) du pays. On sent que l’on a là, potentiellement, le début d’une série.

Mais s’il est prometteur et pas désagréable à lire, ce premier polar n’est pas totalement convainquant. L’intrigue souffre d’approximations et de coïncidences un peu trop flagrantes pour le genre (car le style procédural requiert, pour être crédible, une grande rigueur dans le déroulement de la narration et de l’enquête policière). Mais surtout, on se demande par moment ce qu’il apporte de plus, par rapport aux nombreux ouvrages déjà construits sur ce modèle. Les personnages sont bien trouvés, mais pas toujours exploités autant qu’ils le pourraient. La peinture de la société suédoise survole un certain nombre de problèmes sans vraiment aller au fond d’aucun. Le lecteur s’intéresse aux personnages, sans réellement arriver à se passionner à leur sort …

Bref, si on ne s’ennuie pas, ce n’est pas non plus l’enthousiasme. Un impression mitigée revue à la hausse à la fin du roman grâce à un final bien ficelé qui arrive à faire monter la tension et l’émotion. Reste à voir, si c’est bien le début d’une série, comment elle va évoluer. Je serais curieux de lire d’autres avis …

Theofor Kallifatides / Juste un crime (Ett enkett brott, 2004), Rivages/Thriller (2008), traduit du suédois par Benjamin Guérif.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars scandinaves communauté : SOIF DE LIRE...
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Jeudi 7 août 2008

Voilà donc le deuxième volet de Millenium. Bizarrement, ceux qui ont résisté à la milleliumania l’ont en général trouvé moins bon, l’effet de surprise émoussé, ils ont commencé à s’ennuyer. Les fans le jugent souvent plus nerveux, plus thriller.

Quant à moi, je l’ai trouvé assez semblable au premier, avec les mêmes défauts et les mêmes qualités : Il faut encore presque 300 pages (la moitié) pour qu’on soit vraiment pris par la traque et la course de vitesse entre la police, Mikael, Lesbeth et les tueurs, ensuite, on a envie d’aller au bout, pour savoir. La fin, malheureusement, est d’un grand guignol ahurissant, j’y reviens plus loin.

 

Je voudrais tout d’abord revenir sur une certaine lourdeur du style qui m’avait gênée dans le premier, et commence à m’agacer sérieusement au bout d’un bon millier de pages. Voici un exemple type de ce qui m’agace. Page 107, Larsson parle de la thèse de la criminologue bientôt changée en viande froide :

« Le titre était pour le moins ironique – bons baisers de Russie, allusion évidente au 007 classique d’Ian Flemming. »

Pourquoi est-ce que cela m’agace ? Tout simplement parce que je n’ai pas besoin que l’on m’explique que « bons baisers de Russie » est le titre d’un James Bond. J’ai l’impression d’être dans une série télé avec rires enregistrés pour m’expliquer ce qu’il y a de drôle. De deux choses l’une, soit Stieg Larsson prend son lecteur pour un analphabète inculte, soit il est tellement content de son astuce (qui n’est quand même pas le summum de l’humour) qu’il se croit obligé de l’expliquer, pour nous montrer comme il est drôle et cultivé. Que ce soit l’un ou l’autre, ça m’agace.

Lisez Ken Bruen par exemple. Ses romans R&B sont très courts et percutants. L’affreux Brant a un chien qu’il appelle Meyer Meyer. Ken Bruen n’écrirait jamais une phrase pour expliquer que Meyer Meyer est un personnage du 87° district de McBain. Par contre, Brant pourra l’expliquer à un curieux au détour d’une phrase. Cela semble un détail, mais cela fait la différence entre un journaliste qui a une histoire mais ne sait pas vraiment la raconter, et un véritable écrivain.

Autre exemple. Quand Mikael va voir un flic ripoux qu’il s’apprête à dénoncer, ce dernier lui propose un marché en échange de son silence. Voilà ce qu’écrit Larsson :

« Il n’avait pas l’intention de marchander avec Björck et, quoi qu’il arrive, il le dénoncerait. Par contre, Mikael se savait suffisamment dépourvu de scrupules pour jouer double jeu et passer un accord avec Björck. Il ne ressentait aucune mauvaise conscience. Björk était un pourri. S’il connaissait le nom d’un meurtrier possible, son boulot était d’intervenir – pas d’utiliser cette information pour un marchandage à son profit. Mikael n’avait aucun problème à laisser Björck espérer qu’il ait une voie de sortie s’il livrait des informations sur un autre pourri. »

Voilà, un paragraphe entier pour expliquer ce que va faire Mikael, et justifier cette action. Si l’auteur, au bout de 1000 pages, est encore obligé d’expliquer ainsi une action de son personnage principal c’est qu’il y a un problème quelque part. Qu’il l’a mal décrit avant, qu’il ne fait pas confiance à son lecteur, ou que, d’une certaine façon, il sent qu’il y a un manque de cohérence dans ce personnage. Une fois de plus, Ken Bruen dans la même situation n’aurait eu aucun besoin d’expliciter une réaction de Brant, elle aurait été évidente pour le lecteur.

Pas étonnant, avec toutes ces redondances et explications inutiles qu’ensuite les romans soient épais …

 

Revenons au final maintenant et à SuperLisbeth. Dans le premier Lisbeth est déjà un sacré numéro : super intelligente, super hacker. Dans le deux, elle dégomme, avec ses 42 kg, deux malabars rompus à la castagne, et vient même à bout d’un monstre de 2 m et 120 kg insensible à la douleur et d’un ex super agent du super KGB. James Bond et Luke Skywalker n’ont qu’à bien se tenir ! Accessoirement Dark Vador, pardon, le méchant du KGB est son père et le monstre son demi-frère.

Avant de les castagner, elle a battu tous les champions d’échec de Suède les yeux fermés, et, au moment même où elle menait l’assaut de la ferme où se trouve les méchants, d’un coup, a résolu le théorème de Fermat. Si si, elle peut le faire. Bon comme Stieg Larsson n’est pas aussi intelligent qu’elle, il ne nous donne pas l’explication. Dommage.

Pour finir, la fin est d’une incohérence totale : Lisbeth, super génie ayant travaillé pour un boite de sécurité et ayant truffé son appartement de caméras ne se doute pas un instant que son cher papa, pourtant super espion, a truffé, lui aussi, sa ferme de détecteurs et autres senseurs. Donc elle se fait gauler. Et son super espion/tueur de père lui flanque trois balles dans le corps, puis, pas très pro, l’enterre sans même vérifier si elle est morte. Ensuite avec quand même une balle dans le crâne, elle se déterre, revient à la ferme, décanille son papa chéri à coup de hache, et fait fuir le monstre rien que sur sa sale tronche.

Je vous jure, je n’invente rien, je résume. Bon, je crois que je vais rater le 3, où on va sans doute découvrir qu’en fait elle a battu plusieurs fois Bobby Fisher aux échecs, ce qui explique sa déprime et sa folie, et qu’en se battant à mains nue contre des moines du shaolin elle a découvert où se cachait la matière manquante de l’univers, le tout sans même bouger les oreilles.

Je me demande bien comment Tarantino a pu la rater pour Kill Bill. Ciao, Jean-Marc un peu fumasse.

Stieg Larsson / La fille qui rêvait d’une bidon d’essence et d’une allumette (Millenium II)  (Flickan som lekte med elden, 2006), Actes Sud/Actes noirs (2006). Traduction du suédois par Lena Grumbach et Marc de Gouvenain.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars scandinaves communauté : SOIF DE LIRE...
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Mercredi 30 juillet 2008

Et voilà, enfin, je m’attaque au pavé Millenium. J’avais laissé passer le train du premier volume, puis débordé, du second. Ensuite trop tard pour se lacer dans un monstre de 2000 pages ! Mais bon, comme on me l’a offert, et que tous les copains qui savent que j’aime le polar me regardent avec des yeux ronds quand je dis que je ne l’ai pas lu, j’ai profité du calme estival pour me lancer.

Comme tout le monde en a parlé mille fois, je m’évite le boulot de résumer l’intrigue. Et avant de démarrer j’ajoute une petite précision. Heureusement que l’excellente Corinne de La Noir Rôde m’avait averti : Il ne se passe rien pendant les 200 premières pages, après on est pris. Sinon, je crois bien que j’aurais abandonné avant la page 100.

Ceci précisé, ne faisons pas durer le suspense. Oui c’est un bon polar, non je ne suis pas Milleniumaniaque, loin de là.

Bons points : Quand il se décide à démarrer, en fait environ après la moitié du bouquin, Stieg Larsson accroche bien le lecteur, qui a envie d’aller au bout ... la prose, bien que parfois un peu lourde, est dans l’ensemble fluide, et en bon journaliste, Stieg Larsson sait parfaitement exposer les résultats d’une recherche, avec efficacité, sans lasser et faisant bien avancer son histoire. Résultat, une intrigue très bien construite et bien exposée, ce qui n’est déjà pas mal pour un polar.

Autre bon point, le personnage de Lisbeth Salander qui apporte un peu de folie et d’imprévu au roman qui sinon serait plutôt plan plan.

Dernier bon point, de façon pas forcément facile à analyser, on referme le bouquin pas trop mécontent, et plutôt disposé à lire le suivant. Sans doute parce que grâce à une intrigue soignée on ne s’est finalement pas ennuyé, et qu’on a passé un moment agréable, sans trop se torturer la tête.

Mais, mais ...

C’est quand même long. Il en faut du temps pour que ça démarre. Et il y en a des paragraphes inutiles qui décrivent les documents étudiés, la biographie de personnages secondaires (qui au final n’a aucune importance pour l’intrigue et qu’on ne verra plus), l’arbre généalogique de la famille Vanger ...

Et c’est quand même mou. A part Lisbeth, pas grand monde de passionné, et de passionnant là-dedans. Et surtout pas ce bon Mikael, raisonnable à en être fade, et qui, de façon absolument incompréhensible finit par coucher avec toutes les femmes qu’il croise. Que Marlowe, incarné par Bogart les tombe toutes dans le Grand sommeil, ça se comprend. Mais là ! A croire que le mâle suédois est soit un infâme salopar qui ne prend son pied qu’en battant et violant, soit un ectoplasme avec le sex-appeal d’une méduse déshydratée.

Ma chronique pourrait s’arrêter là, sur un constat mitigé, et une formule réductrice : un bon polar pour la plage (Formule qu’en fait je déteste, bien entendu).

Mais Millenium pose quand même une question : Pourquoi un tel succès pour un roman agréable mais somme toute assez tiède ? Voici peut-être quelques éléments d’explication :

A la base, comme écrit plus haut, c’est bien raconté.

Mais surtout, c’est très rassurant. Les méchants sont punis, le gentil intègre gagne, les méchants capitalistes ne sont pas méchants parce qu’ils sont capitalistes et que le système le leur permet et les y pousse, mais parce qu’ils sont méchants. D’ailleurs, grâce aux gentils capitalistes, ils sont punis. La société suédoise n’est pas parfaite, mais les hommes qui maltraitent les femmes sont tous punis, et à part les journalistes économiques (sauf ce bon vieux Mikael) personne n’est mis sur la sellette. Et imaginer que dans nos sociétés, seuls les journalistes économiques (et encore suédois) sont des salauds ou des incapables, c’est quand même rassurant.

Même Lisbeth est rassurante. J’explique. Quand Nick Stefanos, Harry Hole, Jack Taylor ou Matt Scudder se prennent une cuite, le lecteur la ressent dans ses tripes, dans sa tête, il est malade avec eux, a envie d’un verre avec eux, craint le prochain verre et ses conséquences avec eux. Quand Lisbeth prend une cuite, elle dit « j’ai la gueule de bois ». Point final. Indolore pour le lecteur.

Et puis, chez Larsson, le mal est lui aussi rassurant, et presque indolore : Quand Nazutti de Chainas affronte le mal, et est contaminé par lui, le lecteur ressent une partie de ses émotions. Quand Patrick Kenzie affronte les pédophiles dans Gone, baby Gone de Dennis Lehane, on tremble de peur et de rage avec lui. Quand Mikael affronte le méchant (qui est quand même un serial killer des plus infects), ou rencontre sa plus ancienne victime, on compatit, un peu, beaucoup, mais ça ne fait pas mal !

Quand on s’attaque à un mal de cette ampleur chez Lehane, Connolly, Chainas, Férey, Ellroy ... ça laisse des traces. Des traces aux les personnages, définitivement marqués, mais également au lecteur, sonné, écoeuré, secoué, effrayé, qui met du temps à récupérer. Là rien. Mikael a juste quelques doutes sur la conduite à tenir, puis il rentre chez lui, régler sa petite vendetta et boire le champagne avec ses potes. Et le lecteur se réjouit avec lui, pas plus perturbé que ça. Même pas mal.

Plus j’y pense, plus je vois ce que ce roman a de rassurant, au risque, pour l’amateur de noir bien noir, de laisser une impression d’incohérence diffuse qui est révélée quand on se met à y réfléchir sérieusement.

J’arrête donc les frais et je résume : Agréable sans plus. Finalement, pour pousser un peu le bouchon, c’est de l’eau tiède. C’est très bien l’eau tiède, j’adore ça, quand je me douche. Et pourquoi pas quand je lis, de temps en temps. Mais en littérature, en général, je préfère l’eau glacée, bouillante, trouble, démontée, voire épicée. D’ici peu, le volume 2 ...

Dernier point. Je ne voudrais pas que quelqu’un lisant ce post se méprenne. Malgré les apparences, je ne trouve pas anormal ou indigne d’aimer ce roman (de quel droit d’ailleurs, pourrais-je porter un tel jugement ?). Au contraire, malgré ses défauts, j’ai finalement passé un bon moment. Ce qui m’interpelle c’est son succès, et l’enthousiasme qu’il déclenche. Enthousiasme que je ne partage pas.

Stieg Larsson / Les hommes qui n’aimaient pas les femmes (Millenium I)  (Män som batar kvinnor, 2005), Actes Sud/Actes noirs (2006). Traduction du suédois par Lena Grumbach et Marc de Gouvenain.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars scandinaves communauté : SOIF DE LIRE...
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Lundi 26 mai 2008

Oslo, au mois de novembre. La première neige tombe. Birte Becker disparaît de chez elle dans la nuit, ne laissant pour trace qu’une écharpe rose, offerte par son fils, autour du cou du bonhomme de neige que quelqu’un avait érigé dans le jardin dans le courant de l’après-midi. Quelques jours auparavant, Harry Hole, a reçu une lettre l’informant que le Bonhomme de Neige allait frapper de nouveau. Il s’aperçoit alors que depuis une vingtaine d’années beaucoup trop de femmes, mariées et mères de famille ont disparu, sans laisser de traces, le jour de la première neige …

Avertissement au lecteur : Ce roman est un thriller à l’efficacité redoutable qui risque d’entraîner chez le lecteur certains troubles du comportement : Indifférence à son entourage, surdité partielle, manque d’appétit, perte du sommeil. Ces troubles ne se dissiperont totalement que quelques temps après la lecture de la dernière ligne de la dernière page. La durée des troubles dépend essentiellement de la vitesse de lecture du sujet.

Pendant quelques jours après la fin de la lecture, le sujet peut développer une phobie de la neige, des bonhommes de neige, des carottes et des congélateurs. Il existe également un risque d’hypersensibilité aux bruits et de manies diverses et variées amenant, entre autres, le sujet à vérifier dix fois qu’il a bien refermé portes et fenêtres avant d’aller dormir. Si les symptômes persistent, consulter un médecin, et porter plainte contre la série noire.

En conséquence de quoi, il est fortement recommandé de lire Le bonhomme de neige en ce moment (mois de mai/juin), où la probabilité de chutes de neige est particulièrement faible. Attention quand même, Nesbo est également capable de faire très peur avec une trace de pieds mouillés ou le bruit du vent dans un mobile.

Il semblerait, si l’analyse de votre serviteur est pertinente, qu’à l’avenir Jo Nesbo et Harry Hole puissent être à l’origine d’une phobie particulièrement tenace des moisissures. Car sachez-le, chez Nesbo, les intrigues viennent de loin, se construisent petit à petit, de roman en roman, sans que l’on s’en rende compte. Alors gare, l’enfer futur est certainement déjà là, tapi entre les lignes, attendant son heure.

Jo Nesbo / Le bonhomme de neige  (Snømannen, 2007), Série noire (2008). Traduction du norvégien par Alex Fouillet

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars scandinaves communauté : POLARDISES
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Samedi 9 février 2008

Le chouchou des blogs est de retour. Arnaldur Indridason, et son flic dépressif reviennent. C’est l’été dans L’homme du lac, mais cela n’arrange pas le moral d’Erlendur.

 

indridason.jpgJuin 2000 en Islande. A la suite d’un tremblement de terre, le niveau d’un lac baisse fortement, découvrant un squelette. L’homme (car c’est un homme), a eu le crâne fracassé et il est attaché à ce qui se révèle être une vieil émetteur de marque soviétique. Erlendur, toujours passionné par les affaires de disparition se charge de l’affaire. Il va devoir remonter aux années soixante. Deux pistes s’offrent alors à lui : Celle d’un homme que sa petite amie de l’époque attend toujours, après qu’il ait disparu laissant derrière lui sa Ford Falcon ; et celle des étudiants socialistes partis faire des études en Allemagne de l’Est. Quelque part, depuis l’annonce de la découverte du mort, un homme attend la police, et se rappelle sa jeunesse, son engagement, et ses études à Leipzig.

 

Que ceux qui n’aiment que les intrigues tendues au cordeau, et les romans dont les pages se tournent toutes seules passent leur chemin. Comme dans les romans précédents, et même encore plus que dans les romans précédents, Indridason prend son temps. Erlendur aussi, forcément. Et si son obstination lui vaut de commencer à comprendre ce qui s’est passé, le fin mot de l’affaire lui est révélé par hasard.

 

Mais tout cela n’a rien de très nouveau, et ceux qui aiment Indridason seront comblés. Erlendur est plus humain que jamais, complètement dépassé dans ses relations avec ses enfants, dépressif, incapable d’aller vers les autres, obsédé par les disparitions.

 

Le passé, une fois de plus, est la clé du drame. Cela donne lieu à l’évocation très émouvante des années 50-60 à Leipzig. Une évocation d’autant plus douloureuse qu’elle est le fait de gens qui ne renient en rien leurs idéaux, leurs engagements, mais souffrent de ce qui a été fait au nom de valeurs dans lesquelles ils croient toujours. Beaucoup plus poignant, et convaincant que les habituelles diatribes anti-communistes primaires. Beaucoup plus rageant aussi.

 

Et comment ne pas partager la déprime d’Erlendur quand on compare la révolte de ces étudiants des années soixante (même si de graves désillusions les attendaient) et le naufrage sans but ni repère de la fille d’Erlendur ?

 

En bref, un excellent Indridason, aussi bon que La femme en vert.

 

Arnaldur Indridason / L’homme du lac (Métailié/Noir, 2008)

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars scandinaves
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Jeudi 13 septembre 2007

J’ai lu les Jo Nesbo un peu en vrac, commençant par le premier, L’homme chauve-souris, lors de sa réédition en poche, puis poursuivant un peu n’importe comment, avec L’étoile du Diable, puis Rouge-Gorge, les cafards et le dernier Le sauveur. Je ne m’étais même pas rendu compte, étourdi que je suis, qu’il m’en manquait un, qui se situe entre Rouge-Gorge et l’Etoile du Diable. Maintenant ça y est, j’ai tout lu, je peux combler les manques dans la méta-intrigue qui court de Rouge-Gorge au Sauveur.

 

Dans Rue Sans-Souci donc, Harry Hole se retrouve confronté à deux enquêtes. L’une, officielle, concerne une série de braquages effectués par un homme seul et particulièrement audacieux qui, lors de son premier forfait, a abattu une caissière uniquement parce que le chef d’agence mettait trop de temps à ouvrir le coffre. L’autre officieuse et beaucoup plus dérangeante pour lui, porte sur la mort d’Anna, une de ses anciennes amantes qui s’est suicidée. L’ennui est que la nuit du drame, Harry était chez elle, et qu’il s’est réveillé chez lui le lendemain avec une terrible gueule de bois, sans aucun souvenir de ce qu’il avait fait de sa soirée. Quand il commence à recevoir des mails d’un mystérieux correspondant qui sait qu’il était sur place … Tout cela, en continuant à chercher la vérité sur la mort de son ancienne collègue, Ellen (Voir Rouge-Gorge). Il doit de plus compter sur l’hostilité pour ne pas dire plus d’une partie de sa hiérarchie, et surtout sur la guerre de plus en plus impitoyable qu’il se livre avec Tom Waaler, brillant policier qui monte qui monte … et veut sa peau.

 

On a là du grand Nesbo. Harry que l’on aime chaque fois un peu plus se retrouve dans une situation absolumentNesbo-snowman.jpg dramatique, pour notre plus grande joie (inquiète). La galerie de personnages secondaires s’enrichit, avec la première apparition de Beat Lønn, spécialiste de l’analyse des vidéos qui a une mémoire des visages phénoménale, et la figure inoubliable, à la fois fascinante et inquiétante, de Raskol, flamboyant truand tzigane. Et surtout, il y a la marque de fabrique Jo Nesbo, ses intrigues à rebondissements, et son sens incroyable du suspense, qui s’appuie sur un montage au millimètre des scènes les plus tendues. La scène d’ouverture et celle qui clôt l’intrigue sont à ce titre particulièrement réussies. Six cent pages que l’on lit d’une traite, et qui laissent ouvertes des questions qui trouveront une réponse dans le roman suivant …

 

Pour les curieux voici l’ordre chronologique des aventures de Harry Hole :

 

·        L’homme-araignée (Gaia puis réédité chez folio policier)

 

·        Les cafards (Gaia puis réédité chez folio policier)

 

·        Rouge-Gorge (Gaia puis réédité chez folio policier)

 

·        Rue Sans-Souci (Gaia puis réédité chez folio policier)

 

·        L’étoile du Diable (Série Noire, la nouvelle, en grand format)

 

·        Le Sauveur (Série Noire, la nouvelle, en grand format)

 

A venir, Snowman, déjà publié en Norvège.

 

Pour ceux qui voudraient en savoir un tout petit peu plus sur Nesbo, le site bibliosurf publie une interview réalisée par internet. On ne peut pas dire que le maître soit du genre expansif, mais on y apprend quand même deux ou trois petites choses, la plus importante étant peut-être que la série continue.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars scandinaves
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Mardi 28 août 2007

Comme indiqué dans la chronique précédente, Bibliosurf publie un dossier sur le polar nordique. Après l’interview de Gunnar Staalesen, c’est celui d’Arni Thorarinsson qui est en ligne. Je suis en train de réaliser celui de Jo Nesbo. A suivre donc.

Mais qui est Arni Thorarinsson ? C’est le nouvel auteur de polar islandais découvert par Métailié. Son héros récurrent est Einar, journaliste à Reykjavik. Dans Le temps de la sorcière, il est envoyé dans une petite annexe que son journal ouvre dans le nord de l’Islande, pour faire du journalisme de « proximité ». Travail passionnant qui consiste, entre autres, à poser la question du jour à cinq passants et à publier leurs réponses … Mais contre toute attente, cela va bouger. Tout d’abord avec la mort d’une femme d’une cinquantaine d’années, tombée d’un rafting lors d’une sortie cohésion de son entreprise. Sa mère qui s’ennuie dans une maison de retraite est persuadée qu’elle a été assassinée par son mari. Puis avec la disparition d’un lycéen, unanimement admiré et aimé, qui devait jouer le rôle principal dans une pièce amateur. Finalement le nord est plus vivant que prévu …

Beaucoup de bon, un peu de moins bon chez ce nouvel auteur islandais. Commençons par nous débarrasser du moins bon. On compare forcément avec Indridason. Et c’est là que le bât blesse. Thorarinsson n’évite pas certaines longueurs, maîtrise moins bien que son compatriote le rythme du récit, et n’arrive pas à rendre ses personnages aussi émouvants que ceux d’Indridason. Du coup, par moment, l’attention se relâche, et on n’est pas aussi touché.

Reste quand même beaucoup de bon, et de très bon même. Tout d’abord une autre vision de l’Islande, et ici de sa province. Une Islande qui souffre des problèmes actuels de toutes les sociétés occidentales (pertes des valeurs autres que le profit, individualisme de plus en plus forcené, racisme …), une Islande où la religion semble très présente (du moins c’est l’impression que je retire du roman), une Islande également où les discours politiques ressemblent comme deux gouttes d’eau … à ce que l’on peut entendre ici.

Malgré cette noirceur, et c’est là un autre très bon côté du roman : ni l’auteur ni Einar ne perdent le sens de l’humour. Il y a vraiment quelques dialogues et quelques scènes très drôles. Les relations d’Einar avec son rédacteur en chef qui veut du sensationnel sont très bien croquées, la question du jour offre quelques perles, et comme l’explique l’auteur dans l’interview cité plus haut, Einar peut se montrer sans pitié quand il s’agit de se moquer de lui-même. Donc, l’un dans l’autre, une belle découverte, malgré quelques réserves.

par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars scandinaves
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Samedi 25 août 2007
Très peu de temps aujourd'hui, donc juste quelques lignes pour signaler, sur la site de bibliosurf (référencé à côté), l'ouverture par Bernard Strainchamps d'un dossier concernant le polar nordique.

Je vous parlerai très prochainement du nouvel islandais de Métailié (Arni Thorarinsson), pour l'instant j'ai inauguré le dossier avec un interview de Gunnar Staalesen, auteur norvégien publié par l'excellente maison Gaïa et repris en poche chez Folio.

C'est là :

http://www.bibliosurf.com/Interview-de-Gunnar-Staalesen
par Jean-Marc Laherrère publié dans : Polars scandinaves
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